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2025-12-30

La Voix des fantômes


Le Généathème nous propose ce mois-ci de partager un ouvrage qui résonne avec nos recherches. C’est l’occasion d’ouvrir cet essai que j’ai lu cette année :

La Voix des fantômes, Quand débordent les morts, Grégory Delaplace, éditions du Seuil, 2024, 267 p.


Avez-vous rencontré des fantômes ?

Lorsque nous explorons les siècles passés, nos ancêtres hantent l’arbre généalogique qui se constitue. Transmettre leur nom pour ne pas les oublier, leur donner une voix, les faire parler pour qu’ils nous racontent un moment de leur vie, tel est mon projet.

 


A la suite d'une rencontre intéressante, au mois de mai, dans le cadre du festival Littérature Live à Lyonj'ai eu envie de découvrir cet essai de l'anthropologue Grégory Delaplace, avec qui j'ai un peu échangé lors de la dédicaceIl m'a passionnée malgré quelques difficultés de lecture qui valent bien la peine d'être surmontées. 

Son propos est d’étudier les façons dont les morts sont mis en place par ceux qui leur survivent.

Dans nos cimetières du XIe au XVIIIe siècle, on recherche la compagnie des morts. On se réunit dans les nécropoles, pour des spectacles ou des marchés, pour tenir des assemblées de justice, pour signer un contrat. Les défunts se font alors discrets, leurs noms ne sont pas inscrits. Les rares stèles en bois ou en pierre ne tiennent pas longtemps debout. 


L’auteur nous fait encore voyager de l'Amazonie chez les Achuars, jusqu'en Mongolie, en visitant aussi au Brésil, en Inde, en Chine, plusieurs groupes aux comportements étonnants pour lesquels la présence des morts est plus ou moins bien tolérée.  

Les récits apparaissent fascinants où l'on voit des chamans dialoguer avec des défunts, des cadavres proposés à la dévoration cannibale ou purifiés par les animaux prédateurs. 

D'autres sociétés (y compris la nôtre) déplacent rituellement leurs morts. Certaines familles pleurent bruyamment, d'autres imposent le silence, jusqu'à rendre tabou le nom du défunt.

Il est étonnant d’apprendre comment  les Tziganes du Royaume-Uni se préoccupent d’empêcher le retour du mort chez les vivants. Pour éviter d’attirer son fantôme, «  ils effacent méticuleusement toute trace du défunt parmi eux : son nom n’est plus prononcé, ses possessions sont cédées au plus vite, sa roulotte est démontée et brûlée. » Chez les Manouches en France, la distance est plus nuancée. Peu de temps après les funérailles « le mort est tu, tandis que les parents plus éloignés  en parlent librement. […] A mesure que le temps passe, cela s’inverse, ceux qui avaient connu le mort finissent par n’en plus parler, alors que les proches parents s’autorisent de nouveau à le faire ».

Cela vous arrive-t-il, comme moi, de soigner des objets sans les utiliser ?  En signe de respect comme un hommage au défunt.

J'ai dépoussiéré, nettoyé et rangé les rabots de Jean.



Chez les Achuars, aucune relique n’est conservée, les morts sont effacés et livrés à la forêt. Il se peut que leur âme, sous la forme d’un jaguar, rentre en communication avec un jeune homme lors d’une aventure initiatique.


Selon l’auteur, les rituels funéraires auraient pour but de mettre les morts à distance, leur enjoignant le silence et le respect des vivants qu'ils ne doivent pas hanter.

Cette hypothèse m’est apparue à contre-courant de ma pratique où je m’efforce de donner la parole aux ancêtres que je réveille les uns après les autres. Ainsi, ils me deviennent plus proches et je suis ravie de les tirer de l’oubli. 

Comme vous, j'aime bien les ranger dans ce que nous appelons des arbres généalogiques, chacun identifié dans une petite case, avec un numéro sosa, ordonné selon les générations. 

Je suis toujours étonnée de constater que les personnes auxquelles je parle de mon intérêt pour les générations passées, éprouvent des difficultés pour citer le nom de leurs arrières-grands-parents et ignorent le plus souvent leurs trisaïeuls.

J’aime bien rappeler cette tradition provençale du repas des Armettos : https://www.briqueloup.fr/2020/11/aarchives-marseille.html

 

Constatez-vous aussi que nos ancêtres en révélant leurs secrets nous apprennent à vivre ?


2022-11-07

F_ Faire part de Funérailles


On ne compte pas moins d’une cinquantaine de personnes qui « ont la douleur de vous faire part de la perte cruelle qu’ils viennent d’éprouver en la personne de Casimir Chartron. » (sosa 44)



Toute la parenté en tenue de deuil se présente soigneusement rangée par ordre d’affinité et forme un cortège sur le carton de faire-part. 




Nous allons les observer lorsqu’ils défilent à petits pas, les yeux baissés. En dépit du froid de ce début de février, les hommes ont ôté leur chapeau, ils adoptent un maintien grave, les femmes s’inclinent avec l’air recueilli, certaines ont pris la précaution de tenir d'une main gantée de noir un mouchoir brodé pour essuyer une larme. Malgré l’envie d’échanger des nouvelles, tous se contentent d’un salut discret. Lors de la réception à l’issue de la cérémonie, ils auront l’occasion de bavarder plus longuement, réchauffés autour d’un verre. Pour l’heure, ils gardent le silence.

La veuve :

Émilie dont le prénom n’apparaît pas, se voit honorée en tant que madame C. (nom et prénom de son défunt mari). Ordinairement, une épouse n’assiste pas aux funérailles, mais Émilie s’est peut-être sentie bien entourée et le cœur assez fort pour donner à son cher Casimir un dernier témoignage de son affection.  

Ses enfants :

Marchent en tête ses deux fils, Joseph(sosa 22), et Louis. Ils sont issus du premier mariage. Leurs femmes, Joséphine (sosa 23) et Fanny sont deux sœurs.

Devenu veuf, alors que ses garçons étaient très jeunes, Casimir a épousé Émilie Pupunat, elle avait 23 ans. Elle s’est occupée d’eux avec bienveillance, et elle a donné naissance à dix enfants.

En 1892, sept filles sont en vie. Les deux aînées sont citées avec leur mari, celui d’Élise qui est notaire a l’avantage de voir précisée sa profession. Julie, Berthe, Camille sont religieuses du Cénacle ou du Carmel, et Andrée la dernière n’a que dix-huit ans.

Ses petits-enfants

Suivent les quatre fillettes de Joseph, ainsi que les deux fils de Louis. Puis Germaine et Louise. Âgés de douze ans à six mois, à cette époque, ils sont les aînés de ses petits-enfants. Notre aïeul aura 18 arrière-petits-enfants (mais il est trop tôt pour en parler).

Ses belles-sœurs et beaux-frères :

Ensuite arrivent sa belle-sœur, veuve de son frère André, puis deux couples que je ne connais pas. Ce sont des beaux-frères et belles-sœurs du côté d’Émilie. Ils sont suivis d’un homme qui attire ma sympathie : Jérôme Mital, le frère de Thérèse sa première épouse, avec lequel il est resté très lié.

Sur la ligne suivante : Marie et Péronne doivent être des sœurs de sa femme Émilie.

Une vieille tante par alliance :

« Madame veuve Sandier » m’intrigue, Sandier est le nom de la mère de Thérèse Mital, sa première épouse. Serait-ce une tante de celle-ci, mais laquelle ? On constate que bien que Thérèse soit morte 35 ans auparavant, il est resté proche de sa famille.   

Des neveux, des nièces :

Les enfants de ses frères et sœurs, des neveux de Thérèse sa première épouse, et ceux d’Émilie la seconde.

Des cousins

Des inconnus ferment la marche. Ils n'apparaissent pas cités un par un, mais par branches du côté d’Émilie que je ne sais pas situer.

 


  Autour de Casimir

Pour nous rassurer, il est bien précisé que Casimir est muni des Sacrements de l’Église. Tout est organisé depuis Lyon, pour être à Poncin dans l'Ain, le 2 février 1792. A 10h 30, « Le convoi partira du domicile du défunt, au château de Poncin pour se rendre à l’église paroissiale, et de là au cimetière de la commune. » 


Château de Poncin _  Wikipedia CC BY-SA 3.0



« En son château de Poncin », 

Il existe plusieurs maisons bourgeoises à Poncin. J’ai essayé de les chercher à l’aide d’un ami. Impressionnée par l’article Wikipédia sur le château de Poncin, je n’ai pas osé imaginer que celui-ci lui appartenait. Cela m’a été confirmé quelques années plus tard, par une cousine que j’ai heureusement contactée.


J’éprouve de la sympathie pour cet ancêtre. Me voilà prête à me joindre au cortège ! 


De nos jours encore, c’est aux enterrements que l’on recense la parenté.

Appréciez-vous de trouver la famille élargie aux enterrements ? 


2020-01-05

Les paroissiens de Pâquier


L’église de Pâquiers* est remplie de ses paroissiens. Le village presque tout entier a tenu à être présent. Les parents, les alliés, tous sont venus. Je ne suis pas sûre de reconnaître les Falcouz, Pollin, Garipel, Garipel Blachet, Izoard, Izoard Rey, Recolin, Recolin Blardon   Certains  font partie de notre famille, d’autres assistent en voisins, en amis.
Cette basilique romane a sans doute été le témoin d’innombrables événements familiaux depuis le XIIe siècle.


Tandis que les femmes se serrent sur les bancs, plusieurs hommes restent debout au fond de leur église paroissiale, guère plus grande qu’une chapelle, laquelle peine à contenir toute l’assistance.

Lorsqu’Antoinette entre avec une lenteur solennelle, l’émotion est tangible, les yeux se troublent, les mouchoirs s’agitent discrètement pour sécher quelques larmes.
Une faible lumière pénètre par les fenêtres, le froid pique, en ce quatorzième jour de février de l’année 1785.
De chaque côté de la nef, les trois piliers carrés supportent les voûtes en ogive qui font résonner les chants des femmes, soutenus par les voix graves des hommes.

Puis le silence s’installe. La porte est restée entrouverte, on est étonné de constater que le village paraît inhabituellement calme en ce jour.   


À présent, tous les participants de la cérémonie se tournent vers le curé officiant devant l’autel, sous la voûte en coquille. Il apprécie Antoinette et il le dit haut et fort.

Des regards furtifs se dirigent vers le premier rang où se serrent Noël Falcouz et ses deux fils Etienne et François Noël, deux gaillards de vingt-quatre et quinze ans. Ils n’ont pas compris comment les heures ont pu s’écouler depuis avant-hier soir ; pour eux, le temps s’est arrêté.

Le curé Jolly prononce cet hommage à Antoinette : " regrettée de tout le monde. Elle s’est attiré l’estime par sa douceur et ses autres vertus. Mais surtout par sa générosité envers les pauvres."


Le quatorze dudit mois et an (février 1785) j'ai inhumé Antoinette Pollin, femme de Sr Noël Falque, décédée avant-hier soir, munie des sacrements, âgée d'env[iron] 50 ans. Ont assisté à ses obsèques presque toute la paroisse, étant regrettée de tout le monde dont elle s'est attiré l'estime par sa douceur et ses autres vertus, mais surtout par sa générosité envers les pauvres.
Signatures: Ennemond Pollin, Antoine Pollin, (frères d'Antoinette) et Hugue Sauze 



Samedi dernier, la terre était encore gelée dans ces montagnes de Lans, mais ce lundi on a pu creuser la tombe à l’extérieur de l’église, dans le cimetière où reposent nos aïeux.

Dans quelques semaines, le printemps fera fleurir la végétation autour des croix plantées dans l’herbe. 

Antoinette Pollin (sosa 241) a été baptisée ici, le 22 juin 1733.
Elle s’est mariée dans cette église, il y a 263 ans, le 26 janvier 1757. 
Vous connaissez déjà son époux (sosa 240) : il s’appelle Noël.
Vous retrouverez prochainement son fils François Noël (sosa120), celui qui est venu habiter à Lyon.


Bibliographie
Guide du voyageur dans le département de l'Isère (XIXe siècle) sur Gallica

Iconographie
Chapelle Saint-Christophe de Pâquier

* Pâquier, Pasquiers ou Pâquiers, dépend de Saint-Martin-de-la-Cluze en Isère. (voir la carte en lien ci-dessous)

2019-11-26

V_Voyages


Dans la forêt des ancêtres,

                         marchez sur les chemins


Barjols, Var
Allez retrouver les maisons de vos aïeux, poussez la porte…

Découvrez leurs jardins secrets.


Entrez dans les églises.

Barjols, Var. Voir aussi ce texte

N’ayez pas peur des fantômes dans les cimetières !




Préparez vous plutôt à relever
leurs noms sur les tombes.
















Voyages réels, 
voyages sur carte (Google maps), 
voyages dans l’époque des cartes de Cassini, 
voyages dans les encyclopédies …


La généalogie est une incitation au voyage.
Pour vous aussi ?

2018-11-28

X_ cimetière de la XRousse


Je sais que comme moi vous aimez vous promener dans les cimetières; je vais vous raconter les découvertes que j’ai faites, il y a quatre ans, dans celui de la Croix-Rousse.
Le 11/11/2014, nous avons décidé de visiter cette nécropole dont je n’avais jamais franchi le portail, malgré mon envie de retrouver nos ancêtres.

La tombe que je cherche se trouve dans le cimetière ancien. La concession perpétuelle du caveau a été délivrée le 13 avril 1850. 
Jean Mital (sosa 90) était décédé le 5 décembre 1849.
Julie Catherine, son épouse (sosa 91) a donc fait l’acquisition d’un espace de terrain sur lequel elle fit effectuer des travaux.

Sur cet emplacement, l’ornementation funéraire est typique du XIXe siècle.

Une belle croix en granit se dresse sur la stèle rectangulaire. Elle surmonte une couronne mortuaire posée sur un ruban élégant, des feuilles d’acanthe recouvrent les angles de la pierre.

Au sol, une étonnante jardinière est posée sur la dalle funéraire.


Les noms de la famille Mital sont gravés sur une plaque de marbre fixée par des clous sur la stèle.
Les premiers inscrits sont Jean en 1849 et Catherine Julie en 1854.
Il n’y a aucune trace de leurs cinq enfants morts en bas âge.
Jérôme et sa famille reposent ici.  
Les deux sœurs religieuses : 
Élisa, sœur de la Charité et Victoire Julie, visitandine, doivent être enterrées avec leur congrégation.

Thérèse (sosa 45) fut inhumée au cimetière de Loyasse, avec ses fils et leur belle-famille, mais Casimir (sosa 44) se trouve ailleurs avec sa seconde épouse.


Cette petite plaque en marbre a été scellée au bas de la stèle. Elle apparaît illisible au premier abord.
A qui rend-elle hommage ?
On devine qu’il est Mort pour la France en 1914.
Paul est le fils de Jérôme Mital.
Je me suis empressée de le chercher sur le site Mémoire des hommes, pour l’indexer #1J1P .


J’ai ensuite surfé sur internet avec les patronymes et j’ai trouvé un site génial réalisé par un parent de cette famille.
Quelle surprise de découvrir des photos de Casimir avec tous ses enfants !
Cela m’a permis de mettre des noms sur plusieurs albums de photos anonymes conservés dans les archives familiales. 
Et de correspondre avec un parent passionné de généalogie.


D’autres billets du #ChallengeAZ en lien avec ces personnes :

2018-11-24

U_ Une alliance inattendue, en passant le Pont Morand

En passant sur le Pont Morand,
allons tirer des liens pour tisser plusieurs histoires et une alliance inattendue.

Gallica http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb403112616

« Regardez en passant
Le joli pont Morand
Construit adroitement
Ce merveilleux ouvrage
Est fait sans assemblage
Pour durer deux cents ans »[1]



En passant sur le Pont Morand …
Il n’existe plus, ce pont de bois qui permettait de traverser le Rhône, lorsque Lyon s’est étendue sur la rive gauche du fleuve.


Construction du pont de bois sur le Rhône, BML, fds Coste  482

Forcément, le pont actuel est d’un autre style. J’aime marcher sur ce quai, en appréciant la vue sur le fleuve qui entre dans la ville.


J’ai lu l’histoire tragique d’Antoine Morand dans le livre d’Anne Verjus [2], cela m'a intéressée que l’historienne révise les clichés sur les rôles masculin et féminin dans le couple du XVIIIe.

Antoine Morand
Antoine a donc construit un pont, sa femme Antoinette l’aidait à gérer ses affaires. C’était un architecte apprécié pour ses projets d’urbanisme, même si ceux-ci ont suscité des hostilités de la part de personnes qui enviaient sa réussite.
Antoine Morand a été guillotiné le 24 01/1794, quelques jours après Gaspard Margaron (sosa 356). Je me demande si les deux hommes se connaissaient. (Et vous allez comprendre pourquoi en lisant la suite.)

Albine Morand
La mort de sa petite-fille m’a émue. Voici l'histoire d'Albine : soucieux de son bonheur, ses parents lui ont présenté des hommes, lesquels n’ont pas convenu à la demoiselle, jusqu’à ce qu’ils se rendent compte que le meilleur des maris pourrait être Honoré Beuf de Curis, leur voisin à la campagne. Albine est morte après deux ans de mariage, elle avait vingt ans.
Voici une autre histoire qui va se relier à la première …

En passant au cimetière de Loyasse


J’ai souvent fait un détour, lors de visites au cimetière de Loyasse, pour voir la tombe de la famille Margaron. Cette branche aînée ne m’étant pas proche, je n’ai pas voulu me perdre dans les recherches de toutes les personnes mentionnées sur la plaque. Et pourtant, Henriette est au centre de cette famille puisque ses parents, ceux de son mari et leurs descendants, reposent ici.

En 1848, nous voici donc au mariage d’Henriette Margaron, arrière-petite fille de Gaspard. Elle épouse Antoine « Mammes » Ponchon de Saint-André. Le second prénom apparaît original, le premier est celui de son arrière-grand-père, Antoine Morand.

Parmi les témoins qui signent sur l’acte, quelle surprise de reconnaître Honoré Beuf de Curis qui est l’oncle du jeune époux.

Ainsi sont alliées les familles Margaron et Morand qui étaient à la noce le 23 août 1848. Les deux bisaïeuls, Gaspard et Antoine qui partagent l'affreux destin de guillotiné, auraient été heureux de marier leurs arrière-petits-enfants.





[1] Dictionnaire historique de Lyon, page 865, article Morand Jean Antoine

[2] Verjus (Anne) et Zara Davidson (Denise) Le Roman conjugal. Chroniques de la vie familiale à l’époque de la Révolution et de l’Empire, (Champ Vallon, 2011) (342 p.)

Exposition aux Archives de Lyon : En toutes lettres... et aussi sur le site de l'ENS  Le roman des Morand

2018-11-16

N_ Saint-Nizier, enterrés dans l’église


Au XVIIe et XVIIIe siècle, l’église Saint-Nizier était le lieu des cérémonies importantes pour nos familles lyonnaises.


Baptêmes, mariages et sépultures sont inscrits dans les registres d’état civil que je suis heureuse de retrouver aux Archives de Lyon.

1696 plan scénographique AML  (voir lien n°1 ci-dessous)

La mention de certains décès « enterrés dans l’église » m’interpelle :
Le 24 octobre 1730, « j'ay enterré dans l’Eglise demoiselle Anne Bertholon âgée de 59 ans femme de S[ieu]r Pierre Bourdin marchand fabriquant en étoffes de soye »
Anne (sosa 1431) est la fille de Jean Bertholon, le fabriquant de bas de soie qui habitait rue Dubois.
Où est-elle vraiment inhumée ? Dans l’église ou dans le cimetière adossé à l’extérieur ?


Seuls les bourgeois privilégiés pouvaient reposer à l’intérieur. Les marques gravées sur les dalles du sol sont-elles leurs initiales ?


Je ne suis pas sûre que la famille de nos ancêtres ait droit à cet emplacement qui permet d’être plus près du ciel. Alors, j’ouvre à nouveau le registre pour vérifier quels sont les défunts privilégiés. Le curé précise pour certains « J’ay enterré au cim[etière] ». Pour des enfants morts en bas-âge : « J’ay enterré pro deo ». Et pour les plus respectables « J’ay enterré en grande procession ». Une ou deux fois sur chaque page, il n’était donc pas rare d’être enterré dans l’église de Saint-Nizier lorsqu’on est un marchand, sa femme ou son enfant.



Autour de Saint-Nizier, le quartier était commerçant : rue des Bouquetiers, rue de la Limace, rue de la Fromagerie, rue de la Poulaillerie, place du Pain, rue des drapiers, rue Mercière, rue Dubois

1750 plan de Lyon  (voir lien n°2 ci-dessous)

Derrière l’abside de l’église se trouvait le cimetière le plus important de la cité « où l’on procède à pas moins de 730 inhumations annuelles, dans les années 1770. » Dès 1750, il débordait et devenait insalubre. Les règlements hygiéniques demandent qu’il soit transféré à l’extérieur de la ville.

1798, Saint-Nizier (voir lien n°3 ci-dessous)

Ce n’est qu’en 1808 que sera ouvert le cimetière de Loyasse sur la colline de Fourvière, où monteront nos ancêtres. (voir billet précédent)

Sources :
1_ 1696 plan Archives de Lyon  2S0011
http://www.fondsenligne.archives-lyon.fr/ark:/18811/61ee82ff5089896d16d4bd231fb10080
2_1750 plan de Lyon Delamonce AML cote :350277
http://www.fondsenligne.archives-lyon.fr/ac69v2/visu_affiche.php?PHPSID=db42c12b909831c470f9a734f71994d7&param=visu&page=1
3_ Saint-Nizier 1798

2018-11-14

L_cimetière de Loyasse

J’aime me promener dans le cimetière de Loyasse.


Il y a quelques années, par mes trajets quotidiens je longeais ses murs trois fois par jour. J’emmenais les enfants admirer les caveaux fleuris au début du mois de novembre.
Ce cimetière me plaisait parce qu'à cette époque je n’y connaissais aucun défunt, je ne ressentais guère de tristesse à marcher entre les tombes.

L’un des tout premiers billets de mon blog : « Le cimetière des quatre vents »


Le temps passa, j’ai commencé notre arbre généalogique. J’ose dire que j'étais heureuse de pouvoir noter les lieux des sépultures concernant la branche lyonnaise de mon mari. Ce lieu prenait du sens pour moi, je pouvais alors marcher et rendre visite à des vieilles connaissances.


En 1838, il accueillit Jacqueline Margaron. Sa famille avait acheté une concession proche de celle de leurs amis qui depuis vingt ans commençaient à investir le cimetière (ouvert en 1808). Je sais moi aussi repérer plusieurs tombes de leurs cousins, alliés ou amis. Je ne manque pas de faire une ronde plus précise pour rendre visite à ceux qui m’inspirent selon mes recherches. Et j’en découvre des nouveaux.

La proximité des sépultures m'apparaît comme une source d’étonnement.
William et Madeleine, dont j'ai raconté l’histoire émouvante, demeurent juste à côté du cousin Gaspard  Marguerite que je croyais lointain, mais peut-être je me trompe sur son compte, car sa famille m’intéresse. (U_ Une alliance inattendue)

Mary repose avec ses parents alors que l’oncle Augustin n’est pas là !
Et Clotilde dont j’ai raconté les funérailles dans un RDVAncestral : "Autour de Clotilde ".  Elle a rejoint son époux, les grands-parents de celui-ci et leur bébé pour qui ils avaient acheté la concession. Ensuite, le 31 mai 1933, tous les corps de cette sépulture sont exhumés et transférés à Montbrison dans un caveau familial. L’emplacement a été vendu.
Pourtant, je vais quand même le voir, car l’oncle Eugène que j’ai connu est enterré pas loin.


Terminons la promenade en passant à nouveau devant la tombe de Jacqueline. Je prends le temps de relire encore une fois les vingt-six noms gravés sur la pierre, tous me sont familiers à présent.  Des aïeules, des petits enfants, des jeunes femmes (si jeunes ! comme Thérèse Mital, 23 ans) se sont endormis là. 
Mais où est Joseph ?

Si cette promenade vous a plu, vous pouvez aller au 
et au 

2018-04-21

À Marseille, un rendez-vous au cimetière Saint-Pierre


Depuis la fenêtre, on peut voir un vaste espace vert qui s’étend dans le 5e arrondissement de Marseille. Je suppose que nos ancêtres reposent dans le cimetière Saint-Pierre, ouvert en 1863, dis-je à mon fils, attentif à cette information, alors que je lui montre notre arbre marseillais. Cependant, il ajoute qu’il n’est pas disponible pour m’accompagner.
Pas de souci, je demanderai à Marius, tu sais que je suis capable de me projeter dans son époque. Allez ... Je vais remonter le temps pour revoir mon aïeul, cent deux ans auparavant.
J’envoie un message #RDVAncestral à mon grand-père, car j’aimerais qu’il me précise où se trouvent les tombes familiales.

Mais en 1916, Marius est occupé loin de Marseille, puisqu’il se trouve dans les Dardanelles sur le front d’Orient.
« Essaye de rencontrer mon frère Joseph, ma petite fille » me conseille-t-il.
« Ok je connais son adresse, rue Terrusse, ce n’est pas trop loin d’ici.»

Cimetière St-Pierre, Marseille

Me voici donc à l’entrée du cimetière à attendre l’oncle Joseph avec qui j’ai rendez-vous.
Viendra-t-il ? Dans la famille, on ne parle guère de lui, il a eu une vie mouvementée dont j’ai découvert les actes aux Archives de Marseille. Il s’est séparé de Clémentine, sa première épouse, et il va se marier avec la seconde avant la fin de l’année 1916
Déçue de l’absence de Joseph, j’envoie un message à Marius :
« Bon il semble que ton frère ne se présente pas ici. Je vais demander l’aide des personnes à l’accueil. »
Dans le bureau, l’employée se montre patiente sachant que je viens de loin, elle prend le temps m’aider. Elle m’explique qu’il faut connaître l’identité du premier fondateur, celui qui a demandé la tombe.
Bruno Bancala est mort lorsque Marius avait douze ans, son nom est inconnu ici. Où peut-il être inhumé ?

Marius est difficilement joignable, il me dit que les soldats partent en manœuvre et qu’il n’a plus le temps de me répondre. Il me suggère de chercher du côté de son grand-père Toussaint Nicolas.

Effectivement, dans ce cimetière se trouve une concession pour la famille Nicolas, sans précision du prénom. La tombe 63 se trouve carré 16 - 10ème rang, intérieur Est. C’est comme un jeu de piste, je vais y aller, mais je ne suis pas sûre qu’il s’agisse de mes ancêtres, Nicolas est un patronyme très commun. J’espère une plaque dont la gravure ne serait pas trop effacée pour lire les dates et les prénoms.

Les allées du cimetière sont désertes à cette heure matinale, un chat se promène, il est chez lui.



Je trouve moi aussi la promenade agréable, je suis plongée dans mes pensées et j’aimerais avoir plus de données vérifiées.

Il y a quelque chose que je viens d’apprendre via les datas des cimetières de Marseille, je ne suis pas très contente de vous le dire, j’hésite mais je vous dois la vérité dans ce billet.

Toussaint Nicolas, le grand-père de mon grand-père est mort le 15 avril 1864 chez lui, son appartement au n°13 rue Desaix n’est pas très loin des docks. Il était cordier à une époque où les bateaux nécessitaient une confiance absolue dans leurs cordages, son métier jouissait d’une reconnaissance. Il avait soixante ans.

Ah, voilà un appel de Marius qui me demande où j’en suis.

Et bien Marius, ton grand-père … il a été inhumé, tu sais où ?... Dans la fosse commune à St-Charles. Oui ! Sur l’emplacement de l’actuelle gare St-Charles se trouvait alors un cimetière, créé en 1820 et définitivement fermé en 1876. Les sépultures ont ensuite été transférées au cimetière St-Pierre. Sais-tu si à cette époque la famille a investi une concession dans le nouveau cimetière ?

La tombe 63 se trouve carré 16 - 10ème rang, intérieur Est

Voilà, j’approche de la tombe Nicolas. Un arbre recouvre absolument tout l’espace, la plaque est brisée, illisible, la végétation a tout envahi. 

Que pouvais-je espérer d’autre que cette énigme ?
Mes arrière-grands-parents se trouvent-ils là ?

Je sais que je n’aurai peut-être plus l’occasion de me promener dans cette magnifique nécropole, alors je m’étourdis de sensations méditerranéennes, la chaleur du soleil printanier, l’odeur des pins, la solennité du lieu, la tristesse de ces vies éteintes, la déception et aussi le bonheur d’être étrangère mais vivante dans ce lieu tellement marseillais.
Je regrette de n'avoir plus le temps de m'attarder dans ce lieu . 
Je dois rentrer pour prendre le train à St-Charles, vite, mon fils m’attend.