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2025-11-01

A_ Archives privées

 

Confier des fonds d’archives privées aux services publics est la meilleure façon de les conserver et de les partager.

Archives du Rhône et de la métropole de Lyon
SashiRolls, CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons


On trouve aux Archives du Rhône et de la métropole de Lyon, sous la cote 44 J, des dossiers étonnants.

Le fonds de la famille de Chaponay est assurément, aujourd’hui le plus beau fonds d’archives privées conservé dans les archives départementales du Rhône.

Cette phrase est l’incipit de l’avant-propos, écrit par le conservateur qui présente ce fonds.

Il précise plus loin que « l’historien des institutions et des événements politiques bénéficiera […] de la correspondance de Pierre Antoine Barou opposant à la réforme Lamoignon de 1788, et de la correspondance d’un certain Deschamps, envoyée de Versailles entre 1789 et 1790. »

 


Pierre Antoine Barou est mort, victime de la Révolution en 1793. Jeanne Marie Durand de Châtillon lui survivra jusqu’en 1832.

Le couple n’avait pas d’enfant, c’est Marie Antoinette, la nièce de Jeanne Marie qui héritera de sa tante. En épousant le marquis Pierre Anne de Chaponay, le 17 décembre 1795, elle entre dans une famille lyonnaise réputée pour être des plus anciennes.

Ses descendants sauront conserver les archives de la famille Barou et celles de la famille Chaponay. Ils ont fait aménager une salle située dans la tour du château de la Flachère. Les documents sont remis en dépôt aux Archives du Rhône en 1978 et l’État en fait l’acquisition.  



Marie Antoinette, promise à Pierre Anne de Chaponay, a réussi ce que l’on appelait à l’époque un beau mariage. Cette alliance avec une famille de notables apparaît intéressante socialement pour la famille Durand; aux Chaponay, elle apporte en dot le domaine de Châtillon. Les enfants de Marie cumulent les avantages, puisqu’elle est fille unique et qu'ils hériteront de leur grand-oncle oncle et de leur grand-tante.

 

Pierre Anne de Chaponay écrit, à la tante de sa fiancée, une lettre absolument parfaite.


Lyon 14 frimaire an 4

Madame

Monsieur de Châtillon votre frère vient de me faire l’honneur de m’accorder la main de Mademoiselle sa fille, oserais-je espérer Madame que vous approuverez son choix et que vous voudrez bien m’accorder votre amitié, je ferai tout ce qui dépendra de moy pour la mériter, soit en rendant Mademoiselle votre nièce la plus heureuse qu’il dépendra de moy, soit en allant au devant de tout ce qui pourra vous être agréable.

Je vous prie Madame de recevoir 

l’assurance du respect avec lequel je suis

Votre très humble et très obéissant serviteur

Chaponay l’ainé                   

Ma mère et mes frères vous prient de recevoir leurs hommages

 

On a envie de croire qu'il a tenu la double promesse de rendre sa future femme heureuse et de s’occuper de la tante qui avait bien besoin d’être entourée. Jeanne Marie avait alors 45 ans, elle se trouvait veuve depuis deux ans, comme d’ailleurs la mère de Pierre Anne. Leurs époux sont morts sous la guillotine en 1793. Lyon était en ruine.

Jeanne Marie a proposé à sa nièce, son mari et leurs quatre enfants de loger dans le deuxième étage de son hôtel particulier au n° 4 rue Saint-Joseph. Son petit-neveu, Antonin recevra en dot cet immeuble et saura conserver les archives des Barou du Soleil.  

C’est grâce à eux que je peux documenter la vie de Pierre Antoine Barou du Soleil.

Je vais lui dédier mon 11e ChallengeAZ

Vous découvrirez au fil de ces 26 articles quelques reflets de la vie d’un gentilhomme du XVIIIᵉ siècle, dont le patronyme, sans être noble, rayonne d’un charme poétique, éclairé par l’esprit du siècle des Lumières. Le sieur du Soleil m’a captivée dès que son nom a pris place dans ma forêt de cousins. 



2025-02-14

De la tendresse dans les archives (2)


Pour fêter l’amour blotti dans les archives qui nous parlent de généalogie, j’ai continué d’explorer un fonds privé conservé aux AD du Rhône.

Voici une suite à l’article que j’avais publié il y a un an.

 

De la tendresse dans les archives (1) vous présentait la correspondance envoyée par Pierre Antoine Barou à sa femme Jeanne Marie.

 




Aimeriez-vous recevoir des lettres se terminant par ces mots ?

 

21 juin 1783

Je t’embrasse de toute mon âme, et comme la meilleure amie de mon cœur, qui est tout à toi.

 

Les très belles formules qu’il emploie témoignent d’une exquise politesse envers sa femme.

Même s’il les répète souvent et presque systématiquement, Pierre Antoine se montre craquant. Je ne résiste pas au charme de ce gentilhomme du 18ème siècle.

 

Son épouse tient à lui, elle reçoit ses lettres avec plaisir, elle s’intéresse à tout ce qu’il lui raconte de sa vie, de ses voyages, de ses séjours à Paris, de ses rencontres. Elle espère qu’il lui demeure fidèle. Mais comme elle, j’ai quelques doutes. C’est un homme séduisant soignant sa mise, ses bas de soie, ses cheveux poudrés. Tel un avocat, il est beau parleur. Mélomane accompli, il joue du violon. Cet homme de lettres érudit possède une importante bibliothèque que nous visiterons plus tard. Il mène une vie sociale intéressante, voire éblouissante.

Il peut conter fleurette dans leur langue aussi bien à une Anglaise qu’à une Italienne, et les Françaises lui plaisent aussi.

 

Celle qu’il préfère, c’est sa femme qu’il a choisie et épousée le 9 mars 1770 à Lyon. Jeanne Marie n’est pas aussi cultivée que lui, mais il la considère comme sa « bonne et tendre amie » et sa confidente. 


4 avril 1785

Adieu, ma bonne et tendre amie,

Je vais porter ma lettre moi-même pour être assuré qu’elle partira –

Donne de mes nouvelles à mon père ;

J’aurais soin de t’écrire souvent et longuement, et je te manderai tout ce que je croirai propre à t’amuser. Ménage bien ta santé ; Sois bien tranquille sur la mienne, et reçois les baisers que je t’envoie du profond mon cœur. Mille choses aux amis.

 

Pierre Antoine lui raconte ses sorties dans les théâtres parisiens, à l’Opéra, en détaillant ses critiques comme un connaisseur. Il lui confie quelques secrets sur les personnes qu’il rencontre.

 

1783 Sortie de l'Opéra


Il lui écrit presque tous les deux jours. Il termine sa lettre au bas de la quatrième page, avec des baisers; sans jamais signer.

 

Je bavarderais plus longtemps mais le papier me manque. Mille tendres baisers.

 

22 avril 1785

Je t’envoie mille et mille baisers.


30 avril 1785
Ou encore, en anglais : Thousand kisses from my heart.


28 juin 1783

Les baisers que je t’envoie, et qui partent du fond de mon cœur t’arriveront surement.


15 juin 1783

 que tu continues à m’aimer, et je suis heureux. Je t’embrasse du plus profond de mon cœur.


Jeanne Marie a continué à l'aimer. 

Il est poignant le chagrin qu'elle éprouve après la mort de son époux, guillotiné en décembre 1793. Elle pleure son amour perdu, elle écrit sa peine dans son journal intime dont je vous ferai lire quelques lignes.


Ce billet est inspiré par le généathème "L'amour dans les archives !"


J'ai rencontré Pierre Antoine Barou du Soleil :

A Versailles, qui voulait-il rencontrer ? 

Dans le ciel de Lyon 

Dans la série L : administration et tribunaux de la période révolutionnaire

J'ai détesté : Les dénonciateurs qui ont provoqué son arrestation

Jeanne Marie a gardé (fonds privé aux AD 69)



Le ChallengeAZ 2025 lui est dédié 



2018-11-01

A_ Archives et promenades à Lyon


Je vous invite, tout au long de ce #ChallengeAZ, à m’accompagner lors de mes promenades dans les rues de Lyon. Je ne suis pas native de cette ville, mais depuis que je m’intéresse à la généalogie de la grand-mère paternelle de mes enfants, que je fréquente les archives et que j’en comprends l’histoire, alors je me sens lyonnaise.


Les Archives de Lyon, nous révèlent, derrière cette façade de verre, des ancêtres qui demeurent à Lyon depuis treize générations. Les registres conservent leurs actes d’état civil depuis le XVIe siècle. Le plus ancien que nous ayons trouvé est celui de Jehan Margaron. Il y a 409 ans, il épousa Marie Gay le 26 octobre 1609.
http://www.archives-lyon.fr/

Les Archives départementales du Rhône gardent précieusement dans ces magnifiques bâtiments dorés leurs contrats de mariage, leurs testaments, les hypothèques... Tant d’autres dossiers concernant nos ancêtres et leurs cousins restent à découvrir. 



 Je marche dans les rues de notre ville. Je m’arrête en levant les yeux devant les vieilles maisons, les fenêtres des immeubles, les églises, les cimetières, les clochers de la Charité et celui de Fourvière… Je peux vous guider sur lieux où les anciens ont laissé des traces.
http://lyon-en-1700.blogspot.com/
Les époques se superposent, comme les calques sur une carte. Alors, je traverse des fragments de temps du XVIe siècle, à nos jours, en reconstituant les branches de l’arbre généalogique.
J’essaye de suivre quelques silhouettes qui se pressent pour rentrer dans leur demeure avant la nuit, tandis que la cité se ferme le soir avec les chaînes pour barrer la Saône.

Mais inexorablement, le bourg s’avance, il s’étend au-delà des remparts et sur l’autre rive du Rhône. Lyon annexe la Croix-Rousse, s’allonge vers la Confluence.

Lyon vue par le cosmonaute Thomas Pesquet

Découvrons Lyon : l’espace d’une ville, le temps d’une vie, des ancêtres passent, des voix murmurent.
Écoutons-les de A à Z.


Pour voir la liste avec les liens des 26 billets de A à Z, c'est sur cette page :

2017-10-16

Fabien Arcelin, un radiologue pendant la Grande Guerre

Les rayons X

Le jeune étudiant se passionne pour les rayons X, la recherche est encore récente puisque les rayons X ont été découverts en 1895.
Fabien a soutenu sa thèse de médecine le 7 février 1906, à Lyon. Dans le laboratoire de l’Hôtel-Dieu, avec d’Etienne Destot, son directeur de thèse, il perfectionne les techniques de radiographie pour étudier les pathologies du cœur et son travail intéresse le milieu médical, car les applications sont prometteuses.
En mai de cette même année, il est nommé chef du Laboratoire de Radiologie de l’Hôpital Saint-Joseph à Lyon.

Les 5 pionniers de la radiologie à Lyon

Fabien est le plus jeune des cinq les pionniers de la radiologie : 
Etienne Destot, Victor Despeignes, Antoine Bouchacourt, Claudius Regaud. 
Ils sont actuellement mis à l’honneur dans l’exposition Rayons X aux Archives de Lyon.

Fabien Arcelin 1918

Entre 1914-1919 pendant la Grande Guerre

En 1914, Fabien a 41 ans.
En juin 1914, participant à un congrès d'urologie, il envoie des cartes postales à sa femme depuis Berlin.

Mais les événements vont se précipiter dans les semaines suivantes.

Le 19 juillet, naissance de son premier enfant Élisabeth.

Du 27 au 30 juillet, pendant l’Exposition Internationale de 1914 qui se tient à Lyon,  il est rapporteur du 7e Congrès International d’Électrologie et de Radiologie Médicales. Dans le grand amphithéâtre de la faculté de médecine, il donne une communication intitulée : Phénomènes cutanés tardifs dus à la radiothérapie.

Quelques jours plus tard la guerre est déclarée, les collègues allemands, avec lesquels il travaillait, rentrent chez eux dans un pays qui devient ennemi.
Le 2 août, les médecins sont tous mobilisés, Fabien est affecté au service radiologie et au centre vaccinogène de l’Hôpital Desgenettes à Lyon qui se trouvait alors sur les quais de Rhône (à l’emplacement de l’actuel  Sofitel).
Sa fiche matricule[1] est riche de renseignements sur ses responsabilités pendant cette période #1GM 

Le 28 décembre 1916 désigné pour équipage radiologique n°2 _1e division technique
Le 27 octobre 1917 promu médecin major 2e classe

Il est démobilisé le 26 octobre1919.


Le travail d'un radiologue #1GM


C'est un travail particulièrement difficile car les blessés affluent à Lyon qui est une ville hôpital réputée pour la qualité des soins.
Le docteur Arcelin contribue à perfectionner la radiologie et pratique la radiothérapie. Il améliore les instruments et le matériel, notamment la table radioscopique[1] «et surtout la rend moins dangereuse» comme on peut le lire dans cet article qui fait l'éloge avec humour.

Gazette médicale janvier 1916 source Gallica (note 1)
Le radiologue est un assistant essentiel pour le chirurgien, son fluoroscope aide à voir les zones à opérer, les balles et même les minuscules éclats d’obus à extraire.


Voici quelques cas, relatés dans La Gazette médicale de Lyon, (source Gallica)
parmi tous les blessés qu’il a contribués à sauver il y a ces hommes :
Soldat M , blessé le 30 décembre 1914. La radiographie pratiquée par M. Arcelin montre une balle de fusil dans la région ombilicale, bon rétablissement après l’opération.
Soldat blessé le 24 août 1914 déplacement de la balle dans la vessie qui a pu être localisée par la radiographie, le malade est opéré le 27/05/1915


Ses confrères sont élogieux mais le docteur Arcelin a déjà compris les risques liés à l’utilisation des rayons X [3] . Il sera le premier à lancer, dès 1911, un sondage auprès de ses confrères sur leur danger.

Sa vie de famille entre 1914-1919


Pour une présentation aux Archives de Lyon, il se trouve que j’étudie actuellement un fonds de correspondance de 1914-18 qui nous donne quelques nouvelles de la famille de Fabien à cette époque. Marie, l’épouse d’un cousin de sa femme, écrit que Thérèse a plus de chance que la plupart des épouses de militaires, car son mari est resté pacifiquement à Lyon auprès d’elle. Bien sûr Marie n’est pas consciente du travail formidable du docteur Arcelin qui a sauvé tant de blessés.
Elle nous apprend qu’en 1918 Fabien travaille à l’hôpital de Valence où son mari est muté lui aussi.
D’ailleurs, la famille de Fabien et Thérèse va s’agrandir, en 1915 - 1916 et 1918 vont naître successivement Adrien, Suzanne puis Madeleine. Trois autres enfants arriveront les années suivantes. A eux sept, ils constituent ce que leur père, trop occupé professionnellement pour les guider, appelle « ma meute ».

Fabien Arcelin est chevalier de la Légion d'honneur le 20/06/1920.

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Les pionniers Lyonnais des radiations, Fabien Arcelin

Voici la vidéo réalisée par Amaru et le professeur Nicolas Foray, pour le Centre de cancérologie Lyon Bérard. 
à voir sur  YouTube :


                                              
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Sources 
[1] AD71_1R_1896_4779_D

Pour lire l'article intégralement sur Gallica :
Le précédent billet montre la ligne de vie de notre grand-père

Dans le billet suivant , vous lirez ses lettres de collégien précoce

et vous ferez la connaissance de l'élue de son coeur

2017-10-09

Fabien A. ligne de vie


Puisque les Archives de Lyon[1] nous invitent à l'exposition Rayons X[2]
qui met à l'honneur les pionniers de la radiologie à Lyon,
il est temps de rendre hommage à Fabien Arcelin, l'arrière grand-père de nos enfants.

Fabien A

Pour aborder son histoire, le modèle qui s’impose c’est la ligne de vie.
Depuis que j’ai vu celles proposées par Élise[3], je me sers d’un tableau Excel pour mettre en ordre les dates, les événements, les sources. Ainsi commence à se dessiner son parcours.



J’ai cherché un logiciel pouvant inclure les photos dans une timeline.
J’ai testé TIMEGRAPHICS qui permet de créer une chronologie online.
Le résultat reste intéressant, même si je n'ai pas eu la possibilité de l'adapter comme je l'aurais voulu. On peut regretter que les photos soient minuscules, l’obligation de mettre des dates précises n'est pas ce qui conviendrait lorsqu’on ne connait qu’approximativement l’année du cliché. Je regrette de ne pouvoir intégrer un document de meilleure qualité sur ce blog. Mais le design est attrayant si on zoome sur la chronologie en ligne.

Voyez le résultat de la timeline,  il est provisoire, car elle va s'étoffer d'événements et de photos.



Fabien Arcelin a vécu entre 1875 et 1942

Ses descendants le confondent trop souvent avec son père Adrien, appelant ce dernier "Le Grand-Père". Ils connaissent peu de choses de sa vie, car les exploits de ses filles effacent cet homme qui a pourtant réalisé de belles choses.

Moi même, j'avoue ne pas savoir toujours attribuer son nom sur les photos où il faut veiller à le différencier de son père. Et voilà qu'au moment de les choisir pour ce billet, j'ai des doutes sur la plupart des portraits.

Ce projet va nous permettre de rechercher des histoires de sa vie et de vous en faire le récit (si j’y arrive.)

Quelques billets dédiés à Fabien:


Sa passion pour l’archéologie

Auriez-vous d'autres suggestions pour intégrer une timeline  avec des photos de meilleure qualité ?





2017-06-19

P _chateau de Pierre Scize


S’il n’avait pas été démoli pendant la Révolution, 
je pourrais voir de chez moi le château de Pierre Scize.



Il ne faut pas croire qu'il porte le nom d’un homme célèbre. 

Pierre c’est le rocher sur lequel il est construit, il surplombe la Saône. 

Scize signifie que cette pierre est coupée, les ciseaux devaient être géants.



Cette forteresse fut construite au Xème siècle.
À la fin du XV, elle servait de prison; l’esprit de prisonniers célèbres flotte sûrement dans le quartier, parmi eux le marquis de Sade.


Prise par la foule en 1791, cette bastille lyonnaise fut détruite en 1793.


(en 100 mots)

2017-06-17

O_Ossuaire pour un rendez-vous Ancestral

 
Le RDVAncestral et le Challenge AZ se combinent pour une visite originale et digne d’un cauchemar.  
J’ai rendez vous avec Gaspard, vous savez le vieillard qui a été guillotiné le 21/12/1793.

C’est une agréable journée de juin, arrivée en avance devant la chapelle Sainte-Croix, je me pose au milieu d’un merveilleux jardin où les oiseaux chantent avec enthousiasme et volettent entre les fleurs et les lauriers roses agités par la brise chaude. Le soleil fait briller les ardoises du clocher. Tout invite au bonheur de vivre.

Chapelle expiatoire des Brotteaux, Lyon

 
Et pourtant c’est un Rendez-vous Ancestral effroyable auquel je me prépare.
L’odeur caractéristique des vieilles églises, mêlée d’encens et d’humidité arrive par bouffées pour me rappeler qu’il est temps d’entrer.
L’escalier en spirale nous fait pénétrer dans les profondeurs d’outre-tombe, il fait de plus en plus froid.
Dans la crypte, le choc est terrible, je savais pourtant que j’allais rencontrer Gaspard perdu dans cet amas d’os, de crânes, de tibias, de clavicules… Tant de crânes empilés, des crânes dont les orbites nous regardent avec leurs yeux absents.
 
Où se trouve Gaspard ?



Le prêtre qui nous guide explique la Révolution et le siège de Lyon. L’ossuaire conserve les reliques de 2000 victimes, tuées entre octobre 1793 et avril 1794, dont la liste avec les noms, âge et professions est affichée dans la chapelle expiatoire.


 
Gaspard Margaron est entouré de Lyonnais de toutes conditions sociales, des ouvriers en soie, des marchands, des commis, des domestiques, … quelques nobles, mais surtout des innocents.
Paradoxalement, Gaspard devient l’ancêtre dont je retrouve le plus de traces. Même si je ne peux identifier ses os, je me dis que l’un de ces crânes a pu me faire un clin d’œil alors que je me recueillais devant l’ossuaire.




A consulter sur Gallica (attention il y a des inexactitudes généalogiques)
  • Tableau général des victimes & martyrs de la Révolution, en Lyonnais, Forez et Beaujolais : spécialement sous le régime de la Terreur, 1793-1794  par Antonin Portallier 

Dans cette liste, et donc dans l'ossuaire, reposent :


2017-06-16

N_Noms des dénonciateurs et des dénoncés

 
Concernant l'époque de la Révolution française, parmi les listes innombrables, il en est une, fort étonnante, qui rassemble côte à côte les dénonciateurs et les dénoncés.


Voici les premières lignes de ce livret, imprimé à Lausanne en 1795 :
« Plusieurs Citoyens de Lyon, qui s’étoient réfugiés dans notre ville, et à qui nous avons donné l’hospitalité pour le soustraire à la hache triumvirale, nous ont fait parvenir, après leurs retours dans leurs foyers, les listes de dénonciateurs et dénoncés, avec prière de les faire imprimer. Nous avons acquiescé à leur demande et nous sommes persuadés que non seulement nous rendions service aux braves Lyonnais, en publiant ce recueil qui leur fera connoitre les bons et les mauvais Citoyens, […] »

Assurément ce document est important pour le généalogiste qui travaille sur cette période.
Les noms sont rangés par adresse, et l’on remarque tout de suite que les dénonciateurs de la première colonne habitent le même quartier que ceux qu’ils dénoncent.
 

On retrouve Pierre Antoine Barou du Soleil dont je vous ai raconté l’histoire. Son nom apparaît trois fois (p.15, p.24 et p.25) dénoncé par différents commissaires.

La famille Margaron a été éprouvée puisque le père, Gaspard fut guillotiné. Le patronyme figure sans le prénom mais je sais que ses fils Antoine, Jacques et André se sont enfuis en Suisse. (voir E_Emigrés) Ils étaient partie prenante dans la publication de ce livret à Lausanne.
On voit : p.37 section de la Croisette : Margaron_ p.61 section de rue du Buisson : Margaron
p.8 section de la Côte : plusieurs commissaires ont dénoncé Jacques Margaron et son beau–frère François Lupin qui a été fusillé.


« La dénonciation est une vertu républicaine » 
Cette phrase est inscrite dans le procès de Gaspard Margaron.

Chaque dénonciation rapportait 30 frs au dénonciateur.


Après la Révolution, une soixantaine de dénonciateurs ont été placés dans les prisons pour les soustraire à la colère des lyonnais. Un groupe d’hommes, réunis place Bellecour, se mit en marche, traversa le pont sur la Saône et arriva devant la porte des prisons de Roanne. Les gardes eurent à peine le temps d’analyser la situation : s’ils barrent l’entrée, ce sera un bain de sang violent, s’ils livrent les prisonniers, il n’y aura pas de pitié pour les dénonciateurs. 
Vous devinez la suite de l’histoire …


Source : Livres numériques à télécharger 

  • Liste générale des dénonciateurs et des dénoncés, tant de la ville de Lyon que des communes voisines et de celles de divers départemens de l'imprimerie de la Société typographique, 1795 -108 p.


  • Compte rendu aux sans-culottes de la République française, par très-haute, très-puissante et très-expéditive dame Guillotine contenant le nom de ceux à qui elle a accordé le passeport pour l'autre monde
http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb31473440q

Parties 3 et 4 concernent Lyon. Et par chance : 
"Antoine Margaron, âgé de 42 ans , né à Lyon, dept du Rhône, place des Cordeliers, marchant de gaze, commandant de bataillon, condamné à mort et non exécuté, attendu son évasion ".




  • Nom des 15 scélérats échappés des prisons de la Maison commune, le 21frimaire de l'an II : mercredi 11 décembre 1793 
https://books.google.fr/books?id=5MM7AQAAMAAJ&pg=PA205&dq=Papiers+in%C3%A9dits+trouv%C3%A9s+chez+Robespierre

Où l'on voit l'évasion d'un des frères Margaron 35 ans ; bel homme, visage plein et rond, marchand de gaze, 5 pieds 7 pouces