2022-09-13

Passer le pont du Verdon

 

Pons et Philipe

Voilà un couple que j’aime bien, sans doute à cause de leurs prénoms.

Au début de mes recherches, j’avais noté Philipa, avant de me rendre compte que Philipe était un prénom féminin. Je n’avais alors guère de compétence en paléographie.

Elle était nommée Philipe Brun(e), puisqu’en Provence on féminise les patronymes.

Née le 21 juillet 1613 à Saint-Julien (Var), à l’âge de 18 ans elle épouse Pons Gastaud, il avait 24 ans. Pons n’est pas un prénom rare, cependant mon sosa 3444 est le seul à le porter.

Leur acte de mariage du 20 janvier 1632 m’avait beaucoup plu, lorsque je l’ai découvert au début de mes recherches.

Ne sachant citer le nom de la mère décédée, le curé avait laissé un espace blanc. Je le connais maintenant, je comprends que Suzanne Garcin, la mère de Pons n’était pas de notre village. Peut-être d’Esparron, ce que je n’ai pas pu vérifier; dans ce cas avoir des cousins là-bas sera utile pour une branche descendante que je retrouverai parmi mes ancêtres de l'autre côté du Verdon, comme je vais le découvrir ici.


 Pons et Philippe ont au moins sept enfants.

Le dernier est mon ancêtre. Jacques est né le 26 janvier 1655, sa mère a déjà 41 ans.

Jacques Gastaud épouse Honorade ou Honorate Gastaud; quoique puisse laisser penser leur homonymie, ils ne sont pas de la même famille, et Honorade m’ouvre l’horizon dans le village voisin de Ginasservis où elle voit le jour le 1er novembre 1651. Jacques Gastaud exerce comme régent des écoles, il se remarie après le décès d’Honorade qui meurt à 48 ans.

Jacques et Honorade sont les parents de Thérèse Gastaud et les grands-parents de Pierre Philibert, (sosa 430).


 

En écrivant l’article précédent, j’ai approfondi mes recherches sur la mère de Jean Roman, (sosa 1292).

J'ai eu la surprise de découvrir que Louise Arène est la petite-fille de Philipe et de Pons.

Donc, Pons et Philipe sont à la fois mes sosas 3444 et 3445 par leur fils Jacques et encore mes sosas 13 542 et 13543 par leur fille Françoise.

 

Le beau barrage sur le Verdon

Mobilité 

Les descendants de Jacques sont toujours restés à Saint-Julien (Var).

Les descendants de Françoise sont nés de l’autre côté du Verdon, à Esparron (Alpes de Haute Provence).


Un bon marcheur pouvait relier les deux bourgs en traversant le Bois du Défend, puis le pont sur le Verdon. Un vieil homme m’a raconté qu'avec les jeunes de Saint-Julien il empruntait ce chemin à pied pour aller danser à la fête d’Esparron; les filles mettaient leurs souliers de bal au moment d’arriver, pour ne pas les user en route.

 

Le pont sur le Verdon

 Ce pont construit en 1725 a remplacé un ouvrage plus ancien à la sortie des Basses Gorges du Verdon.

 

Ewft, CC BY 3.0, via Wikimedia Commons

Il faut aujourd’hui parcourir une longue route qui serpente dans les Alpes de Haute-Provence avant d’atteindre ce joli village d’Esparron-du-Verdon. Il se trouve au bord d'un lac couleur d’émeraude, alimenté par le Verdon. Depuis 1967, le pont est englouti. Je suis souvent allée nager traversant d’une rive à l’autre, au-dessus de ce pont devenu mythique depuis qu’il est noyé sous les eaux du barrage.


"Le pont coupé"


Un double mariage des filles de Françoise avec les frères Roman

    Le 25 février 1677,

  Louyse Arène a épousé Mathieu Roman (Sosas 3385 et 3384).

  Thérèse Arène a épousé André Roman.


  L'acte qui scelle les deux familles est bref, les plus proches parents qui les entourent ne sont même pas cités. 

 Louise et Mathieu ont pour fils Jean Roman, (sosa 1692) à Quinson, comme je le raconte dans le billet précédent. 


Il y a bien longtemps, avant que le lac engloutisse le cours du Verdon, il suffisait de passer le pont, pour que mes deux branches d'aïeuls n’oublient pas que nous avons tous les mêmes grands-parents. Ces deux branches vont s'unir deux siècles plus tard, avec le mariage d'Eléonore Fave et Pierre Angelvin.

Cette histoire va me faire rêver lorsque je me baignerai dans le lac. 


Au bord du Verdon :

à Quinson,

Passer le pont du Verdon

Noyé dans le Verdon (en cours d'écriture)


2022-09-02

à Quinson

 

Et voilà que mon arbre généalogique se déploie à Quinson. Cela me plaît bien !


Quinson (Alpes de Haute-Provence)

Depuis que j’ai visité le Musée de Préhistoire des Gorges du Verdon, j’imagine mes ancêtres semblables à ces hommes du néolithique qu’il présente.  Bon, je sais que je me laisse emporter dans le tourbillon des siècles et que là, j’arrive bien trop loin. Cependant, ce n’est pas impossible ! La région est riche de sites préhistoriques. Ici, le lieu propice leur offrait une rivière toute verte, le Verdon, des forêts giboyeuses, des belles falaises calcaires abritant des grottes, telle la Baume Bonne.

 


De manière plus tangible, je peux affirmer qu’un couple de nos ancêtres s’est marié à Quinson, le 9 janvier 1713.


Écoutez leurs noms : Jean Roman et Marie Renard. Si j’écrivais un roman, je les choisirais comme personnages. Je parlerais d’une jolie Marie Renard, vous savez la femme qui s’est transformée en renarde, celle de l’opéra tchèque « La petite renarde rusée » ?

Je pense aussi au Roman de Renart, ces récits du Moyen Âge peuvent encore nous parler. 


Jean Roman est fils de Mathieu Roman et de Louise Arène aux jolis patronymes : de roman et  de sable.

Marie Renard est la fille de Jean Renard et d'Anne Allemand, mariés à Riez ; il faut lire ce toponyme à voix haute pour entendre et apprécier les sonorités qui engagent à l’optimisme (Riez !)

Bien sûr, j’ai pensé à Allemagne en-Provence, un village voisin dont le nom a suscité diverses hypothèses, comme celle d'un peuple très ancien venu d’Allemagne…

Ces noms peuvent s’écrire avec des variantes : Reynard ou Renard, Roman ou Rouman… ce qui donne du piment aux recherches. 

Des aubergistes …

Leur fils Jean (sosa 846) est né l’année suivante, le 7 août 1714 à Quinson. Le frère de sa mère, Jean Renard est venu de Riez, car c'est son parrain. Il se montre bien présent par sa signature affirmée sur plusieurs actes et j'aimerais en savoir davantage sur lui. 


Jean Roman, est aubergiste, il est le père d’Anne Barbe Roman qui a épousé un aubergiste, un de plus dans ma forêt provençale.

Et bien voyez-vous, cela ne m’étonne pas du tout d’ajouter ces aubergistes dans mon arbre provençal.  Il en comporte tant d’autres dans plusieurs branches qui au fil des ans vont s’allier avec des familles de boulangers. C'est intéressant de découvrir les métiers et de tirer des liens.


Pour l’heure, je n’ai pu remonter plus haut dans cette branche qui m’engage à ouvrir des registres aux archives du Var ou des Alpes-de-Haute-Provence.

Quinson _ Alpes de Haute Provence,  CC BY 2.0
https://creativecommons.org/licenses/by/2.0, via Wikimedia Commons


Lorsque nous avons visité leurs villages, nous avons mis nos pas dans les ruelles, en cherchant l’ombre et la fraîcheur des fontaines, j’ai aimé pensé à eux tous. 


2022-08-20

S'envoler

 

« Au revoir là-haut »  Antoine l'écrit dans sa dernière lettre. 

Ces mots auraient pu être le titre de ce troisième billet de la série en hommage au grand-père ce héros : S'envoler...






Un cavalier courageux

Antoine a été cité trois fois à l’ordre de l’armée pour des actions d'éclat. Il n’a pas eu le temps de participer à cinq combats aériens ce qui lui aurait donné le titre officiel d’as de l’aviation. (J’ai osé néanmoins illustrer avec l’as de 💛 un billet intitulé ainsi.)

Son courage est déjà attesté le 20 mai 1908, puisqu’il « a reçu une lettre de félicitations pour s’être signalé en maîtrisant un cheval emporté ». Il était alors brigadier au 14e régiment de chasseurs à cheval.



Pilote aviateur de sang-froid

Les cavaliers sont appréciés dans l’armée, on admire leur équilibre à cheval, on suppose qu’ils feront merveille dans l’aviation. Cette nouvelle discipline a besoin de recruter d’excellents pilotes. Lorsqu’une formation est proposée, Antoine se porte candidat sans hésiter.

En mai 1915, à l’issue d’un premier stage, il obtient le brevet d’observateur dans les escadrilles d’Armée.

Par sa fonction : sous-lieutenant observateur, il seconde son chef lors des missions de reconnaissance qui peuvent devenir des opérations de chasse.



Le 11 septembre 1915

Il fait équipage sur le Morane avec le capitaine René Turin, pilote commandant l’escadrille MS 15[1]. Au sud de Savy-Berlette (Pas-de-Calais), le combat s’engage avec deux puissants Aviatiks ennemis.

Une balle atteint la jambe droite du pilote qui perd connaissance et l’appareil est endommagé. Vertigineuse est la chute, car l’avion volait à 2700 m d’altitude. Antoine parvient à rétablir l’équilibre à seulement 700 m du sol. Mais ils se trouvent toujours en zone ennemie. Tout en se faisant copieusement arroser par l’artillerie, il descend à 300 mètres, il franchit la frontière et Antoine réussit à le poser à 150 mètres des lignes adverses. Malgré le choc violent à l’atterrissage, ils s’en sont sortis. Il reste à prévenir Henri, le mécanicien, pour lui demander de récupérer le plus discrètement possible le moteur, les armes et les équipements. Durant la nuit, l’équipe des camarades travaille en silence pour ne pas attirer l’attention des Allemands qui se trouvent à proximité.

Voici la version racontée par Antoine dans une lettre à ses parents le 17/9 :




 Bien Chers Parents

Vous m'excuserez de mon long silence. J'ai eu la chance d'avoir cinq combats aériens depuis quelques jours. J'ai descendu un "Boche" dans ses lignes.

Le 10 de ce mois, j'ai attaqué deux appareils ennemis après les avoir fait fuir une première fois et poursuivi dans leurs lignes, nous nous sommes rencontrés de nouveau. Mais malheureusement au début du combat mon capitaine qui pilotait l'appareil a été touché ainsi que l'appareil qui s'est abattu verticalement d'une hauteur de 2600 mètres. J'ai recommandé alors mon âme à Dieu me préparant à l'horrible mort qui nous attendait. Mais par miracle, car le capitaine avait perdu connaissance, l'appareil s'est redressé à 500 m du sol et nous avons pu gagner nos tranchées après avoir passé à 200 m au dessus des ouvrages ennemis, salués au passage par un feu d'enfer transformant notre appareil en écumoire. Après une chute un peu dure, je me suis tâté je n'avais absolument rien.

J'ai été cité à l'ordre de l'armée et décoré de la croix de guerre avec palme. J'ai été également proposé pour la légion d'honneur.

J'espère que vous serez content de moi et continuerez à prier pour que Dieu ne cesse de me protéger.

Votre fils affectueux

Antoine


Le 26 septembre 1915

Deux semaines plus tard, le courage et le sang-froid du sous-lieutenant Antoine Laplace apparaissent une nouvelle fois remarquables, comme il est décrit dans la citation qu’il reçoit. 

Le Général commandant de la 10 ° Armée cite à l’ordre de l’armée :

Le lieutenant Laplace Antoine, observateur à l’escadrille N. 15.

« Remarquable observateur et mitrailleur plein de sang-froid.

Le 26 septembre 1915, au cours d’une reconnaissance effectuée très bas par suite du mauvais temps, a été atteint d’un éclat d’obus à la cuisse. A cherché à continuer sa mission, et ses forces l’ayant trahi a, aussitôt sorti d’avion, donné les renseignements recueillis. 



Le 16 juin 1917

Il est trop triste Antoine en ce mois de juin 1917. Il se trouve en Lorraine basé sur le terrain d’aviation de Souilly. Ce jeune lieutenant pilote monte dans son avion, il a le cœur gros en pensant à Marie, sa femme qu’il ne reverra plus. Il met le moteur en marche, il faut rester concentré, le SPAD VII décolle, il doit demeurer vigilant. Marie était malade, Marie est morte il y a moins de deux mois, le 24 avril 1917. Depuis que la nouvelle lui est parvenue, Antoine n’est plus qu’une ombre, il se porte volontaire pour des missions difficiles de photographies aériennes. Son avion est pris sous les tirs ennemis, il est touché. Il réussit à se poser sans s’écraser au sol. Il se couche sous son avion et meurt le 16 juin 1917 à Commercy, Meuse.


Voir aussi :

Antoine, un As de l’aviation

Marie, jeune épouse dans son nouveau foyer

S’envoler  

Détruire les lettres (en cours d'écriture)

Un  télégramme redouté (en cours d'écriture)



2022-07-12

Marie, jeune épouse dans son nouveau foyer




Marie 1913

Elle pose son cabas, soupire en voyant le désordre dans leur nouveau petit nid. Les meubles ne sont pas tous arrivés, mais l’appartement commence à prendre de la tournure. Elle a disposé un bouquet de roses parfumées dans le vase qu'on lui a offert, elle l'a placé à côté de quelques bibelots de valeur. «On se croirait chez des gens chics.» Le fourneau vient d’être installé. Elle considère avec satisfaction leurs «quelques emplettes : deux chaises de cuisine, assiettes, verres, seau et pelles à charbon, vase de nuit.» Elle veut tout ranger et commencer l’astiquage.


Ce matin, ils sont sortis juste après le petit déjeuner qu’Antoine a préparé pendant qu’elle s’habillait. Elle choisit l’élégance dans une jupe et une blouse blanche au col de dentelle, mais elle paraît si frêle, elle a serré au dernier cran une ceinture sur sa taille trop fine. Elle a relevé en chignon, la belle masse brune de ses cheveux. Bras dessus, bras dessous, les amoureux ont parcouru ensemble le trajet pour aller jusqu’au Comptoir national d’escompte de Paris à Grenoble où Antoine a déjà en charge la fonction de chef de bureau. Au retour, Marie a traversé la ville toute seule, elle a effectué quelques courses au marché.

Elle noue un tablier et se met à l’ouvrage. Lorsque la table est nettoyée, la vaisselle lavée, elle prépare le repas, une bonne odeur de légumes se répand dans la cuisine, elle goûte pour vérifier la cuisson.

«Ma soupe, autant que possible, je la fais à midi, ainsi je suis débarrassée. J’arrive bien à me retourner, mais ce n’est pas sans embarras, n’en ayant pas eu tant à faire de ma vie.»

Elle occupe son après-midi à la couture, elle est en train de confectionner une nappe et des serviettes qu’elle brode.

 

Mariée depuis quinze jours, Marie est désireuse de devenir une parfaite épouse pour tenir leur foyer. Elle sait qu’elle n’a guère d’expérience, mais elle s’applique. «Je m’en tire gentiment avec l’aide de mon petit mari qui se multiplie pour m’éviter de la peine.» Cependant, elle souffre d’isolement dans cette grande ville enserrée dans les montagnes.

Le soir, elle oublie sa peine lorsqu’elle va attendre son chéri à la sortie du bureau.

Antoine a 25 ans, un an de plus qu’elle, tellement séduisant, il est pourvu de mille qualités : force, beauté, intelligence, il l’entoure de tendresse. Marie fait son possible : «C’est gentil la vie à deux quand chacun a bien à cœur le bonheur de l’autre.» Pourquoi ajoute-t-elle : «Si cela dure ce sera parfait»? Nous savons que leur bonheur ne va vivre que quelques mois, et puis s'envoler (la guerre, la maladie, la mort…) 

Antoine, 1913

— Ma petite Mariette, tu es une épouse merveilleuse. Comme c’est bon de ne plus être seul à Grenoble!

— Oh! Moi je me sens bien seulette, tout au long de la journée quand tu n’es pas auprès de moi. Je me surprends à chanter pour entendre le son de ma voix.

Ce qui me manque ici ce sont des amis, je ne connais personne. À Chambéry, Maman et Fanny m’entouraient ainsi que Papa. J’ai commencé une lettre pour eux. Je veux leur parler d’une machine à coudre qui me serait bien utile pour confectionner des rideaux chez nous.

— Tu ne t’ennuies pas au moins?

— Ce serait bien que tu obtiennes cette promotion dans la succursale de la banque. Aller vivre à Annecy nous rapprocherait de nos familles.

— Ah justement, je viens d’apprendre que ce ne sera pas possible. Il va falloir t’habituer ici à Grenoble. Ne souhaiterais-tu pas avoir un bel enfant pour te sentir moins seule?

     —  … 

Comme c'est émouvant de retrouver la pipe d'Antoine !

Les veillées sont un moment agréable, Antoine allume sa pipe en lisant «La Savoie libérale». Marie se met à écrire une lettre à sa sœur Fanny «Dis à la maman qu’elle conserve les plumes de poules, nos oreillers sont plutôt durs, j’aimerais les rembourrer.» Sa famille lui manque, «J’accepte de bon cœur de t’apporter notre linge à laver, ça c’est mon cauchemar surtout ici où je ne connais personne, pas même ceux qui sont à ma porte.» En attendant le week-end prochain, elle est impatiente de prendre le train pour revenir à Chambéry. 

Sources : lettres de Marie à sa famille 1913-1916


Marie est l'arrière-grand-mère, (sosa 9)

Des récits pour connaître la vie d’Antoine, séduisant comme l'as de cœur :

Antoine, un as de l’aviation

Marie, jeune épouse dans son nouveau foyer

S’envoler (Au revoir là-haut)

Détruire les lettres (en cours d'écriture)

Un  télégramme redouté (en cours d'écriture)

 

2022-06-25

Antoine, un As de l’aviation

 

Antoine Laplace, l’arrière-grand-père est un As de l’aviation.




Comme tous les héros, le personnage n’est pas lisse et présente deux faces.


À la fois courageux et lâche. Amoureux et désespéré. Aventurier et gratte-papier. Cavalier puis aviateur dans l’armée. Il fut un soldat, victime de la Première Guerre mondiale, un lieutenant pilote, actif lors d’une époque qui lui a permis de mourir en héros.

Un as !

Lorsqu’il s’est marié le 8 mai 1913 à Chambéry, il était chef de bureau au Comptoir national d’escompte de Paris (CNEP) à Grenoble. Mais, n’allons pas installer ce jeune homme séduisant dans l'existence banale d’un employé de banque, sa vie fut brève mais intense.

Marie lui écrit le 14 mai 1914 : « Comme notre vie va être courte, ils fuient si vite les jours de bonheur. » Incroyable pressentiment, pourquoi a-t-elle pensé cela ? Elle venait de donner naissance à un beau garçon, au printemps le pays était encore en paix. Leur merveilleuse lune de miel a perdu ses couleurs dans la poussière de la guerre, de la maladie et du désespoir.

Le petit Paul, est né le 8 mai 1914, exactement un an après leur mariage, tel un cadeau, deux jours après l'anniversaire des 26 ans du jeune papa. 


Deux ans plus tard, la femme de sa vie allait le quitter pour rejoindre les bras de la maladie qui devait la livrer à la mort. Amoureux à jamais inconsolable, il l’a suivi sans se retourner.

Ils ont laissé un fils, si jeune imprégné de tristesse du destin, relevant la tête, mais marchant péniblement le long de ses parcours brisés.

L’ombre de la mort ne peut éteindre ce couple, marqué par la lumière des printemps où l’on se rappelle sa naissance et celle de son fils, leur mariage et leurs décès. C'est en silence que ses petits-fils fleurissent leur tombe à Chambéry. Nous dormons dans les draps qu’ils n’ont pas usés, nous mangeons dans leur vaisselle qu’ils n’ont pas ébréchée, sur d'impeccables nappes brodées (par Marie ?) à leurs initiales juxtaposées.  

 


 

 Le 1er août 1914,

Les hommes sont rappelés à la suite de la mobilisation générale. Antoine rejoint le 13ème régiment de Chasseurs à cheval. La vie militaire ne doit pas être un mauvais souvenir. En 1906, à l’âge de 18 ans, il a devancé l’appel ; cela a dû lui plaire, car il a effectué six années de service dans la cavalerie. Il sait parler aux chevaux, le 20 mai 1908, il reçoit des félicitations pour avoir maîtrisé un cheval emporté. Il a aussi l’occasion de pratiquer l’escrime et il est bon nageur.

Mais cette fois-ci, on ne joue plus, c’est la guerre, alors Antoine, le cœur serré, doit quitter sa jeune famille. Il rejoint son régiment à Valence.

Dix jours plus tard, il propose à Marie de venir le retrouver pour quelques jours à Lyon.


Les lettres qu’ils échangeaient devaient être beaucoup trop intimes, il n’a pas voulu les conserver. On ne peut qu’imaginer, les déclarations enflammées, les confidences brûlantes, les souvenirs chaleureux de ce couple amoureux.

 


Le 26 septembre 1915, en effectuant une reconnaissance, il est blessé à la cuisse par un éclat d’obus. Cela lui vaut une citation à l’ordre de l’armée. Espérons qu’il a passé sa convalescence chez eux à Grenoble ou plus probablement à Chambéry auprès de leurs familles. Antoine, Marie et le petit Paul ont partagé si peu de temps tous les trois ensemble, cela doit se compter en jours pour l’année 1915, trois mois en 1914.

En janvier 1916, de retour sur le front, il est nommé lieutenant au 13ème chasseurs.


Un valeureux pilote

Antoine est un jeune homme moderne, lorsqu’il apprend qu’il a l’opportunité de suivre une formation, il se montre intéressé par les progrès de l’aviation. Il accomplit un stage au sein de l’école militaire d’aviation du Crotoy. Marie le rejoint pendant trois mois. Elle passe les journées à attendre son héros, il effectue des trajets de plus en plus longs. Le soir, il lui raconte ses vols au-dessus de la baie de Somme, au-dessus des ruines des champs de bataille, au-dessus des villages bombardés, au-dessus des nuages. Puisqu’il est bien classé, il se présente rapidement à l’examen final. Le 24 août 1916, son épouse est fière d’assister à la remise du brevet d’aviateur. Mais elle se montre sûrement inquiète à l’idée qu’il parte combattre sur le front comme pilote à l’escadrille n° 27.

Marie tousse. Marie ne guérit pas des suites de la pleurésie dont elle souffre depuis l’an passé ; plus légère qu’une plume, elle ne réussit pas à reprendre des forces. Elle voudrait Antoine auprès d’elle. Antoine obtient quelques jours de permission, pour la voir si faible qu’il en est désespéré.


Entre le 10 mars et le 26 avril 1917, les lettres, adressées à Antoine par Marie, et par sa sœur Fanny lorsqu’elle est trop fatiguée, donnent à suivre le déclin de Marie.

Elle s’éteint le 26 avril 1917.


Souvenirs de Marie, ses cheveux dans le médaillon

Le 5 mai, le jeune homme éploré écrit : «Mes Biens chers Parents : 

 … Toujours de plus en plus désespéré. Je n’ai de goût à rien, je suis désorienté je ne puis m’habituer à mon affreux malheur. Je sens bien que si le Bon Dieu n’a pas pitié de moi en nous réunissant, il n’y a plus une minute de joie ici-bas.  […] 

Un nouveau deuil vent de frapper encore notre pauvre escadrille. J’arrivais sur le terrain pour voir un de mes camarades se tuer. C’est un lieutenant marié. Si je pouvais être à sa place, moi qui n’est [sic] plus rien. »

Il dit encore : « Prenez bien soin de mon pauvre Petit, apprenez lui à prier pour sa chère Petite Maman. […] »

Son anniversaire est le lendemain, il a 29 ans, et son fils Paul va avoir trois ans dans trois jours.


Il prend des risques de plus en plus importants. Il "a exécuté des croisières de chasse poussées loin dans les lignes ennemies, rentrant à plusieurs reprises avec un avion atteint par les projectiles."

Le 16 juin 1917, "au cours d'un combat qu'il avait engagé avec son énergie accoutumée", son avion est atteint par des tirs ennemis. Il réussit à se poser, il descend et se couche sous l’appareil pour mourir.


D’autres billets sont en cours d’écriture pour raconter Antoine, 

un grand-père séduisant comme l’as de cœur :

Antoine, un As de l’aviation

Marie, jeune épouse dans son nouveau foyer

S’envoler (Au revoir là-haut)

Détruire les lettres (en cours d'écriture)

Un  télégramme redouté (en cours d'écriture)


2022-04-15

L’invitation




Ne seriez-vous pas séduit par un homme nommé Espérance ? 

Ou plus précisément : Jean Espérance Blandine Comte de Laurencin.

Imaginons le plaisir de recevoir cette invitation amicale :

puisque vous devez Monsieur, me procurer le plaisir de vous voir demain, je vous prie de le rendre complet en m’accordant la faveur de dîner avec nous.

agréez mes tendres et fraternelles salutations.

espérance Laurencin

Lyon 9 mars 95



En Lyonnais, si l’on est invité à dîner, il est d'usage de se présenter vers midi au domicile de notre hôte ; s’il avait voulu nous recevoir le soir, il aurait précisé : pour le souper.

Nous avons rencontré le comte de Laurencin, à Lyon, à l’occasion de deux événements qu’il a organisés et financés. Le 19 janvier 1784, il s’est envolé dans la montgolfière Le Flesselles et le 4 juin 1784, il a laissé sa place à Élisabeth Tible, dans le ballon Le Gustave. J’aimerais qu’il me donne des nouvelles de la mystérieuse Élisabeth dont j’ai glané quelques traces (je pourrais encore compléter son article Wikipédia).



Pour retrouver cet aéronaute, je vais me transporter à la fin du XVIIIe siècle et penser très fort à un ballon qui pourrait m’emmener pour honorer cette invitation. Bon d’accord, elle est adressée l’aïeul d’un lointain cousin qui m’a confié ses archives. Je saurais bien expliquer à Jean Guerre combien je me sens proche de lui puisque j’ai étudié son dossier et nous parlerions de connaissance communes.


Le vent printanier nous pousse vers le château de Machy où j'imagine que la famille Laurencin réside encore. Le ballon, construit sous la direction d’Espérance, tient le coup. Durant ce voyage, j’ai le temps de penser à tout ce que je voudrais leur dire.


Il semble, que ce 10 mars 1795, la réception est prévue en comité réduit et se déroulera en toute simplicité, ce qui me met à l’aise. Je sais que le comte a entretenu des correspondances avec Jean Jacques Rousseau, d’Alembert et Voltaire, lorsqu’ils étaient vivants, j’aurais été ravie, mais sûrement très intimidée de les rencontrer.

J’aurais du plaisir à échanger avec madame la comtesse de Laurencin. Julie d’Assier de la Chassagne a composé beaucoup de poésies, certaines ont été primées et publiées dans l'Almanach des Muses. J’aimerais entendre ce qu’elle a écrit à son amie au sujet de l’allaitement maternel. Fier de sa renommée, son époux a lu à l’Académie de Lyon cette épître en vers sur l’obligation et les avantages qui doivent déterminer les mères à allaiter leurs enfants. Julie et Espérance ont eu six enfants. Ils forment un couple moderne au siècle des Lumières. Ils avaient décidé de faire inoculer leur fille âgée d’un an pour le protéger de la variole ? Quel chagrin ! Leur petite Catherine est morte.


 

Un peu brusquement, mais sans dommage,  je réussis à atterrir dans la propriété de Machy, je demande au concierge si la famille Laurencin habite toujours là. Il me répond que le château a été vendu à Antoine Morand, en 1792. Je suis déçue d'arriver à contre temps, mais je pourrais le saluer et lui dire que je l’ai croisé lors des fêtes de la montgolfière. J’ai aussi écrit un billet « en passant le pont Morand » où se révèle une alliance entre son petit-fils et une arrière-petite-fille de notre ancêtre.

Le gardien se renfrogne : Hélas ma pauvre dame, vous ne pourrez pas entrer, le château est mis sous séquestre depuis août 1793. On soupçonne Morand de s’être exilé pour échapper à la Révolution, son père a été guillotiné l’an passé.

Cela rafraîchit mon enthousiasme, je décide de rentrer à Lyon et d’aller du côté de la rue Laurencin, en espérant arriver à l’heure pour l'invitation (à moins que je ne renonce à jouer l’invitée surprise.)

Voir aussi :

Dans le ciel de Lyon

Une Lyonnaise dans les airs

Sources : articles Laurencin in

Dictionnaire de l’Académie de Lyon, 

Dictionnaire Historique de Lyon, 

https://www.briqueloup.fr/2021/02/de-gros-dictionnaires.html

Biographie universelle ancienne et moderne : histoire par ordre alphabétique de la vie publique et privée de tous les hommes. Lire sur Gallica.

et les articles Wikipédia que j’ai créés ou améliorés :