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2023-11-18

P_ Patrons-Pêcheurs Prud'hommes

 

Dans la famille Bouis les hommes sont pêcheurs, plus précisément patrons-pêcheurs, cela veut dire qu’ils possèdent une barque. Ils dirigent leur entreprise comme des chefs. Le père engage des matelots compétents ou bien embarque avec ses fils lorsqu’ils sont en âge de devenir moussaillons.

Ils aiment l’odeur de la mer, ils connaissent son attrait et ses dangers, leur peau est tannée par le soleil, le sel et les embruns. Courageux, ils bravent les tempêtes; nerveux, musclés, endurants, ils ne craignent pas la fatigue. Vaillants en toute saison, en été comme en hiver ils peuvent partir de bonne heure et ils rentrent harassés après de grandes journées en mer.

Fiers et libres, ils ne doivent leur récolte de poissons qu’à leur savoir-faire.

Leurs femmes vont prier Saint-Pierre, patron des pêcheurs, dans leur église Saint-Laurent de Marseille.


Marseille, Saint-Laurent

Le père d’Élisabeth et ses deux grands-pères sont patrons-pêcheurs.



Je remercie Tom « Sacrés ancêtres » qui remonte fort haut. Il a trouvé le nom de tous les frères et oncles d’Élisabeth Bouis. Nous descendons du couple de leurs parents.

Mariés le 12 octobre 1732 à Marseille dans l'église Saint-Laurent, François Bouis et Magdeleine Estienne ont eu onze enfants.

Cinq frères et un beau-frère d’Élisabeth sont patrons-pêcheurs.

Trois oncles paternels sont patrons-pêcheurs dont deux prud’hommes : Louis Bouis et Pierre Bouis, ainsi que son parrain et oncle maternel Joseph Estienne.

Auguste, le fils d’Élisabeth Bouis et Louis Nicolas Deleurye a épousé la fille de Marguerite Carantène dont le père et le grand-père sont pêcheurs prud’homme. Si l’on compte encore le grand-père de son mari, cela fait beaucoup de mes ancêtres impliqués dans la Prud’hommie des patrons pêcheurs. Tous ces hommes se côtoyaient dans le quartier Saint-Laurent. Ils fêtaient ensemble leur saint de référence : Saint-Pierre  

 

Détail du tableau "La pêche miraculeuse"
peint pour la corporation des pêcheurs


Prud’homie

La prud’homie, lieu où siègent les prud’hommes est important dans la vie des pêcheurs. C’est une particularité méditerranéenne. Cette institution réglemente et surveille le territoire de pêche. Lorsqu’ils constatent une infraction, ils peuvent infliger des amendes ou des rappels à l’ordre aux contrevenants. Elle détient le monopole de la teinture des filets. La collectivité vient en aide aux vieillards, aux veuves et aux malades.  

Les prud’hommes sont les représentants élus des pêcheurs. On leur reconnaît de l’expérience et une valeur morale.  

Autrefois, les prud’hommes pêcheurs siégeaient avec solennité. Pour rendre la justice, ils revêtaient l’habit spécial : une robe de juge, et posaient sur leur tête une toque noire. Ils prononçaient ce serment : « Je jure de remplir avec conscience et loyauté les fonctions de prud’homme pêcheur ».

Être élu prud’homme attribue au patron-pêcheur des pouvoirs considérables, une autorité morale et confère du prestige pour lui et pour sa famille. 


Dans un précédent # ChallengeAZ : deux billets pour suivre nos patrons pêcheurs à Marseille au XVIIIe :

Dans le quartier Saint-Laurent

Entrons dans la maison des grands-parents d’Élisabeth rueFiguiero


2023-11-15

M_ Modeste Marseillaise


Fille de marin, petite fille d’un patron pêcheur et d’un meunier, Marie Magdeleine Thérèse Simon ne provient pas de même milieu social que son mari.

Sa famille paternelle paraît aux antipodes de la famille paternelle d’Auguste. Une forêt de modestes origines italiennes pour elle, un parc de bourgeois de Paris pour lui.


En 1817 Marie Magdeleine Thérèse a 25 ans. Elle habite au numéro 15 de la rue Moyse avec ses parents. Lorsqu’elle devient madame Auguste Deleurye, le 5 mars, elle va s’installer au  28 rue des Martegales, toujours dans la paroisse Saint-Laurent.

Elle est née à Marseille, le 23 novembre 1791. Elle est la fille aînée de Jean Baptise Simon, dont les parents vivaient à Chiappa en Ligurie, au nord de Gênes.

Sa mère s'appelle Magdeleine Martin.

 

Madeleine Simon est mon aïeule à la génération VII, sosa 103.


En 1854, l’acte de décès de sa fille nous apprend que Madeleine travaille comme blanchisseuse. Julie est morte à l’âge de 27 ans. Quel drame pour cette mère !

Elle n’est pas aussi fringante que cette jolie lavandière provençale.

Madeleine devait sans doute porter un bonnet à la mode ancienne qui ne laissait pas dépasser ses cheveux comme celui de la jeune fille. Elle retroussait les bras de sa chemise et relevait le haut de sa jupe pour travailler à l’aise.

La bugade : c'est la lessive en Provence

 


Le métier des blanchisseuses est harassant. Elles emplissaient leurs paniers d’osier avec le linge sale et malodorant des familles plus riches.

La lessive se déroule comme un long travail qui abîme les mains. Il faut d’abord mouiller le linge, frotter les différents vêtements avec l’excellent savon de Marseille qui ôte les tâches. Le linge est roulé en boule, c’est le moment de le battre pour faire sortir l’eau et le savon. Il doit être soigneusement rincé à l’eau froide. On le tord pour l’essorer. Les draps paraissent lourds à étendre, mais si on fait attention à bien les étirer, le repassage sera facilité. Le bon soleil et souvent le mistral ont tôt fait de sécher la lessive qui sent le propre.

Rose et Julie devaient l’accompagner leur mère pour l’aider dans ce labeur.

Rose (sosa 51) a pour spécialité tailleuse, ensuite ses filles vont travailler comme lingère, repasseuse, couturière. Dans notre famille, les femmes savent prendre soin du linge.

Prénoms   

J’aurais pu penser que Madeleine a hérité de sa mère son prénom d’usage.  

Pourtant, certains l’appellent Marguerite ! C’est le prénom de sa grand-mère maternelle : Marguerite Carantene. Voici comment elle est désignée dans les actes que j’ai trouvés.

Magdeleine en 1801

Marguerite Madeleine sur l’acte de mariage de sa fille Rose.

Marguerite Magdeleine Thérèse sur l’acte de mariage de sa fille Julie.

Marguerite sur l’acte de décès de sa fille Julie.

Marguerite Magdeleine Thérèse sur son acte de décès.

Elle ne savait pas écrire, mais elle a bien dû entendre tous ces M qui se bousculent sur son chemin.  

J’espère qu’Auguste lui a dit «  Je t’M, ne sois pas si modeste ».

 

 

Dans l’article précédent vous avez fait connaissance avec son mari,

Auguste était layetier.


2023-11-01

A_ Ancêtres inattendus

 

La forêt de mes ancêtres est bien implantée à Marseille *.


Dans cette cité ont vécu, pendant plus de dix générations, les ascendants de ma bisaïeule, Marie Nicolas.

Ils sont issus des plus anciennes familles de Marseille, cela me procure une multitude de cousins contemporains qui s’intéressent aux immenses et bien explorées généalogies marseillaises. D’autres aïeux originaires de bourgs provençaux ont parcouru des chemins de transhumances ou d’aventure, et certains sont venus de Ligurie pour repeupler la ville au XVIIIe siècle, ou auparavant.

Cependant, je ne m’attendais pas à trouver un ancêtre parisien.


Nicolas Louis Deleurye est longtemps demeuré au sommet de sa branche sans que je réussisse à mener l’enquête sur ses ascendants. Pour plusieurs raisons : les recherches à Paris passent pour être difficiles, je pensais que faute d’archives, cet homme resterait dans l’ombre des gens qui parlent pointu.

 Et puis...

Les premières informations trouvées m’ont tellement ébahie que je n'ai pas enquêté plus loin durant plusieurs années, c'était vertigineux de découvrir ces familles qui vivaient dans l’entourage de musiciens du roi. J’ai acheté un livre que je n’ai pas lu intégralement, étourdie par l’arbre généalogique incroyable qui m’était offert pour la branche Paulin.

Je sentais que s'étoffait la matière pour écrire une belle série de billets. Au fil de l’été, ceux-ci ont fourni le thème de ce ChallengeAZ.


Où l’on peut voir :

Un Parisien accueilli à Marseille en 1777, dans une famille de patrons pêcheurs.

Un layetier, une blanchisseuse.

Des amoureux pas tout jeunes. Un veuf qui se console ausoleil.

Un menteur.

Un fils unique, mais pas vraiment…

Trois marchands pelletiers, voire beaucoup d’autres apparaissant au fil des recherches.

Des musiciens « organistes du Roy », un maître de musique, un serpent et aussi un « cordonnierde la reyne » à Versailles.

Des maîtres-chirurgiens, un maître-fourbisseur, un courtier à foin,

Une fille abandonnée.

Des registres de tutelle, des inventaires, des contrats de mariage.

Des branches multiples s’épanouissant à Paris, pour lesquelles je pourrais me passionner, si elles ne s’éloignaient pas dans la collatéralité. (Est-ce que ce mot existe ou bien suis-je en train de l’inventer ?)


Peut-être même me faudrait-il plus de 26 lettres pour tout vous raconter.


Merci à tous les lecteurs qui vont me suivre tout au long de ce ChallengeAZ 2023. 🙏


* C'est le thème de mon ChallengeAZ 2020

2021-02-19

Se mettre en route vers les Archives


Dans le cadre du challenge #lemoisGeneatechje raconte 

une découverte que je n’aurais pas pu faire sans me rendre aux archives. 

AD 13

Les recherches devant l’écran de l’ordinateur demeurent confortables et pratiques. Pourtant l’effort de se déplacer jusqu’aux lointaines archives procure une source d’émerveillement.
C’est alors que des ancêtres se révèlent, je comprends mieux leur vie et je situe leurs parents. 

Cette aventure s’est réalisée plusieurs fois. Cela m’a donné l’occasion d’aller jusque dans leurs villages et de les considérer comme les miens.

1re étape : les Archives des Bouches-du-Rhône à Marseille

C’était ma première visite aux AD 13, curieuse, impatiente de découvrir des actes de notaires, je récolte un maximum de photos de registres. Je ne prends pas vraiment le temps de les lire, seulement d’en apprécier l’odeur et le toucher. Je suis émue de voir que mes ancêtres avaient apposé leurs paraphes sous les actes.

AD 13, registre 367 E 122

Le contrat de mariage entre Estienne Mauroux et Anne Gatte a été dressé à Marseille, en l’an 1655 et le quatrième jour du mois de mai.


Je déchiffre avec surprise le lieu où il est né : Aubenas. Je ne lis pas la suite qui me demanderait une attention supplémentaire. Je prends des photos rapidement, car d’autres registres m’attendent.

Cela me plaît bien d’avoir un nouvel ancêtre originaire du sud de l’Ardèche...

Mais, plus tard je regarde les détails des clichés, il apparaît qu' Aubenas se trouve dans le diocèse de Sisteron. Il s’agit d’Aubenas-les-Alpes que je m’empresse de rechercher sur une carte.

2e étape : Aubenas-les-Alpes

L’été suivant, nous allons à Forcalquier, dans les collines du Luberon, nous faisons une halte à Saint-Michel-l’Observatoire, la route sinue à travers les champs de lavande. Nous découvrons Aubenas-les-Alpes, notre minuscule village, il n’a qu’une place et qu’une seule rue. Deux Albascecoises sont ravies de me montrer, niché dans un panorama superbe, le hameau des Mauroux qui a conservé le nom de mes ancêtres.

Je raconte cela dans ce billet : Un tout petit village.

Les Mauroux et les Reyniers à Aubenas, 04

3e étape : les Archives des Alpes de Haute-Provence, à Digne.

Jean Mauroux, le père d’Étienne a déposé son testament en 1656, chez le notaire de Saint-Michel. C’est aux AD 04 que je suis allée le lire.

Je raconte cela dans le billet : Une constellation familiale en Luberon.



Je ne pense pas trouver davantage d’indices pour continuer, mais je sais que je retournerai dans le village d’Étienne (sosa 1162) pour le plaisir de me sentir chez moi dans ces collines provençales.


Ps. Le couple Jean Mauroux et Magdeleine Reynier figure dans plusieurs généalogies publiées sur Geneanet, copiées et recopiées avec des erreurs sur les patronymes. Personne n’a remarqué que mon Etienne n’avais pas disparu, il était allé s’établir à Marseille. 


Alors, s'il vous plait : recopiez-moi ! 



2020-12-25

Notre Noël au XVe siècle à Marseille


Puisque nous sommes réunis en ce 25 décembre, c’est l’occasion de vous parler de Noël Camoin, notre ancêtre dont je viens de faire la connaissance, à la suite de mon ChallengeAZ qui nous a emmené à Marseille. 


Nouelly 


- L’an passé, tu nous avais raconté le sosa Noël de notre arbre. 

https://www.briqueloup.fr/2019/12/il-sappelle-noel.html


- Alors, cette année, j’ai eu la surprise de découvrir un Noël dans ma branche marseillaise. C’est votre sosa n°205244, pour moi n° 74172.


- Tu disais pourtant qu’il n’y avait aucune personne portant ce prénom dans ta généalogie ?

- Et bien il y a quelques jours, une amie de mon groupe FB « Généalogie en Provence » a posté  ce testament déposé par Noël Camoin.

J'ai pensé que ses descendants avaient bien de la chance de connaître un tel document. Elle m’a répondu que cet homme était probablement aussi mon ancêtre, puisque beaucoup de Marseillais le retrouvent dans leur généalogie.

J’ai vérifié mon arbre et je l’ai comparé avec leurs grandes généalogies qui s'étendent si loin. Eurêka ! Ce très vieux grand-père est aussi le mien, si on remonte à la génération XVII.

- Que sais-tu donc de lui ?

- Noël Camoin vivait au XVe siècle. Son père Jean Camoin est connu à Marseille comme fondateur du village des Camoins.



- Un patriarche ! Comme celui des Olives ?



- Écoutons ces paroles de notre Noël Camoin, le 17 juillet 1468.

« Moi, Noël CAMOIN, travailleur de cette ville de Marseille, sain d’esprit, bien que je sois détenu dans mon lit par la peste, je fais mon dernier testament nuncupatif. »
 



Il ne doit pas être bien vieux, Jeanne qu’il a épousée trois ans auparavant est déjà morte. Elle lui a laissé un petit garçon, Michel âgé de deux ans.

- Oh, c’est émouvant !

- Il organise d’abord ses funérailles « Je souhaite que mon corps soit inhumé dans l'église des Frères Prêcheurs de cette ville, dans la tombe où a été ensevelie Jeanne ma feue épouse. Je veux que mon corps soit accompagné à sa sépulture par quatre cierges d'une livre, mais je laisse mes funérailles aux bons soins de mes héritiers. »

Sa mère se trouve près de lui. « Je lègue à dame Jeanne CAMOIN ma mère pour tous ses soins 20 florins ». Peut-être est-ce elle qui s’occupe de Michel, son « fils bien aimé », son héritier universel. 

- Tu as appris tous ces détails dans son testament ?

Il est écrit en latin, j’ai trouvé une partie de la transcription des trois pages sur Geneanet.

A chacun de ses trois frères, Pierre, Bérengier et Jean qui est le tuteur de Michel, il fait des dons, argent et vêtements. Ses deux sœurs, Guillelme et Douce ont dû être dotées auparavant, car il ne les mentionne pas. 

- Elle est bien triste ton histoire, pourtant tu sembles heureuse de la raconter.

- Oui ! La généalogie nous réserve des surprises : des joies et des larmes chez nos ancêtres.

Descendants de Jean Camoin

Je lance un appel aux innombrables descendants de Jean Camoin (père de Noël) qui m'ont aidée à rassembler l'histoire de sa famille, soyons cousins !

(à suivre)


2020-11-25

V_rue Saint-Victor

 


Elle attend. Une femme de marin doit savoir attendre. Elle regarde au-delà du vieux rempart qui borde la rue des Lices, elle voit l’abbaye Saint-Victor en contrebas, puis le port, et au loin la mer Méditerranée si bleue.



Bruno sera-t-il de retour pour la naissance attendue en ce mois de mars 1868 ?

Élisabeth se sent bien seule dans l’appartement au numéro 26 rue des Lices Saint-Victor, sous la protection de la basilique Notre-Dame de la Garde certes, mais bien seule. La sage-femme trouve que son ventre est particulièrement gros. La jeune maman se rend compte que l’enfant bouge beaucoup. Un doute la traverse « attendrais-je des jumeaux ? » VictoireSimon, sa belle-mère, étant elle-même jumelle l’avait prévenue de ce risque. 

Élisabeth repasse le linge, le trousseau de Bruno compte beaucoup de serviettes, de mouchoirs… Sa belle-famille lui semble un peu intimidante. Ses beaux-frères qui habitent Saint-Tropez passent souvent chez eux à Marseille. Les hommes naviguent en marins habitués aux longues traversées en Méditerranée et sur l’océan ; alors qu’elle est la petite-fille d’un charretier. Son père Ignace JEAN était ravi qu’elle épouse le capitaine Bruno Bancala. 


Ils sont mariés depuis  huit ans. Ils habitaient alors l’immeuble voisin au numéro 24. C’est là qu’est né Baptistin, il y a sept ans.

La jeune femme range le linge, elle lisse de sa main la pile de torchons brodés aux initiales de son mari.


Le petit Baptistin vient dans ses jupes. Puisque, le ménage est en ordre, il est temps de sortir pour une petite promenade en longeant le rempart vers l’abbaye Saint-Victor.



Bien sûr, cette photo est récente.

Si vous voulez connaitre la suite de la vie d’Élisabeth JEAN, je vous raconte qu’elle a habité rue Hoche, lorsque le port s’est déplacé à la Joliette.

Élisabeth est la première épouse de mon arrière-grand-père Bruno (sosa 8).

Nous sommes allés en visite chez l'oncle Baptistin à La Madrague de Montredon.

2020-11-23

T_rue des Tamaris


Toussaint NICOLAS  habite 11 rue des Tamaris, dans le quartier Saint-Laurent à Marseille, en 1851. 

Cette rue n’existe plus. Pour en situer l’ambiance, lisons ces quelques lignes [1] :

Plan Marseille 1824
 
http://www.cartomundi.fr/site/E01.aspx?FC=109676

« Il est hors de doute que le quartier traversé par la vieille Rue Roudiau ne fût peuplé de travailleurs et principalement de marins et de pêcheurs. On y voyait les Moisseous, les cordiers.

Il faut se figurer un grand carrefour, sur lequel s’ouvrait la Rue Radeau. La place que l’on rencontre sur la Rue Servian, était probablement le point sur lequel les cordiers avaient leurs roues, leurs chevalets, les ustensiles de leur métier. L’espace ne manquait pas ; il y avait eu là une carrière appelée la Peiriero de Regnauld. On y voyait certainement des jardins et des arbres. De là est venu l’usage de dire : Rue des Tamaris. »





Toussaint NICOLAS (sosa 18) est cordier, selon des actes où il est cité en 1846-1848 ; son frère Louis exerce le même métier.

L’art de la corderie

Les cordages sont indispensables aux marins sur leurs bateaux à voiles et aux pêcheurs présents dans le port proche.

Les cordes sont faites avec du chanvre, leur solidité se doit d’être fiable, pour résister à toute épreuve.

Les cordiers exercent un métier utile. La technique et les instruments n’ont guère changé jusqu’à la mécanisation qui commence dans la seconde partie du XIXe siècle.

Ce travail physique demande de la force et une concentration pour ne pas relâcher le geste, ce qui produirait un défaut dans la corde.

Cette illustration de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert date du XVIIIe siècle, elle montre le travail des cordiers.


 

L’atelier, ou plus souvent le terrain en plein air, comme on le voit dans la description de cette rue, s’étend tout en longueur.

On déroule les fibres dans les dévidoirs, ils reposent sur les chevalets tels de grands râteaux en bois. L’artisan étire son fil en marchant à reculons. Le rouet permet d’effectuer la torsion des fils rapprochant le chariot sur roulettes où ils sont fixés. Au fur et à mesure que la corde se forme, le toupin remonte vers le rouet. Les forces emmagasinées par les fils tordus vont s’opposer au sein du cordage, lui conférant une résistance exceptionnelle.

 


Nous possédons plusieurs cordes dont mon père trouvait souvent l’usage. J’aurais aimé lui dire qu’il avait un arrière-grand-père cordier, lui qui rangeait soigneusement ses cordes.


La famille NICOLAS vivait rue Désirée

Rose Deleurye, avant d’épouser Toussaint NICOLAS, 

vivait rue du Théâtre Français


Dans votre famille, y avait-il des fabricants de cordes ?  

 

Sources

1- Revue de Marseille et de Provence., V.12, 1866.https://hdl.handle.net/2027/mdp.39015034804966?urlappend=%3Bseq=550

2 - site du musée : http://www.alienor.org/publications/cordes/

Photo corde Par Ji-Elle -Travail personnel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=6796573


2020-11-21

S_rue Sénac

Sans aucun doute, ils étaient amoureux ces jeunes gens ! Leurs voisins de la rue Sénac les trouvaient bien rayonnants. Ils se sont mariés le 22 septembre 1888.

Marie Nogier est une femme qui a déjà acquis l’allure moderne et citadine, Albert est un boulanger, il a su la séduire. Ce sont mes arrière-grands-parents.


Ils se sont choisis librement. Et voilà que la forêt de mes ancêtres réunit un joli brin de fille venu de l’Ardèche avec un charmant jeune homme du Var. Chacun d’eux travaillait à Marseille, il ne faut pas croire qu’ils étaient isolés, leurs témoins sont des cousins plus ou moins proches, ils avaient aussi migré dans cette grande cité qui attirait les villageois.

 

Rue Sénac à Marseille.  crédit © M.Grapeloup

Ils déclarent leur domicile au n° 41 de la rue Sénac. Il semble bien étonnant que ce jeune ménage vive ensemble sans être marié ! Leur première enfant va naître onze mois plus tard, le 26 juin 1889. Deux filles vont arriver ensuite : Rose, ma grand-mère, puis Aimée dont la mort précoce et mystérieuse laissera ses parents inconsolables.

Marie travaille comme employée dans une maison où elle a appris à bien se tenir. Indubitablement, elle a de la classe, cette jeune femme de 24 ans. Ses patrons, s’ils se réjouissent de la voir heureuse, doivent regretter qu’elle quitte leur service pour s’établir avec Albert. Faire vivre ensemble une boulangerie est un projet bien enthousiasmant : Albert serait au fournil et Marie, officiant dans la boutique, chargée de l’accueil des clients, de la décoration et de la vente. Confectionnait-elle aussi les gâteaux ? 


Je possède encore des objets utiles pour la pâtisserie : une table en marbre, des grands bocaux en verre qui contenaient les confiseries, des compotiers pour présenter les biscuits, des moules à  tarte, à cake, à manqué, et à charlotte… J’ai mis longtemps à réaliser que ces ustensiles-là devaient être à l’honneur dans les vitrines de leur commerce. Ils ont dû prendre mille précautions lors du déménagement quand ils ont quitté Marseille en 1905, pour vivre dans notre maison à Saint-Julien.

Le couple n’a pas habité très longtemps à cette adresse rue Sénac, on les retrouve rue du Progrès en 1889, puis rue Montaux en 1903.


2020-11-20

R_rue du Théâtre Français

 

En 1842, Rose Deleurye et ses parents habitaient dans cette rue, au numéro 3, juste en face du numéro 4, où se trouve le Théâtre Français.


Il fut érigé en 1801, sur l’emplacement du couvent des Lyonnaises, puis démoli après la Révolution.Depuis 1834, il s’appelle le Théâtre du Gymnase, mais la rue a gardé son nom.

 


On jouait des mélodrames, des comédies et des opérettes. Les billets d’entrée pouvaient s’acheter pour 0,60 frs jusqu’à 2,25 frs. Les Marseillais adorent le Théâtre, je suppose que la famille de Rose se rendait au spectacle qui se donnait à côté de chez eux. Mais, comme nous le fait judicieusement remarquer Fanny-Nésida, l'animation devait être aussi dans la rue autour des spectateurs qui se déplaçaient pour la circonstance. 


Un demi-siècle plus tard, ma grand-mère allait sans doute écouter les concerts du Grand Théâtre et du Théâtre du Gymnase. Elle était passionnée d’opérettes qu’elle chantait avec sa belle voix, elle aurait aimé devenir chanteuse, mais ses parents ne le lui ont pas permis. Mamie Rose a épousé le petit-fils de Rose.

Rose Deleurye

Je crois bien que c’est sa photo !


Selon la mode ancienne, elle est vêtue d'un jupon à carreaux à plis canons, d'un caraco sombre fermé par quatre boutons. Elle a noué sous son menton les grands rubans d'une coiffe à tuyaux cannelés et empesés.

Le 19 novembre 1842, Rose Deleurye s’est mariée avec Toussaint NICOLAS. Elle était tailleuse en 1848.

Rose Deleurye (sosa 19) qui porte les beaux prénoms Rose Claire Reine est morte à l’âge de soixante-six ans, en 1884.  Son petit-fils Marius qui est mon grand-père avait alors deux ans.


Source des photographies 

Ch.Moustier CC BY-SA 3.0 <http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/>, Wikimedia Commons

2020-11-18

P_rue du Progrès

 

Connaissez-vous la maison où est née votre grand-mère ? 

Je ne m’étais pas posé cette question avant d’aller dans le quartier du Camas, à Marseille.

Nous devions dormir rue des Oliviers, chez une amie de ma fille. Avant d’arriver à cette adresse, nous traversons la rue du Progrès. « Mais, c’est là où est née Mamie Rose ! » m’exclamai-je.

83 rue du Progrès

Comme souvent à Marseille, on déplore l’état de dégradation des immeubles, nous avons été déçus de le voir tagué et sali. Il y a cent ans, l'immeuble devait avoir meilleure allure. 

Je pousse la porte du numéro 83, rue du Progrès. Avec émotion, j'ose monter les escaliers que la fillette a appris à grimper. J’imagine Marie, sa mère la portant dans ses bras, puis lui donnant la main lorsqu’elle commençait à marcher. 



Le quartier du Camas, en 1905


Pendant que la petite Rose grandissait, Marius, son futur époux, vivait non loin de là. Avec sa mère et son frère Joseph, il habitait au n° 9 rue Escoffier en 1896, n° 138 rue Terrusse en 1905. Même si leurs familles apparaissent socialement très différentes par leurs professions et leur origine géographique, je comprends qu’ils se soient rencontrés dans le quartier du Camas.


131 rue du Camas, Marseille


On retrouve Rose et ses parents au n° 131 rue du Camas, en 1917. Auparavant pendant quelque temps, ils sont revenus vivre dans notre maison dans le Var, chez la grand-mère paternelle de ma grand-mère.

Leur trajet de vie se révèle maintenant un peu balisé, pourtant je n’ai pas encore réussi à localiser la boulangerie de ses parents à Marseille.

 

Alors, et vous, pourriez-vous situer les maisons dans lesquelles est né chacun de vos quatre grands-parents ?