2021-11-20

R _ Rubanière

 

Jeanne range ses fils aux couleurs chatoyantes comme ses espoirs, grèges comme ses rêves, noirs comme le deuil. Elle ne tissera plus les beaux rubans qui allaient orner les chapeaux, les robes, et les costumes des élégants.

Le 7 octobre, elle s’est rendue, avec sa mère et ses frères, chez le notaire Abrial à Riotord (43), pour dresser son contrat de mariage. Elle ne sait pas signer, mais elle sait compter ce que lui ont rapporté ses rubans, elle a constitué un petit pécule personnel dont elle est fière.

La semaine prochaine, mardi 16 octobre 1821, elle va célébrer ses noces à Saint-Bonnet-le-Froid. Pourquoi pas dans l'église de Riotord où elle a été baptisée ? L’église date du XIIIe siècle, elle est remarquable par son architecture et ses chapiteaux aux animaux sculptés.


L'église de Riotord, en Haute-Loire.


Comme toute nouvelle mariée, elle va quitter sa mère. Elle était jeune lorsque son père est mort. Ses frères Claude et Jean restent dans le hameau de Villeneuve à Riotord et pourront s’occuper de la maman. Ils viennent de lui donner une partie de sa dot et promettent un total de 3000 francs au futur couple.   

On dit qu’il fait plus froid dans les montagnes de Saint-Bonnet-le-Froid, mais le lieu de Trédos est accueillant comme le lui promet sa nouvelle belle-famille.

En automne, à Trédos.

Jean Pierre Bruas, son futur mari a 28 ans, six ans de plus qu’elle. Sa première femme est morte vingt jours après avoir accouché d'une fille. Jeanne Marie saura être une mère pour la petite Jeanne qui a seize mois. Elle espère bien lui donner des frères et sœurs pour avoir une jolie famille à elle.

 

Jeanne Marie suppose qu’elle n’aura plus la possibilité de tisser des galons avec ses doigts agiles, elle aimait bien cette activité qui lui apportait un peu d’argent. Mais il semble que les commis de rubans ne passent pas à Saint-Bonnet, ils restent sur les confins de la Loire et de la Haute-Loire. Ce sont eux qui servent d’intermédiaire entre le tyssotier et la grosse maison de Saint-Etienne qui fournit les fils de soie ou de lin ainsi que les cartons de modèles.


J’aimerais tant voir des modèles rubans que tissait Jeanne Marie. Que faisait-elle ? Des rubans unis, brochés, de velours ? Des rubans pour les vêtements, des rubans pour l’ameublement ? 

Possédait-elle une passette à rubans, comme celles-ci, utilisées dans le Velay au début du XIXe siècle ? Ce petit outil était utilisé par les femmes pour tisser leurs propres rubans, bien sûr il ne servait pas à une production textile vendue à des leveurs pour Saint-Etienne. Ces rares pièces de bois sculptées sont admirables; il parait qu'elles pouvaient être offertes en cadeau de fiançailles. Vos aïeules en ont-elles conservé ? 


Images du site Drouot, montage avec Canvas


Si vous avez des photos d’ouvrages fabriqués au début du XIXe siècle dans la région de Saint-Etienne, montrez le-moi !


Jeanne Marie Riboulon est ma trisaïeule (sosa 30). Ce récit se passait à l’automne 1821, il y a exactement 200 ans.

 

Bibliographie

Bertrand A. J. C. L’industrie du ruban en Haute-Loire. In: Les Études rhodaniennes, vol. 10, n°1-2, 1934. pp. 89-90. www.persee.fr/doc/geoca_1164-6268_1934_num_10_1_1525


2021-11-19

Q _ Qui est la cousine Adèle ?



Nous allions lui rendre visite dans son appartement désuet. Adèle Roujol habitait boulevard de la République, à Annonay. Je me souviens des bibelots disposés sur une étagère. Un jour, elle m’a offert deux petits sabots en porcelaine décorée, j’ai aimé ce cadeau fragile. Mais, où l’ai-je donc rangé ? *



La cousine Adèle était isolée, je crois que son frère ou sa sœur vivaient à Avignon.

Sexagénaire, elle est partie en maison de retraite à La Voulte-sur-Rhône. Nous avons confié à une cousine le soin d’aller lui rendre visite. Nous ne l’avons plus revue, peut-être une fois. Elle est décédée le 12 mars 1968, à l’âge de 74 ans.


Je me suis longtemps demandé qui était cette cousine Adèle. Et puis, j’ai eu des indices pour mener l’enquête.

J’ai trouvé son acte de naissance, à Saint-Julien-Vocance, le 6 août 1893.


Dans la famille, on ne voyait pas d’un bon œil le mariage de ses parents. Il semble que Jean, son père ait ruiné la famille de son épouse. À cause de lui, il aurait fallu vendre des propriétés en Haute-Loire.



J’ai renoué un lien avec des cousins perdus de vue depuis deux générations. Ils ont ouvert des albums photos en nous racontant notre famille. Je retrouve Adèle, qu'ils ne connaissaient pas, sur une scène de groupe inespérée qui a dû être prise en 1894.



 Regardez, c’est l’enfant dans les bras de sa mère ! 




Marie Judith Joséphine Bruas a vingt-deux ans, elle serait jolie si elle souriait. Elle porte Adèle de manière à la mettre en valeur sur la photo, elle a pris la précaution de lui donner dans la bouche une sucette attachée par une cordelette, pour qu’elle ne pleure pas. Elle l’a habillée d’une superbe robe en dentelle avec des smoks en haut de la jupe et aux poignets des manches bouffantes. Elle l’a coiffée d’un bonnet en dentelle.

Marie, l'élégante laisse dépasser de son col une croix avec une chaîne en or. Elle a revêtu un caraco bien ajusté, avec des parements et les bords des poignets incrustés de dentelle. Elle ne porte plus de coiffe, ses cheveux sont tirés et retenus par un chignon serré derrière la tête. La frange effilée et coupée court doit être à la mode, car ses jeunes sœurs montrent sur leur front une petite frange semblable. Sa mère a conservé l’ancienne coutume, sa coiffe tuyautée est posée un peu en arrière, pour que ses cheveux dépassent légèrement, ce qui passait pour être audacieux dans sa jeunesse, lorsque les coiffes ne laissaient voir aucune mèche de cheveux.




Jean Roujol a douze ans de plus que Marie, mais il paraît encore jeune. Lui non plus ne sourit pas. Pièce rapportée dans la famille, il semble plutôt en retrait avec son air pincé. Son épouse a lavé et soigneusement repassé sa chemise blanche. Il a noué pour l’occasion un nœud papillon en satin noir sur son col. Il porte peut-être son costume de mariage qu’il n’a pas usé, car il l’a étrenné il y a moins de deux ans.

Le couple des grands-parents d’Adèle est assis au centre de la scène, Pierre et Philomène sont entourés de leurs huit enfants.


A présent, je suis contente de savoir qu’Adèle était une cousine issue de germain de ma mère, une arrière-petite-fille de Jeanne Marie Riboulon (sosa 63) une rubanière qui sera à l’honneur dans le billet suivant.


Pour faire connaissance avec notre aïeule commune qui était rubanière : 
* Deux ans après avoir rédigé ce billet, j'ai retrouvé les petits sabots de porcelaine, soigneusement rangés. Trop rangés !
Faites des cadeaux aux petites filles, si elles sont soigneuses, et si elles s'intéressent à l'histoire de la familles, elles vous seront reconnaissantes longtemps.  
Adèle n'imaginait pas qu'elle allait m'inspirer ce récit. 


2021-11-18

P _ Parents de la Petite dernière

 

L’attendait-on, cette petite dernière ? Comment fut-elle accueillie ? Pourquoi n’est-elle pas enregistrée sur l’état-civil de Saint-Bonnet ?



Une chose curieuse, la naissance de Christine n’apparaît pas dans le registre de l’état civil de Saint-Bonnet-le-Froid. Son acte de mariage précise « demeurant à Saint-Bonnet-le-Froid, née au même lieu dans le courant de l’année mil huit cent quarante deux, ainsi qu’il résulte de l’acte de notoriété dressé devant le Juge de Paix de Montfaucon, le dix-sept août mil huit cent soixante trois et homologué par le tribunal civil d’Yssingeaux le vingt-neuf septembre suivant. »

Je ne comprends pas la raison de cet acte de notoriété. J’ai eu beau feuilleter les registres, je n’ai pas trouvé la naissance de Christine Vacher en 1842.

Pourtant sa famille est bien connue et estimée dans le bourg. 

Janeton Perrier a mis au monde neuf enfants entre 1815 et 1842. Tous sont bien identifiés, avec des actes dans les règles.



Lorsque Christine est née, sa mère avait 49 ans et son père 48 ans. Des parents aussi vieux, cela n’est pas banal.

Sa sœur aînée, Marie Agathe âgée de 27 ans était mariée depuis deux ans. 

Jeanne, religieuse à Yssingeaux avait 24 ans. Marie Eulalie, religieuse à Lalouvesc avait 21 ans. 

Quelques années plus tard, ce sont cinq membres de la fratrie engagés dans une voie chrétienne.

Agathe Marie a prononcé ses vœux comme religieuse, au Puy-en-Velay. 

Eulalie, religieuse de Saint-Joseph est appelée Sœur Dorothée (en 1871)

Firmin et Augustin ont exercé comme prêtres. 



La famille Vacher a fait le don d’un vitrail que l’on peut admirer dans l’église de Saint-Bonnet. Il représente Jeanne au bûcher. C’est un prénom valorisé. Qui de la sœur, la tante, la grand-mère ou la mère l’a transmis à Christine Jeanne Marie ?


Mes ancêtres ont offert à la commune de Saint-Bonnet le terrain pour créer le cimetière. C’est là que Christine est enterrée en 1905, avec les siens.


 Entrée du village vue depuis le cimetière dont on voit le mur à gauche

Christine est la grand-mère de ma mère qui aimait beaucoup prononcer le prénom de cette aïeule qu’elle n’a pas connue. J’aurais pu m’appeler Christine.

 

Pour Christine, mon AGM, (sosa 29)

Christine, cristalline comme la rivière qui coule dans le ravin de Gambonnet.

Christine, chrétienne, deux de ses sœurs sont religieuses, deux de ses frères sont prêtres,

Christine, instruite plus que les jeunes filles de son village, sait signer.

Demoiselle Jeanne Marie Christine Vacher, sœur d'Eugène Vacher, maire de Saint-Bonnet.

Dame Christine Vacher, maîtresse de la maison Fauriat, à Gambonnet où elle a vécu vingt-six années.





P.S. Il apparait que plusieurs naissances n'ont pas été déclarées à Saint-Bonnet à la même époque. 

2021-11-17

Où habite la famille Durand ?

 

Cet été, je suis retournée dans la Montagne ardéchoise, celle qui est si belle, comme vous le savez.



Mon ancêtre Claude Durand était du Ranc, hameau de la commune d’Asperjoc. Son fils Claude Durand (sosa 182) a épousé, en 1735, dame Louyse Laurent (fille de Pierre Laurent et Louise Delubac) et s’en est allé vivre à Mayres, au bord de l’Ardèche.

Avec un tel patronyme, il n'est pas besoin de se demander, comme on dit en Ardèche, d’où sort la famille Durand. Comme une particule, mais ce n’en est pas une, ce petit Du l’ennoblit, ou plutôt témoigne de l’ancienneté de cette vieille souche de paysans.

Durand, Du Ranc, elles sonnent autrement les deux syllabes de ce patronyme des plus communs dans notre pays.

Le Ranc désigne le rocher escarpé.


Le Ranc d'Asperjoc

Alors, nous voilà cheminant sur les routes qui serpentent au milieu d’un paysage grandiose.

Nous nous arrêtons un moment à Juvinas où est née Antoinette Mazoyer en 1681, épouse de Claude (sosa 365).


Juvinas

Les routes s’accrochent au flanc de la montagne, au-dessus des précipices, se rétrécissent et virent à n’en plus finir. Pourvu que personne n’arrive en face ! Sans un signe amical, il serait dangereux de se croiser, il faudrait alors s’arrêter prudemment à la limite du ravin vertigineux. Ce sont les gens d’ici qui circulent avec leurs petites voitures ou leurs tracteurs.

Avant d'atteindre le lieu-dit Du Ranc d’Asperjoc, nous devons maintes fois consulter la carte pour nous assurer que nous sommes sur la bonne voie.  



Écoutez ces toponymes qui deviennent des patronymes dans ma forêt : Bois de l’Ubac, (Delubac), Chanteloube, Nogier, Chambon, Roche…




J’entends un attachement au territoire, à ces maisons de pierres blondes, à ces murets patiemment construits au fil des siècles, à ces châtaigniers et à ces noyers centenaires, à ces jardins amoureusement cultivés où poussent la vigne, les mûriers, les pommiers, les cerisiers, où l’on récolte les fruits délicieux…



Tout à la joie de cette visite, nous exclamant sur la beauté du village, j’ai eu l’impression de troubler la tranquillité de la rue. 


Un habitant nous regardait du haut de sa terrasse. La conversation s’est engagée, il nous apprend le nom de son épouse qui est née ici, par conséquent, je suppose que nous devons être cousines.

Nous comparons nos généalogies, mais les époques ne sont pas raccord. Alors que ce couple a gardé la maison qu’ils nous font visiter, les miens ont quitté le hameau il y a trois siècles. Le fils de Thérèse met en page de belles recherches qu’il offre à sa mère. J’espère qu’il me contactera, je suis sûre que nous réussirons à trouver des racines communes à nos arbres qui ont poussé dans ce lieu du Ranc d’Asperjoc.

 

Voir aussi :

2021-11-16

N _ Nobles au bois dormant

 

Lac du Bouchet


Elle m’a intriguée la signature de Marie Chauchat (sosa 361), lors de son mariage en 1705, au Bouchet Saint-Nicolas, en Haute-Loire.


À la différence des femmes illettrées de cette branche, elle maîtrise son nom sur le papier.

L’acte ne donne pas l'identité des parents et c’est dommage. Elle est veuve, elle épouse un veuf. Il n'y a rien de bien notable en l'absence d'autres informations. 

Je conserve cette signature dans mes archives et je laisse dormir son arbre pendant longtemps, longtemps.

La généalogie de mon arrière-grand-mère maternelle est constituée de gens simples dans les montagnes de l’Ardèche, je sais qu’elle remonte en Haute-Loire, mais j’ai du mal à avancer. Suis-je endormie, victime d’un sort qui me fait sombrer dans le sommeil ?

Coucher de soleil sur la Margeride


Cet été, j’ai choisi mon thème pour ce ChallengeAZ. Je dis à ma famille que nous devons nous lever, faire nos bagages et partir en voyage dans le Velay.


Eglise du Boucher où se sont mariés Marie et Antoine en 1705.

Allons au Bouchet Saint-Nicolas où ont vécu Marie Chauchat et Antoine Hitier.




Un lac dans le cratère d’un volcan endormi, la légende d’un bourg englouti, décidément un sort est jeté sur ce pays.  J’attends une fée, un prince, un dragon …  qui les réveille.



Tels des pèlerins qui ayant fait une halte au Bouchet Saint-Nicolas, se mettent en route sur les chemins du Velay, de la Margeride et du Gévaudan, nous allons marcher sur les pas de cette famille.

Anne Gabrielle d’Ouïdes, la mère de Marie, nous incite à voir le village d'Ouïdes. Sa grand-mère, Anne de Saint-Haon, nous emmène dans un village voisin dont nous parlerons dans un prochain billet.




Pour rencontrer les ancêtres de Louyse d'Apcher, sa grand-mère paternelle, nous allons franchir l’Allier au pont d’Alleyras. Nous arpentons les terres des vicomtes d’Apcher. Leur ascendance que l’on trouve dans les généalogies d’Auvergne me donne le vertige. Je vais essayer de les tirer de ce long sommeil qui les a fait oublier de leurs descendants pendant plus de 300 ans.


Sources : revue "A moi l’Auvergne" n°82 et n°117

2021-11-14

M.M une double GM

 

Cela me plait de trouver un implexe, car les lianes enchevêtrées sont rares dans ma forêt.

Marguerite Mahussier est ma double arrière-arrière-grand-mère. Ses deux fils Jean Baptiste et Pierre sont mes ancêtres.

Je ne connais pas le nom de ses parents, ni le lieu de sa naissance.

Marguerite vivait là


Elle a épousé Jean Baptiste Fauriat (sosa 224). Hélas, je n’ai pas trouvé leur mariage et je ne sais même pas où ni en quelle année, ils se sont dit oui. Elle est veuve depuis 1765. Ils habitaient au lieu-dit Fauriat, paroisse de Saint-André-les-Effangeas.


Elle est citée lors de la naissance de ses enfants, enfin ceux que j’ai pu retrouver, mais sans dévoiler aucun indice sur des personnes de sa famille qui seraient leurs parrain ou marraine.


Grâce aux relevés de notaires du bourg de Rochepaule, indexés par la SAGA, j’ai trouvé une quittance datée du 4 avril 1786. Jean François Chantepie rembourse 400 livres moins un sol qui étoit düe à Ladite Mahussier suivant l’acte de transaction portant règlement de tous leurs différents entre eux passée devant M° Malgontier, notaire de la ville d’Annonay en date du 22 xbre 1785.

 

Pourquoi ont-ils choisi de faire le voyage jusqu’à Annonay, quelques jours avant Noël de l’année précédente, le 22 décembre ? N’aurait-il pas été plus évident de se rendre chez le notaire de Rochepaule ? Et, pourquoi mentionner des différends entre eux ?

La dette ne tarde pas à être remboursée ; quatorze semaines après, s’il y a eu des problèmes, c'est terminé. Ladite Mahussier s’en trouvant contente et satisfaite en a quitté et quitte ledit Chantepie avec promesse de ne jamais l’en rechercher.

Une lecture attentive révèle que Chantepie est son cousin, travailleur de terre du lieu de Jonquet.

Je note rapidement ces indications, mais comment retrouver le cousinage ? Je relance une recherche sur Mahussier et Chantepie. Voilà qui est intéressant, je m’arrête sur le mariage d’Antoine Mahussier, fils de Jean et de Françoise, avec Françoise Chantepie, fille de Pierre et de Catherine du lieu de Jonquet, le 24 février 1726, à Saint-Pierre-les Macchabées.

Je ne vais pas en déduire trop vite qu’ils pourraient être ses parents, mais cela pourrait bien correspondre.

Marguerite possède une petite propriété au Jonquet et elle a prénommé ses enfants Françoise et Pierre, mais retrouver ces prénoms vus plus haut, ne prouve rien.

Il est troublant de savoir que son fils Pierre épouse Jeanne Chantepie du Jonquet, en 1801.


Au bord du Doux

Mon intuition se précise, mais même si je découvrais un acte de naissance d’une Marguerite dans un foyer Mahussier x Chantepie, cela ne serait pas une preuve suffisante.

Je souhaiterais établir un cousinage, mais où dénicher Jean François Chantepie ? Quel âge a-t-il, à cette époque ?

 

D’ailleurs, pourquoi lui doit-il de l’argent ? Est-ce lié à une succession qui ferait alors apparaître une parenté entre Mahussier et Chantepie ?

 

Ce sont des questions qui restent à résoudre. On pourra encore parler des relations entre Marguerite et ses fils, grâce à des transmissions de propriétés. Le billet "Hériter" qui nous parlait de ses descendants, aura un suite. 


Dans l'article précédent :

Les bons comptes font les bons amis

On retrouve  Pierre Fauriat ainsi que Jean le père de Jeanne Chantepie 

à La Chapelle-sous-Rochepaule et au Jonquet. 

2021-11-13

L _ Les bons comptes font de bons amis

 

Le Rey de la Chapelle

Voilà des hommes honnêtes qui payent leurs dettes. Je repère des noms qui m’interpellent, dans les pages des registres de Maître Garde, notaire à Rochepaule.

Payer les dettes du beau-père

o   Le 26 pluviose de l’an 11 ou 15 février 1803.

Pierre Fauriat, beau-fils à Jean Chantepie, a payé la somme de 500 francs à André Mounier.

En payement de semblable somme que ledit Chantepie devoit audit Mounier depuis le 18 nivose de l’an 9.

Mais ce n’est tout, le même jour Pierre donne 180 francs à Jean François Mounier, le frère d’André.  Laquelle somme de cent quatre vingt francs pour tenir lieu audit Mounier de payement de sa créance qui luy avoit été fait en assignats, le 15 février et le 15 mai1790.  Les assignats deviennent la nouvelle monnaie d’échange.

Payer ses dettes

Le 13 prairial an 2, ou le 1er juin 1794, soit sept ans auparavant,

Jean Chantepie a réglé à Jean François Mounier une quittance 400 livres. Il rembourse deux obligations qui lui avaient été consenties le 15 janvier 1790 et le 15 may, suivant vieux style.

https://archives.ardeche.fr/ark:/39673/vta3012e6921332af6f/dao/0/252

Ledit Mounier s’en trouvant bien payé content et satisfait en a quitté et quitte ledit Chantepie.

J’imagine les deux hommes allant boire un verre, puis faire un long bout de chemin ensemble en rentrant du bourg pour rejoindre leur hameau ; ils sont voisins, mais sont-ils amis ?

 

La Chapelle-sous-Rochepaule

Les prêteurs et les payeurs

La famille Mounier semble plus aisée puisque, chacun à leur tour, André et  Jean François prêtent de l’argent. Jean François apparaît le plus instruit, son frère André de même que Jean Chantepie déclarent ne savoir signer.


Ils ont confiance, ils connaissent bien Jean, il habite au Jonquet dans une ferme toute proche du Rey de la Chapelle-sous-Rochepaule.

À plusieurs reprises, en l’an 2 et en l’an 9, ils accordent des prêts à cet homme qui semble avoir besoin d’argent.

Justement dix jours après l'avoir reçu décembre de l’an 9, il va établir le contrat pour sa fille Jeanne (sosa 123) en janvier de l’an 10. Un mariage, cela coûte cher.

Canvas par Briqueloup

500 francs est une somme importante, on peut acheter six vaches à cette époque.[i]

Avec ces gens-là, on vit le passage des livres aux francs en 1795. Le changement du calendrier et les troubles de la Révolution française ne sont pas si éloignés de ce village de l'Ardèche. 


Le mariage des jeunes

Ni André (sosa120), ni Pierre (sosa 122), ni Jean (sosa 246) n’assisteront au mariage de leurs enfants. Ils ne sauront pas que Romain Mounier épouse Françoise Fauriat, le 24 avril 1826 (sosas 60 et 61).




[i] Source :

Thierry Sabot, La valeur des biens, niveau de vie et de fortune de nos ancêtres, éditions Thisa , 2018

2021-11-12

K _ Carreau de dentellière




Une dizaine de fuseaux dormaient dans un sac en tissu oublié dans la poussière du grenier. 


Dans la boîte à couture, sont restées des épingles à la tête colorée dont je comprends l’utilité en écrivant ce billet.

 


Comme j’aimerais que l’on ait gardé le carreau sur lequel mon ancêtre Marie piquait des épingles comme celle-ci, puis entrelaçait les fils en faisant passer et repasser les fuseaux.



La photo du carreau provient du musée de Richard-de-Bas, c’est la maison des ancêtres auvergnats de mon mari, elle trouve sa place dans cet article.

À côté du coussin on dispose une lampe appelée doulhi, une boule en verre remplie d’eau qui concentre la lumière sur le carreau. Cela permettait aux ouvrières d’épargner quelque peu leurs yeux.

 


Mes grand-mères du Velay se montraient sans doute expertes à manier les fuseaux. Depuis le XVe siècle, la renommée de la dentelle du Puy fait honneur aux dentellières, aux élégantes et surtout aux négociants qui profitent de réseaux de collectes des ouvrages dans les campagnes.

Elles aimaient orner leurs costumes, leurs cols, leurs coiffes, leur linge et celui des enfants de petites merveilles qui prenaient forme sous leurs doigts agiles en maniant le fuseau autour des épingles piquées sur le coussin.

 



Mes ancêtres vivaient parmi quelques nobles dames du Velay pratiquant cet art et parmi beaucoup d’humbles paysannes dont je suppose qu’elles vendaient leur dentelle aux colporteurs qui livraient les ouvrages aux marchands du Puy-en-Velay.

 

L’apprentissage s’est transmis de mère en fille, pour les plus expérimentées. À moins que ce ne soit une technique enseignée par les béates. (Voir l’article auquel j’ai contribué sur Wikipédia qui explique le rôle de ces demoiselles institutrices du Velay).

 

 


Mamie Rose était adroite pour créer des merveilles avec ses crochets et des fils de coton, mes cousines m’ont apporté une boîte remplie de rubans et de dentelles. Je reconnais les motifs familiers, et je la revois penchée sur napperons.



D’autres grand-mères tricotaient avec des aiguilles fines des couvertures en coton blanc, des chefs-d’œuvre que je conserve précieusement !


Pour voir une dentellière à l'ouvrage:

Une dentellière au hasard d’un chemin de Haute-Loire (1974), Arch. dép. Puy-de-Dôme, fonds Jean-Dominique Lajoux (en cours de cotation)