2026-11-07

G_ Grande traversée

 

Je me suis rendue en Grande-Bretagne récemment, et j’ai hâte d’y retourner, même pour une visite virtuelle au XVIIIe siècle.   


Thomas Luny, 1780, A packet boat under sail in a breeze off the south Foreland.  

Je vous propose une Grande traversée de la Manche, relatée dans une lettre écrite en 1783, par Pierre Antoine Barou du Soleil. Je lui avais dédié mon challengeAZ 2025. Je suis contente de lui donner une place dans ce thème « Voyager - écrire ».  

De nos jours, le ferry le plus rapide parcourt la distance en 1heure 30; mais à son époque, le trajet de Calais à Douvres a duré dix heures.

Écoutons Pierre Antoine qui parle à sa femme.

Le 28 juin 1783.


"On lève l’ancre, on part, Je vois fuir la terre mais j’apperçois déjà les bords de l’Angleterre,

C’est de Douvres, ma bonne amie, que je m’empresse de t’écrire mon arrivée, et l’histoire de notre traversée.

Nous nous sommes embarqués à Calais à dix heures et quart précises, et nous sommes arrivés à Douvres à huit heures et quart  ;

Nous avons mis conséquemment dix heures à venir. La mer était trop calme pour aller plus vite."


Pierre Antoine et son ami Bruys ont embarqué sur un paquebot à voile, appelé packet boat. Ces navires assuraient un service officiel de courrier et de transport de passagers sur une ligne régulière. La traversée dépendait entièrement des vents, des marées et de la météo ; d’ailleurs, tout devenait plus compliqué en cas de tempête.

 Ce jour-là, la mer est calme. Le mal de mer n’a pas trop gâché le plaisir de la traversée.

"Je me suis défendu vaillament pendant trois heures contre le mal de mer, mais à la fin j'ay payé mon tribut.

J'avais eu l'attention d'embarquer de la limonade, et quoique j'aye eu des secousses aussi fortes, la persuasion ou j'étais qu'on s'en trouvait mieux après, m'a fait prendre mon parti très courageusement, et les deux dernières heures que j'ay été à la mer, je me suis trouvé en effet beaucoup plus tranquille."

Son ami l’a subi jusqu’à l’arrivée.

"Quant au pauvre Bruys, il n'était pas hors du port de Calais, qu'il avait déjà éprouvé le mal aise ordinaire." 



Le paquebot arrive à Douvres ; sur les falaises de craie, se détache le phare de South Foreland. 

À Douvres

"La bonne nuit que nous venons de passer a tout effacé, et nous voilà fort à notre courant. Nous nous occupons du choix de la voiture pour nous rendre à Londres, où nous ne serons pourtant que demain."



La route reliant Douvres à la capitale passe pour l’une des mieux entretenues du royaume. Cependant, le choix de la diligence mérite réflexion :

"1° Parce que nous ne voulons point voyager la nuit.

2° Parce que nous voulons voir Canterbury, Rochester, qui sont sur notre route.

Sois donc bien rassurée sur notre santé ; et crois que notre prudence ne se démentira sous aucun point de vüe, et dans aucune inconstance."

On comprend que les deux amis ne veuillent pas voyager de nuit; comme tous les voyageurs à cette époque, ils craignent les highwaymen, ces bandits de grand chemin qui sévissent à cette époque. Les plaines isolées comme Blackheath, juste aux portes de Londres, sont réputées dangereuses à la tombée de la nuit. Les diligences voyagent souvent avec un garde, armé d’un tromblon, à l’arrière.


  • Quel est le contexte politique des relations franco-anglaises à cette époque ?

A la suite de la guerre d’indépendance des États-Unis, la France s’engage dans une guerre navale contre l’Angleterre en 1778.

Dès la signature des préliminaires de paix en janvier 1783, c’est la fin du blocus maritime, la Manche redevient sûre. Les liaisons régulières entre Calais et Douvres reprennent immédiatement sans la peur des corsaires ou des arrestations.

Pierre Antoine Barou, qui se trouve à Paris au printemps, se réjouit de pouvoir enfin organiser ce voyage à Londres avec son ami.

 

Si vous voulez lire une petite description de Londres, la suite du voyage est dans ce billet. Barou du Soleil est un anglophile qui a participé à la révision d’un dictionnaire français-anglais.  

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2026-11-06

F_ Chemin de Fer

 

Le chemin de fer de Lyon à Saint-Etienne


9 octobre 1825, lettre de Jean Guerre à sa fille Élisa.


Ces dames ont vu à Saint-Etienne un modèle en nature du chemin de fer de cette ville à la Loire, dont on parle tant : c’est une chose fort simple et fort curieuse ; elles te l’expliqueront de vive voix.

 


Écoutons donc ces dames, il s’agit de la mère d’Élisa et d’une amie, Madame Mathenot.

Lorsqu’elle revient chez elle à Lyon, Marie narre à Élisa les bons moments du voyage.

Voici ce qu’elle pourrait raconter :

Comme ton père te l’avait annoncé, notre petit périple en Forez s’est bien déroulé.

Nous partîmes samedi matin de Lyon, pour Rive-de-Gier où nous couchâmes. Dimanche matin, nous fîmes une excursion à St-Paul-en Jarez.

Nous allâmes ensuite à St-Chamond pour rendre visite à ton oncle.

Le soir, nous dormîmes à St-Etienne où nous avions quartier libre le lendemain, pendant que ton père vaquait à ses affaires.

Le clou de notre voyage était exposé là. Nous avons eu la chance de découvrir un modèle en nature du chemin de fer, dont on parle tant actuellement.

C’est une chose fort simple et fort curieuse.

Il s’agit de voitures qui roulent sur un chemin de rails en fer. Elles sont tirées par des chevaux. La locomotive à vapeur sera utilisée pour la remonte des wagons vides.

C’est la géniale invention de Marc Seguin, tu connais l’ingénieur qui construit le pont de Tournon-sur-Rhône. Il est allié à la famille Montgolfier d’Annonay puisque c’est le neveu de Joseph.

Les frères Seguin souhaitent obtenir la concession pour installer le chemin de fer de St-Etienne à Lyon. Ils sont en train de dessiner le tracé de la voie, de prévoir les travaux pour creuser des tunnels, et tracer des plans pour construire des ponts. Pour rentrer dans Lyon, en sortant du tunnel, on traversera la Saône sur un pont à la Mulatière.


Les wagons peuvent nous amener du charbon venant des mines du bassin de la Loire, apporter des marchandises, et aussi transporter des voyageurs.

Mon amie m’a fait remarquer que les passagers devront s’habiller de vêtements sombres qui ne craindront pas d’être salis par les fumées de charbon, surtout pour ceux qui prendront place dans les voitures ouvertes.


Nous avions entendu parler d’un projet similaire en Angleterre, parions que les Français parviendront à leur passer devant pour améliorer et installer ce prodigieux chemin de fer. Cette année, Monsieur Seguin est allé visiter la première ligne de Darlington à Stockton. En rentrant, il a réussi à convaincre le ministre de son projet de relier Saint-Etienne à Lyon, soit 55 kilomètres.

Les travaux de construction vont commencer dans les mois prochains, à mesure que les propriétaires acceptent de céder une petite parcelle pour le glorieux chemin.



Oserons-nous, ma fille, monter à bord d’un tel train sur des rails de fer ?

 

2026-11-05

E_ Villes d’Eaux

 

Souffrant de rhumatismes, Virginie a besoin d’être soulagée. Elle ressent des douleurs dans les mains qui l’handicapent lorsqu’il fait froid. En vieillissant, la marche devient tellement difficile qu’elle devra rester dans un fauteuil. Je ne devrais pas le dire si tôt, car à l’heure où j’écris ce billet, elle a encore une dizaine d’années à vivre ; elle va mourir en 1880, à l’âge de 65 ans.

Alors, je lui souhaite de profiter de la vie et de la possibilité de se déplacer pour partir en cure thermale.

Royat, via Wikimedia Commons

Prendre les eaux est une pratique très à la mode au XIXe siècle.

Autant qu’elle le peut, notre tante se rend à Royat, à Allevard, dans les Pyrénées et même jusqu’à Baden.

Selon les années, elle est accompagnée de sa mère Eliza, et de ses filles Marie et Angèle.

Ces séjours occasionnent des échanges épistolaires avec sa famille, pendant les semaines où elle est absente de chez elle.

 

Les voici à Royat. Cette station thermale, proche de Clermont-Ferrand, se trouve à 160 km de Lyon.

Royat, via Wikimedia Commons


Virginie vient de recevoir la lettre, écrite le 11 juillet 1870, par Augustin, frère de Joseph son mari, et frère de Joséphine (notre sosa 93).


Le docteur Augustin Pérouse travaille à Allevard pour la saison d’été, comme chaque année.

Il s’enquiert de l’évolution du rhumatisme de sa belle-sœur Virginie qui se trouve alors en soins à Royat. « Je vois avec plaisir que vous avez obtenu déjà une amélioration sensible dans la marche et la raideur du genou ». Il lui conseille des massages, et de demander des douches, si c’est possible à Royat.

Elle dit à son mari, dans sa lettre du 13 juillet 1870, qu’elle a déjà commencé une première séance de massage.

Elle raconte une promenade effectuée la veille après le repas de midi. 

Hier après dîner [...]



Je me suis reposée une ou deux fois sur mon pliant et je suis rentrée bien fatiguée, mais point trop, et j’ai très bien dormi.



Je voudrais en finir bientôt avec cette maladie. Que j’en suis lasse ! et de tout ce qu’elle entraîne !

 

1874, le 1er juillet  

Joseph, Virginie et leurs filles, ainsi que leur petit-fils Jean, sont arrivés à Saint-Sauveur, une station thermale dans les Hautes-Pyrénées.

Au début des vacances, les catastrophes s’enchaînent, Joseph l’explique à son fils dans une lettre qui nous fait sourire aujourd’hui.

« Depuis notre dernier départ de Lourdes nous avons marché de désappointements en guignons. Après avoir vu nos prières rejetées par Dieu, c’est le diable qui a étendu sur nous sa maligne influence. À notre arrivée, Jean était pris de coliques, Angèle d’une 1ère esquinancie bientôt suivie d’une seconde à 2 jours d’intervalle. Puis ta pauvre mère pour compléter le trio était prise d’un érysipèle sur le côté gauche de la face après avoir pris deux bains seulement ce qui naturellement en interdit la continuation pendant une huitaine de jours.

Heureusement, tous sont en bonne voie maintenant. »

 


Joseph, d’un bon pied, est monté jusqu’à Barèges, la station thermale voisine qu’il a trouvée plus agréable que Saint-Sauveur.  

Hier, je partis de mon pied de septuagénaire à 8 h ½ du matin pour Barèges où j’arrivai deux heures après, ayant franchi huit km de montée constante et très rapide.

[..]

Tout y est infiniment mieux qu’ici !

 

Iconographie

Royat : via Wikimedia Commons

Vue générale de Barèges : Louis-Julien Jacottet, Public domain, via Wikimedia Commons

 


2026-11-04

D_ Diligences

 

Dès le départ, voyager en diligence est une aventure. On embarque au petit matin, en grelottant. On passe des heures brinqueballés contre ses voisins, secoués par les cahots du chemin, on a le temps d’admirer le paysage.

Si la route est en bon état, on peut espérer parcourir dix ou onze kilomètres par heure. Parsemée d’ornières, envahie par la boue, le chemin se complique; alors le cocher devra ralentir, et même faire descendre les voyageurs pour économiser les chevaux dans les montées ou les passages délicats.

Il vaut mieux que la voiture ne soit pas trop chargée et avoir vérifié les bagages correctement arrimés sur le toit. Si les passagers sont montés en surnombre, on se serre davantage, on supporte les enfants qui vont s’ennuyer, s’agiter et nous fatiguer.

Cependant on peut faire des rencontres et bavarder agréablement lorsque par chance la compagnie se révèle sympathique. D’ailleurs dans les environs de Lyon, il n’est pas rare de partager le trajet avec des voisins ou des gens qui connaissent nos cousins.


 De retour de Belmont, dans le Bugey, Jean Guerre écrit à sa fille Eliza.

10 8bre 1814

« Des trois voitures qui partaient d’Ambérieux pour Lyon, celle-là précisément que nous choisîmes eut un essieu cassé dans l’intervalle de Meximieux à Montluel. Nous fîmes à peu près une lieue à pied. La réparation de la voiture prit beaucoup de temps, et nous n’arrivâmes à Lyon que vers deux heures »…


Il est possible que Jean ait consulté un exemplaire de ce guide : « Le Conducteur Français , contenant les routes desservies par les nouvelles messageries, diligences & autres voitures publiques : avec un détail historique & topographique des endroits par où elles passent & de ceux qu’on peut apercevoir, des notes curieuses sur les chaînes de montagnes que l’on traverse.»

Il doit avoir cette information : 


Jean et sa famille connaissent la route pour aller de Lyon à Genève. 


« Tous les vendredis, à 5 heures du matin, il part un carrosse de Lyon pour Genève et Versoix, où il arrive le samedi, & fors souvent le dimanche »

Les diligences attendaient les passagers place des Terreaux à Lyon. 

1856, Les diligences sur la place des Terreaux à Lyon.


Relisons la lettre de Jean !


« Des trois voitures qui partaient d’Ambérieux pour Lyon, celle-là précisément que nous choisîmes eut un essieu cassé dans l’intervalle de Meximieux à Montluel. Nous fîmes à peu près une lieue à pied. La réparation de la voiture prit beaucoup de temps, et nous n’arrivâmes à Lyon que vers deux heures.

Sophie a conclu de cet accident que le vendredi n’était point un jour aussi innocent qu’elle l’avait pensé jusqu’alors. La maman et moi avons fait une autre réflexion, c’est qu’il ne faut point que tu songes à venir avec ton chef-d’œuvre par ces voitures, surtout par celles de Mathieu qui ne sont point suspendues. Toutes sont horriblement encombrées, et remplies d’assez mauvaise compagnie. Tu feras mieux de prendre le char couvert de M. de Lauzière, d’y attacher votre cheval, de vous faire conduire par Jean qui ramènera l’équipage. Je reviens à mon récit. »


Jean et Marie, accompagnés de leurs filles Sophie et Zélie, ont fait une visite à Eliza pour faire connaissance de la petite Virginie âgée d’un mois, elle est née le 2 septembre 1814.

Selon le grand-père, fier et attendri, Eliza a donné naissance à « un chef-d’œuvre ».

« La maman et moi avons fait une autre réflexion, c’est qu’il ne faut point que tu songes à venir avec ton chef-d’œuvre par ces voitures, 

surtout par celles de Mathieu qui ne sont point suspendues. Toutes sont horriblement encombrées, et remplies d’assez mauvaise compagnie. »

Ils lui conseillent de choisir une diligence confortable, avec une bonne suspension pour éviter d’être secouée et mêlées à des passagers désagréables.

Tu feras mieux de prendre le char couvert de M. de Lauzière, d’y attacher votre cheval, de vous faire conduire par Jean qui ramènera l’équipage. »



Sources

Le conducteur français, lire en ligne :  https://archive.org/details/leconducteurfran06deni/mode/2up

Description de Lyon à Genève : https://archive.org/details/leconducteurfran06deni/page/n225/mode/2up


2026-11-03

C_ Descendre la Saône en vapeur

 

Eliza a fait plusieurs fois le voyage à Paris où elle rend visite à des cousins.

Depuis son jeune âge, lorsqu’elle accompagnait son père, les conditions ne cessent de s’améliorer, le trajet devient beaucoup plus rapide entre Chalon-sur-Saône et Lyon.

Le Journal de l’Ain du 1er avril 1838 indique que la navigation à vapeur sur la Saône s’intensifie, et « prend tous les jours plus d’importance et d’activité. On nous annonce qu’à partir du 1er avril [1838], dix-huit bateaux à vapeur descendront et remonteront tous les jours de Chalon à Lyon et de Lyon à Chalon ».*

Douze ans plus tard, le 22 février 1850 :

« Le nombre de bateaux à vapeur qui font le service des voyageurs et des marchandises sur le Rhône et la Saône s’est accru dans ces derniers temps d’une façon merveilleuse (...). La Saône compte, sur son parcours de Lyon à Chalon, 21 bateaux à vapeur, donnant une force de 1 500 chevaux environ » *


En 1850, Eliza pourra monter à bord du vapeur Le Parisien.


Au printemps 1847, Eliza voyage avec sa fille Suzanne qui a vingt ans.

Voici une femme élégante de 52 ans, qui sait s’organiser et régler ses affaires. Veuve depuis l’âge de 33 ans, elle reste toujours inconsolable d’avoir perdu Honoré qu’elle aimait tant.

Le 27 mai, elle s'adresse à Virginie, sa fille aînée, celle-ci a maintenant trente trois ans. Virginie est mère de quatre enfants, elle a épousé un de nos oncles, le fils de Joseph P. (sosa 186).

Dans la lettre qu'elle lui écrit, Eliza précise en détail l'organisation de leur voyage de retour à Lyon.


De Paris à Chalon, on roule en diligence.

« Nos places sont arrêtées pour jeudi et toutes nos dispositions prises en conséquence. Nous partons à 6 heures du soir par les messageries Royales. »


On dort la nuit du vendredi à Chalon, à l’hôtel des Messageries situé sur le quai des Messageries, ce qui apparaît très pratique pour embarquer le lendemain à 5 h du matin.

« nous prendrons le bateau à vapeur à Chalons »

Deux compagnies de bateaux à vapeur naviguent sur la Saône. Les passagers sont transportés par Les Messageries Royales.

Les gondoles à vapeur acheminent les marchandises.


Les bateaux s’arrêtent pour des escales dans différents ports sur la route. Ils franchissent cinq écluses. Aléatoire, selon les conditions de circulation, le temps de trajet dure entre neuf et dix heures.

L’arrivée à Lyon entre prévue entre 2 heures et 3 heures de l’après-midi.

Si la Saône le permet, ce que tu seras parfaitement en état de savoir, nous prendrons le bateau à vapeur à Chalons samedi matin, et nous serons au débarcadère vers les 2 ou 3 h.

Virginie qui habite non loin du quai de Saône pourra constater que la descente a été facile, si la rivière permet, selon la météo.

Si les bateaux ne vont pas, nous arriverons plus tard à Lyon, mais toujours dans la journée.

Pour accueillir sa mère, elle devra s’occuper de réserver une voiture : « Je voudrais que tu t’assures d’une voiture qui viendrait nous y prendre pour nous conduire tout droit à Saint-Rambert vers vous mes chers enfants. »


 Voir aussi le récit de la descente du Rhône par le père d’Eliza

                            B_ Bateaux à vapeur


Sources :

  • Chroniques de Bresse sur la Saône au temps de bateaux à vapeur.
https://www.chroniquesdebresse.fr/Sur-la-Saone-au-temps-des-bateaux-a-vapeur-et-des-Parisiens


2026-11-02

B_ Bateaux à vapeur

 

Lyon bateaux à vapeur sur le Rhône


En septembre 1841,

Jean Guerre et son frère descendent le Rhône, depuis Lyon, jusqu’à Beaucaire.

Jean tient le journal de ce voyage dans ses carnets qui ont été conservés.

Voici quelques extraits qui nous font partager le voyage de ces hommes.

Partons avec eux, si vous ne craignez pas les intempéries.


1841, le 21 septembre     Lyon – Beaucaire      



Parti pour le midi, avec mon frère, par le bateau à vapeur L’Aigle.



Départ annoncé pour 4h effectué à 7h1/2 à cause du brouillard.

A Vienne 9h 10 : même cause, beaucoup de vent.

À Valence à 1h5 : vent toujours plus violent, départ à 1 h 25 (de l'après-midi).

À Pont St-Esprit 5h : ne pouvant aller de jour à Avignon, on a arrêté, débarqué.

Logé hôtel de Luxembourg. Bonne compagnie et jolies femmes à souper, mauvaise cuisine. Lits durs, assez de propreté.

 

Pont-Saint-Esprit

22 septembre

Parti à 5h pour Avignon. Éclairs, tonnerre, pluie.

Avignon

7h 3/4 arrivé à Avignon.

8h   orage forte pluie, averse. Refus du bateau de continuer route sous prétexte qu’il devait faire échange avec un autre Aigle, hors d’état d’aller à Lyon. Réussite de transborder, mais il pleut trop.


On pourrait s’arranger avec Le Crocodile pour nous mener à destination ; mais nécessité aussi de transborder et d’attendre. Plainte au maire, à midi, qui fera appeler le directeur.

Nouvelle combinaison ; on nous jette sur La Sirène. La pluie avait cessé. Départ à 3h moins1/4.


Beaucaire

Beaucaire arrivée à 4h1/2 (de l'après-midi) un peu plus. Bon diné, Hôtel du Grand Jardin.

Cet établissement est cité dans le Manuel complet de la cuisinière provençale, paru en 1886, dans le chapitre du bœuf en daube :

« Il y a quelques vingt ans, à l'hôtel du Grand Jardin, à Beaucaire, pour la foire, avec une brigade de sept à huit cuisiniers on servait de dix-huit cents à deux mille déjeuners et autant de dîners. »

Beaucaire est connu pour la grande foire qui se tient du 22 au 28 juillet. Nos deux Lyonnais ont diné dans cet hôtel, il devait certainement offrir beaucoup plus de calme en ce début de l’automne. Soyons assurés qu’ils ont fort bien mangé. 

Dans la cour de l’Hôtel du Grand Jardin se trouve un platane remarquable par sa circonférence de 5,72 mètres.

                                                                                                                              

Le voyage continue vers Nîmes et Montpellier. C’est la saison des vendanges : « abondance et qualité » note Jean qui visite des domaines chez des connaissances.



2026-11-01

A_ Ah que de beaux voyages



Voyager _ Écrire

Avanti ... Quel dynamisme chez nos ancêtres !

Ayant diverses occasions de se déplacer, ils ne se montraient pas rebutés par les difficultés de leurs périples. Les récits de leurs voyages se révèlent surprenants, passionnants, et souvent piquants de fraîcheur. Je les ai lus dans les lettres envoyées à leurs familles.


L’écriture fait partie de l’art de voyager. Raconter son voyage relève d’une habitude ou d’un devoir. Mais c’est aussi un plaisir épistolaire. Je suis étonnée que malgré la fatigue, ou l’envie d’explorer les lieux, Zélia, Eliza, Virginie, Jean, Pierre Antoine, et les autres trouvent le temps de rédiger des comptes-rendus de leur journée. Dans leurs bagages, ils ont emporté plumes, encre et papier à lettres, et peut-être un écritoire comme celui-ci.

Il importait de donner des nouvelles le plus souvent possible pour rassurer l’épouse, les cousins, les amis qu’ils quittaient provisoirement. Puisque le voyage comporte des risques supposés ou réels, l’inquiétude s’amplifie avec la distance. On attend donc des proches qu’ils racontent avec un maximum de détails.

1860, Alfred Stevens, News from Afar


Au fil des 26 billets de ce ChallengeAZ 2026, je vous invite à découvrir les fonds de correspondances que j’ai étudiées.

Les lettres ont été écrites aux XVIIIe et XIXe et XXe siècles par certains cousins dont les descendants m’ont permis de numériser leurs archives.

Leurs ancêtres allaient à Paris, ou ailleurs, ils traversaient la France, ils allaient prendre les eaux en Auvergne, ils découvraient les montagnes en Suisse, les villes en Italie. Et plus loin encore…

Je vais partager leurs impressions, leurs étonnements, leur impatience, leur bonheur d’arriver dans un nouveau lieu. Les anecdotes et les récits de leurs rencontres, m’ont ravie; et je pense à eux en suivant leurs routes à la vitesse du XXIe siècle, ou en laissant mon imagination rêver sur des cartes anciennes.

Je vais me documenter pour illustrer les voyages et déplacements, pour voir les trajets et calculer les temps de parcours, en diligence, en bateau à vapeur, en train.

Et ainsi mieux comprendre leur vie.


Le plaisir d'écrire 

Je vous ai souvent parlé de la tante Zélia, en lisant ses confidences dont il me semblait être destinataire, elle m’est devenue très proche.

Zélia, Augustin et leurs fils se sont installés à Paris depuis quelques mois. Augustin est médecin, il n’a pas trouvé de travail. Zélia regrette cet éloignement avec la famille de son mari. Elle écrit régulièrement à Virginie, sa belle-sœur qui vit à Lyon.


16 février 1866   lettre de Zélia

Zélia confie qu’ils auraient aimé revenir à Lyon pour voir la famille, mais ils vont se résoudre à passer leurs vacances de Pâques à Paris. 

« Nous serions allés à Lyon tout droit sans ce maudit argent qu’il faut toujours et sans lequel on ne peut pas se remuer ; les voyages ne seraient plus rien sans cela, car ils ne sont réellement pas pénibles mais en revanche, ils sont très coûteux. »


Le plaisir de recevoir des lettres

Joséphine remercie sa fille pour le courrier qu’elle lui adresse. Thérèse a été invitée chez son oncle Augustin, en juin 1901.


« Ma chère petite Thérèse,

Tu es vraiment bien gentille de nous écrire aussi régulièrement, et je t’avoue que je ne m’attendais pas à être gâtée ainsi surtout pendant votre ravissante traversée de St-Michel. Merci donc des cartes postales qui nous permettent de vous suivre un peu en esprit, et de tes longues lettres qui font plaisir à lire tant elles respirent la joie et le bonheur.»

Alors, partons en voyage et écrivons !

Les correspondances épistolaires ont été le thème de mon challenge AZ 2022

Avec 26 lettres pour écrire