2023-11-08

G_ Grosse surprise

 

Les surprises s’enchaînent en cascade dans cette branche parisienne inattendue.

Au début des recherches

Anne Jeanne Paulinépouse de Louis Etienne Deleurye, maître chirurgien (sosa 408) est nommée dans l’acte de mariage de leur fils Nicolas Louis Deleurye. 

Le document suivant montre qu’elle fait partie des héritiers de sa tante Marie Anne Paulin. Celle-ci est l’épouse de Claude Martin Le Preux, marchand pelletier; il avait le même métier que leur père Hubert Paulin. Celui de Nicolas Louis Deleurye.

La vieille dame a rédigé son testament le 23 mars 1764. Elle nous présente ses nièces : Anne Jeanne et Louise, ainsi que son neveu Nicolas Hubert.


Quelle surprise ! lorsque j’ai annoncé à mes enfants musiciens que le frère de leur aïeule, Nicolas Hubert Paulin était organiste du Roy. Par chance, ce compositeur est connu et me donne le nom de son père : Frédéric Hubert Paulin (sosa 818), qui est lui aussi musicien.

Ces hommes furent appréciés en leur temps, il est alors facile de suivre leurs traces de Paris à Versailles. 

 

Un maître de musique


Frédéric Hubert Paulin est orphelin à l’âge de dix ans, son père Hubert Paulin et sa mère Marie Coré meurent à six mois d'intervalle. La fratrie est confiée à leur grand-oncle André de Cambronne, marchand pelletier. Un homme influent, marguillier de la paroisse des Saints-Innocents.  Dès 1688, le jeune garçon chante avec les enfants de chœur, à la maitrise de cette église. Il montre des dispositions de musicien et continue à se perfectionner.

Le 13 août 1698, il est engagé pour assurer le service de la cathédrale Notre-Dame en jouant du serpent. Je vous décrirai plus en détail cet instrument dans un prochain article (S_Serpent).


Il étudie la composition avec André Campra, organiste et maître de chapelle de Notre-Dame de Paris, un des artistes les plus éminents de cette époque.

André Campra, à droite. 


Le 26 juillet 1704, à l’occasion de réjouissances pour la naissance du fils du roi, Paulin compose un Te Deum qui est donné dans l’église du couvent des Célestins.

Le 17 octobre 1705, il publie un livre de motets pour voix et basse continue à l'usage des Dames religieuses. Il habite rue de la Savaterie.


Il semble que mon ancêtre « Magistro Huberto Paulin, clerico matutinarum et bassisono » qui portait la soutane, ait renoncé à entrer dans les ordres. Je suis heureuse qu’il ait épousé Anne Destas le 26 octobre 1706 et que leur fille Anne Jeanne
(sosa 409) ait pointé son nez l’année suivante.

Le 30 août 1706, le futur père est reçu au poste de serpent de la collégiale Saint-Honoré.


À partir de 1709, il habite avec sa famille dans le cloître de Saint-Honoré. Il incite ses propres enfants, il en avait cinq, à étudier la musique et à chanter avec les enfants de chœur qu’il dirige. Son fils Nicolas Hubert va ainsi recevoir une belle éducation qui lui permettra de devenir à son tour un organiste reconnu auprès du roi.

Le 18 septembre 1742, il doit être fier d'aller au mariage de son fils qui, en épousant la veuve de l’organiste de Notre-Dame de Versailles, s'apprête à remplacer celui-ci comme titulaire de l’orgue. Le mois suivant, sa fille Louise se marie avec  Jean Jacques Caïez, maître de danse de l’Académie royale de Musique.

Apprécié dans sa fonction de maître de musique, il reçoit maintes gratifications financières en reconnaissance de ses qualités et de son dévouement auprès des enfants de la maîtrise. Il remplit ces fonctions pendant une cinquantaine d'années.





Frédéric Hubert Paulin n'a pas publié toutes ses œuvres, hélas, mais il figure dans le recueil "des meilleurs auteurs français", publié au début du XVIIIe siècle, tout comme Carissimi et Campra.



Il compose des motets, des Te Deum, des œuvres religieuses, de la musique de chambre, et même des chansons et airs à boire… 

Livre de motets pour voix et basse continue à l'usage des Dames religieuses. (1705)

Airs sérieux et à boire, composez par Monsieur Paulin... (1705)

Airs tendres et à boire, muzettes, vaudevilles, etc.


Que pensez-vous de celle-ci ? "Ne reveray je plus la beauté qui m'enchante." 

Le 25 janvier 1751, le vénérable vieil  homme meurt, à l'âge de 83 ans, il est inhumé dans l’église du couvent Saint-Honoré.

Frédéric Hubert Paulin, Motet 


La source de cet article provient de l’étude consacrée à Frédéric Hubert Paulin, pages 189 à 222 de l’ouvrage L’art vocal en France au XVIIe et XVIIIe siècles. L’auteur est Erik Kocevar que j’aimerais vraiment rencontrer pour le remercier et lui dire ma gratitude.


2023-11-07

F_ Fourrures et peaux

 

Allons à la rencontre d’un marchand pelletier.

Un pelletier savait traiter les peaux, les réparer, les assembler. Ce fourreur, très élégant met en valeur une marchandise de luxe.

La famille de Nicolas Louis Deleurye compte plusieurs marchands pelletiers : son arrière-grand-père Hubert Paulin (sosa 1636), l’oncle de celui-ci André de Cambronne, ses oncles Claude Martin Le Preux et Jean François Paulin. Tous étaient des bourgeois de Paris au début du XVIIIe siècle.

 

Un marchand pelletier achetait des peaux d’animaux, notamment des peaux d’agneau, de lapin ou de lièvre, de renard, et d’autres espèces à fourrure : écureuils, fouine ou martre, et même loup. Ces pelages étaient très prisés pour la fabrication de vêtements chauds et élégants tels que des vestes, des manteaux, des capes et des chapeaux. Les fourrures étaient appréciées en doublure pour rendre les habits plus confortables. La qualité des peaux permettait la confection d’ornements raffinés, de cols à la mode, de ceintures, de gants souples et beaux, des manchons et d’accessoires de mode pour enjoliver les tenues.


Le commerce était florissant, la demande était forte pour les gens qui avaient les moyens de se payer ce luxe.

La profession se trouvait très réglementée pour protéger la qualité des produits. Capables d’estimer les peaux et fourrures, les pelletiers détenaient le monopole des transactions. Eux seuls avaient le droit d'acheter les peaux. Ils les revendaient ensuite à divers artisans : mercier, bonnetiers, gantiers, tailleurs, chapeliers.

Cela me fait penser qu’il n’est pas improbable que Joseph Pérouse (sosa 186) ait été le client de notre marchand pelletier ; cet outsider dans la généalogie de mon mari se trouvait à Marseille en 1793, établi comme marchand fabriquant de chapeaux. Il habitait quai Monsieur, à deux pas de chez mon Parisien. Ces deux étrangers ont suivi la même route jusqu'au bord de la mer pour installer leur boutique d'artisan commerçant; ils pouvaient avoir des expériences à partager : les voyages, leur commerce, les fourrures, les clients, puis les évènements politiques de la Révolution qui se prépare. (Sans se douter que chacun d'eux serait l'ancêtre de mes enfants !) 

Le port de Marseille 1778, Balthasar Friedrich Leizelt 


Comment Nicolas Louis s’est-il organisé pour pratiquer son commerce à Marseille. Tenait-il une boutique dans la rue de la Coutellerie où il habitait en 1777 ?

C’était un homme instruit, cultivé ; il savait parfaitement lire, écrire, et évidemment compter sans erreur.

Il apparait qu’il n’a pas fait fortune, on constate que la situation sociale du couple s’est dégradée. Nicolas Louis ne fréquentait plus le même milieu privilégié que sa famille connaissait à Paris (et que je vous présenterai prochainement). Dans ses relations à Marseille, on ne rencontre plus de pêcheurs propriétaires aisés, comme l’étaient les oncles et les frères d’Élisabeth. Je n’ai pas tout vu, mais je me rends compte que ses descendants se sont quelque peu déclassés au cours du 19e siècle, par manque de transmission de compétences. Nicolas n’a pas maintenu de relations sociales, il a pris des distances avec un réseau familial qui aurait pourtant pu aider à mettre en place une meilleure situation pour son fils et ses descendants.

Les générations suivantes ont rapidement oublié ce marchand pelletier qui m’intrigue tant.

                                                  

2023-11-06

E_ Enfant unique

 

On peut s’étonner qu’Auguste soit l’unique enfant de Nicolas et d’Élisabeth. Il n’y a pas de trace de pitchoun né avant ni après lui.

Il est arrivé dans leur foyer après douze ans de mariage.



Il n’a pas reçu de prénoms en usage dans la famille, je me demande ce qui a pu lui être transmis de son histoire, ses racines parisiennes semblent complètement occultées. Ses deux prénoms, Joseph Auguste, lui sont attribués par son parrain Joseph Augustin Gillibert « Maitre quinquaillier » qui se présente comme un ami de son père.

Ensemble, ils l’ont porté pour son baptême, célébré le lundi 6 avril 1789, dans l’église Notre-Dame des Accoules, à Marseille.


Il a bien failli être nommé Augustin, mais l’officier d’état civil s’est repris et a ajouté la lettre e. Ultime reste de la stature familiale passée, Auguste n’est pas un diminutif.


Sa mère avait déjà 42 ans. On peut comprendre que la période révolutionnaire n’était pas propice à agrandir la famille. Et si je n’avais pas poursuivi les recherches pour élargir ma forêt d’ancêtres, j’aurais pu n’inscrire que ce fils unique dans la descendance de Nicolas Louis Deleurye.

 

Cependant, coup de théâtre :

Imaginez ma surprise en découvrant que ...

Nicolas Louis était le père d’une fille, née de sa première union. Il l’a abandonnée après la mort de sa femme. On ne sait dans quelles circonstances.

Jeanne Françoise Rosalie Deleurye porte comme premier prénom celui d’Anne Jeanne, sa grand-mère paternelle, François est son grand-père maternel.

C’est à l’occasion du mariage de cette jeune fille que je découvre son existence. Le 4 prairial de l’an 2, à Paris, elle épouse Charles Éléonore Boisvilliers.



La famille de sa mère s’est occupée d’elle. Le grand-père maternel François René Hurault de Morainville apparait bien présent jusqu’à son décès. (T_ Tutelle)

Que s’est-il passé pour que Nicolas perde tout contact avec sa fille ?

Est-ce que la mère de Nicolas a réussi à garder une relation avec sa petite-fille quand son fils s’est éloigné ?

Marie Nicolas, mon arrière-grand-mère aurait été fort surprise d’apprendre qu’elle avait un cousin issu de germain. Il vivait à Paris et se nommait Jean Pierre Alphonse Lelong, il était architecte.

Cela me ferait plaisir d’être contactée par des descendants de Jeanne Françoise Rosalie Deleurye, je leur raconterais toutes ces histoires de nos familles qui me passionnent.

Les deux branches de ses decendants ne se connaissaient pas

2023-11-04

D_ D’abord le père Deleurye

 

Fils d’un chirurgien

Le père de Nicolas Louis s’appelait Louis Etienne Deleurye (sosa 408). Il était mort en 1777 lorsque Nicolas s’est installé à Marseille. Son décès devait être beaucoup plus ancien, car il n’a pas transmis son métier à ses fils.

1742 signature de Louis Etienne Deleurye

On le dit maître en chirurgie, ce qui ne laisse pas de m’étonner, c’est le seul de mes ancêtres impliqué dans la médecine. Puisqu’il était reconnu comme maître, il disposait d’un apprenti, «l'élève en travaillant sous des maîtres profite de leur habilité & de leur expérience"[i]

Il exerçait son art à Paris, mais saurons-nous pour qui ? Des hommes, des femmes, des soldats, des riches, des pauvres… Et où ? À l’Hôpital général, à l’Hôtel-Dieu, aux Invalides ou chez des particuliers…

Sur cet ancêtre, je possède encore très peu de renseignements.

Selon le Dictionnaire encyclopédique des Sciences médicales : 

" Les Deleurye : il y a toute une pléiade de chirurgiens portant ce nom ; depuis Jean Deleurye qui mourut le 29 janvier 1617 jusqu’à Nicolas Deleurye qui passa de vie à trépas le 24 octobre 1727. "

Le prénom de ce dernier en fait un homonyme de mon Nicolas Louis, serait-il son aïeul ?


D'abord le père, ensuite le fils, 
mais sont-ils de la famille de Louis Etienne Deleurye ?



Il existe une thèse, intitulée « De utero inverto », en 1758, d’un certain François Ange Deleurye qui obtint une notoriété dans la pratique des accouchements. 

Ce serait formidable de pouvoir trouver un lien avec cette branche, connue pour soigner la famille royale.


 

Je n’ai pas encore rencontré d’autres personnes qui portent ce patronyme que je pourrais rattacher à mon arbre.

Les parents de notre Nicolas Deleurye se sont mariés au début de l’année 1733. Nicolas a un seul frère nommé Frédéric Elie qui était vivant en 1771.


Mais pas chirurgien

Cependant, Nicolas n’exerce pas le métier de chirurgien, mais celui de marchand pelletier. Comment expliquer cette situation ?

Son père décéda probablement alors que Nicolas était très jeune*. Anne Jeanne Paulin a pu confier l’éducation de son fils Nicolas à sa tante, Marie Anne Paulin qui avait épousé Claude Martin Le Preux, marchand pelletier. Je suppose que ce grand-oncle a pris son neveu en apprentissage, et lui a transmis son métier. 

D’ailleurs, le grand-père d’Anne Jeanne et père de Marie Anne était marchand pelletier.

De façon inattendue, cet homme Hubert Paulin a donné naissance à une famille de musiciens célèbres à Paris et à Versailles (je vous raconte cela comme une grosse surprise).


PS. Alors que ce billet est sur le point d'être publié, de nouvelles découvertes viennent répondre aux questions que je posais. Ce sera l’objet d’un prochain article (X) : Des chirurgiens Parisiens


Voici une famille de très anciens chirurgiens parisiens : 


* Mes recherches infirment cette hypothèse, car le père de Nicolas est vivant en 1663.

2023-11-03

C_ Consoler un veuf

 

Élisabeth, avec son parler marseillais à l’accent chantant, charmait Nicolas Louis; il devait se faire expliquer beaucoup de mots et d’expressions provençales.

Il appréciait la ville, bouillonnante comme le panier d’une poissonnière sur le port. Elle lui faisait découvrir la mer. Elle le régalait en cuisinant les poissons que ses frères rapportaient dans leurs filets.

 

1760 Venet - AM Marseille 11FI17

Ils se promenaient ensemble le long des quais, montaient jusqu’à la chapelle de Notre-Dame-de-la-Garde pour admirer le panorama. Lors des journées glacées de l’hiver quand le Mistral souffle, sa femme vêtue d’une chaude pelisse faisait des envieuses. Les commères commentaient le passage de ce couple original : une fille de pêcheurs avec un marchand pelissier de Paris, l’alliance de la sardine et du loup, balançaient-elles, narquoises. Mais, bras dessus, bras dessous, les amoureux les ignoraient.


Nicolas Louis évoquait-il avec nostalgie sa vie à Paris, ressentait-il de la tristesse en pensant à sa première épouse morte après douze ans de mariage ? Même s’il n’en parlait pas, Élisabeth savait qu’il était veuf en première noce de Marie Angélique Victoire Hurault. Quelque peu jalouse de cette Parisienne qu’elle imaginait élégante et d’un rang supérieur au sien, elle s’efforçait d’être très gentille pour consoler son mari.

 

9/10/1777 Acte de mariage


Le couple a attendu douze ans avant de donner naissance à leur unique enfant. Lorsque Joseph Auguste a pointé son nez, le 6 avril 1789, autant le père qui comptait déjà 54 ans que la mère 42 ans, chacun commençait à sentir l’âge avancer.

Il n’y avait donc aucune urgence à célébrer la noce le 9 octobre 1777.

 

Nicolas Louis a gardé son secret (billet E), il n’a plus donné de ses nouvelles à sa famille ni à ses amis qu’il semble avoir oubliés sous le soleil du Sud.

Montée des Accoules

Ils habitaient dans le quartier des Accoules, peut-être rue de la Coutellerie où demeurait Nicolas Louis en 1777. 

Après 29 ans de vie commune que je leur souhaite plaisante, Nicolas est mort à l’âge de 71 ans. Élisabeth lui a survécu deux ans.


2023-11-02

B_ Un bel étranger


Nicolas Louis Deleurye est-il venu tenter l’aventure à Marseille ? 

Je ne m’attendais pas du tout à inscrire un Parisien dans mon arbre. C’est dans la branche marseillaise que mon sosa 204 a accroché ses racines parisiennes. Cela me ravit de chercher à comprendre sa trajectoire.
 
Pourtant à mille lieues d’être marin, Nicolas Louis Deleurye a épousé la fille d’un patron pêcheur en 1777. 
Quelle autre raison que l’amour a pu provoquer ce mariage ? 

Élisabeth Bouis avait trente ans, elle a dû être séduite par un bel étranger venu du nord. Certes, il comptait 42 ans, mais il portait fière allure, ce marchand pelletier qui parlait le français comme un monsieur de Paris. Peut-être, assurait-il avoir fait de bonnes affaires en vendant ses peaux et fourrures à la foire de Beaucaire où il s’était probablement rendu au mois de juillet. Et si Élisabeth était allée en famille à cette fameuse Foire de la Madeleine et l’avait rencontré là. Il n’aurait alors éprouvé aucune envie de rentrer parmi les siens et se serait laissé tenter par une union et une installation à Marseille.

Foire de Beaucaire 

Relisant plus attentivement l’acte de mariage, je dois modifier cette version romantique. (Ce qui n'exclut pas l'éventualité qu'il ait fréquenté cette foire importante). En 1777, Nicolas se déclare « résidant en cette ville depuis trois ans, paroissien des Accoules, rue de la coutellerie. » 




Au bas de l’acte, sa signature soulignée par un paraphe bien dessiné, s’impose grande, affirmée, comme une marque de son éducation. Il devait avoir une belle prestance. 


9 octobre 1777, Paroisse Saint-Laurent, AD 13

Les témoins qui les entourent apparaissent plus discrets, le curé de Saint-Laurent les connait bien, ils ont pour profession : officier naviguant, capitaine de navire, patron pêcheur. Les frères se semblent pas présents, Joseph Estienne est un oncle maternel. L’épouse et sa mère ont dit ne pas savoir écrire. 

Marseille, Saint-Laurent


Tel un voyageur expérimenté, il racontait son chemin jusqu’à Chalon-sur-Saône, puis la descente du Rhône en bateau sur lequel il avait chargé ses précieuses marchandises. Avec quantité d’anecdotes qui ravissaient Élisabeth, il pouvait décrire les rues de Paris, le palais Royal, la place de Grève, les églises Saint-Germain l’Auxerrois, Saint-Eustache, la cathédrale Notre-Dame. Il racontait Versailles où travaillait son oncle que le roi écoutait avec plaisir… (Promis, je vous donnerai des détails de ces histoires dans les épisodes suivants !) Cultivé, issu de bonne famille avec des cousins renommés, l’homme pouvait se vanter d’excellentes références qui ont suffi pour que la mère et les frères consentent au mariage. 

Il semble étonnant que les parents d’Élisabeth, tous deux fils de patrons pêcheurs n’aient pas choisi l’époux de leur fille pour continuer la tradition des marins. Leurs fils étaient des pêcheurs. 
Leur famille était réputée dans le port de Marseille ; en effet, parmi les oncles d’Élisabeth deux ont été élus prud’hommes, ils assumaient une responsabilité importante. 

François Bouis est décédé en mer alors qu'Élisabeth avait 24 ans. Comment se fait-il qu’il n’ait pas réussi à présenter sa fille à un matelot ? Aurait-elle refusé d'éventuels fiancés, car aucun ne lui plaisait ?


2023-11-01

A_ Ancêtres inattendus

 

La forêt de mes ancêtres est bien implantée à Marseille *.


Dans cette cité ont vécu, pendant plus de dix générations, les ascendants de ma bisaïeule, Marie Nicolas.

Ils sont issus des plus anciennes familles de Marseille, cela me procure une multitude de cousins contemporains qui s’intéressent aux immenses et bien explorées généalogies marseillaises. D’autres aïeux originaires de bourgs provençaux ont parcouru des chemins de transhumances ou d’aventure, et certains sont venus de Ligurie pour repeupler la ville au XVIIIe siècle, ou auparavant.

Cependant, je ne m’attendais pas à trouver un ancêtre parisien.


Nicolas Louis Deleurye est longtemps demeuré au sommet de sa branche sans que je réussisse à mener l’enquête sur ses ascendants. Pour plusieurs raisons : les recherches à Paris passent pour être difficiles, je pensais que faute d’archives, cet homme resterait dans l’ombre des gens qui parlent pointu.

 Et puis...

Les premières informations trouvées m’ont tellement ébahie que je n'ai pas enquêté plus loin durant plusieurs années, c'était vertigineux de découvrir ces familles qui vivaient dans l’entourage de musiciens du roi. J’ai acheté un livre que je n’ai pas lu intégralement, étourdie par l’arbre généalogique incroyable qui m’était offert pour la branche Paulin.

Je sentais que s'étoffait la matière pour écrire une belle série de billets. Au fil de l’été, ceux-ci ont fourni le thème de ce ChallengeAZ.


Où l’on peut voir :

Un Parisien accueilli à Marseille en 1777, dans une famille de patrons pêcheurs.

Un layetier, une blanchisseuse.

Des amoureux pas tout jeunes. Un veuf qui se console ausoleil.

Un menteur.

Un fils unique, mais pas vraiment…

Trois marchands pelletiers, voire beaucoup d’autres apparaissant au fil des recherches.

Des musiciens « organistes du Roy », un maître de musique, un serpent et aussi un « cordonnierde la reyne » à Versailles.

Des maîtres-chirurgiens, un maître-fourbisseur, un courtier à foin,

Une fille abandonnée.

Des registres de tutelle, des inventaires, des contrats de mariage.

Des branches multiples s’épanouissant à Paris, pour lesquelles je pourrais me passionner, si elles ne s’éloignaient pas dans la collatéralité. (Est-ce que ce mot existe ou bien suis-je en train de l’inventer ?)


Peut-être même me faudrait-il plus de 26 lettres pour tout vous raconter.


Merci à tous les lecteurs qui vont me suivre tout au long de ce ChallengeAZ 2023. 🙏


* C'est le thème de mon ChallengeAZ 2020

2023-09-23

Régent des écoles

 

En cette période de rentrée, le généathème nous invite à mettre à l’honneur les enseignants.

Le seul ancêtre qui prétende me faire rédiger un billet sur ce thème s’appelle Jacques Gastaud, et je suis contente de l’avoir pour sosa 1722, à la 11e génération, car moi aussi je suis maîtresse d’école. Je suis restée prudente avant d’affirmer que celui-ci était mon aïeul, puisqu’on trouve un autre Jacques Gastaud présent dans le voisinage. À présent, je connais beaucoup de détails concernant la vie de sa famille.

 

Régent des écoles

En 1678, il avait 23 ans, on le connaissait depuis trois ans comme régent, avec la fonction de « régent des escolles ». C’est un agent municipal choisi par les habitants du village, il a passé un contrat avec la commune qui lui confie la responsabilité de l’enseignement. Il est chargé d’apprendre à lire, à écrire et à compter.


Selon les archives communales [2] :

En 1675, Jacques Gastaud gagne 60 écus.

En 1697, son salaire est de 45 livres.

et chaque écolier lui paye trois sous par mois. Les enfants des familles les plus pauvres sont accueillies gratuitement.

Le régent occupe aussi la fonction de consul, il siège au conseil municipal.

 

Deux morts se suivent

Son acte de décès, le 18 octobre 1719, est suivi le 21 octobre de celui de son épouse.

On peut supposer qu’une maladie contagieuse les a emportés ensemble, dans leur tombe de notre cimetière de Saint-Julien-le-Montagnier.

Le curé a un peu vieilli Jacques lequel n’avait pas 70 ans, mais plutôt 64 ans.



Magdalene, sa femme en secondes noces

Dans cet acte, elle est désignée Magdalaine Jeardenne. Je l’avais auparavant inscrite sous le nom Marguerite Jourdan et c’est l’occasion de rectifier cela, enregistrée alors que j’étais débutante insuffisamment exercée à la lecture. J’ai lu trop rapidement et n’ai pas poussé la recherche. Mon arbre comporte une erreur ; bien sûr, plusieurs personnes l’ont recopiée sur Généanet !

Vraiment, Jacques devrait m’enseigne la lecture et m’inciter à faire davantage attention. Quelle mauvaise lectrice je fais ! Je vais m’appliquer à comparer les traces qu’elle a laissées.

En observant plus attentivement, je peux à présent affirmer qu’elle s’appelle Magdalene Icardene.

Cette deuxième compagne de Jacques Gastaud n’est pas mon ancêtre.

Il l’a épousée le 25 janvier 1701. Il était urgent pour lui de se remarier, sa femme était morte deux mois plus tôt, le 25 novembre 1699. Magdelene a élevé les six enfants orphelins de mère.



Et regardez bien : on voit la signature de Magdelene Icarde qui s’étale tout en bas de la page. Elle n’a pas été invitée à parapher immédiatement à la suite de son mari. Tous ont dû être surpris qu’une femme veuille signer son acte de mariage. Je n’ai pas d’exemple de filles sachant écrire dans ma famille là-bas à cette époque. Je me demande si elle ne se faisait pas appeler Magdalena ; à moins de lire Aycarde…


Comme tout cela m’intrigue, je lance une recherche et je trouve le mariage de celle qui semble être sa fille : Jeanne Delorme, fille de feu Jean et de Marguerite Icardene. C’est dommage qu’elle n’ait pas signé pour m’assurer que c’est bien elle. L'union est célébrée à Puyloubier, avec un jeune homme de La Verdière, un bourg voisin de Saint-Julien-le-Montagnier. Magdelene et sa fille sont de Trets, comme cela était précisé en 1701 lorsqu’elle arrivée chez nous.

Poursuivant mon enquête sur Jean Delorme, je vois indexé le contrat de mariage, en 1679 à Marseille, de Jean Delorme avec Magdelene Aycardenc. La variante orthographique ne m’inquiète plus, le patronyme Icard est connu sous diverses formes à Marseille. Il s’en trouve dans ma forêt généalogique.

Mais je m’éloigne… Jacques et Magdeleine n’ont pas eu d’enfant.  

Honorade, en première noce

Jacques Gastaud avait épousé Honorate ou Honorade Gastaud (sosa 1723), le 22 février 1678.

Ce jour-là, la future épouse était « ornée d’ung habit d’estoffe de couleur à elle agréable ». Sachant que « les robes bagues et joyaux nuptiaux seront et demeureront au survivant desdits mariés ».


Mes deux ancêtres portent le même patronyme, mais ils appartiennent à deux branches qui ne semblent pas reliées. Elles sont issues de deux villages voisins : Saint-Julien et Ginasservis. Honorade est née le 1er novembre 1649, ses parents Guilhem Gastaud et Josèphe Jourdan(e) ont ensuite résidé plusieurs années à Aix-en-Provence, ils ont fait baptiser cinq enfants dans l’église de la Madeleine, entre 1654 et 1666. Ils les ont fait instruire et je ne résiste pas au plaisir de vous montrer la signature de la petite sœur d’Honorate en 1688



Jacques et Françoise, frère et sœur, sont mes ancêtres. 

Descendance de Pons Gastaud sur deux branches Jacques et Françoise

Jacques (sosa 1722) est le fils de Pons Gastaud et de Philippe Brun(e). Sa sœur Françoise est, elle aussi, mon ancêtre (sosa 6771). Les descendants de Pons et de Philippe se sont éloignés sur chaque rive du Verdon, se sont perdus de vue pendant deux siècles et se sont réunis en 1855 par le mariage de Pierre et de Constance.

Jacques, « régent »

Jacques Gastaud apparait bien présent dans les registres des notaires. Sa belle signature se retrouve dans des actes de vente, des quittances…

Pour 333 livres, il vend une maison sise rue de Cavaillon, en 1696.

Ensuite, il récupère la dot de sa femme, selon l’héritage de l’oncle Maximin...

En mars 1701, à peine remarié avec Magdalene, il paye pour elle la somme exorbitante de 239 livres 17 sols onze deniers de marchandises, qu’est-ce que cela pouvait bien être ?

Tout cela est bien mystérieux…


Jacques a éduqué ses filles. Marianne paraît la plus instruite, puisqu’à son tour elle assure l’enseignement à l’école des filles.

En 1717, Marianne Gastaud « remplit le rôle d’institutrice sans aucune rétribution, ni de la commune, ni de la part des enfants pauvres ».

C’est sa plus jeune sœur Thérèse qui est mon aïeule (sosa 861), mais celle-ci ne semble pas savoir écrire.

Il faut encore ajouter qu’un certain Gastaud est régent des écoles à Saint-Julien en 1760. Serait-il proche de Jacques ? 



[1] AD 83, Contrat 3E 14 486

[2] Source AD 83  délibérations communales https://archives.var.fr/ark:/73531/s005767a5e639cbb/57babe548bc18