2021-08-25

Quatre Marie

Pour le Généathème incitant à fêter les Marie de mon arbre, je suis allée en Ardèche à Meyras.

En Ardèche , près de Meyras


J’ai d’abord esquissé un billet qu’il est devenu nécessaire de réécrire plusieurs fois.

1ère version

Je me permettais de faire des reproches à Marianne Auresche (sosa 189). Je l’imagine entourée de quatre fillettes accrochées à ses jupes.

Chère Marianne, manquerais-tu d’imagination ? Comment est-ce possible de donner le prénom de Marie à quatre de tes filles ?

Grand-mères, tantes, leurs marraines portaient ce prénom, mais ce n’est pas une raison suffisante, je le sais. Tu aurais pu avoir d’autres idées plus originales.




2ème version

Quelle vie ont eue tes enfants ?





Marie, l’aînée est morte à l’âge de 21 mois, le 13 décembre 1739.

Dans le registre BMS de Meyras, en Ardèche, sur la même page, le 23 décembre 1739, soit dix jours plus tard, on apprend la naissance d’Etienne. Je me réjouis que ce soit un garçon, espérant que les parents l’accueillent avec joie malgré leur deuil récent.

Le 23 mars 1741, nait la deuxième Marie dont nous perdons la trace.

Louis qui est mon ancêtre arrive le 3 août 1742.

Ensuite, vient la troisième Marie le 27 janvier 1745, elle ne vit que sept jours.

Puis le 3 juillet 1746, la dernière Marie pointe son nez. Qu’est-elle devenue ?


L’enfant accueillie trois ans plus tard est prénommée Catherine. Je ne sais pas si la famille en comporte d'autres que ces sept enfants. 

Je ne connais que le destin de Louis Bouschon (1742-1788) sosa 94, le fils du milieu.


Je me suis perdue dans les recherches de collatéraux, sans pouvoir affirmer le nom des parents de Marianne, même s’il me semble avoir trouvé un frère dont l’épouse serait une marraine de l’une des  Marie.

 3ème version

Marie est un prénom symbolique choisi avec soin par Etienne et Marianne.

La Vierge Marie, en bonne mère devait protéger ces enfants, c’est une remarquable précaution, mais elle n’a pas rempli sa mission.

Marianne a donné la vie, hélas la mort reprend les unes après les autres les fillettes fragiles. Quelle tristesse pour des parents !

4ème version

L’étude de Christiane Klapisch-Zuber [*] apporte des indices sur les formes de nomination en Toscane.

« L'urgence d'attribuer à nouveau le prénom d'un parent mort est spécialement ressentie, toutefois, dans le cadre étroit de la famille conjugale. Elle s'exprime d'abord par le report quasi automatique du nom de la première épouse du père sur la première fille qui naît d'une seconde union, avant toute attribution des noms des aïeules de l'enfant. »

Dans le cas de la première Marie, c’est sans doute son père qui a choisi de lui attribuer le prénom de sa grand-mère paternelle Marie Chambon, qui est aussi celui de sa première femme Marie Nurit.

L'auteur explique aussi que pour les nourrissons succédant à un aîné décédé, on disait à Florence : « Il est mort et je l'ai refait ».


Marianne et Etienne ont donc refait quatre Marie, avec beaucoup de prières pour leur porter bonheur.

Chère Marianne, garde espoir, sais-tu que tu as des arrières-arrières… petites filles qui s’appellent Marie. Moi-même je descends de ton fils Louis et j’aime bien être désignée par ce prénom. 😉


Bibliographie

[*] Klapisch-Zuber Christiane. Le Nom « refait ». In: L'Homme, 1980, tome 20 n°4. Formes de nomination en Europe. pp. 77-104.

www.persee.fr/doc/hom_0439-4216_1980_num_20_4_368135

2021-08-13

Un parrain bien utile

Marie Nogier, c’est le nom de la grand-mère que papa aimait tant. La douceur de ce patronyme me touche.

Cette branche vivait à Mayres, au bord de l’Ardèche, dans le sud du Vivarais. 

L'Ardèche

L’arbre de Marie ne remonte pas bien haut : le père Jean, le grand-père Jacques, l’arrière-grand-père Jean Pierre. Cette lignée de modestes laboureurs possédait des châtaigniers, des arbres fruitiers et quelques outils pour travailler une terre pauvre sur laquelle ils élevaient des terrasses pour gagner de l’espace et nourrir leur famille.

 


Lorsqu’ils n’ont pas signé de contrat ni de testament, comment identifier leurs ancêtres dans un village où ce nom est si répandu ?

Pour corser les recherches, parmi les Nogier, certains sont enregistrés avec la variante Nougier.

C’est le cas de Jacques (sosa 44). Il avait 29 ans, en 1805 lorsqu’il a épousé Catherine Ithier. On apprend que son père est Jean Pierre Nogier ou Nougier.

 

Exploiter les indices

 

Le parrain

Je n’ai pas trouvé son acte de naissance, mais celui de son frère Joseph de neuf ans son aîné apporte un indice qui se révèle important. Celui-ci a pour parrain « Etienne Nogier son frère paternel ».

Cette information, je ne l’ai pas exploitée immédiatement, car Etienne m’était inconnu. Plus tard, l’abonnement au site de la SAGA (société des amateurs de généalogie ardéchoise) m’a permis de lancer une recherche sur ce parrain. Un prénom moins banal est un avantage pour le généalogiste. Ainsi, il a été facile d’arriver sur la page de son mariage.

Par chance, car ce n’est pas automatique, l’identité des parents d’Etienne est indiquée dans l’acte. Il est le fils de Jean Pierre Nogier et de Marianne Estienne.

On peut se demander s’il s’agit bien notre Jean Pierre. Il se serait alors marié deux fois. J’ignorais qu’il était veuf. Mais il faut considérer les homonymes avec prudence avant d’affirmer que c’est la même personne.

 

Le premier mariage du père

Je vais voir le mariage de Jean Pierre Nogier et de Marianne Estienne en 1748.

Bonne surprise, ce n’est pas l’acte, mais le contrat que m’offre le génial site de la SAGA.  


Ce Jean Pierre a pour père Joseph Nogier. Tiens donc, c’est ainsi qu’il a appelé son fils Joseph. Sa mère est Anne Bonnefoy, il a donné ce prénom à sa fille Anne.

 

Les parrains font des petits

Par curiosité j’ai vérifié cette page du baptême d’Etienne fils d’Etienne.

Devinez qui est le parrain ? C’est « son oncle Joseph », le filleul du grand-père du nouveau-né. Vous suivez ?


 

À présent, je crois posséder suffisamment d’indices concordants pour inscrire toutes ces personnes dans mon arbre et les considérer comme de la famille. 



2021-07-31

Comme leur montagne est belle !

 

Pour préparer mon prochain challenge AZ qui se déroulera en novembre 2021, j’ai organisé un voyage d’une dizaine de jours sur les terres de nos ancêtres, dans les provinces du Vivarais et du Velay.


Vue du haut du Mont Gerbier-de-Jonc

Les ascendants de Marie Nogier, la grand-mère que mon père adorait, ont mis du temps à constituer un arbre intéressant. Pas à pas, j'ai découvert qu’ils apparaissent sur des lignées époustouflantes. Certaines branches ne demandent qu'à être remontées jusqu'à la nuit des temps. Mon sosa 11 est née en 1864, voilà la partie sourcée : 


Depuis quelques semaines, en prévision de ce petit séjour en Ardèche et en Haute-Loire, j’ai repris des recherches sur leur généalogie.

J’avais rassemblé 171 individus et 45 familles, en janvier 2021. À présent, 341 personnes ont une source dans ma forêt. Je remercie la SAGA, (société de généalogie ardéchoise) qui offre aux adhérents des ressources géniales. Actuellement, nombreux sont les participants de Geneanet qui publient leur arbre. En 2009, je ne connaissais que 79 personnages et je n’imaginais pas que cette forêt prospérerait autant.

J’ai réussi à débloquer plusieurs branches d’où sont issus de laboureurs illettrés qui vivaient dans de pauvres villages accrochés à la montagne ardéchoise.



La signature d’une certaine Marie Chauchat, née en 1679, (sosa 361 à la génération IX), m’a intriguée. Je vous raconterai son histoire. Elle a pour ancêtres des familles connues en Auvergne depuis le Moyen Age. Nous avons rêvé devant les ruines de leurs châteaux médiévaux.

Jonchères 

Son petit-fils, Jacques Ithier (né en 1736) m’encourage à observer une carte pour situer nos ancêtres occitans et explorer leurs terres.


Son arrière-petite-fille, Catherine Ithier (née en 1780) m’a conduite sur des routes étroites et escarpées jusqu’à leurs maisons sur les rochers du Ranc.


Ce challenge sera une occasion de remonter les générations et peut-être de comprendre la beauté et la noblesse de mon arrière-grand-mère qui était née humblement à Mayres dans la vallée de l’Ardèche. Marie Nogier s’est placée comme domestique à Marseille où elle a épousé un boulanger. 

 On disait qu’elle avait les manières d’une dame distinguée.

Je ne suis pas férue de psychogénéalogie, mais j’ai envie de voir ses formidables ancêtres vivre sous ses traits.

 

Le titre de ce billet évoque une chanson de Jean Ferrat qui met à l’honneur la montagne où sont nés mes ancêtres. Écoutez ! ils ne demeurent pas loin d’Antraigues.



Est-ce que cet air vous parle ?


2021-06-23

Antoinette et ses frères




Autrefois, une femme devait son statut dans la société à sa relation avec les hommes de son entourage. Antoinette Daurolles se définissait donc par son rôle au sein de la famille.

Épouse 

Pendant dix-neuf ans, depuis ses 16 ans jusqu’à l’âge de 35 ans, elle est l’épouse de Damien Balley, un marchand qui habite Montée de la Grand-Côte à Lyon.

On ne trouve pas leur acte de mariage, seulement la remise de la paroisse de St-Pierre St-Saturnin pour celle de St-Nizier. 

Alors, comment connaître ses parents puisqu’ils ne sont pas mentionnés ?

Mère

Toinette est la mère de Louise Balley qui semble être son unique enfant. Louise porte le prénom de son père Louis et de sa marraine, dame Louyse Bonjean. J’avais noté le nom de cette marraine, mais je n’ai appris que récemment que celle-ci est la mère d’Antoinette.


Grand-mère

Cette aïeule à la XIII génération est la sosa 5703 de mes enfants. Elle laisse quelques traces d’une vie heureuse.

On ne l’appelle pas Antoinette, mais plus gentiment Toinette, comme l’indique sa signature, à l’occasion du baptême de son petit-fils Thomas dont elle est la marraine.


Le 10 janvier 1670, en secondes noces elle épouse le jeune André Vermant. Je n’ai aucune nouvelle d’elle après 1677 ; elle est présente au deuxième mariage de sa fille, je suis sûre que cette nouvelle alliance a dû la réjouir.


Des hommes qui construisent

Le nom qu’elle porte est celui d’une famille connue à Lyon à cette époque. J’ai mis longtemps à valider l’hypothèse qu’Antoinette est liée aux frères Daurolles.

Claude et ses fils Benoît et Pierre Daurolles, dits Monard, exercent comme maîtres-jurés maçons de la ville de Lyon. Selon les actes consulaires, ils passent pour «très expert, entendu et cognoissant en l’art et mestier d’architecture et massonnerie ». Ils ont travaillé sur des chantiers importants dont il reste de beaux bâtiments dans notre ville.



 Voici le prix fait de l’église du collège de la Trinité. Les travaux supervisés par Etienne Martellange vont durer plusieurs décennies, de nombreuses mises au point pour ajuster les toisages irréguliers jalonnent les documents (AD Rhône, 1 D 9/2 et 3).

Eglise du Collège de la Trinité


Lorsque le Consulat décide de la construction de l’Hôtel de ville en 1646, ils sont chargés du projet porté par Simon Maupin.

On trouve des témoignages de l’importance prise par les entrepreneurs Daurolles sur ce grand chantier. On dit qu’ils n’en faisaient qu’à leur tête et qu’ils construisaient sans toujours tenir compte de ce qui leur avait été demandé. Les actes consulaires montrent plusieurs litiges les accusant de négligences, de retards et de mauvaise foi excessive…


Autour de Toinette

Antoinette s’est rendue souvent à l’Hôtel de ville de Lyon



Sa fille Louise est entrée dans la famille Blanchet ; Louis, peintre chargé de la décoration des salles, n’a pas été rebuté par les critiques concernant ses oncles qu'il devait cotoyer, il a choisi la jeune fille. Lorsqu’elle est devenue veuve, son beau-frère, Thomas Blanchet l’a soutenue. Louise habite alors l’appartement de fonction de son second mari, voyer de la ville et devient la voisine de mon cher Thomas Blanchet, peintre officiel de la ville de Lyon

Autour d'Antoinette, tous les hommes participent à la construction et à l'embellissement de Lyon au XVIIe siècle. 




Je peux enfin dresser cet arbre. Mes intuitions se sont confirmées grâce à B.F-J de la Société d’Histoire de Lyon qui m’a communiqué le contrat de mariage d’Antoinette. Grand merci à cet érudit pour son sympathique partage de ses recherches !

La lecture de ce précieux document permet de compléter la parentèle, comme l'indique le contrat.

Claude Daurolles étant décédé, sa fille procède de l’advis et conseil d’Anne Debolo, femme de son frère Pierre Daurolles qui gère la dot. Son frère Benoît est présent bien entendu, il doit être âgé, car ses enfants ont environ seize ans comme Toinette.

Benoît, en compagnie de son père et de son frère Pierre, a été chargé de très nombreux travaux : église du couvent de la Déserte, couvent des Grands Carmes, loge du Change…

Les différents commanditaires reconnaissent les compétences de leur entreprise.

Daurolles « un des meilleurs maîtres qui ont travaillé au pont du Rhône », possède beaucoup de connaissances pour les travaux de cette sorte » et de pratique à Lyon, à Pont Saint-Esprit et ailleurs, notamment au pont savoyard d’Étrembières. (source : https://books.openedition.org/cths/10787)


Beaucoup d'ouvrages n’existent plus, mais nous pouvons penser à cette famille et nous mettre dans les pas de Toinette pour apprécier des lieux dans Lyon. 


2021-05-21

Toinette Daurolles

Proposé par Geneatech, le généathème du mois de mai nous invite à parler des mariages successifs. 

Dans le billet précédent, vous avez été émus par la noce de Louise ; maintenant, allons voir les deux mariages du côté de sa mère.

 


Antoinette et André

Antoinette est-elle belle ? Est-elle riche ? Dame Anthoinette Daurolles posséde sans doute ces deux qualités et bien d’autres.


Eglise St-Pierre St-Saturnin à Lyon

La voici ce vendredi 10 janvier 1670, admirez-la, elle est rayonnante, elle porte admirablement ses 38 ans. Elle sort de l’église Saint-Pierre, au bras de son nouvel époux. Elle doit le trouver jeune, en effet André Vermant a 25 ans. C’est un beau parti, un avenir plein de promesses s’ouvre devant lui. Il débute comme commis au greffe. Ensuite, il exerce comme premier Huissier Audiancier aux Gabelles du Lyonnois,  en juin 1688. Il contrôle aussi les faussaires pour la police des arts et métiers de Lyon.*

Après la bénédiction nuptiale, les témoins vont signer le registre.


Voyez encore leurs signatures l'année suivante, lorsque Toinette est la marraine de son petit-fils : 

Vermant prend son temps pour étaler un paraphe qui n’en finit pas de s’enrouler sur le A de son prénom. 


Antoinette s’applique à attacher les lettres Toinette Daurolles avec une écriture soignée, appuyée, régulière, féminine, élégante.

 

Toinette a pour témoin son gendre, sieur Louis Blanchet, maître peintre (sosa 2850).


Louis aurait presque le même âge que sa belle-mère; s’il est né en 1633 à Paris, elle doit avoir à peine un an de plus que lui. 

 

Revenons dix-sept mois auparavant, lorsqu'il est entré dans la famille.

Toinette et Damien Balley (sosas 5702 et 5703) préparent le mariage de leur fille unique, Louyse Balley, qui va être célébré le 26 juillet 1668. 

Comment ont-ils pu donner si précocemment leur jeune Louyse ? La damoiselle n’a même pas accompli ses 14 ans, Louis Blanchet est aagé de 35. Bien sûr, il est déjà un peintre reconnu, il travaille avec son frère pour des commandes importantes comme celle de l’Hôtel de Ville de Lyon où travaille la famille Daurolles. Louis reste dans l’ombre de Thomas dont il n’a pas le talent. Les deux frères semblent bien s’entendre, on les retrouve souvent associés ; en tout cas, la solidarité familiale joue pour eux.

Je n'ai pu m'empêcher de considérer Antoinette Daurolles comme une mère indigne. Qu'en pensez-vous ? Le 9 juillet 1668, elle enterre son mari Damyen Balley. Le 26 du même mois, elle marie sa fille Louyse. Alors, le premier août, s’est-elle souvenue qu’elle lui donna naissance quatorze ans plus tôt ?

 

Louise

Louise n’a pas pu s’opposer à ses parents qui avaient décidé son mariage. Elle avait alors treize ans, elle allait épouser un homme, peut-être gentil, mais qui avait l’âge de sa mère.


Damien avait expliqué à sa fille qu’Antoinette avait seize ans lorsqu’elle lui a dit oui, le 17 juin 1649. 

Damien Baley et Antoinette Daurolles, 1649.


- Mais mon père, c'est différent, tu lui plaisais, tu avais 19 ans ! 

- C’est vrai, nous étions bien jeunes. Je travaillais comme marchand à la Coste Saint-Sébastien. Mon père m’avait associé à son négoce et donné une maison à l’occasion de notre contrat de mariage. J’ai été un bon fils et je lui obéissais.

 Sache que c’est pour garantir ton avenir que, ta mère et moi, avons décidé ton mariage.

 

2021-05-08

Louise va encore grandir

Proposé par Geneatech, le généathème du mois de mai nous invite à parler des mariages successifs. 




Louise et Louis 1688

Le 26 juillet 1668, à Lyon dans cette église, la jeune Louise épouse Louis Blanchet. La voici avec un mari ayant l’âge de sa mère !


Par respect pour cet homme qui est notre ancêtre, je ne dirais pas de mal de Louis (sosa 2850). Il était peintre ordinaire de la ville de Lyon, comme son admirable frère, Thomas Blanchet que j’aime tant vous raconter. Mais tout de même, quelle discordance : Louis vieux de 36 ans tandis que Louise n’avait même pas atteint ses 14 ans. Elle allait les fêter la semaine suivante, le premier août, (si tant est que l’on marque précisément la date d’anniversaire en 1668). De surcroît, le chagrin d’avoir enterré son père cinq jours auparavant a certainement attristé cette cérémonie de mariage.


J’ai pu penser que Louis avait laissé à sa jeune femme du temps pour grandir, leur fille Marie (sosa 1425) étant née en 1673, après cinq ans de mariage. Cela m’a rassurée, jusqu’à ce que j’ajoute leur petit Thomas Blanchet, baptisé le dernier jour de l’année 1671, il porte le nom de son célèbre parrain et grand-oncle.

Et voilà que l’on m’annonce la naissance de Marianne onze mois auparavant, le 31 janvier de cette même année 1671. Le baptême de cette enfant a réuni du beau monde, des peintres et sculpteurs de la ville de Lyon, amis des deux frères Louis et Thomas Blanchet. J’ai rencontré ces artistes à la sortie de la cérémonie et je le raconte dans ce récit : l’ami Mimerel.

Ayons une pensée pour la jeune mère, Louise âgée de 16 ans et demi, qui devait se reposer, elle n’a pas assisté à la fête.



Louise et Louis ont vécu sept ans ensemble, Louis est mort en décembre 1675.

Louise est devenue veuve, son entourage et sans doute le frère de Louis se sont occupés de la présenter à un homme choisi parmi leurs relations.


Louise et Paul 1677

Le 19 janvier 1677, en épousant sa belle-sœur, Paul entre dans la famille de Thomas Blanchet, peintre de premier ordre renommé et apprécié dans la ville.

Paul Bertaud a 30 ans, il occupe la fonction de voyer pour la ville de Lyon. L’alliance paraît avantageuse pour chacun d’eux. Louise a 22 ans, elle est mère d’une fillette de quatre ans. J’imagine la petite Marie courant dans les jardins de l’Hôtel de Ville de Lyon, entre l’atelier de son oncle et l’appartement de son nouveau beau-père ; elle était heureuse dans cette famille.

Louise et Paul ont ensemble six enfants. Louise est présente lors du baptême de ses nombreux petits enfants, sur les registres elle marque sa signature. 

Louise acquiert un statut social qui devient intéressant, elle sera notamment la mère de Claude Bertaud, qui succède à son père comme voyer et architecte dont l’ambition reste contestable, puisqu’on le considère comme un arriviste, mais avec une réussite qui a laissé des traces dans notre ville. 

Louise a une très longue vie, elle décède dans sa 82e année, après 25 ans de veuvage puisque Paul est mort en 1711, dans leur appartement dans l’Hôtel de Ville.


Prochainement sur le même généathème : la maman de Louise.

 

2021-04-11

Les jumeaux de Bruno

Proposé par Geneatech, le généathème du mois d’avril nous invite à parler des jumeaux. 

Lorsque j’attendais mon troisième enfant, j’aurais tant aimé que ce soient des jumeaux ! Mes cousines sont jumelles, mais ma tante pense que cela vient de son côté. J’ai discrètement réussi à leur parler de notre aïeul et des naissances multiples autour de lui.  

Voilà que je vais encore mettre Bruno, le terrible capitaine, au centre du récit. Je m’attache à cet ancêtre que je trouve de moins en moins antipathique au fil des articles où il apparaît.

Il est père de jumeaux et fils d’une jumelle.


Au mois de mars 1868, Élisabeth, sa première épouse, à qui nous avons rendu visite à Marseille

savait-elle qu’elle attendait des jumeaux ? 

Le 23 mars, à 7 heures du matin, elle a accouché de deux enfants.  


Voici l’acte de naissance d’Émile Jean Baptiste. Lisons-le attentivement, il est mentionné : "cet enfant est jumeau". Mais il n’y a pas d’acte pour la naissance de son frère. Je vais donc chercher dans le registre des décès. Hélas, celui que je trouve mort le 29 mars à 4 heures du soir, c’est Émile Jean Baptiste qui n’a vécu que sept jours. Tel un invisible, le second n’a laissé aucune trace, seulement ces deux mentions sur l’acte de naissance et de décès de son frère.


Les jumelles


Leur grand-mère n'a pas eu le temps de les prendre dans ses bras, elle vivait à Saint-Tropez, en 1868 ; elle habitait rue Fontanette, à la Ponche, tout à côté de sa sœur jumelle. Elles ne se sont jamais éloignées. Victoire et Marianne SIMON, sont nées le 25 frimaire de l’an 4. J’ai écrit deux billets pour transmettre l’histoire de ces jumelles ; leurs prénoms et la date de leur naissance et de leurs décès me donnent tellement d’informations sur elles.

Elles sont venues au monde le 16 décembre 1795, à l'époque de la Révolution française. Prénommer la jumelle n°1 (comme indiqué sur l’acte de naissance) : Marianne puis la jumelle n°2 : Victoire permet de situer l’espoir du changement de régime politique.

Saint-Tropez, La Ponche, leur quartier.

Filles de capitaines de navire marchand, elles ont épousé des marins qui partaient pour de très longs voyages; en attendant leur retour elles élevaient leurs enfants. Chacune avait donné à leur fils aîné, le prénom de leur père, Bruno. Marianne a appelé un de ses fils Victor. Victoire est la maman d'une Marie, décédée et remplacée par une Marie Victoire.

En 1851, Tropez Coste, l’époux de Marianne ne voyage plus comme naviguant, il est patron pêcheur. Cette année-là, Victoire est  marchande de poisson et sa sœur Marianne aussi.
Elles ne se sont jamais éloignées, pendant 82 ans. Elles sont mortes la même année 1878, l’une en février, l’autre en septembre.

Retrouvons Mon arrière grand-père Bruno dans la page "mes séries"

2021-03-31

Un conte que racontait ma grand-mère


 Il était une fois une jeune fille qui vivait dans un château où elle était employée. Elle s’appelait Marie Dubois. Ses journées passées dans l’ombre de l’arrière-cuisine étaient grises comme la souillarde où elle travaillait.

Elle avait une marraine, telle une fée qui, la voyant triste, lui demande quel est son souhait.

Ah, si je pouvais revêtir une belle robe, au moins un petit moment, comme je me sentirais mieux ! Marie regrette presque d’avoir prononcé ce vœu insignifiant alors qu’elle aurait tellement de choses plus raisonnables à désirer.

 


Ma grand-mère me contait cette histoire que je lui réclamais souvent.

Il me reste en mémoire quatre épisodes clés, mais comment les articuler ?

Est-ce que Mamie Rose, qui faisait ces merveilleuses dentelles, brodait aussi sur la trame de ce récit ? Et, d’où le tenait-elle ? Pour le transmettre, j’essaye de l’écrire comme s’il s’adressait à d’éventuels petits-enfants. Ma fille vient de me dire qu’elle aimait beaucoup que je le raconte.

Je me demande comment vous intéresser à une histoire pleine de mystères qui m’a ravie. Et puis, l’époque a changé, les jeunes filles ont d’autres idées qui s’envolent comme des bulles colorées, sans comparaison avec la vie dont rêvaient leurs ancêtres.

Il était une fois

Marie Dubois dormait dans le tiroir d’une commode, c’est étrange, me direz-vous ! 

Elle apparaissait comme une fillette rangée, discrète, silencieuse, elle se montrait toujours obéissante aux ordres des chefs de cuisine. Le soir, pour une nuit sans rêve, elle entrait dans sa commode. (Était-ce un lit clos ?)

Un dimanche matin, lorsque Marie Dubois sortit de son tiroir, sa marraine vint l’accueillir. Elle lui demanda de penser très fort à quelque chose qu’elle aimerait.

Aussitôt, voilà Marie revêtue d’un habit extraordinaire, une robe qui dégageait une clarté comme la lune, blanche comme le lait qu’elle versait pour préparer les œufs à la neige.

Une robe de lune


Les cloches sonnèrent pour annoncer la messe dominicale, Marie courut pour éviter d’arriver en retard. Lorsqu’elle entra dans l’église, elle attira les regards. Mais, personne ne reconnut la petite servante.

Lors du repas, les convives réunis dans la salle à manger du château commentaient cette mystérieuse apparition d’une belle inconnue. Marie lavait la vaisselle, elle écoutait ses camarades qui rapportaient les conversations jusque dans les cuisines.

 

Le dimanche suivant, la fée revint voir sa filleule ;  elle lui proposa de formuler un nouveau souhait.

Cette fois-ci, Marie scintilla, les étoiles se déposèrent sur sa robe bleue qui étincelait comme une nuit d’été. 

Une robe d'étoiles


Elle se rendit à l’église d’un pas léger mais assuré, elle s’assit dans la rangée latérale. L’assistance ne put s’empêcher de la regarder, si bien que le curé dut surjouer son service pour monopoliser l’attention tout au long du déroulement de la messe.

Comme la semaine précédente, elle quitta l’église, avant que l’on réussisse à l’identifier.

Elle rentra vite dans son tiroir, changea de tenue, et alla dans la cuisine pour éplucher les légumes.

Ses camarades lui rapportèrent qu’elles avaient entendu le prince, d’ordinaire peu enjoué, confier à ses cousins qu’il était complètement sous le charme de la belle inconnue, il serait prêt à la rencontrer pour l’inviter à sa table. Marie esquissa un sourire, mais ne dit mot pour ne pas révéler son secret.

 

Marraine, reviendras-tu pour entendre un troisième vœu ?

Lorsque Marie sortit de son tiroir, la fée bienveillante l’attendait. Elle pensa très fort à une belle lumière, et la voilà parée d’une magnifique robe de soleil.

Une robe de soleil


Ce dimanche, Marie remonta tranquillement l’allée centrale pour s’asseoir au premier rang dans l'église.

Elle éblouit les fidèles qui osèrent à peine la regarder. Le prince rougit, il se sentait brûlant comme s’il avait pris un coup de soleil.

Après avoir reçu la communion, elle se déroba et ne revint pas à la place qu’elle occupait, car elle craignait d’être découverte.

 

Elle revêtit sa petite robe grise sur laquelle elle noua son tablier de tous les jours. Elle se rendit dans la cuisine. Ses compagnes n’étaient pas encore rentrées de la messe, elle prit de la farine, du lait, un œuf, du sucre, des épices… et confectionna un petit gâteau. Elle glissa un anneau d’or dans la pâte onctueuse, elle traça un soleil avant d’enfourner le moule. Lorsque la cuisson fut terminée, elle le décora de chocolat, elle estima qu’il pourrait faire son effet.

Ce jour-là, les hôtes du château fêtaient l’anniversaire du jeune prince.

Marie se glissa dans la procession des servantes qui apportaient les suites de desserts. Devant lui, elle déposa son joli petit gâteau doré qui sentait si bon, il avait bien levé, il était parfaitement appétissant.

Elle ne resta guère, sa place n’était pas là.

Un feu pétillait dans la grande cheminée, les lustres étincelaient, les musiciens donnaient une aubade dédicacée en l’honneur du prince.

 

Le gourmand se laissa tenter par cette douceur, il savoura ce délice qu’il n’avait jamais goûté auparavant. Mais, voilà qu’il s’étouffa, il devint rouge, il toussa, il perdit le souffle, le roi affolé lui donna une tape dans le dos. Alors, il cracha un anneau qu’il avait failli avaler. Reprenant ses esprits, le fils rassura tout le monde et réfléchit en son for intérieur.

 

Or le bal se préparait, il devait l’ouvrir en invitant une cavalière. C’est le moment où le prince annonça qu’il voulait rencontrer la pâtissière qui lui avait servi ce délicieux gâteau. On les fit toutes appeler, elles quittèrent la cuisine et Marie se présenta, accompagnée de sa marraine. Ses yeux resplendissaient comme des étoiles. Le jeune homme sut que c’était elle. Il lui demanda si elle acceptait d’ouvrir le bal avec lui. Marie baissa les yeux, regarda sa robe que la magie rendit lumineuse, elle sourit au prince charmant qui lui prit la main et l’entraîna sur le parquet ciré. Les musiciens comprirent et rompirent le silence solennel qui avait suivi les murmures des curieux. La valse commença. Les danseurs tournoyaient et le roi et la reine ainsi que leurs invités se réjouirent de voir leur prince radieux.


Comme dans les contes, ne doutons pas qu’ils se marièrent, eurent beaucoup d’enfants et vécurent heureux de longues années ensemble.