2020-10-18

Rosalie Mothère est-elle la mère ?


Les précédents billets de la série Paul Blanc méritent d’être complétés. Ils posent des questions que mes amis du groupe FB Généalogie et histoire en Provence m’ont aidé à préciser pour éclairer des épisodes de la vie de cet artiste.

Ses voisins :

Paul Blanc passe pour un original, déplorent ses voisins, et parmi eux mes trisaïeuls ont pu le constater.

Peintre et surtout graveur, il a pour sujet de prédilection les mendiants qu’il attire dans notre village, ce qui dérange et fait jaser. « Ils le craignaient et sa haute sature leur en imposait » affirme son ami.

Son ami :

Valère Bernard, le parrain de l’enfant qui est baptisé en juin 1885, raconte ce curieux baptême organisé par son ami Paul Blanc. Il décrit sa femme, bonne, douce, petite, effacée, déjetée. 

Sa femme :

Il est temps de s’intéresser à Rosalie Mothère, elle porte un patronyme singulier, j’oserais dire : féminin. Rosalie est la mère du premier fils de Paul Blanc. Comment expliquer que le second soit déclaré, né de père inconnu et de mère inconnue, puis reconnu par le couple comme étant leur fils naturel ? Cette question nous a intrigués.

Rosalie a 28 ans de moins que Paul Blanc. Dans les recensements de 1891 et 1896, elle fait fonction de domestique. En 1901, elle est désignée comme son épouse. Mais je n’ai pas trouvé d’acte de mariage entre 1896 et 1901 à Saint-Julien ni à La Verdière.

Le biographe* dit que Rosalie est orpheline.

Elle est née à Vienne en Isère le 21 août 1864. Son père qui travaillait comme scieur de long signe cette déclaration.

Peut-être a-t-elle été élevée dans une institution religieuse qui l’a éduquée. Sa signature est affirmée et très appliquée (en 1912, au mariage de son fils Pierre).

Lorsque Pierre est né, le 19/11/1888, Paul Blanc le déclarant, reconnaît en être le père. Rosalie, la mère est domiciliée avec lui à Gréoux. Elle s’occupait de la maison, mais ce n’est pas une profession. Paul la considérait-il comme une domestique ? 

Pourquoi le second fils, que Paul déclare né chez lui, de père et de mère inconnus, n’est-il reconnu par ce couple que trois jours après sa naissance ? C’est vraiment un mystère qui a suscité plusieurs questions dans les commentaires de l'article précédent. Cela nous donne l’occasion de mieux comprendre la vie de Paul et de Rosalie qui sont sans doute ses parents naturels.

Paul Blanc,
projet de couverture pour un recueil de  gravures 


Le témoignage de leurs enfants* fait vivre un couple accordé. La jeune femme aimait son artiste de mari. Il passe pour un homme cultivé, il a étudié aux Arts décoratifs, puis aux Beaux-arts, à Paris, il a eu pour maîtres des peintres célèbres qui ont apprécié son travail. Il a effectué plusieurs voyages en Italie, il raconte avec enthousiasme cette vie de bohème. Il est issu d’une famille d’avocats et de notaires dont il héritera. Plusieurs de ses amis sont des personnalités connues dans le milieu artistique, ils font son éloge, l’aident et lui proposent des projets d’expositions. Il est reconnu pour la qualité de ses œuvres, hélas, il ne vend guère, car les sujets des mendiants qui le passionnent ne paraissent pas attrayants. Rosalie vivait donc entourée de miséreux et recevait aussi des artistes, peintres, poètes et autres qui leur rendaient visite. « Un peu naïf aussi. Il reçoit dans sa montagne, où il est considéré comme une curiosité, la visite des touristes » dit le journaliste Charles Chincholle.

Son ami Valère Bernard écrit « je me rappellerai toujours ce géant […]. Il avait du paysan la démarche lourde et le maintien gêné, mais sa figure expressive et belle, toute d’énergie dénotait une nature supérieure, elle imposait le respect. »

Quant à Rosalie, elle l’aidait et essayait de lui rendre la vie agréable en faisant de son mieux. Paul convient que cela n’était pas facile de partager le quotidien de sa maison qui hébergeait continuellement des gueux, ainsi désigne-t-il les mendiants vagabonds. On se rappelle ce qu’il confiait à ses amis : « Ce n’est pas pour le leur reprocher, mais du 1er janvier au 31 décembre, ma jeune famille et moi sommes littéralement dévorés par la vermine. Sitôt que nous sommes débarrassés de celle du dernier modèle qui vient de nous quitter qu’un autre plus intéressant nous arrive, avec sa surcharge de petites bêtes qui, en quelques heures, ont vite fait de nous envahir tous. ». Et là, j’aimerais vous faire remarquer la tendresse de l’expression « ma jeune famille et moi » qui laisse penser que son épouse, qui n’est alors plus sa domestique, est placée comme une partenaire de son projet d’artiste.

Paul Blanc

En 1901, il part en Italie avec sa femme et ses deux enfants, c’est un pays où le peintre avait séjourné dans sa jeunesse et il rêvait d’y retourner. Le voyage est écourté par le décès de la mère de Paul.

Rosalie devait être fière de lui, en 1906, il expose six études à l’Exposition coloniale de Marseille. La ville lui achète dix eaux-fortes que possède le Musée des Beaux-arts.

Paul Blanc en 1906

Hélas, le vieil homme perd la tête, il divague et se fourvoie dans les chemins, sa femme et ses fils doivent se résoudre à le faire interner à l’hôpital psychiatrique d’Aix-en-Provence, où il meurt, le 1er juillet 1910.

La série de billets sur Paul Blanc :

Un voisin original

Un curieux baptême en 1895

Paul Blanc peintre graveur

Source:

*Jean Marzet, Paul Blanc et ses mendicanti : d’après des documents recueillis par Eugène Hoffmann et les fils de l’artiste, Paris, Valère Blanc, 1959, 180 p.

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