2026-07-18

Magdalaine marraine

 

Pour ce Rendez-vous Ancestral, j’ai bien envie de rencontrer Magdalaine, afin de lui demander de m’aider à dénouer les entrelacs qui me lient aux cousins vivant dans mon village. Nous nous connaissons depuis l’enfance et ignorions que nous possédions des ancêtres communs. C’est en recherchant qui a fait pousser ces oliviers que j’ai pu tisser des liens.



Magdalaine Allier est une de mes ancêtres préférées, (sosa 429 à la génération IX).

Je sais où la trouver le samedi 20 février 1790. Je me rends à l’église de Saint-Julien où l’on célèbre un baptême.


Magdalaine tient dans ses bras un tout nouveau-né dont elle est la marraine. François Berne est né la veille. A la fin de la cérémonie, sans vouloir rester trop longtemps sur la place de l’église, elle nous invite à aller chez elle.

-  Je vais vite porter ce pitchounet à sa maman, évitons qu’il prenne froid. Le mistral est glacial, allons nous réchauffer à l’auberge. J’ai préparé du vin chaud et Cécile a apporté des pompes à l’huile pour vous régaler. 


J’accompagne Magdalaine ; à 54 ans elle apparait toujours vive, elle marche d’un pas rapide, la maison n’est pas loin.

Elle me dit qu’elle est fière d’avoir été choisie pour marraine.

Il y a deux ans, c’était son premier petit-fils Pierre François Audibert qu’elle portait sur les fonts baptismaux.


écomusée Esparron-du-Verdon

La visite est sympathique chez la jeune accouchée qui se repose, autant qu’elle peut, car les deux aînés babillent, Marie a juste trois ans et André commence à marcher.

Thérèse, la belle-fille de Magdalaine se tient auprès d’elle pour l’aider, je comprends l’amitié qui lie les deux jeunes femmes voisines.

Magdalaine Gabrielle a 21 ans, elle est déjà mère de trois enfants. Le second de Thérèse ne va pas tarder à s’annoncer.

Pendant que la mère allaite le petit qui commençait à avoir faim, nous causons un moment, assises sur le radassier dans la pièce à côté.

Je remarque que Magdalaine a le même prénom qu’elle.

- Bien sûr, c’est moi qui lui ai donné son second prénom, je suis sa marraine. Magdalaine Gabrielle Gaillardon est ma nièce.

- Oh ! C’est ta nièce ? Je pensais que c’était une voisine, une amie qui t’avait choisie pour marraine de François. Il faudra m’expliquer…


écomusée Esparron-du-Verdon

Thérèse prend le nouveau-né emmailloté pour le déposer dans le berceau. Il va s’endormir repu et fatigué.

Magdalaine presse sa belle-fille :

- La cousine et son petit ont besoin de calme. Et, on nous attend pour boire à leur santé.


Nous atteignons rapidement notre maison un peu plus bas dans le village.

En m’effaçant pour la laisser entrer la première et pousser la lourde porte, je lui dis que je pense souvent à elle qui habite dans ma maison.  

- Je suis arrivée ici, il y a vingt ans lorsque j’ai épousé Jean Audibert, le 28 avril 1761. Nous avons passé cinq ans ensemble, nous avons eu quatre enfants. Hélas il n’a même pas eu le temps de connaitre François, ton aïeul.


L’ambiance est chaleureuse, parents et amis de la famille sont rassemblés devant un bon feu qui crépite dans la grande cheminée. François et Cécile nous accueillent : Ah, vous voilà maman, nous attendions la marraine pour remplir nos verres !

 

Je m’approche pour féliciter Joseph Berne, l’heureux papa qui cause avec Cécile.

- J’aurais dû remarquer que vous étiez le témoin à son mariage, lui dis-je, je comprends que nous sommes liés par plusieurs alliances passées et qui vont s’accorder à l’avenir avec votre nouvel enfant.

Joseph semble un peu interloqué, nous levons nos verres fumants et trinquons.

Parfumé aux écorces d’oranges, avec  baies de genièvre, thym, et romarin cueillis dans la garrigue, le vin chaud nous met en joie.

Cécile est venue de Barjols pour féliciter sa cousine. Elle a trois ans de plus qu’elle, elles ont grandi ensemble. Elle ne pouvait manquer cette occasion de venir la voir. Son mari boulanger l’a chargée d’apporter les pompes à l’huile qu’il a faites. Elle nous offre ces gourmandises moelleuses au bon goût de fleur d’oranger.

Je rejoins Magdalaine qui met du bois dans le feu, elle me raconte :

- Quand ma sœur Marguerite s’est mariée à Saint-Julien, j’étais tellement contente. C’était une présence appréciée, puisque j’étais veuve depuis l’année précédente. La voir épouser un garçon d’ici était merveilleux. Nos sœurs et notre frère demeurent à Grambois, de l’autre côté de la Durance. Mon jeune beau-frère Joseph Rey, qui est aussi aubergiste, nous a beaucoup aidés, mais il habite loin. Bon, les noces de Marguerite et de François Gaillardon ont été un peu précipitées, car Magdalaine est arrivée en avril, quatre mois après. C’est vrai qu’il fallait vite profiter de la vie, hélas François est mort en octobre.


Gaillardon… Je dis que nous avons des ancêtres portant ce patronyme, ce sont des négociants aisés. 

- En effet, le père de François est le fils du cousin germain de mon défunt mari.

Alors, Magdalaine Gabrielle descend de deux couples de mes ancêtres, Gaillardon  à St-Julien et Allier à Grambois.



- Marguerite a quitté St-Julien, elle s’est remariée quatre ans plus tard avec un homme bien moins riche, il travaille comme salpetrier, ils habitent à Rognes, ils ont sept enfants.

- Oui, j’ai retrouvé la trace de Magdalaine Gabrielle, comme marraine de sa petite sœur.

 

- Nous sommes tellement heureux qu’elle soit revenue dans notre village, elle est entrée dans une bonne famille en épousant Joseph Berne, maître-chirurgien.

Entendant que l’on parle de lui, Joseph s’approche et me rappelle que ma remarque précédente l’a bien étonné. Magdalaine ouvre de grands yeux.

 

Alors je me permets de lui confier ceci :

- Puisque je connais l’avenir de ta famille, je vais t’annoncer quelque chose: François va épouser ta petite fille qui aura quatre ans de moins que lui.

C’est un oncle sympa, il nous a donné ces oliviers.