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2025-07-25

Noyé dans le Verdon

 

Je vous ai emmenés au bord du Verdon à Quinson, à Esparron-de-Verdon. À l’occasion du généathème « au bord de l’eau », je relis ces articles et je vois que je vous ai promis celui-ci.

Je cherche dans mes projets de billets en cours d’écriture, ne trouvant pas cette histoire tragique qui m’avait interpellée. Le moment est venu de la raconter.

Vive les challenges qui nous incitent à écrire !

 

 

Je vous propose d’aller rendre visite à la famille Gaide, en mai 1781.

 

Esparron-de-Verdon, 04
CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons


Ils vivent à Esparron-de-Verdon

Ils ne pourraient pas me croire si je leur disais qu’aujourd’hui s’étale un lac qui fait miroiter sur sa surface les mille nuances vertes de leur rivière. Le Verdon que le barrage contient merveilleusement se révélait plus sauvage et coulait autrefois dans son lit profond. Mais, si l'on observe la vue aérienne, il est facile d'imaginer que le Verdon est devenu un dragon ! A présent, l’endroit magnifique attire dans leur village de nombreux touristes, certains ont construit des villas cossues sur les pentes abruptes baignées par la rive droite. Des bateaux électriques mouillent dans un petit port. Sur la rive gauche, on est dans le département du Var, précisément sur le territoire de notre commune de Saint-Julien.

 


En 1781

Paul Gaide (sosa 842 à la génération X) a alors 58 ans. Une trentaine d’années auparavant, il est allé à Quinson pour épouser Chrétienne Terrasson, qui préfère le prénom plus moderne de Christine.


Le couple a eu sept enfants dont les prénoms ont été choisis parmi ceux de la famille, ce qui témoigne de la proximité entre les deux villages où résidaient les grands-parents paternels et maternels.

 

SchiDD, CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons

Aujourd’hui, depuis Quinson, on peut descendre en canoë les Basses Gorges du Verdon qui offrent un parcours exceptionnel digne d’être comparé aux célèbres Gorges du Verdon situées quelques kilomètres en amont.

La route, ou les chemins passent plus haut à l’extrémité sud du plateau de Valensole. 



Paul Gaide est connu comme négociant. Il devait posséder des mulets qui transportaient les marchandises d’un bourg à l’autre. Il pouvait compter sur son fils Joseph, négociant lui aussi.

 

Paul Gaide
Joseph Gaide


Joseph est un jeune homme de 26 ans. Il a déjà fondé une famille avec Marie Anne Roux. Une petite Marie Christine Catherine est née le 11 mai 1779, et hélas morte il y a huit mois. Sa femme a accouché d’un fils, Joseph Paul, en février dernier, l’enfant va avoir trois mois.

 


Christine, la femme de Paul connaît la douleur de perdre un enfant : Jean Paul est mort à deux ans, Théodore Euphroisine à huit mois, Magdeleine à quatre ans. On comprend que Christine paraisse toujours inquiète pour ses petits-enfants. 

Chez Élisabeth, mon ancêtre (sosa 421), on s’est réjoui de douze naissances. Âgée de 30 ans, Élisabeth n’a pourtant que quatre ans de plus que son frère Joseph Paul. 

Élisabeth a perdu sept enfants. Étant l’épouse d’un boulanger, elle devait travailler avec son mari, elle ne pouvait pas allaiter et s’occuper des nouveau-nés, peut-être étaient-ils placés en nourrice. Les petits anges n’ont vécu que deux mois, deux jours, deux semaines, dix mois, vingt et un mois.

Saint-Martin-de-Brômes se trouve à une heure et demie de marche, ils n’habitent pas trop loin, on peut aller leur rendre visite pour les aider.

 

dronepicr, CC BY 2.0 via Wikimedia Commons


Que faisait Joseph au bord du Verdon, le mercredi 2 mai 1781 ?

Allait-il pêcher des écrevisses ? L'eau est haute au début du moi de mai, a-t-il glissé sur les galets, emporté par des tourbillons dangereux ?

 

Il a été « trouvé sur le bord du Verdon, où il a eu le malheur de se noyer. »


Quel drame pour la famille ! Son père est dévasté, il perd son fils ; comment continuer à s’occuper du négoce ? Il doit pourtant aider sa belle-fille veuve à élever le petit, qui hélas mourra à trois ans.

 

L’année suivante, le 26 septembre 1782, c’est le cadet Joseph Paul que l’on enterre. Il était prêtre vicaire sur la paroisse d’Esparron. Il avait 26 ans. Outre l'officiant du lieu, deux de ses confrères se sont déplacés : le curé de Quinson et celui de Brauch, signe que messire Gayde était apprécié comme un homme important. Il devait faire la fierté de la famille.

 

Dominique Dardenne, CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons


En 1813, leurs parents ne seront plus présents dans l'église d'Esparron pour pleurer leurs deux filles.

Élisabeth est revenue habiter à Esparron, en sa maison rue de l’hôpital, c’est là qu’elle mourra le 1er août, seulement dix jours après sa petite sœur Marie-Christine.


 Allons au bord du Verdon :

à Quinson,

Passer le pont du Verdon

Noyé dans le Verdon

2025-07-05

Comment faire pousser une branche ?

  

À la pointe de l’épée

Je me suis hissée à la génération XI. J’ai demandé à Pierre Destas, maître fourbisseur et batteur d'épées, d’affûter ses outils pour me montrer les branches supérieures de notre arbre.

Il choisit une épée et pointa tout en haut, mais il demeura muet en touchant des cases qui restaient blanches.  

 


Je connaissais Edme et Anne, les parents de Marie Louise Mauprivé (sosa 1639).

Impossible de comprendre pourquoi ceux de son époux Pierre m’échappaient. Les différents index des archives des notaires de Paris ne révélaient rien.

 

Faire appel à une amie

Grâce à l'aide d'Hélène que je remercie, j’ai pu remonter à la génération mystérieuse. Elle a consacré une partie de son temps lors de recherches dans les archives de notaires. Elle a trouvé le contrat de mariage que Pierre et Marie Louise ont signé le 25 octobre 1678, à Paris.

 

1678, Pierre Destas et Marie Louise Mauprivé


Pierre a pour parents : Jacques Destas et Jacqueline Trossart.

Jacqueline est ma sosa 3277, je pourrais la nommer Jacquotte, car on l’appelle ainsi sur l’acte de mariage de son fils Jacques.

 

Jacques et Jacqueline

Mon ancêtre Pierre est entouré de plusieurs Jacques : son père, son frère qui doit être l’aîné, son grand-père maternel, lequel a nommé sa fille Jacqueline et son fils Jacques. Et bientôt, sans grande surprise, j’inscrirai son grand-père paternel avec ce prénom.

 

Jacques et Jacqueline se sont mariés le 12 février 1641 à Orléans.

1641, Jacques Destas et Jacqueline Trossart 


Orléans

Voilà une surprise ! Mes ancêtres ne m’avaient pas préparée à entreprendre des recherches dans cette cité où je ne suis encore jamais allée.


Alors, c’est parti pour une visite virtuelle de la ville en promenade sur les bords de la Loire.

J’ouvre les archives du Loiret afin de mener mon enquête.

Jacques et Jacqueline se sont mariés dans l’église Saint-Paul dont il ne reste actuellement que le clocher.


Par chance, une étude sur les familles orléanaises s’intéresse au patronyme Destas, de Stas, d’Estas. Parmi des personnages listés en vrac, je reconnais mon ancêtre Jacques deSTAS. Il est huissier au bailliage d’Orléans et paroissien de L’Alleu Saint-Mesmin.

C’est l’occasion d’apprendre le terme alleu qui désigne une terre n’appartenant pas à une seigneurie, ce qui est implique que les résidants n’ont pas à payer d’impôts à un seigneur.

 

Ne négliger aucune piste

J’explore les rares renseignements pour relier des éventuelles fratries et j’ouvre les registres de différentes paroisses d’Orléans : Saint-Paul, Saint-Paterne, Saint-Pierre-Ensentelée, Saint-Sulpice, Saint-Liphard, Notre-Dame de la Recouvrance. Ces noms jamais entendus me ravissent ; tout apparaît nouveau pour moi à Orléans.

 

Lorsque Jacques, le frère de mon ancêtre Pierre se marie, deux de ses cousins germains sont témoins.

Je fais l’hypothèse que Pierre Ytasse est le fils d’une tante qu’il faut alors trouver. Effectivement, Jacques et Jacqueline assistent au mariage de Marie Destas. Cet acte devient particulièrement intéressant puisqu'il me permet de connaître le nom des ascendants à la génération XIII.

 

Remonter plus haut

Jacques est le père de Jacques, sa mère est Marie Pisseau.

Jacques Destas officie comme sergent royal au Châtelet d’Orléans.

Place du Châtelet à Orléans

Ces familles n’ont guère laissé de traces, et je n’ai pas accès aux actes de notaires.

 

Des cousins, officiers à Versailles 

J’ai approché les gens travaillant à Versailles à l’occasion de mon challenge Az, Ancêtres à Versailles.

Ils se situent du côté paternel de mes enfants. Je ne m’attendais pas à ajouter de mon côté des cousins certes éloignés assurant des fonctions dans la maison du roi.




Les descendants de Jacques, fils de l’aïeul Jacques Trossart ont fait fortune, ils se présentent comme des riches marchands bourgeois d’Orléans. René, le cousin germain se distingue par l’achat de la seigneurie et du château de la Turpinière. Même si ce sont des branches collatérales, cela reste très atypique dans cet arbre de ma forêt.

René, le fils de René est chef de l’échansonnerie et du gobelet du roi de 1694 à 1720. Si j’avais eu cette information inattendue, j’aurais pu le raconter dans le billet : chef de gobelet de vin du roi, qui concerne un autre cousin.  

René le fils du fils de René est fourrier ordinaire des logis de 1734 à 1742. Cet officier précède en voyage les princes et les hauts personnages, il est chargé d’assurer les logements.

Les Trossart, pour s'élever de niveau social, ont donc acheté des offices, ils remplissaient leur fonction en travaillant à Versailles par quartier et ils rejoignaient Orléans le reste de l’année. 



Si je convoquais mes ancêtres paternels à la X et XI et XIIe générations, les pêcheurs et jardiniers marseillais seraient fort surpris de se retrouver dans cette compagnie de bourgeois d’Orléans. Les bouts de branche et leurs rameaux cachés nous étonnent. 

 

Voir aussi

Pierre Destas dans son atelier de maitre fourbisseur

https://www.briqueloup.fr/2023/11/un-fourbisseur.html

 

 

Sources

https://www.geneanet.org/bibliotheque-genealogie/viewer/1649814?name=DESTAS&with_variantes=0#page=398