2021-11-04

D_Dormir dans de beaux draps


Célie n’était pas heureuse, notre grand-oncle Marius ne laisse pas le souvenir d’un homme bon.

Je dors dans leurs draps monogrammés aux initiales MM, celles de Marius Mounier.



Le 14 février 1896, Marie Célie, avait 27 ans, elle épousait Marius âgé de 30 ans, le fait qu'il soit propriétaire passait peut-être pour un gage de confort de vie. Entrant dans une famille qui est estimée dans la région, elle pensait faire un beau mariage.


Célie a dû emporter son trousseau personnel lorsqu’ils se sont séparés. Elle ne voulait plus subir les violences de son mari. Je crois bien qu’elle a laissé cette pièce marquée MB = Mounier Brouty.


Plus simple et plus ancien, ce drap en lin avec une couture au milieu appartient à Marius Mounier, ou peut-être à sa sœur Marie restée célibataire. 


Les sœurs de Marius se sont mariées en 1907 et 1911. Elles possédaient de magnifiques parures de lit que je range avec soin.

Lucie n’a pas eu d’enfant, ce sont ensuite ses neveux qui ont usé ses draps au monogramme DM.

Celui-ci est inscrit dans un cartouche en demi-cercle au point de bourdon.


Dans un losange, une diagonale de six ronds décroissants au point de bourdon.



Constance est ma grand-mère. Son linge de nuit comporte les patronymes de mes grands-parents : MF. 

Celui-ci est orné de trois rangs de jours de Venise, ponctués de points de bourdon. 

 


J’aime dormir et rêver dans leurs draps de lin, de métis écru ou de coton fin, lavés, repassés, puis photographiés et inventoriés avec soin. J'avais cru que les jeunes filles confectionnaient elles-mêmes leurs trousseaux. Pourtant en écrivant ce billet, je découvre des ouvrages similaires dans les sites spécialisés qui qualifient les thèmes d'art déco, ce qui correspond à leur époque. L'avaient-elles commandé en ville ou brodé selon la mode ?

Je m’étonne que d’aussi beaux linges de maison proviennent d’une famille qui demeurait dans un village endormi dans les montagnes au nord du Vivarais.


Voir sur ce thème :

Ouvrages de nos aïeules

Trousseaux et contrats de mariage


2021-11-03

C_Châteaux et chevaliers

 

Les légendes chevaleresques racontent les troubadours, les chevaliers en croisades, les nobles dames que l’on honore d’un amour courtois… Vous plait-il d'écouter la musique et les histoires du Moyen-Âge?

Ceux qui prient, ceux qui combattent et ceux qui travaillent
British Library Manuscript n° Sloane 2435, f.85

De là à considérer que mes ancêtres ont vécu parmi eux, je n’aurais pas imaginé les chercher à cette époque.

Pour préparer ce challenge, nous sommes allés en voyage en Auvergne. J’ai remonté les générations à partir d’humbles familles illettrées vivant en Ardèche. J’ai avancé pas à pas, puis à pas de géant, rebondissant de surprise en surprise.

La visite d’un site médiéval s’est présentée comme un lieu d’excursion à proposer à ma famille, d’autant plus qu’il est attaché au patronyme d’un ancêtre.

Nous avons traversé la montagne de Margeride jusqu’au Gévaudan. Tiens, nous sommes en Lozère! En parcourant leurs terres, j’essaye de penser à ceux qui habitaient là…


 

Du haut du donjon d’Apcher, le regard porte loin sur un paysage verdoyant. 

Au-dessous se trouvent une chapelle castrale, bijou de l’époque romane, et les ruines du château que des archéologues étudient.

 

Le donjon du château d'Apcher 

J’attrape quelques noms : Alix d’Apcher mariée à Garin de Randon en 1180, ceux-là je sais qu’ils sont les ascendants de mon ancêtre Jean d’Apcher (sosa 11560) qui vivait au XVIe siècle. Jean se trouve à la tête de l’arbre que j’ai vérifié. Mais Geneanet m’offre des généalogies qui remontent, remontent, jusqu’aux patriarches mythiques (enfin, hum, on se calme…)

L’ascension est vertigineuse et j’oscille entre prudence et curiosité. Que feriez-vous : abandonner ou feuilleter les pages même sujettes à caution ?

Puisque tout arrive à portée de souris, je clique, clique, je devrais poser quelques balises au risque de me perdre. Je voyage en Auvergne, j’accompagne les hommes en armure durant la longue guerre de Cent Ans, j’embarque pour les croisades. Je rencontre des familles qui s’unissent pour donner naissance à mes aïeux, (merci à elles).

Certains patronymes deviennent prestigieux, les prénoms pourraient être une source d’inspiration qui fait rire aux éclats mes filles : Ermengarde, Guigonne, Aigline, Godelinde, Astorg, Isson, Ebles, Amelius, …

Les générations défilent à toute vitesse, je dois marquer une pause pour calmer l’émotion.

Donjon d'Apcher

Je sais, ô mes lecteurs, que nous sommes tous cousins, par de multiples liens nous descendons de ce cher Charlemagne, de princes, de simples laboureurs, et surtout de leurs femmes.

A présent, j’ai envie d’ouvrir des livres d’histoire de France et de l’Europe, je suis émerveillée d’y retrouver nos plus anciens grands-parents, leurs portraits, leur action, leurs traces, des détails de leur vie et leurs généalogies.


2021-11-02

B_mort dans le bois


J’aime penser que mes ancêtres se sont éteints paisiblement chez eux. Je préfère croire qu’ils demeuraient tranquilles et n’avaient pas d’ennemis. Ils n’ont pas eu de mort violente sauf quelques accidents, mais il est rare que l’on connaisse la cause pour laquelle leur vie s’est arrêtée.

L'Ardèche à Mayres, lieu dit Conges

Lorsque j’ai lu cet acte de décès de Jean Cellier, j’étais émue et je me suis inquiétée de savoir si c’était bien mon aïeul, ou un homonyme. Plusieurs indices me donnent la certitude que c’est mon sosa 186, à la génération VIII.

 


Lan que dessus et le traize fevvrier Jean CELIER age de trente sept ans a été enterré dans le cimettiere de l’eglise parroissialle de St Martin ayant été tué le long du chemin audessus de Conges la nuit du 11 dud[it] mois la justice lui ayant trouvé trois coups de fusil ou pistolet sur son corps auquel enterrement ont été presents Jean Mourgues et Pierre Estienne ill[ett]rés de ce enquis par nous soub[sig]né


Cet acte, est écrit par le curé de Mayres, paroisse de Saint-Martin, en Ardèche, le 13 février 1760.

Jean Cellier est décédé l’avant-veille. Il a été tué de trois coups de fusil ou de pistolet. L’assassin a vraiment voulu sa mort, ce n’est pas un accident. Était-ce un règlement de compte? A-t-il été attiré dans un guet-apens?


Jean avait 37 ans. Il est le père d’une fille unique, Marie, mon ancêtre. Celle-ci est née deux ans auparavant, c’était le mois suivant le mariage de ses parents qui étant donné la circonstance a dû être précipité. L’acte de baptême précise qu’ils habitaient Conges.


C’est un hameau qui domine l’Ardèche, cette jeune rivière descend du col de la Chavade (1260 m) où elle prend sa source. Le relief est abrupt, les bois denses. Il fait froid en février.


L'Ardèche qui descend de La Chavade


Jean se trouvait sur le chemin au-dessus de Conges, non loin de sa maison. Il aurait dû se hâter de rentrer chez lui avant la nuit qui tombe si vite en hiver. Avait-il seulement une lampe?

Peut-être les siens l’ont-ils entendu crier, après avoir été alertés par les coups de fusil?

 

 

Sous le choc de cette mort tragique, la famille s’est rassemblée pour entourer Jeanne. On reconnaît son frère aîné Jean Mourgues; il y avait aussi Pierre Estienne, je ne sais pas exactement le situer, il se trouve qu'Estienne est le patronyme des deux grand-mères du couple.

 

Jeanne Mourgues s’est remariée après quatre années de veuvage, elle a élevé leur fille, elle a vécu une longue vie jusqu’à l’âge de 82 ans.


                                            🔫🔫🔫🔫🔫🔫🔫🔫🔫


Il serait utile d’aller à Privas pour consulter les archives judiciaires, comme me le suggèrent les amis qui ont écrit les commentaires ci-dessous.

J'ajoute cette remarque intéressante de Michèle V. qui élargit mes interrogations :

« Revenait-il d'une foire ? 3 coups de feu pour le voler, C'est beaucoup...Pas très bavard le curé...Plus qu'à retrouver un éventuel rapport de police... »

 

2021-11-01

A_en Auvergne


Ma sixième participation au  ChallengeAZ nous emmène en Auvergne :


Excursions en Vivarais  - Velay


Ils me sont familiers les lieux en Haute-Loire et en Ardèche où mes grands-parents maternels ainsi que leurs ancêtres ont vécu, depuis la nuit des temps.



Ils évoquent les sous-bois flamboyants de l’automne, les châtaignes, les champignons, les maisons abandonnées qui mettaient des larmes dans les yeux de ma mère, les routes qui tournent et donnent mal au cœur. Nous y allions avec mes parents, en toutes les saisons. Au printemps, les sources abondent dans les prés, nous cueillions les pissenlits. En été, sous la fraîcheur des grands sapins, nous ramassions les airelles. En automne, nous allions fleurir les tombes. En hiver, lorsque souffle la burle et que les congères de neige barrent les villages, nous partions pour une randonnée en ski de fond… au temps des neiges d’antan.


J’ai emmené mes enfants pour qu’ils connaissent notre pays, ils ont marché dans les forêts de nos aïeux, ils sont venus avec moi feuilleter les registres des mairies. Et puis, nous avons rencontré des cousins insoupçonnés. Alors, j’ai récolté des histoires…



Pour mes recherches aux Archives, je me suis rendue à Privas (AD 07) et  au Puy-en-Velay (AD 43).



    Mes ancêtres maternels vivaient aux confins du Vivarais et du Velay. Leurs bois, leurs prés, leurs fermes, leurs villages se trouvent sur la ligne de partage des eaux. Les membres de la famille de mon grand-père demeuraient au hameau de Fauriat qui porte leur nom. Leurs nouveaux-nés ont été inscrits, les uns dans les registres en Haute-Loire et les autres en Ardèche, selon le bourg où leur père les a présentés.


    La grand-mère de mon père, Marie Nogier, celle qui est venue travailler à Marseille, était née à Mayres, dans cette vallée où coule l’Ardèche. Longtemps cet arbre est resté peu fourni, je ne trouvais pas grand monde : des personnes illettrées, des paysans vivant dans un pays ingrat. En remontant, j’ai eu quelques surprises.

Cet été, nous avons fait un séjour dans leurs montagnes au milieu des volcans. Et à présent, j’ai tellement d’histoires à raconter que je crains que vous ne les croyiez pas…


2021-08-25

Quatre Marie

Pour le Généathème incitant à fêter les Marie de mon arbre, je suis allée en Ardèche à Meyras.

En Ardèche , près de Meyras


J’ai d’abord esquissé un billet qu’il est devenu nécessaire de réécrire plusieurs fois.

1ère version

Je me permettais de faire des reproches à Marianne Auresche (sosa 189). Je l’imagine entourée de quatre fillettes accrochées à ses jupes.

Chère Marianne, manquerais-tu d’imagination ? Comment est-ce possible de donner le prénom de Marie à quatre de tes filles ?

Grand-mères, tantes, leurs marraines portaient ce prénom, mais ce n’est pas une raison suffisante, je le sais. Tu aurais pu avoir d’autres idées plus originales.




2ème version

Quelle vie ont eue tes enfants ?





Marie, l’aînée est morte à l’âge de 21 mois, le 13 décembre 1739.

Dans le registre BMS de Meyras, en Ardèche, sur la même page, le 23 décembre 1739, soit dix jours plus tard, on apprend la naissance d’Etienne. Je me réjouis que ce soit un garçon, espérant que les parents l’accueillent avec joie malgré leur deuil récent.

Le 23 mars 1741, nait la deuxième Marie dont nous perdons la trace.

Louis qui est mon ancêtre arrive le 3 août 1742.

Ensuite, vient la troisième Marie le 27 janvier 1745, elle ne vit que sept jours.

Puis le 3 juillet 1746, la dernière Marie pointe son nez. Qu’est-elle devenue ?


L’enfant accueillie trois ans plus tard est prénommée Catherine. Je ne sais pas si la famille en comporte d'autres que ces sept enfants. 

Je ne connais que le destin de Louis Bouschon (1742-1788) sosa 94, le fils du milieu.


Je me suis perdue dans les recherches de collatéraux, sans pouvoir affirmer le nom des parents de Marianne, même s’il me semble avoir trouvé un frère dont l’épouse serait une marraine de l’une des  Marie.

 3ème version

Marie est un prénom symbolique choisi avec soin par Etienne et Marianne.

La Vierge Marie, en bonne mère devait protéger ces enfants, c’est une remarquable précaution, mais elle n’a pas rempli sa mission.

Marianne a donné la vie, hélas la mort reprend les unes après les autres les fillettes fragiles. Quelle tristesse pour des parents !

4ème version

L’étude de Christiane Klapisch-Zuber [*] apporte des indices sur les formes de nomination en Toscane.

« L'urgence d'attribuer à nouveau le prénom d'un parent mort est spécialement ressentie, toutefois, dans le cadre étroit de la famille conjugale. Elle s'exprime d'abord par le report quasi automatique du nom de la première épouse du père sur la première fille qui naît d'une seconde union, avant toute attribution des noms des aïeules de l'enfant. »

Dans le cas de la première Marie, c’est sans doute son père qui a choisi de lui attribuer le prénom de sa grand-mère paternelle Marie Chambon, qui est aussi celui de sa première femme Marie Nurit.

L'auteur explique aussi que pour les nourrissons succédant à un aîné décédé, on disait à Florence : « Il est mort et je l'ai refait ».


Marianne et Etienne ont donc refait quatre Marie, avec beaucoup de prières pour leur porter bonheur.

Chère Marianne, garde espoir, sais-tu que tu as des arrières-arrières… petites filles qui s’appellent Marie. Moi-même je descends de ton fils Louis et j’aime bien être désignée par ce prénom. 😉


Bibliographie

[*] Klapisch-Zuber Christiane. Le Nom « refait ». In: L'Homme, 1980, tome 20 n°4. Formes de nomination en Europe. pp. 77-104.

www.persee.fr/doc/hom_0439-4216_1980_num_20_4_368135

2021-08-13

Un parrain bien utile

Marie Nogier, c’est le nom de la grand-mère que papa aimait tant. La douceur de ce patronyme me touche.

Cette branche vivait à Mayres, au bord de l’Ardèche, dans le sud du Vivarais. 

L'Ardèche

L’arbre de Marie ne remonte pas bien haut : le père Jean, le grand-père Jacques, l’arrière-grand-père Jean Pierre. Cette lignée de modestes laboureurs possédait des châtaigniers, des arbres fruitiers et quelques outils pour travailler une terre pauvre sur laquelle ils élevaient des terrasses pour gagner de l’espace et nourrir leur famille.

 


Lorsqu’ils n’ont pas signé de contrat ni de testament, comment identifier leurs ancêtres dans un village où ce nom est si répandu ?

Pour corser les recherches, parmi les Nogier, certains sont enregistrés avec la variante Nougier.

C’est le cas de Jacques (sosa 44). Il avait 29 ans, en 1805 lorsqu’il a épousé Catherine Ithier. On apprend que son père est Jean Pierre Nogier ou Nougier.

 

Exploiter les indices

 

Le parrain

Je n’ai pas trouvé son acte de naissance, mais celui de son frère Joseph de neuf ans son aîné apporte un indice qui se révèle important. Celui-ci a pour parrain « Etienne Nogier son frère paternel ».

Cette information, je ne l’ai pas exploitée immédiatement, car Etienne m’était inconnu. Plus tard, l’abonnement au site de la SAGA (société des amateurs de généalogie ardéchoise) m’a permis de lancer une recherche sur ce parrain. Un prénom moins banal est un avantage pour le généalogiste. Ainsi, il a été facile d’arriver sur la page de son mariage.

Par chance, car ce n’est pas automatique, l’identité des parents d’Etienne est indiquée dans l’acte. Il est le fils de Jean Pierre Nogier et de Marianne Estienne.

On peut se demander s’il s’agit bien notre Jean Pierre. Il se serait alors marié deux fois. J’ignorais qu’il était veuf. Mais il faut considérer les homonymes avec prudence avant d’affirmer que c’est la même personne.

 

Le premier mariage du père

Je vais voir le mariage de Jean Pierre Nogier et de Marianne Estienne en 1748.

Bonne surprise, ce n’est pas l’acte, mais le contrat de mariage que m’offre le génial site de la SAGA.  


Ce Jean Pierre a pour père Joseph Nogier. Tiens donc, c’est ainsi qu’il a appelé son fils Joseph. Sa mère est Anne Bonnefoy, il a donné ce prénom à sa fille Anne.

 

Les parrains font des petits

Par curiosité j’ai vérifié cette page du baptême d’Etienne fils d’Etienne.

Devinez qui est le parrain ? C’est « son oncle Joseph », le filleul du grand-père du nouveau-né. Vous suivez ?


 

À présent, je crois posséder suffisamment d’indices concordants pour inscrire toutes ces personnes dans mon arbre et les considérer comme de la famille. 



2021-07-31

Comme leur montagne est belle !

 

Pour préparer mon prochain challenge AZ qui se déroulera en novembre 2021, j’ai organisé un voyage d’une dizaine de jours sur les terres de nos ancêtres, dans les provinces du Vivarais et du Velay.


Vue du haut du Mont Gerbier-de-Jonc

Les ascendants de Marie Nogier, la grand-mère que mon père adorait, ont mis du temps à constituer un arbre intéressant. Pas à pas, j'ai découvert qu’ils apparaissent sur des lignées époustouflantes. Certaines branches ne demandent qu'à être remontées jusqu'à la nuit des temps. Mon sosa 11 est née en 1864, voilà la partie sourcée : 


Depuis quelques semaines, en prévision de ce petit séjour en Ardèche et en Haute-Loire, j’ai repris des recherches sur leur généalogie.

J’avais rassemblé 171 individus et 45 familles, en janvier 2021. À présent, 341 personnes ont une source dans ma forêt. Je remercie la SAGA, (société de généalogie ardéchoise) qui offre aux adhérents des ressources géniales. Actuellement, nombreux sont les participants de Geneanet qui publient leur arbre. En 2009, je ne connaissais que 79 personnages et je n’imaginais pas que cette forêt prospérerait autant.

J’ai réussi à débloquer plusieurs branches d’où sont issus de laboureurs illettrés qui vivaient dans de pauvres villages accrochés à la montagne ardéchoise.



La signature d’une certaine Marie Chauchat, née en 1679, (sosa 361 à la génération IX), m’a intriguée. Je vous raconterai son histoire. Elle a pour ancêtres des familles connues en Auvergne depuis le Moyen Age. Nous avons rêvé devant les ruines de leurs châteaux médiévaux.

Jonchères 

Son petit-fils, Jacques Ithier (né en 1736) m’encourage à observer une carte pour situer nos ancêtres occitans et explorer leurs terres.


Son arrière-petite-fille, Catherine Ithier (née en 1780) m’a conduite sur des routes étroites et escarpées jusqu’à leurs maisons sur les rochers du Ranc.


Ce challenge sera une occasion de remonter les générations et peut-être de comprendre la beauté et la noblesse de mon arrière-grand-mère qui était née humblement à Mayres dans la vallée de l’Ardèche. Marie Nogier s’est placée comme domestique à Marseille où elle a épousé un boulanger. 

 On disait qu’elle avait les manières d’une dame distinguée.

Je ne suis pas férue de psychogénéalogie, mais j’ai envie de voir ses formidables ancêtres vivre sous ses traits.

 

Le titre de ce billet évoque une chanson de Jean Ferrat qui met à l’honneur la montagne où sont nés mes ancêtres. Écoutez ! ils ne demeurent pas loin d’Antraigues.



Est-ce que cet air vous parle ?


2021-06-23

Antoinette et ses frères




Autrefois, une femme devait son statut dans la société à sa relation avec les hommes de son entourage. Antoinette Daurolles se définissait donc par son rôle au sein de la famille.

Épouse 

Pendant dix-neuf ans, depuis ses 16 ans jusqu’à l’âge de 35 ans, elle est l’épouse de Damien Balley, un marchand qui habite Montée de la Grand-Côte à Lyon.

On ne trouve pas leur acte de mariage, seulement la remise de la paroisse de St-Pierre St-Saturnin pour celle de St-Nizier. 

Alors, comment connaître ses parents puisqu’ils ne sont pas mentionnés ?

Mère

Toinette est la mère de Louise Balley qui semble être son unique enfant. Louise porte le prénom de son père Louis et de sa marraine, dame Louyse Bonjean. J’avais noté le nom de cette marraine, mais je n’ai appris que récemment que celle-ci est la mère d’Antoinette.


Grand-mère

Cette aïeule à la XIII génération est la sosa 5703 de mes enfants. Elle laisse quelques traces d’une vie heureuse.

On ne l’appelle pas Antoinette, mais plus gentiment Toinette, comme l’indique sa signature, à l’occasion du baptême de son petit-fils Thomas dont elle est la marraine.


Le 10 janvier 1670, en secondes noces elle épouse le jeune André Vermant. Je n’ai aucune nouvelle d’elle après 1677 ; elle est présente au deuxième mariage de sa fille, je suis sûre que cette nouvelle alliance a dû la réjouir.


Des hommes qui construisent

Le nom qu’elle porte est celui d’une famille connue à Lyon à cette époque. J’ai mis longtemps à valider l’hypothèse qu’Antoinette est liée aux frères Daurolles.

Claude et ses fils Benoît et Pierre Daurolles, dits Monard, exercent comme maîtres-jurés maçons de la ville de Lyon. Selon les actes consulaires, ils passent pour «très expert, entendu et cognoissant en l’art et mestier d’architecture et massonnerie ». Ils ont travaillé sur des chantiers importants dont il reste de beaux bâtiments dans notre ville.



 Voici le prix fait de l’église du collège de la Trinité. Les travaux supervisés par Etienne Martellange vont durer plusieurs décennies, de nombreuses mises au point pour ajuster les toisages irréguliers jalonnent les documents (AD Rhône, 1 D 9/2 et 3).

Eglise du Collège de la Trinité


Lorsque le Consulat décide de la construction de l’Hôtel de ville en 1646, ils sont chargés du projet porté par Simon Maupin.

On trouve des témoignages de l’importance prise par les entrepreneurs Daurolles sur ce grand chantier. On dit qu’ils n’en faisaient qu’à leur tête et qu’ils construisaient sans toujours tenir compte de ce qui leur avait été demandé. Les actes consulaires montrent plusieurs litiges les accusant de négligences, de retards et de mauvaise foi excessive…


Autour de Toinette

Antoinette s’est rendue souvent à l’Hôtel de ville de Lyon



Sa fille Louise est entrée dans la famille Blanchet ; Louis, peintre chargé de la décoration des salles, n’a pas été rebuté par les critiques concernant ses oncles qu'il devait cotoyer, il a choisi la jeune fille. Lorsqu’elle est devenue veuve, son beau-frère, Thomas Blanchet l’a soutenue. Louise habite alors l’appartement de fonction de son second mari, voyer de la ville et devient la voisine de mon cher Thomas Blanchet, peintre officiel de la ville de Lyon

Autour d'Antoinette, tous les hommes participent à la construction et à l'embellissement de Lyon au XVIIe siècle. 




Je peux enfin dresser cet arbre. Mes intuitions se sont confirmées grâce à B.F-J de la Société d’Histoire de Lyon qui m’a communiqué le contrat de mariage d’Antoinette. Grand merci à cet érudit pour son sympathique partage de ses recherches !

La lecture de ce précieux document permet de compléter la parentèle, comme l'indique le contrat.

Claude Daurolles étant décédé, sa fille procède de l’advis et conseil d’Anne Debolo, femme de son frère Pierre Daurolles qui gère la dot. Son frère Benoît est présent bien entendu, il doit être âgé, car ses enfants ont environ seize ans comme Toinette.

Benoît, en compagnie de son père et de son frère Pierre, a été chargé de très nombreux travaux : église du couvent de la Déserte, couvent des Grands Carmes, loge du Change…

Les différents commanditaires reconnaissent les compétences de leur entreprise.

Daurolles « un des meilleurs maîtres qui ont travaillé au pont du Rhône », possède beaucoup de connaissances pour les travaux de cette sorte » et de pratique à Lyon, à Pont Saint-Esprit et ailleurs, notamment au pont savoyard d’Étrembières. (source : https://books.openedition.org/cths/10787)


Beaucoup d'ouvrages n’existent plus, mais nous pouvons penser à cette famille et nous mettre dans les pas de Toinette pour apprécier des lieux dans Lyon.