2022-11-08

G_Grande Guerre 1914-1918

 


Le plus facile pour écrire à un soldat, c’est d’utiliser une carte-lettre en couleur. Il n’est pas nécessaire de l’affranchir, sans enveloppe la correspondance devrait arriver plus vite à destination.


En fait, ces cartes simplifient le travail de l’administration militaire, car la censure ouvre les lettres pour vérifier que la correspondance est correcte.

Lisez ces conseils pour ne pas faire d'impair :

 



Marie écrit à André en septembre 1914.

« la 20aine de lettres que je t’ai écrite ne t’est pas parvenue, il n’y avait cependant dans chacune d’elle rien de compromettant et pas un mot des événements »

Le 4 octobre 1914, elle devient un peu plus audacieuse.

« Je pense que tu n’as pas eu le temps naturellement ou que tu as peur de mettre des choses un peu tendre sur une carte ouverte que tout le monde lit ; moi je n’ai pas tant de scrupules ou tout au moins je les avais bien, mais n’ai plus voulu du tout faire attention à tout cela ; je t’aime bien il faut que je te le dises, tant pis si on le voit »

 


Dans ses lettres, le soldat écrit le plus souvent que tout va bien. Il peut à peine parler de la guerre. Il s’applique à minimiser les dangers. Surtout ne pas raconter les horreurs dont il est témoin, cela il le comprend, et il a envie d’épargner des inquiétudes à sa famille.

Il n’a pas le droit d’indiquer la ville où il se trouve, ni les mouvements envisagés.


Le 28 juin 1915,  Marie a vraiment besoin de savoir ce que fait André. 




"Explique-moi sans me dire rien de ce qui est défendu que tu me dises, ce que c’est que cette nouvelle vie. Je vois bien que tout est changé et je te soupçonne presque de n’être plus à L. Tu peux bien me le dire.

Je suis un peu inquiète mais je le serais moins si je savais un peu mieux les choses… vois ce que tu pourras me dire sans encourir de réprimandes. "


2022-11-07

F_ Faire part de Funérailles


On ne compte pas moins d’une cinquantaine de personnes qui « ont la douleur de vous faire part de la perte cruelle qu’ils viennent d’éprouver en la personne de Casimir Chartron. » (sosa 44)



Toute la parenté en tenue de deuil se présente soigneusement rangée par ordre d’affinité et forme un cortège sur le carton de faire-part. 




Nous allons les observer lorsqu’ils défilent à petits pas, les yeux baissés. En dépit du froid de ce début de février, les hommes ont ôté leur chapeau, ils adoptent un maintien grave, les femmes s’inclinent avec l’air recueilli, certaines ont pris la précaution de tenir d'une main gantée de noir un mouchoir brodé pour essuyer une larme. Malgré l’envie d’échanger des nouvelles, tous se contentent d’un salut discret. Lors de la réception à l’issue de la cérémonie, ils auront l’occasion de bavarder plus longuement, réchauffés autour d’un verre. Pour l’heure, ils gardent le silence.

La veuve :

Émilie dont le prénom n’apparaît pas, se voit honorée en tant que madame C. (nom et prénom de son défunt mari). Ordinairement, une épouse n’assiste pas aux funérailles, mais Émilie s’est peut-être sentie bien entourée et le cœur assez fort pour donner à son cher Casimir un dernier témoignage de son affection.  

Ses enfants :

Marchent en tête ses deux fils, Joseph(sosa 22), et Louis. Ils sont issus du premier mariage. Leurs femmes, Joséphine (sosa 23) et Fanny sont deux sœurs.

Devenu veuf, alors que ses garçons étaient très jeunes, Casimir a épousé Émilie Pupunat, elle avait 23 ans. Elle s’est occupée d’eux avec bienveillance, et elle a donné naissance à dix enfants.

En 1892, sept filles sont en vie. Les deux aînées sont citées avec leur mari, celui d’Élise qui est notaire a l’avantage de voir précisée sa profession. Julie, Berthe, Camille sont religieuses du Cénacle ou du Carmel, et Andrée la dernière n’a que dix-huit ans.

Ses petits-enfants

Suivent les quatre fillettes de Joseph, ainsi que les deux fils de Louis. Puis Germaine et Louise. Âgés de douze ans à six mois, à cette époque, ils sont les aînés de ses petits-enfants. Notre aïeul aura 18 arrière-petits-enfants (mais il est trop tôt pour en parler).

Ses belles-sœurs et beaux-frères :

Ensuite arrivent sa belle-sœur, veuve de son frère André, puis deux couples que je ne connais pas. Ce sont des beaux-frères et belles-sœurs du côté d’Émilie. Ils sont suivis d’un homme qui attire ma sympathie : Jérôme Mital, le frère de Thérèse sa première épouse, avec lequel il est resté très lié.

Sur la ligne suivante : Marie et Péronne doivent être des sœurs de sa femme Émilie.

Une vieille tante par alliance :

« Madame veuve Sandier » m’intrigue, Sandier est le nom de la mère de Thérèse Mital, sa première épouse. Serait-ce une tante de celle-ci, mais laquelle ? On constate que bien que Thérèse soit morte 35 ans auparavant, il est resté proche de sa famille.   

Des neveux, des nièces :

Les enfants de ses frères et sœurs, des neveux de Thérèse sa première épouse, et ceux d’Émilie la seconde.

Des cousins

Des inconnus ferment la marche. Ils n'apparaissent pas cités un par un, mais par branches du côté d’Émilie que je ne sais pas situer.

 


  Autour de Casimir

Pour nous rassurer, il est bien précisé que Casimir est muni des Sacrements de l’Église. Tout est organisé depuis Lyon, pour être à Poncin dans l'Ain, le 2 février 1792. A 10h 30, « Le convoi partira du domicile du défunt, au château de Poncin pour se rendre à l’église paroissiale, et de là au cimetière de la commune. » 


Château de Poncin _  Wikipedia CC BY-SA 3.0



« En son château de Poncin », 

Il existe plusieurs maisons bourgeoises à Poncin. J’ai essayé de les chercher à l’aide d’un ami. Impressionnée par l’article Wikipédia sur le château de Poncin, je n’ai pas osé imaginer que celui-ci lui appartenait. Cela m’a été confirmé quelques années plus tard, par une cousine que j’ai heureusement contactée.


J’éprouve de la sympathie pour cet ancêtre. Me voilà prête à me joindre au cortège ! 


De nos jours encore, c’est aux enterrements que l’on recense la parenté.

Appréciez-vous de trouver la famille élargie aux enterrements ? 


2022-11-05

E_ Écrivez, les Enfants !

 

Écrire une lettre est une activité proposée, voire imposée, aux enfants pendant le XIXe siècle jusqu’au dernier quart du XXe siècle.

Bonnard, 1908


 manuel épistolaire du XIXe


Lettre à Bonne-Maman

En 1874, Pierre a huit ans, ses parents lui ont demandé d’écrire à sa grand-mère Virginie.

Il n’est pas bien grand, on a posé un coussin sur la chaise pour qu’il soit à la bonne hauteur. On lui a donné une feuille de papier. On a apporté l’encrier que l’on a débouché avec précaution pour lui éviter de le renverser.

Dans sa petite main potelée, il tient un porte-plume en bois de noyer avec une plume métallique. Son buvard se trouve à portée de main.

Il est important d’être bien installé, car écrire nécessite beaucoup de soin pour éviter les taches et les maladresses. Il vaut mieux ne pas être trop spontané pour limiter les ratures.

Le petit Pierre s’applique, il a le sens du devoir. Plus tard, il deviendra capitaine d’infanterie et fera une carrière militaire. Pour l'heure, il préférait jouer avec ses soldats de plomb. Sa mère se repose, car un petit frère va naitre bientôt.  

La chaleur est étouffante, de gros nuages sombres laissent espérer une bonne pluie rafraichissante. 





Ma chère bonne maman    


Il faut bien que je vous écrive une lettre, parce qu’il faut bien penser a sa bonne maman qui ne peut pas marcher

Sûrement, à côté de lui quelqu’un lui souffle des phrases lorsqu’il manque d’inspiration.

mais il faut bien espérer que qand vous serez revenu de St sauveur vous pourrez un petit peut mieux marcher parce que les bains que vous prenez vous feront du bien,


Le ton est donné : il faut faire plaisir à sa grand-mère, s’enquérir de ses nouvelles. Virginie souffre de rhumatismes, elle est partie en cure thermale dans les Pyrénées.

 

Nous serrons bien content si vous allez mieux, quand vous serez revenue de saint sauveur vous pourrez vennir nous voir à saint cyr et nous irons aussi vous voir a St rambert ce qui me fera bien plaisir.


On explique à l’enfant qu’une lettre est comme une conversation:

Figure-toi que tu es en présence de ceux qui te liront, qu’ils entendent le son de ta voix et ont les yeux fixés sur les tiens. 

Pierre parait impressionné par le pouvoir qu’il a au bout de sa plume qui gratte le papier. 



Vous direz a jean que nous avons beaucoup trop chaud comme vous, et qu’il fait souvent des orages avec des gros croups de tonnerre,


Il réfléchit en suçant son porte-plume. Jean son frère aîné est privilégié, il a été invité à séjourner avec sa grand-mère et les tantes. Pierre se sent un peu inquiet sans lui, lorsque gronde l’orage.

 

Vous embrasserez bon papa les tantes et jean de ma part, 

à dieu ma chère bonne maman.

 

Pierre et ses frères

Le petit garçon transpire, il pose son porte-plume, tamponne la feuille avec le buvard. Il est soulagé, la mission est accomplie, il va retrouver Augustin. Son cadet a été épargné de cette corvée et l’attend pour jouer aux soldats.  



2022-11-04

D_ Détruire les lettres

 


D

 

ans sa dernière lettre, que sa famille devra découvrir après sa mort, Antoine demanda à Fanny de détruire les lettres que sa chère Marie a écrites.


 

Antoine donna des consignes précises :

« Je désire que les lettres écrites par ma femme adorée soient brûlées si elles ne peuvent être enfouies avec moi. »  

Antoine l'aviateur, jeune veuf envahi par le chagrin se proposait pour effectuer les missions les plus dangereuses. Il voyait ses camarades disparaître. Il avait pris la précaution d’écrire ses dernières volontés.

Notre valeureux pilote tomba au cours d’un combat aérien le 16 juin 1917; il fut d’abord été enterré à Commercy, dans la Meuse. Plus tard, il a rejoint Marie, sa jeune épouse déposée dans le tombeau familial à Chambéry. Leurs lettres se trouvent-elles là ?

 

«Fanny a le dépôt de ces lettres »

Fanny respecta les volontés de son beau-frère. Très proche de sa cadette, elle a veillé aux côtés de Marie jusqu’aux derniers jours. Marie faiblissait. Fanny tenait la plume sous sa dictée, lorsqu’elle n’avait plus la force d’écrire à Antoine.

« Les dernières écrites par ma Bien Aimée quelques jours avant sa mort et que j’aies [sic] sur moi, seront conservées pour les faire lire à mon Cher Petit Paul lorsqu’il sera en âge de comprendre.» 


Marie s’éteignit le 26 avril 1917, laissant son petit Paul sous la responsabilité de Fanny qui s’en occupait déjà, depuis sa naissance en mai 1914.


Paul et sa tante Fanny


Fanny resta célibataire, elle tenait une papeterie maroquinerie à Chambéry. Elle éleva son neveu Paul.

Elle n’eut pas la chance de vivre une relation aussi forte que ce jeune couple très amoureux.

Fanny a lu leurs confidences trop intimes. Parmi les précieuses lettres qui sont rangées avec son voile de mariée dans la boîte des souvenirs, Marie faisait quelques allusions à des retrouvailles chaleureuses lors des permissions d’Antoine.

Fanny détruisit ces lettres-là et conserva les dernières, comme Antoine le souhaitait pour son fils.

Par chance, Paul nous les a transmises.


Elles sont si tristes les histoires d’amour d’Antoine et Marie :

Antoine, un As de l’aviation

Marie, jeune épouse dans son nouveau foyer

S’envoler  

Détruire les lettres 

Un  télégramme redouté 

De l'autre côté des combats

 

2022-11-03

C_ Condoléances

 


C

Consoler, telle est la mission impossible d’une lettre de condoléances.

Comme ces lettres sont délicates à écrire !

 

Bonnard, La lettre, 1906

Se  condouloir ou consoler

Se condouloir, c'est participer à la douleur de quelqu'un, témoigner qu'on prend part à son deuil.

Consoler, c'est soulager, adoucir, diminuer l'affliction, la douleur d'une personne.

 

Matisse, Femme lisant, 1894.


Si vous êtes dans la peine pour savoir écrire ce type de missive, voici quelques recommandations utiles[1].

La narration de la lettre suit un plan immuable :

1 _ Le thème du chagrin des vivants, qui doit s’exprimer librement, mais qu’il convient toutefois dans un second temps de savoir modérer, de manière à rester en bonne santé

2 _ L’évocation du défunt, il est souvent fait état de ses nombreuses qualités et vertus.  C’est l’éloge funèbre classique. On évoque aussi le devenir du défunt, qui se retrouve invariablement «au ciel » et dont le sort est alors jugé enviable.

La certitude que le défunt se trouve au ciel constitue un élément systématique de consolation. Aucune lettre de condoléances n’émet la moindre réserve au sujet de la destinée du défunt, peut-être parce que, si c’était le cas, il conviendrait de ne pas le dire.

3 _ Le réconfort du destinataire. Il s’agit de le ramener vers ceux qui l’entourent et lui faire comprendre que la mort ne doit pas l’isoler, mais au contraire l’ouvrir aux vivants. Le réconfort du vivant passe encore et surtout par un recul spirituel par rapport à l’événement : la mort, résultat de la volonté divine, ne peut être qu’une bonne chose. 


Cette lettre de condoléances est rédigée par  Zélia en janvier 1880, après la mort de sa belle-sœur Virginie. Sa lettre est parfaite, la dernière phrase est percutante.

 

 

Voir aussi : 

Les femmes, le deuil au XIXe siècle. Correspondance de condoléances.


Et nous ? Lettre, sms ou téléphone pour témoigner notre amitié ?



[1] Alain Kerhervé, La lettre de correspondance dans les secrétaires du XVIIIe siècle,  article p. 114

http://www.persee.fr/doc/xvii_0291-3798_2006_num_62_1_2413?h

2022-11-02

B_ Bienvenue Bébé


Recevoir un faire-part de naissance est une joie, surtout s’il est imprimé sur un joli carton avec une illustration choisie avec goût. Des collections rassemblées depuis plusieurs générations se révèlent bien utiles pour étoffer les arbres. 

 


Mes enfants n’ont pas de cousins directs, mais beaucoup de cousins issus de germain et encore davantage de parentèle plus éloignée qu’ils me demandent de situer.

Alors dès qu’un nouvel enfant est annoncé, j’ouvre l’arbre des cousins. C’est agréable de créer le prénom d'une petite feuille toute brillante, avec une date de naissance récente, et souvent un lieu inédit. Le dernier ajouté a vu le jour à Raiatea en Polynésie, mon logiciel n’a même pas réussi à le situer.

Ce document reste privé puisqu’il est constitué de contemporains. Sa fonction est différente des autres arbres sur lesquels je travaille. Il ne sert pas à écrire des récits de généalogie ni à remonter dans la nuit des temps, mais juste à poser l’actualité. Souvent, je ne connais que le prénom des parents, mais pas toujours le patronyme sous lequel l’enfant est enregistré. Mais, tant pis !

Ce n’est pas moi qui pousse les recherches, je me contente d’inscrire les informations que l’on veut bien me donner.

Dans le meilleur des cas, une jolie carte arrive dans la boîte aux lettres, ou bien un courrier électronique avec une photo instantanée, prise par le jeune père. Je me contente aussi d’un SMS des grands-parents. Les usages sociaux se transforment ou se perdent et je déplore des bébés peu identifiés.

Au XIXe siècle, l’annonce des naissances faisait partie du savoir-vivre.


 J’ai choisi de vous montrer quelques faire-part issus du fonds d’archives de cousins. 


Une devinette

M et Mme P. ont un 8e enfant, comment est-il prénommé ?


naissance d'Octave

 

Trop triste

Le 6 août 1898, fière d’être grand-mère, Suzanne envoie au plus vite une carte de visite aux cousines de son mari:

«Depuis hier soir neuf h. 1/2, Madeleine a un gros garçon qu’on nommera Pierre et dont la venue remplit de joie ses jeunes parents. Je suis heureuse de vous annoncer cette bonne nouvelle et j’y joins mes amitiés bien sincères



Hélas et j’en suis toute émue, le bonheur ne dure guère. Deux jours plus tard, un télégramme annonce la mort inattendue de Madeleine. L’accouchement s’était bien passé. Madeleine est décédée brutalement d’une embolie.  Rien ne laissait présager ce drame. Pourtant dans les lettres écrites l’année précédente par l’aïeule Zélia,  celle-ci mentionnait :

«Madeleine se plaint toujours d’un point de coté, mais comme elle est toujours prête à s’amuser toutes les fois que l’occasion s’en présente, je ne suis pas bien inquiète ; hier encore elle est revenue de la campagne pour aller au théâtre le soir.»

 

Drôle

« Une fille ! Grosse, grasse. Tout s'est bien passé.» ...

 



Vous avez pu apprécier l'humour de Joseph, dans ce billet qu'il adresse à la mère de sa femme. Juste après l'accouchement, il donne le récit de la naissance de leur fille (Marie en 1842 ou Angèle en 1845, laquelle ?). Il plie le feuillet, pose un cachet de cire rouge. Il écrit l'adresse d'Eliza, en villégiature non loin du centre ville, il ajoute même à l'intention du facteur : "Très pressé"

 (Pouvez-vous le lire ou préférez-vous que je transcrive ce billet plein de bonheur ?)

Et vous, collectionnez-vous les faire-part de naissance ?


2022-11-01

Avec 26 lettres pour écrire

 

De A à Z, 26 lettres pour s'écrire

Ce ChallengeAZ 2022 sera épistolaire.



A

vec 26 lettres de l’alphabet, nos ancêtres et leurs cousins ont écrit des centaines de lettres. Quelques-unes sont parvenues jusqu’à nous. Elles dorment depuis plus de cent ans, bien rangées dans des boîtes, regroupées par destinataires, attachées par des rubans fanés pour les plus romantiques. Certaines sont restées dans leur enveloppe, d’autres froissées, cassées, écornées ont été lues et relues. 



Il y a une dizaine d’années, j’avais envoyé un message à une personne en lui demandant si son aïeul était aussi le nôtre. Ce cousin s’est révélé charmant et plus proche que ce que je pensais, il se trouve d’ailleurs que nos enfants fréquentaient les mêmes lieux.

À l’occasion de rencontres sympathiques, sa famille m’a confié plusieurs boîtes d’archives que j’ai explorées, inventoriées, lues, et numérisées. Elles contiennent des correspondances que nos ancêtres ont adressées à leurs familles élargies, à leurs cousins, à leurs amis...




Écrire constitue un rituel pour maintenir les relations familiales. 

C’est souvent une activité féminine qui est valorisée au XIXe siècle.

« Les femmes ont pour mission de préserver le havre familial, d’assurer sa survie, de gérer son fonctionnement présent et son avenir. À elles de veiller à ce que chacun trouve et garde sa place. À elles de tenir la plume lorsque la famille se disperse. »[1] 

Elles écrivent des lettres pour annoncer les naissances, pour faire part des mariages. Le besoin de communiquer ouvre un espace d’expression de l’intime, pour se réjouir, mais aussi pour consoler les peines et les deuils et témoigner de la solidarité familiale.

 


Autour de la tante Zélia, remarquable épistolière, autour de ses nièces Marie et Angèle, puis Jeanne l’épouse d’Honoré et leurs enfants, tout un réseau de sociabilité s’est ainsi constitué. Pour m’y retrouver, j’ai planté un bel arbre généalogique enrichi de photos. Il rassemble aujourd’hui 757 personnes qui vivaient au XIXe siècle. Aucune ne s’en doute, mais je connais leurs secrets.

Conserver

Au fil du temps et des aléas de la vie, la plus grande partie des lettres disparait. Je me souviens de feux dans notre jardin, allumés pour détruire les courriers de mes grands-parents.   

Cependant on peut espérer que d’autres fonds de correspondance dorment dans des greniers de cousins ou de descendants inconnus.

Dans son testament en 1913, Jeanne D. écrit :

« Par égard pour la qualité d’aîné de mon fils Jean, je lui laisserai tous les papiers de famille. Je lui laisse aussi les lettres de famille que j’aurai conservées. Il brûlera ou gardera ou remettra aux autres membres de la famille ce qu’il jugera convenable. »

Jean est mort trois ans après sa mère, et ses frères ont su stocker les archives dans de belles boîtes en carton.   


Plusieurs thèmes contenus dans ces lettres m’ont donné l’occasion de présenter ces archives lors de conférences auprès de mon groupe de chercheurs Patrimoine et familles du Lyonnais (association SGLB*).











Ce challengeAZ sera l’occasion de raconter ces lettres dans les billets du mois de novembre 2022.

 


[1] S'écrire au XIXe siècle. Une correspondance familiale. (C.Dauphin et D.Poublan eds.) 

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*SGLB : Société Généalogique du Lyonnais et du Beaujolais