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2025-08-16

En transhumance

 

Nous avons vu la poussière au loin, et entendu les sonnailles qui tintaient. Le troupeau s’approchait, moutons, brebis agneaux, béliers, boucs, chèvres, ânes, chiens et bergers, tous marchant depuis Marseille vers les montagnes.

L’odeur puissante des animaux, le piétinement des sabots, ils arrivaient.


Alpes de Haute Provence, CC BY 2.0 , via Wikimedia Commons

Qui allai-je rencontrer parmi les bergers ?

Plusieurs de mes ancêtres sont des nourriguiers, des pâtres chevronnés, dotés d’expérience, responsables de centaines de bêtes qu’ils conduisent dans l’alpage, pour le compte de différents propriétaires.



Cette rencontre se passe au mois de juin en 1479.

C’est Jean Olive (sosa 205184) qui me propose de le suivre sur les chemins de la transhumance. J’accepte, ravie de partager l’aventure avec lui. 


Je lui demande d’abord des nouvelles de la famille.

Il me dit que son père, Simon Olive ferme la marche à l’arrière du troupeau, veillant à ne perdre aucune bête. Lou bayle, le chef des bergers commande tous les pastres. Simon est un patriarche, mon ancêtre à la génération XIX.


Jean rayonne comme un novi, un nouveau marié; il a laissé Jeanne Chautard, sa jeune épouse, à Marseille. Le mariage a été célébré le 10 juin 1479, peu de temps avant le départ. C’est un peu précipité reconnaît-il, mais il était préférable de signer le contrat sans attendre l’automne.


Constitution de dot

Le père de Jeanne, Jacques Chautard travaillait comme nourriguier. Hélas, il est mort depuis dix ans.

En attendant le retour de la transhumance, Jeanne, avec sa plus jeune sœur Marthone, demeure auprès de sa mère Jaumette Verdillon.

Les aînées, Catherine et Batrone n’ont pas épousé de bergers. Jacques est travailleur, c'est un homme qui vit avec la terre, il ne suit pas les moutons.

Le père aurait été heureux de voir se concrétiser ces noces qu’il a tant souhaitées. Avec son ami Simon Olive, le père de Jean, ils avaient depuis longtemps discuté du projet de marier leurs enfants.

Jacques Chautard (sosa 410370) et Simon Olive (sosa 410368) sont des nourriguiers renommés tout au long les drailles de la transhumance de Marseille.


La montagne Sainte-Victoire, transhumance.   Emile Loubon coll. musée des Beaux-Arts de Marseille



Jean se montre bavard, il dit que Jeanne aurait voulu nous accompagner; si nous passions par Brunet dans la vallée de l’Asse, elle aurait pu s’arrêter chez ses cousins. Je lui réponds que moi aussi, j’aimerais voir où vivaient ses grands-parents Monet et Peyroncelle Chautard (sosas 820740 et 820741). Nous sommes allés à Brunet l’an dernier, c'est un petit village accroché sur le bord du plateau de Valensole.

Vallée de l'Asse à Brunet, 04

Sébastien Thébault, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons


Jean a envie de parler de lui : Nous, à Marseille, nous sommes installés dans le quartier des Olives fondé pour notre famille. Mon père est né à Guillaumes dans le pays niçois.

Je rêve de connaître ce village perché aux confins du royaume, lui dis-je.




Quel est le chemin de la transhumance ?

Nous avons rassemblé les bêtes qui ont hiverné dans la plaine de La Crau. Nos chemins ont contourné Aix, puis Vauvenargues et Rians.

Et vous voilà vers chez moi, à parcourir le pays de tous mes ancêtres provençaux ! (Je ne peux lui expliquer ma géographie ancestrale, mais différentes carraires traversent les villages où poussent mes arbres.) 

On ira traverser le Verdon à Quinson, on va grimper sur le plateau de Valensole en passant par Riez, Puimoisson.

Pas bien loin de Brunet, donc !

Et far la routo vers Digne, pour monter en altitude où l'herbe est bien tendre. 

 


Les troupeaux se déplacent lentement, il ne faut pas les épuiser. On prévoit des étapes avec des pâturages.

À raison de trois ou quatre lieues par jour, cela fera une vingtaine de jours de marche.

Comment êtes-vous accueillis ?

Je veille à ce que les moutons n’aillent pas faire de dégâts en s’éloignant des carraires. Le fumier qu’ils laissent est convoité, sais-tu que les pets de brebis sont considérés comme un trésor très utile pour les cultures. On échange du lait contre du pain et de la nourriture pour les bergers.

Les habitants doivent remettre en ordre les carraires un peu dérangées par le passage de nos bêtes. Alors, nous devons nous acquitter du droit de pulvérage.

Alpes de Haute Provence, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

Jean marche devant le troupeau, derrière lui les menons, boucs de tête puissants et cornus conduisent les moutons. Ils portent autour du cou un collier de cuir auquel est attachée une grosse cloche. Les chiens répondent à ses ordres pour encadrer les bêtes. Nous marchons d’un pas régulier long et lent pour calmer l’ardeur des bêtes. Jean explique qu’il faut les mener doucement pour ne pas les échauffer, ni les fatiguer.

Il aime les bêtes dont il prend soin, elles ont une grande valeur, elles procurent les fumiers, les laines, les peaux, les cuirs, et la viande. Les brebis donnent le lait avec lequel on fait le fromage.

Jean continue à m'expliquer avec passion tout ce qui concerne son activité de pâtre en transhumance.

Nous voilà partis, le retour est prévu à la mi-octobre avant les premières neiges.

Voir aussi :

Sonnailles

Les Olives



Sources

  • site de F. Barby pour la généalogie marseillaise 
 https://gw.geneanet.org/canebiere
  • Instructions pour les bergers et les propriétaires de troupeaux, M.Daubenton

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1510909g.texteImage

  • Lou pastre, Les chemins de la transhumance, Emmanuel Breteau, 2022


Iconographie : Wikimedia Commons

2025-07-25

Noyé dans le Verdon

 

Je vous ai emmenés au bord du Verdon à Quinson, à Esparron-de-Verdon. À l’occasion du généathème « au bord de l’eau », je relis ces articles et je vois que je vous ai promis celui-ci.

Je cherche dans mes projets de billets en cours d’écriture, ne trouvant pas cette histoire tragique qui m’avait interpellée. Le moment est venu de la raconter.

Vive les challenges qui nous incitent à écrire !

 

 

Je vous propose d’aller rendre visite à la famille Gaide, en mai 1781.

 

Esparron-de-Verdon, 04
CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons


Ils vivent à Esparron-de-Verdon. 

Ils ne pourraient pas me croire si je leur disais qu’aujourd’hui s’étale un lac qui fait miroiter sur sa surface les mille nuances vertes de leur rivière. Le Verdon que le barrage contient merveilleusement se révélait plus sauvage et coulait autrefois dans son lit profond. Mais, si l'on observe la vue aérienne, il est facile d'imaginer que le Verdon est devenu un dragon ! A présent, l’endroit magnifique attire dans leur village de nombreux touristes, certains ont construit des villas cossues sur les pentes abruptes baignées par la rive droite. Des bateaux électriques mouillent dans un petit port. Sur la rive gauche, on est dans le département du Var, précisément sur le territoire de notre commune de Saint-Julien.

 


En 1781

Paul Gaide (sosa 842 à la génération X) a alors 58 ans. Une trentaine d’années auparavant, il est allé à Quinson pour épouser Chrétienne Terrasson, qui préfère le prénom plus moderne de Christine.


Le couple a eu sept enfants dont les prénoms ont été choisis parmi ceux de la famille, ce qui témoigne de la proximité entre les deux villages où résidaient les grands-parents paternels et maternels.

 

SchiDD, CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons

Aujourd’hui, depuis Quinson, on peut descendre en canoë les Basses Gorges du Verdon qui offrent un parcours exceptionnel, digne d’être comparé aux célèbres Gorges du Verdon, situées quelques kilomètres en amont.

La route, ou les chemins, passent plus haut à l’extrémité sud du plateau de Valensole. 



Paul Gaide est connu comme négociant. Il devait posséder des mulets qui transportaient les marchandises d’un bourg à l’autre. Il pouvait compter sur son fils Joseph, négociant lui aussi.

 

Paul Gaide
Joseph Gaide


Joseph est un jeune homme de 26 ans. Il a déjà fondé une famille avec Marie Anne Roux. Une petite Marie Christine Catherine est née le 11 mai 1779, et hélas morte il y a huit mois. Sa femme a accouché d’un fils, Joseph Paul, en février dernier, l’enfant va avoir trois mois.

 


Christine, la femme de Paul connaît la douleur de perdre un enfant : Jean Paul est mort à deux ans, Théodore Euphroisine à huit mois, Magdeleine à quatre ans. On comprend que Christine paraisse toujours inquiète pour ses petits-enfants. 

Chez Élisabeth, mon ancêtre (sosa 421), on s’est réjoui de douze naissances. Âgée de 30 ans, Élisabeth n’a pourtant que quatre ans de plus que son frère Joseph Paul. 

Élisabeth a perdu sept enfants. Étant l’épouse d’un boulanger, elle devait travailler avec son mari, elle ne pouvait pas allaiter et s’occuper des nouveau-nés, peut-être étaient-ils placés en nourrice. Les petits anges n’ont vécu que deux mois, deux jours, deux semaines, dix mois, vingt et un mois.

Saint-Martin-de-Brômes se trouve à une heure et demie de marche, ils n’habitent pas trop loin, on peut aller leur rendre visite pour les aider.

 

dronepicr, CC BY 2.0 via Wikimedia Commons


Que faisait Joseph au bord du Verdon, le mercredi 2 mai 1781 ?

Allait-il pêcher des écrevisses ? L'eau est haute au début du moi de mai, a-t-il glissé sur les galets, emporté par des tourbillons dangereux ?

.  

Il a été « trouvé sur le bord du Verdon, où il a eu le malheur de se noyer. »


Quel drame pour la famille ! Son père est dévasté, il perd son fils ; comment continuer à s’occuper du négoce ? Il doit pourtant aider sa belle-fille veuve à élever le petit, qui hélas mourra à trois ans.

 

L’année suivante, le 26 septembre 1782, c’est le cadet Joseph Paul que l’on enterre. Il était prêtre vicaire sur la paroisse d’Esparron. Il avait 26 ans. Outre l'officiant du lieu, deux de ses confrères se sont déplacés : le curé de Quinson et celui de Brauch, signe que messire Gayde était apprécié comme un homme important. Il devait faire la fierté de la famille.

 

Dominique Dardenne, CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons


En 1813, leurs parents ne seront plus présents dans l'église d'Esparron pour pleurer leurs deux filles.

Élisabeth est revenue habiter à Esparron, en sa maison rue de l’hôpital, c’est là qu’elle mourra le 1er août, seulement dix jours après sa petite sœur Marie-Christine.


 Allons au bord du Verdon :

à Quinson,

Passer le pont du Verdon

Noyé dans le Verdon

2023-11-16

N_Naufrage

 

François Bouis, (sosa 410) le père d’Élisabeth est patron-pêcheur. Il possède une barque et s’en va pêcher en mer. Parti de Marseille, il peut naviguer vers le couchant jusqu’au Golfe du Lion, parcourant une distance d’environ 130 milles soit 240 kilomètres jusqu’aux Saintes-Maries-de-la-Mer.

De Marseille aux Saintes-Maries-de-la-Mer

Sur sa barque, adaptée au petit cabotage, il ne s’éloigne pas de la côte. Depuis Marseille, l’aire de navigation des pêcheurs ne dépasse pas quelques dizaines de milles. Habituellement, il ne rentre pas tous les soirs à la maison. Si la prise de poissons s'avère insuffisante, il se dirige vers les sites où elle sera plus abondante.

Sa petite embarcation avance bien lorsque le vent gonfle la voile, mais quand la mer reste calme et que la brise ne souffle pas, il rame avec un aviron, à la force des bras. Avant que la nuit s’apprête à tomber, il cherche à se mettre à l’abri sur une plage pour haler au sec ou bien au creux d'une crique isolée où il peut jeter l’ancre.

Lorsque la cueillette est bonne, les filets se remplissent de loups, de congres…

En hiver et au printemps, sardines, anchois, maquereaux circulent le long des côtes d’est en ouest, vers le delta du Rhône.

 

Marseille, la Major

L’odeur du poisson imprègne ses vêtements que sa femme doit laver lorsqu’il rentre à la maison. Il a épousé Magdeleine Estienne alors qu’elle n’avait que 17 ans. Elle se révélait déjà capable d’assurer la gestion du foyer. Au fil des années, elle donne la vie et elle élève leurs douze enfants. Fille de Pierre Estienne et de plusieurs lignées de patrons pêcheurs, elle sait combien le métier est difficile, et épuisant pour les hommes.

La peau est brûlée par le soleil, desséchée par le vent, les lèvres gercées par le froid, les mains blessées par l’effort, usées par les intempéries, les naviguants doivent faire preuve de persévérance, de courage.

Leurs femmes essaient d’oublier leurs craintes, elles savent que la mer est dangereuse. Chaque retour apparaît comme un soulagement ; si leur époux se montre sympathique, c’est une fête.


Vincent Van Gogh, La mer aux Saintes-Maries-de-la-Mer

Hélas, un jour François Bouis n’est pas rentré. Il est parti pêcher vers Lei Santas/Les Santei Marias de la mar. On n’a pas retrouvé son corps. Sur l’acte de mariage de son fils Barthélémy Bouis en 1775, la famille a déclaré qu’il était « décédé depuis environ quatre ans » « décédé sur mer, faisant la pêche aux Saintes ».




2023-11-01

A_ Ancêtres inattendus

 

La forêt de mes ancêtres est bien implantée à Marseille *.


Dans cette cité ont vécu, pendant plus de dix générations, les ascendants de ma bisaïeule, Marie Nicolas.

Ils sont issus des plus anciennes familles de Marseille, cela me procure une multitude de cousins contemporains qui s’intéressent aux immenses et bien explorées généalogies marseillaises. D’autres aïeux originaires de bourgs provençaux ont parcouru des chemins de transhumances ou d’aventure, et certains sont venus de Ligurie pour repeupler la ville au XVIIIe siècle, ou auparavant.

Cependant, je ne m’attendais pas à trouver un ancêtre parisien.


Nicolas Louis Deleurye est longtemps demeuré au sommet de sa branche sans que je réussisse à mener l’enquête sur ses ascendants. Pour plusieurs raisons : les recherches à Paris passent pour être difficiles, je pensais que faute d’archives, cet homme resterait dans l’ombre des gens qui parlent pointu.

 Et puis...

Les premières informations trouvées m’ont tellement ébahie que je n'ai pas enquêté plus loin durant plusieurs années, c'était vertigineux de découvrir ces familles qui vivaient dans l’entourage de musiciens du roi. J’ai acheté un livre que je n’ai pas lu intégralement, étourdie par l’arbre généalogique incroyable qui m’était offert pour la branche Paulin.

Je sentais que s'étoffait la matière pour écrire une belle série de billets. Au fil de l’été, ceux-ci ont fourni le thème de ce ChallengeAZ.


Où l’on peut voir :

Un Parisien accueilli à Marseille en 1777, dans une famille de patrons pêcheurs.

Un layetier, une blanchisseuse.

Des amoureux pas tout jeunes. Un veuf qui se console ausoleil.

Un menteur.

Un fils unique, mais pas vraiment…

Trois marchands pelletiers, voire beaucoup d’autres apparaissant au fil des recherches.

Des musiciens « organistes du Roy », un maître de musique, un serpent et aussi un « cordonnierde la reyne » à Versailles.

Des maîtres-chirurgiens, un maître-fourbisseur, un courtier à foin,

Une fille abandonnée.

Des registres de tutelle, des inventaires, des contrats de mariage.

Des branches multiples s’épanouissant à Paris, pour lesquelles je pourrais me passionner, si elles ne s’éloignaient pas dans la collatéralité. (Est-ce que ce mot existe ou bien suis-je en train de l’inventer ?)


Peut-être même me faudrait-il plus de 26 lettres pour tout vous raconter.


Merci à tous les lecteurs qui vont me suivre tout au long de ce ChallengeAZ 2023. 🙏


* C'est le thème de mon ChallengeAZ 2020

2023-09-23

Régent des écoles

 

En cette période de rentrée, le généathème nous invite à mettre à l’honneur les enseignants.

Le seul ancêtre qui prétende me faire rédiger un billet sur ce thème s’appelle Jacques Gastaud, et je suis contente de l’avoir pour sosa 1722, à la 11e génération, car moi aussi je suis maîtresse d’école. Je suis restée prudente avant d’affirmer que celui-ci était mon aïeul, puisqu’on trouve un autre Jacques Gastaud présent dans le voisinage. À présent, je connais beaucoup de détails concernant la vie de sa famille.

 

Régent des écoles

En 1678, il avait 23 ans, on le connaissait depuis trois ans comme régent, avec la fonction de « régent des escolles ». C’est un agent municipal choisi par les habitants du village, il a passé un contrat avec la commune qui lui confie la responsabilité de l’enseignement. Il est chargé d’apprendre à lire, à écrire et à compter.


Selon les archives communales [2] :

En 1675, Jacques Gastaud gagne 60 écus.

En 1697, son salaire est de 45 livres.

et chaque écolier lui paye trois sous par mois. Les enfants des familles les plus pauvres sont accueillies gratuitement.

Le régent occupe aussi la fonction de consul, il siège au conseil municipal.

 

Deux morts se suivent

Son acte de décès, le 18 octobre 1719, est suivi le 21 octobre de celui de son épouse.

On peut supposer qu’une maladie contagieuse les a emportés ensemble, dans leur tombe de notre cimetière de Saint-Julien-le-Montagnier.

Le curé a un peu vieilli Jacques lequel n’avait pas 70 ans, mais plutôt 64 ans.



Magdalene, sa femme en secondes noces

Dans cet acte, elle est désignée Magdalaine Jeardenne. Je l’avais auparavant inscrite sous le nom Marguerite Jourdan et c’est l’occasion de rectifier cela, enregistrée alors que j’étais débutante insuffisamment exercée à la lecture. J’ai lu trop rapidement et n’ai pas poussé la recherche. Mon arbre comporte une erreur ; bien sûr, plusieurs personnes l’ont recopiée sur Généanet !

Vraiment, Jacques devrait m’enseigne la lecture et m’inciter à faire davantage attention. Quelle mauvaise lectrice je fais ! Je vais m’appliquer à comparer les traces qu’elle a laissées.

En observant plus attentivement, je peux à présent affirmer qu’elle s’appelle Magdalene Icardene.

Cette deuxième compagne de Jacques Gastaud n’est pas mon ancêtre.

Il l’a épousée le 25 janvier 1701. Il était urgent pour lui de se remarier, sa femme était morte deux mois plus tôt, le 25 novembre 1699. Magdelene a élevé les six enfants orphelins de mère.



Et regardez bien : on voit la signature de Magdelene Icarde qui s’étale tout en bas de la page. Elle n’a pas été invitée à parapher immédiatement à la suite de son mari. Tous ont dû être surpris qu’une femme veuille signer son acte de mariage. Je n’ai pas d’exemple de filles sachant écrire dans ma famille là-bas à cette époque. Je me demande si elle ne se faisait pas appeler Magdalena ; à moins de lire Aycarde…


Comme tout cela m’intrigue, je lance une recherche et je trouve le mariage de celle qui semble être sa fille : Jeanne Delorme, fille de feu Jean et de Marguerite Icardene. C’est dommage qu’elle n’ait pas signé pour m’assurer que c’est bien elle. L'union est célébrée à Puyloubier, avec un jeune homme de La Verdière, un bourg voisin de Saint-Julien-le-Montagnier. Magdelene et sa fille sont de Trets, comme cela était précisé en 1701 lorsqu’elle arrivée chez nous.

Poursuivant mon enquête sur Jean Delorme, je vois indexé le contrat de mariage, en 1679 à Marseille, de Jean Delorme avec Magdelene Aycardenc. La variante orthographique ne m’inquiète plus, le patronyme Icard est connu sous diverses formes à Marseille. Il s’en trouve dans ma forêt généalogique.

Mais je m’éloigne… Jacques et Magdeleine n’ont pas eu d’enfant.  

Honorade, en première noce

Jacques Gastaud avait épousé Honorate ou Honorade Gastaud (sosa 1723), le 22 février 1678.

Ce jour-là, la future épouse était « ornée d’ung habit d’estoffe de couleur à elle agréable ». Sachant que « les robes bagues et joyaux nuptiaux seront et demeureront au survivant desdits mariés ».


Mes deux ancêtres portent le même patronyme, mais ils appartiennent à deux branches qui ne semblent pas reliées. Elles sont issues de deux villages voisins : Saint-Julien et Ginasservis. Honorade est née le 1er novembre 1649, ses parents Guilhem Gastaud et Josèphe Jourdan(e) ont ensuite résidé plusieurs années à Aix-en-Provence, ils ont fait baptiser cinq enfants dans l’église de la Madeleine, entre 1654 et 1666. Ils les ont fait instruire et je ne résiste pas au plaisir de vous montrer la signature de la petite sœur d’Honorate en 1688



Jacques et Françoise, frère et sœur, sont mes ancêtres. 

Descendance de Pons Gastaud sur deux branches Jacques et Françoise

Jacques (sosa 1722) est le fils de Pons Gastaud et de Philippe Brun(e). Sa sœur Françoise est, elle aussi, mon ancêtre (sosa 6771). Les descendants de Pons et de Philippe se sont éloignés sur chaque rive du Verdon, se sont perdus de vue pendant deux siècles et se sont réunis en 1855 par le mariage de Pierre et de Constance.

Jacques, « régent »

Jacques Gastaud apparait bien présent dans les registres des notaires. Sa belle signature se retrouve dans des actes de vente, des quittances…

Pour 333 livres, il vend une maison sise rue de Cavaillon, en 1696.

Ensuite, il récupère la dot de sa femme, selon l’héritage de l’oncle Maximin...

En mars 1701, à peine remarié avec Magdalene, il paye pour elle la somme exorbitante de 239 livres 17 sols onze deniers de marchandises, qu’est-ce que cela pouvait bien être ?

Tout cela est bien mystérieux…


Jacques a éduqué ses filles. Marianne paraît la plus instruite, puisqu’à son tour elle assure l’enseignement à l’école des filles.

En 1717, Marianne Gastaud « remplit le rôle d’institutrice sans aucune rétribution, ni de la commune, ni de la part des enfants pauvres ».

C’est sa plus jeune sœur Thérèse qui est mon aïeule (sosa 861), mais celle-ci ne semble pas savoir écrire.

Il faut encore ajouter qu’un certain Gastaud est régent des écoles à Saint-Julien en 1760. Serait-il proche de Jacques ? 



[1] AD 83, Contrat 3E 14 486

[2] Source AD 83  délibérations communales https://archives.var.fr/ark:/73531/s005767a5e639cbb/57babe548bc18

 


2022-09-13

Passer le pont du Verdon

 

Pons et Philipe

Voilà un couple que j’aime bien, sans doute à cause de leurs prénoms.

Au début de mes recherches, j’avais noté Philipa, avant de me rendre compte que Philipe était un prénom féminin. Je n’avais alors guère de compétence en paléographie.

Elle était nommée Philipe Brun(e), puisqu’en Provence on féminise les patronymes.

Elle est  née le 21 juillet 1613 à Saint-Julien (Var). À l’âge de 18 ans, elle épouse Pons Gastaud, il avait 24 ans. Pons n’est pas un prénom rare, cependant mon sosa 3444 est le seul à le porter.

Leur acte de mariage du 20 janvier 1632 m’avait beaucoup plu, lorsque je l’ai découvert au début de mes recherches.

Ne sachant citer le nom de la mère décédée, le curé avait laissé un espace blanc. Je le connais maintenant, je comprends que Suzanne Garcin, la mère de Pons n’était pas de notre village. Peut-être d’Esparron, ce que je n’ai pas pu vérifier; dans ce cas avoir des cousins là-bas sera utile pour une branche descendante que je retrouverai parmi mes ancêtres de l'autre côté du Verdon, comme je vais le découvrir ici.


 Pons Gastaud et Philipe Brun(e) ont au moins sept enfants.

Le dernier est mon ancêtre. Jacques est né le 26 janvier 1655, sa mère a déjà 41 ans.

Jacques Gastaud épouse Honorade ou Honorate Gastaud; quoique puisse laisser penser leur homonymie, ils ne sont pas de la même famille, et Honorade m’ouvre l’horizon dans le village voisin de Ginasservis où elle voit le jour le 1er novembre 1651. Jacques Gastaud exerce comme régent des écoles, il se remarie après le décès d’Honorade qui meurt à 48 ans.

Jacques et Honorade sont les parents de Thérèse Gastaud et les grands-parents de Pierre Philibert, (sosa 430).


 

En écrivant l’article précédent, situé à Quinson puis à Esparron de Verdon, j’ai approfondi mes recherches sur la mère de Jean Roman, (sosa 1292).

J'ai eu la surprise de découvrir que Louise Arène est la petite-fille de Philipe et de Pons.

Donc, Pons et Philipe sont à la fois mes sosas 3444 et 3445 par leur fils Jacques et encore mes sosas 13 542 et 13543 par leur fille Françoise.

 

Le beau barrage sur le Verdon

Mobilité 

Les descendants de Jacques sont toujours restés à Saint-Julien (Var).

Les descendants de Françoise sont nés de l’autre côté du Verdon, à Esparron (Alpes de Haute Provence).


Un bon marcheur pouvait relier les deux bourgs en traversant le Bois du Défend, puis le pont sur le Verdon. Un vieil homme m’a raconté qu'avec les jeunes de Saint-Julien il empruntait ce chemin à pied pour aller danser à la fête d’Esparron; les filles mettaient leurs souliers de bal au moment d’arriver, pour ne pas les user en route.

 

Le pont sur le Verdon

 Ce pont construit en 1725 a remplacé un ouvrage plus ancien à la sortie des Basses Gorges du Verdon. Il est à présent englouti sous les eaux du barrage. 

 

Ewft, CC BY 3.0, via Wikimedia Commons

Il faut aujourd’hui parcourir une longue route qui serpente dans les Alpes de Haute-Provence avant d’atteindre ce joli village d’Esparron-du-Verdon. Il se trouve au bord d'un lac couleur d’émeraude, alimenté par le Verdon. Depuis 1967, le pont n'est plus visible. Je suis souvent allée nager traversant d’une rive à l’autre, au-dessus de ce pont devenu mythique depuis qu’il est noyé sous les eaux du barrage.


Nous l'appellons "Le pont coupé".


Un double mariage des filles de Françoise avec les frères Roman

    Le 25 février 1677,

  Louyse Arène a épousé Mathieu Roman (Sosas 3385 et 3384).

  Thérèse Arène a épousé André Roman.


  L'acte qui scelle les deux familles est bref, les plus proches parents qui les entourent ne sont même pas cités. 

 Louise et Mathieu ont pour fils Jean Roman, (sosa 1692) né à Quinson, comme je le raconte dans le billet précédent. 


Il y a bien longtemps, avant que le lac engloutisse le cours du Verdon, il suffisait de passer le pont, pour que mes deux branches d'aïeuls n’oublient pas que nous avons tous les mêmes grands-parents. Ces deux branches vont s'unir deux siècles plus tard, avec le mariage d'Eléonore Fave et Pierre Angelvin.

Cette histoire va me faire rêver lorsque je me baignerai dans le lac. 


Allons au bord du Verdon :

à Quinson,

Passer le pont du Verdon

Noyé dans le Verdon