2022-04-15

L’invitation




Ne seriez-vous pas séduit par un homme nommé Espérance ? 

Ou plus précisément : Jean Espérance Blandine Comte de Laurencin.

Imaginons le plaisir de recevoir cette invitation amicale :

puisque vous devez Monsieur, me procurer le plaisir de vous voir demain, je vous prie de le rendre complet en m’accordant la faveur de dîner avec nous.

agréez mes tendres et fraternelles salutations.

espérance Laurencin

Lyon 9 mars 95



En Lyonnais, si l’on est invité à dîner, il est d'usage de se présenter vers midi au domicile de notre hôte ; s’il avait voulu nous recevoir le soir, il aurait précisé : pour le souper.

Nous avons rencontré le comte de Laurencin, à Lyon, à l’occasion de deux événements qu’il a organisés et financés. Le 19 janvier 1784, il s’est envolé dans la montgolfière Le Flesselles et le 4 juin 1784, il a laissé sa place à Élisabeth Tible, dans le ballon Le Gustave. J’aimerais qu’il me donne des nouvelles de la mystérieuse Élisabeth dont j’ai glané quelques traces (je pourrais encore compléter son article Wikipédia).



Pour retrouver cet aéronaute, je vais me transporter à la fin du XVIIIe siècle et penser très fort à un ballon qui pourrait m’emmener pour honorer cette invitation. Bon d’accord, elle est adressée l’aïeul d’un lointain cousin qui m’a confié ses archives. Je saurais bien expliquer à Jean Guerre combien je me sens proche de lui puisque j’ai étudié son dossier et nous parlerions de connaissance communes.


Le vent printanier nous pousse vers le château de Machy où j'imagine que la famille Laurencin réside encore. Le ballon, construit sous la direction d’Espérance, tient le coup. Durant ce voyage, j’ai le temps de penser à tout ce que je voudrais leur dire.


Il semble, que ce 10 mars 1795, la réception est prévue en comité réduit et se déroulera en toute simplicité, ce qui me met à l’aise. Je sais que le comte a entretenu des correspondances avec Jean Jacques Rousseau, d’Alembert et Voltaire, lorsqu’ils étaient vivants, j’aurais été ravie, mais sûrement très intimidée de les rencontrer.

J’aurais du plaisir à échanger avec madame la comtesse de Laurencin. Julie d’Assier de la Chassagne a composé beaucoup de poésies, certaines ont été primées et publiées dans l'Almanach des Muses. J’aimerais entendre ce qu’elle a écrit à son amie au sujet de l’allaitement maternel. Fier de sa renommée, son époux a lu à l’Académie de Lyon cette épître en vers sur l’obligation et les avantages qui doivent déterminer les mères à allaiter leurs enfants. Julie et Espérance ont eu six enfants. Ils forment un couple moderne au siècle des Lumières. Ils avaient décidé de faire inoculer leur fille âgée d’un an pour le protéger de la variole ? Quel chagrin ! Leur petite Catherine est morte.


 

Un peu brusquement, mais sans dommage,  je réussis à atterrir dans la propriété de Machy, je demande au concierge si la famille Laurencin habite toujours là. Il me répond que le château a été vendu à Antoine Morand, en 1792. Je suis déçue d'arriver à contre temps, mais je pourrais le saluer et lui dire que je l’ai croisé lors des fêtes de la montgolfière. J’ai aussi écrit un billet « en passant le pont Morand » où se révèle une alliance entre son petit-fils et une arrière-petite-fille de notre ancêtre.

Le gardien se renfrogne : Hélas ma pauvre dame, vous ne pourrez pas entrer, le château est mis sous séquestre depuis août 1793. On soupçonne Morand de s’être exilé pour échapper à la Révolution, son père a été guillotiné l’an passé.

Cela rafraîchit mon enthousiasme, je décide de rentrer à Lyon et d’aller du côté de la rue Laurencin, en espérant arriver à l’heure pour l'invitation (à moins que je ne renonce à jouer l’invitée surprise.)

Voir aussi :

Dans le ciel de Lyon

Une Lyonnaise dans les airs

Sources : articles Laurencin in

Dictionnaire de l’Académie de Lyon, 

Dictionnaire Historique de Lyon, 

https://www.briqueloup.fr/2021/02/de-gros-dictionnaires.html

Biographie universelle ancienne et moderne : histoire par ordre alphabétique de la vie publique et privée de tous les hommes. Lire sur Gallica.

et les articles Wikipédia que j’ai créés ou améliorés :


2022-03-26

Une Lyonnaise dans les airs

 

Vous avez été nombreux à lire "Dans le ciel de Lyon", le précédent billet qui vous invitait à assister, avec nos ancêtres lyonnais, le 19 janvier 1784, au premier vol libre emportant des passagers dans le ciel de Lyon. Si l’aventure vous tente, je vous propose d’embarquer avec la première femme aéronaute. Le 4 juin 1784, à Lyon, l’événement attira une  foule semblable.




Élisabeth Tible est une héroïne mystérieuse et attachante. Plusieurs légendes la décrivent comme une jeune, belle et courageuse aventurière, la première femme parmi les pionniers des vols en ballon.

On raconte qu’elle a été mariée à douze ans, puis abandonnée par son époux, ce qui lui a procuré une grande liberté. Au-delà de la légende, j’ai recherché les sources pour mieux la situer. J’ai retracé sa généalogie. J'ai élaboré d'autres hypothèses pour comprendre sa famille et ses relations. . 



Isabeau Estrieux est née à Lyon le 8 mars 1757. Avec ses parents : Agathe Declaustre et Pierre Estrieux, marchand « clincalier » (quincallier), elle habitait rue Mercière.  C'étaient sûrement des voisins que nos ancêtres connaissaient.


Rue Mercière au 16e siècle

Elle épousa Claude Tible, marchand de bas de soie, le 12 janvier 1772, il avait trente ans, elle en avait donc quatorze. Son contrat de mariage précise qu’elle est « marchande de mode ».


Montgolfière La Gustave par Charles-Ange Boily 

Quel chemin l’a conduite à proximité des organisateurs de l’envol de la montgolfière ? C’est le deuxième à Lyon, et le troisième voyage aérien prévu pour transporter des hommes. Élisabeth avait confié à une amie « Tu sais combien je désirais m’élever dans les airs par le moyen d’un aérostat. Tu sais que si ma santé défaillante depuis quatre ans me l’eut permis à l’origine des Montgolfières, j’aurais peut-être donné l’exemple aux hommes qui m’ont tracé la route des cieux ». Par chance, le comte Jean Espérance Blandine de Laurencin lui laissa sa place. Elle embarqua avec le sieur Fleurant, le peintre qui a construit le ballon. La montgolfière, nommée la Gustave, en l’honneur du roi de Suède en visite à Lyon, décolla sous les applaudissements de la foule. Parmi les Lyonnais qui avaient assisté au vol précédent, beaucoup auraient souhaité se trouver à la place d’Élisabeth, et sûrement nos ancêtres levaient les yeux vers le ciel.

Élisabeth s’était habillée en costume de Minerve, coiffée d’un chapeau oriental à large bord, elle portait une robe blanche de taffetas serrée à la taille par une ceinture de soie bleue. Lorsque le ballon s’éleva, elle entonna l’ariette en vogue, de la Belle Arsène : « Je triomphe, je suis reine ». On dit qu’elle était soprano à la Comédie. 

Les conditions étaient idéales, en quelques minutes, le ballon atteignit mille cinq cents mètres d’altitude; malgré l’euphorie ressentie, la jeune femme a dû regretter sa tenue légère.

« Un froid subit nous saisit en même temps, ma compagne et moi ; il fut suivi d’un bourdonnement aux oreilles qui nous fit craindre de ne plus pouvoir nous entendre [...] Ces deux sensations durèrent peu et firent place à un état de bien-être et de suave contentement qu’on ne goûterait, je pense, dans aucune potion » expliqua Fleurant. 

« Les délicieuses rêveries » d’Élisabeth furent interrompues par un incident. Une des planches de la nacelle se disjoignit. Pour se tenir en équilibre, elle dut s’accrocher au cercle de la galerie, tout en continuant à alimenter le foyer. Le sieur Fleurant dit que « Mlle Tible qui a été la première de son sexe portée sur les ailes des Airs, a mis une précision, une prudence attentive et réfléchie à alimenter le réchaud placé au-dessous de l’aérostat. Il a ajouté que le sang-froid et le courage de sa compagne ont fait tout le succès de l’expérience ».


La montgolfière monta à 2 700 m. Il faisait froid, ils ressentaient des douleurs dans les oreilles et il devenait difficile de respirer. Fleurant diminua le feu pour descendre. Il fallut choisir un terrain convenable. La chute s’accéléra, la voilure éclata, le ballon tomba incliné, et la toile s’abattit sur les passagers avant de s’embraser. Aveuglée par la fumée, Élisabeth se blessa légèrement en dégageant son pied de la galerie. Malgré tout, ils réussirent à sortir sains et saufs.

Élisabeth ne pouvait pas marcher. Les deux héros ont été portés en triomphe sur des fauteuils ; au bout d’un moment, ils préfèrent montrer dans la voiture. «L’allégresse publique ne diminua point pour cela : tous les citoyens des quartiers de Vaize et de Bourgneuf, dans lesquels nous passâmes, vinrent nous complimenter aux portières. »

Si je les avais vus lorsqu'ils sont passés devant ma maison, j’aurais couru dire mon admiration à ces courageux aéronautes. 

 


Ce billet est issu de ma présentation pour une conférence au groupe  Patrimoine et Familles du Lyonnais (PFL).

Le projet est venu d’un appel à enrichir les articles Wikipédia, (il m'a été lancé par Pierre que je remercie). J'ai partagé mes sources, qui sont accessibles dans la bibliographie et les liens cités dans ces articles, à voir sur Wikipédia : 

Élisabeth Tible

La Gustave (montgolfière)



2022-03-03

Dans le ciel de Lyon

 

Tout le monde levait les yeux vers le ciel de Lyon, en ce jour d’hiver du 19 janvier 1784.

 


Cela faisait plusieurs semaines que l’événement se préparait, les curieux étaient allés voir les essais de l’installation de la montgolfière dans la plaine des Brotteaux.

Des passionnés avaient mis en œuvre ce projet audacieux; Lyon allait prendre place dans les villes à la pointe du progrès en accueillant le troisième vol en ballon libre. 

C’étaient des esprits éclairés, des constructeurs, des courageux aventuriers, et des mécènes… ces hommes qui ont participé à l’organisation autour des frères Joseph et Etienne Montgolfier. Ceux-ci avaient réalisé les premières expériences à Annonay, l’année précédente.



Qui pourrions-nous reconnaître dans la foule qui assista à l’envol du ballon le Flesselles, le 19 janvier 1784 ? Il y aurait 100 000 personnes, dit-on ; en vérité, ce nombre semble exagéré, car la population de Lyon comptait alors environ 150 000 habitants.

 

Sans doute, tous les Lyonnais de notre forêt généalogique s’étaient déplacés, accompagnés de leurs cousins, des amis, des connaissances. Je suis sûre que plusieurs de nos ancêtres devaient se trouver là, fiers et curieux d’être les témoins de cet exploit.

 

Parmi les officiels, on remarquait : l’intendant, Jacques de Flesselles dont le ballon porte le nom, le pilote, Pilâtre de Rozier qui avait décidé que ce vol transporterait des passagers, le principal mécène, Jean Espérance Blandine de Laurencin, Jean Antoine Morand qui se réjouit de voir autant de passage sur son pont, ceux qui ont traversé le Rhône ont payé le péage ! Et Joseph Montgolfier dont ce fut l’unique vol.


 

Pierre Antoine Barou fut l’un des organisateurs de la souscription, c’est le cousin germain de Marguerite (sosa 373). La fille d’Étienne Montgolfier allait épouser un petit cousin à eux.

 


Pas facile de se frayer un passage parmi les nombreux spectateurs, on se bousculait, on s’interpellait, on se saluait.

Je suppose que l’on aurait pu rencontrer : Antoine Gontelle et Élisabeth Amory, et aussi Gaspard Margaron, sa femme Marie Clerc et leurs enfants, ainsi que Pierre Chartron, son épouse Marguerite Sauzion et leurs enfants. Ils marièrent leurs jeunes (sosas 178 et 179) le 15 août de cette année 1784. Il est bien possible que les familles Sandier et Mital et Durand se soient déplacées vers le centre-ville pour assister à l’événement.


Voici Le Flesselles impressionnant par ses proportions gigantesques.



« Dès que le ballon fut enflé, le prince Charles, les comtes de Laurencin, de Dampierre et de Laporte s’y jetèrent. Ils étaient tous armés et bien décidés à ne pas céder leur place à qui que ce soit. M. Pilâtre […] proposa de réduire le nombre des voyageurs à trois et de tirer au sort. Personne ne voulut descendre. Ce débat s’animait. Les quatre hommes placés dans la galerie crièrent de couper les cordes. M. L’Intendant pensa qu’il convenait de les satisfaire. À l’instant où on coupa les cordes, M. de Montgolfier et M. Pilatre se jetèrent dans la galerie.* »

Alors que le ballon commençait à décoller, le sieur Claude Gabriel Fontaine, un jeune homme qui avait eu beaucoup de part à la construction de la machine s’accrocha.

Alors, la montgolfière tourna, baissa un peu, renversa deux pieux. Elle resta attachée par une corde qu’une personne intelligente coupa d’un coup de hache.

Il était midi ¾. Le vent était faible et la marche lente, mais l’effet parut extraordinaire .

Les voyageurs étaient très gais.

En quatorze minutes, l'aérostat s’éleva à plus de 10 ou 18 cents pieds. Il se dirigea vers le Rhône. De crainte de tomber dans le fleuve, les voyageurs alimentèrent le feu pour monter plus rapidement. Le vent ayant tourné, le ballon revint au-dessus des Brotteaux.

Il se déchira là où les toiles avaient déjà été endommagées par les intempéries des jours précédents. Le ballon resta un instant stationnaire. La déchirure contraignit Pilâtre de Rozier à lâcher du lest, pour ralentir la chute de la machine. À cause de l’atterrissage brutal, on déplora quelques contusions et des dents cassées, les aéronautes furent accueillis en triomphe. L’émotion des spectateurs s'exprimait par des cris et des battements de mains.




Parmi les Lyonnais présents, j’aimerais reconnaître ceux dont je n’ai jamais vu la silhouette, des hommes, des femmes, des enfants participant à l'enthousiasme de cette foule.

 Voir l’article que j’ai créé sur Wikipedia :

 Le Flesselles (Montgolfière)

Sources :

Jean-Baptiste de Laurencin, Lettre à M. de Montgolfier, 1784 (lire en ligne

  • Faujas de Saint-Fond, Description des expériences de la machine aérostatique de MM. de Montgolfier, 1784 (lire en ligne sur Gallica)

2022-01-29

Les yeux gris

 


Ouvrir les yeux et regarder notre généalogie pour chercher des aveugles, voilà la proposition de Geneatech pour le généathème ce mois-ci.

 


J’ai pensé fermer les yeux et passer mon tour. Si les individus de mes forêts étaient malvoyants, je l’ignore. Bien sûr, je sais que la vue baisse avec l’âge et que ceux qui déclarent ne pas savoir signer cachent ainsi une vue défaillante. Cela m’attriste de les imaginer sans lunettes, incapables de travailler, de lire, de manier les outils, de vaquer aux occupations quotidiennes. Je plains les grand-mères, assises au coin du feu, ne pouvant plus cuisiner, inaptes à coudre, à faire de la dentelle. Il ne leur reste qu’à pleurer, si leurs yeux ne sont pas trop secs.


Cette réalité me paraît terriblement triste, je ne souhaite pas me trouver dans cette situation, sans les lunettes que j’ai la chance de porter. J’ose espérer que, dans le meilleur des cas, les anciens acceptaient la vieillesse avec une paisible résignation, telles de sages personnes ayant vécu de longues années, entourées de leurs descendants affectueux et attentifs.

 



 

Régis, le frère de mon grand-père.

Régis vivait dans ce charmant lieu-dit Gambonnet, entre Haute-Loire et Ardèche, il travaillait dans les prés et les bois de nos aïeux.



Régis a les yeux gris. 

Comme les hommes de sa famille, c'est un petit homme fier et robuste. il est arrivé à la quatrième place dans la fratrie. Les deux cadets ont envie voir la ville, de tenter l'aventure, ce sont des constructeurs d'engins audacieux. Lui, il préfère vivre dans la montagne; plus calme, plus raisonnable, il demeure avec sa mère et ses deux frères aînés dans la belle maison ancienne.

Lorsqu’il est appelé avec la classe 1900, on peut craindre qu’il participe quatorze ans plus tard à la Grande-Guerre dont nous savons qu’un seul de ses frères va revenir sain et sauf.

Numéro 1 au tirage, il est jugé bon pour l'armée, puis dispensé parce qu’il a « un de ses frères au service ». En effet, Xavier qui a deux ans de plus que lui se trouve au 152e régiment d’infanterie, en 1900.

Le sursis, qui lui permet de rester auprès de sa mère, ne dure qu’un an. Le 14 novembre 1901, il arrive au 16e régiment d’artillerie pour être canonnier conducteur. Il explique que sa vue n’est pas très bonne. En employant des mots que Xavier ne connaît pas, comme rétinite et amblyopie, le médecin militaire diagnostique des pathologies de la vision. Six mois plus tard, il est soulagé d’être réformé. Cependant, ce pronostic devrait l’inquiéter. Constatant l’amblyopie, il sait que l’un de ses yeux voit moins bien que l’autre, mais la rétinite paraît plus grave. A-t-il conscience que cette maladie génétique, qui cause la cécité, reste incurable ?

 

Selon mon regard, l’avenir s'annonce bien sombre pour le jeune homme qui risque de devenir aveugle, s’il n’est pas engagé, voire blessé ou tué lors de la Grande Guerre.

 

Les affreuses prédictions ne se sont pas réalisées. 

Régis est mort chez lui, sans atteindre ses 30 ans, le dimanche 13 février 1910 à 3 heures dans la nuit.

Le matin, Urbain, mon grand-père monte seul jusqu’au village de Saint-Bonnet-le-Froid, à 1150 m d’altitude. Il marche longtemps faisant craquer le givre et peut-être la neige d’un matin d’hiver à la montagne. Il essuie ses larmes, de froid et de chagrin. Il ressent la fatigue, il a si peu, si mal dormi. Il ne s’arrête pas pour voir ses arbres dans la forêt. Il continue. 


La journée sera longue, douloureuse. C’est lui l’aîné, il a 33 ans, il doit assurer l’organisation des funérailles. Comment prévenir les plus jeunes frères, Jean et Paul ? Sont-ils à Valence, ou à Lyon ? Auront-ils le temps de venir pour l’enterrement ?

Il passe chez Firmin qui a l’habitude de jouer le rôle de témoin dans ces circonstances, il lui demande de l’accompagner à la mairie pour déclarer le décès de son frère. Il est 10 heures du matin. Il faut déranger le maire qui déteste ouvrir ce registre.

Urbain rencontre le curé à la sortie de la messe. Il annonce la triste nouvelle aux paroissiens qui lui présentent leurs condoléances; ce sera, ce jour-là, le sujet de discussion dans les familles et au café.



Aura-t-il le courage d’aller faire part du décès de Régis à ceux qui ne se trouvent pas rassemblés pour bavarder sur la place du village ce dimanche matin ? Il entre à l'auberge ou peut-être chez des connaissances, il accepte un verre de vin, un bout de pain avec du saucisson, un café chaud. Urbain sait que son frère et leurs cousins doivent les entourer. Il dit aux amis qu’il doit reprendre le chemin à travers les bois, pour être aux côtés de sa sœur Mariette qui veille leur pauvre Régis. Chez eux, c’est le premier décès depuis celui de leur mère, cinq ans auparavant, il se réjouit que Christine n’ait enterré aucun de ses enfants.

Je sais que seuls Mariette et Xavier seront en vie longtemps pour pleurer leurs frères, tombés les uns après les autres en 1914-1916-1921. Comme il doit être difficile de continuer de vivre lorsqu'on a tant de larmes dans les yeux.


Voir aussi :

Autour de Constance

Grande Guerre

 

 

2022-01-16

Blog anniversaire 7 ans

 

Depuis sept ans, je chausse des bottes de sept lieues, je saute par-dessus les montagnes, je traverse les rivières, je passe de province en province, j’explore les forêts de nos ancêtres. 

Et je raconte leurs histoires dans les articles de « La forêt de Briqueloup ».


Ogre boulimique qui se nourrit de dates, de noms, d’actes, d’événements. Ogresse désolée qui pleure la mort de ses enfants. Petit Poucet persévérant qui sème des cailloux blancs pour ramener sa fratrie à la maison.



Au bout de la septième année, mon blog compte 382 articles.


Et sept ChallengeAZ, puisque séduite par ce projet d’écriture, je l’ai créé pour participer en 2015.


Cette année, j’ai enfin réussi à écrire sur mes ancêtres en Vivarais-Velay. Pour préparer le ChallengeAZ 2021, nous avons fait un agréable séjour en Auvergne. J’ai ajouté des dizaines de personnes dans mes deux forêts. Grâce à l’adhésion à la SAGA, j’ai pu lire des contrats de mariage, des testaments et différents actes qui donnent des éléments pour mieux les connaître.

 Alors que je n’attendais guère de surprises de ces branches de modestes laboureurs, voilà que leur généalogie remonte à l’époque des croisades ! J’explore les familles qui s’invitent dans l’Histoire de France.

Je vous en parlerai encore…

 


En 2021, j’ai publié 39 billets, c’est moitié moins que la première année. Mais, le nombre de visiteurs augmente, on compte 181k vues au cours de ces douze derniers mois ; ce graphique n’est qu’un indicateur, je sais qu’il ne faut pas prendre les chiffres à la lettre. Lorsque je débutais, un généablogueur m’a dit que le nombre de lecteurs est lié à l’ancienneté, c’est une bonne motivation pour ne pas perdre l’enthousiasme de la jeunesse. Les 200 commentaires témoignent d’échanges sympathiques. 


Les généathèmes m’ont motivée pour publier huit récits que je n’aurais peut-être pas écrits sans ce défi mensuel. Je me rends compte aussi qu’avec les 26 billets du ChallengeAZ, j'ai beaucoup avancé sur une branche un peu délaissée. Je remercie particulièrement Geneatech, je dois beaucoup à la communauté de généablogueurs qui donnent du souffle, de la visibilité et de l’amitié.


Mes projets pour 2022


Je suis en train d'inventorier et de numériser un quatorzième coffre d’archives confiées par des cousins éloignés. Celui-ci renferme des correspondances de lointaine parentèle, ce sont de collatéraux connus. Je suis impatiente d’ouvrir la boîte aux trésors.

Je voudrais pouvoir commencer le projet que je remets chaque fois à l’année suivante : « Rassembler, organiser, réécrire mes billets et imprimer un livre ».

 et 

Continuer à sauter les montagnes comme le petit Poucet avec les bottes de sept lieues.


https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Tummeliten_1899.jpg