2026-03-31

Monsieur le maire (2)

 

Frédéric Sandier (1787-1849) 



Frédéric Sandier a été actif pendant plusieurs périodes à la mairie de la Croix-Rousse. 

Il a été conseiller municipal et adjoint. Élu pour deux mandats de maire, il a démissionné à deux reprises. 

La mairie se trouvait à l’angle de la rue de Cuire et de la place des Tapis. Elle a été démolie et l’actuelle est construite en 1867.

Il est élu maire le 29 janvier 1826.

https://www.fondsenligne.archives-lyon.fr/ark:/18811/a495d2464294c27f4cb00177f276b397

Il devient légitimiste lorsque la Monarchie de juillet est instaurée, il démissionne le lendemain, 10 août 1830.

Le 11 septembre 1830

 «  Le maire déclare qu’il a donné sa démission, mais qu’il n’a pas abandonné son poste où il est resté dans l’exercice de ses fonctions jusqu’au remplacement par M. Richan.»

https://www.fondsenligne.archives-lyon.fr/ark:/18811/0522f7d25540e1e369ce708142cd8f67

En 1831 et en 1834, Lyon fait face à des soulèvements ouvriers et républicains, notamment la révolte des Canuts dans la commune de la Croix-Rousse. Ce faubourg accueille des populations venues des alentours en quête de travail dans le milieu textile et l’industrie de la soie. Le travail est intense et pénible et leurs conditions de vie sont précaires. Les familles, les ouvriers et les apprentis s’entassent dans des logements où les métiers à tisser les occupent interminablement pour de maigres revenus.


Entre 1837 et 1842, Sandier reste engagé localement, il siège comme conseiller municipal.

Le 23 décembre 1846, il est élu pour un second mandat.



Le 23 février 1848, lors de l’Insurrection des Voraces, ces compagnons travailleurs de la soie s’arment à l’occasion des journées révolutionnaires. La Deuxième République est proclamée le 24 février. La confusion est grande. Le maire demande l’armement de la commune.



Le 5 mars 1848, il est contraint de démissionner dans le contexte politique révolutionnaire.

Il ne verra pas le rattachement du faubourg qui devient le 4ème arrondissement de Lyon en 1852.



En 1826, le maire de la Croix-Rousse était nommé directement par le roi (Charles X).

En 1831, instauration du suffrage censitaire par la monarchie de Juillet.

2 mars 1848, établissement du suffrage universel.





Voir aussi l'article précédent
#geneathème élections :


2026-03-27

Monsieur le Maire

 

Il avait été élu maire le dimanche 29 janvier 1826 et toute la famille se réjouissait…

                parce que le mardi suivant, c’est lui qui allait acter le mariage de Catherine Julie, sa cousine.

Ancienne mairie de la Croix-Rousse,
à l'angle de la rue de Cuire et de la place des Tapis


Le 31 janvier à dix heures du matin, tous sont réunis dans la mairie de la Croix-Rousse.

Frédéric trace une signature toute neuve: le maire Frederic Sandier .


Catherine Julie Sandier (sosa 91) est sa cadette de six ans. Frédéric, qui est né le 28 août 1796, va avoir trente ans. On remarque la signature étalée de son père Etienne, négociant drapier; et celle de Pierre, le frère de la mariée, présent dans son bel uniforme de capitaine, garde du corps du roi. 

Après la cérémonie, ils se rendront Petite-rue des Gloriettes pour fêter la noce dans la maison de famille où habitent l'oncle et le père du maire.

Elle m’a fait rêver, leur maison (qui n'existe plus) dans laquelle j’ai situé un Rendez-vous Ancestral. C’était en 1854, quelques jours avant que Catherine Julie ne s'éteigne. 

2 et 4, Petite rue des Gloriettes 

Entourée d’un parc arboré où se tenaient une gloriette, cette maison des champs, agréable pour échapper à la chaleur de la ville en été, est devenue la résidence de la nombreuse famille Sandier. Étienne, Joseph et Pierre ont agrandi la jolie maison du faubourg de la Croix-Rousse. 

Joseph est atteint de cécité et ne peut signer le contrat de mariage de sa nièce, cependant sa femme et lui-même sont d’accord pour faire donation de leur maison au n° 2 de la Petite rue des Gloriettes, en se réservant la jouissance jusqu’à leur décès. Orpheline de père depuis l’âge de dix ans, Catherine Julie vit avec eux.

Frédéric habite l'appartement voisin avec ses parents.

Il lui suffit de dix minutes de marche pour se rendre à la mairie.

Nous verrons dans l’article suivant qu’il a souvent parcouru ce trajet pour assurer ses différentes fonctions municipales. 


Un grand-père maire

Frédéric Sandier est le petit fils de Jean Sandier (sosa 364).

Jean Sandier, propriétaire cultivateur, était agent municipal de la commune de Vénissieux en1798. Après le coup d’État de Bonaparte, le 25 décembre 1799 il a été maire par intérim. Il démissionna l’année suivante, le 20 messidor an 8, donc le 9 juillet 1800. L’honneur de la fonction ne lui est pas monté à la tête, il signe toujours J. Sandier agent



Jean et Jeanne ont eu dix enfants, nés à Vénissieux entre 1757 et 1776.

au clic pour agrandir


Trois de ses fils, Étienne, Joseph et Pierre se sont installés à Lyon comme négociants en drap. Ils avaient un commerce rue Saint-Côme n° 1, à l’angle de la place des Terreaux et de la rue Chenavard à Lyon.

Ils semblaient bien s’entendre puisqu’ils ont habité dans la même propriété à la Croix-Rousse. 


Joseph s’est occupé de sa nièce et filleule, Catherine Julie après le décès de Jean à Vénissieux. 



Catherine Julie et Frédéric étaient donc cousins et voisins. 

voir aussi

Petite-rue des Gloriettes

et la suite (#généathème élections) :

Un cousin maire de la Croix-Rousse


2026-03-14

Abjuration et conversions


Dans le dernier article, nous remontions la branche des ancêtres protestants d’Annonay. Intéressons-nous à présent au parcours des générations suivantes.

clic pour agrandir


Leurs descendants qui s’affichent ici sur quatre générations sont tous baptisés au temple protestant. Observons leur choix de religion au cours de leur vie.


Antoine Barou, fidèle protestant

Nous avons déjà rencontré Antoine Barou qui a été inhumé en 1786 dans le cimetière protestant de l’Hôtel-Dieu de Lyon. Il s’est marié, en 1751 à l’église de Fourvière, avec une catholique. Ils avaient auparavant fait baptiser leur fils Pierre Antoine dont j’ai eu la surprise de trouver la date de naissance dans cette circonstance imprévue.

 

Abjuration de Louis Barou 


L’union du couple des deux cousins germains d’Antoine : Jean Barou et Jeanne Barou est célébrée le 5 février 1713, dans l’église Sainte-Croix de Lyon.


Louis Barou, le père de Jeanne, avait acquis le statut de bourgeois de Lyon, par lettre de bourgeoisie, le 23 septembre 1717. En suite de quoy, il a fait et preté le serment de vivre et mourir en la religion catholique. 

AML BB/444 


Le jour où il a voulu épouser une jeune femme catholique, il avait déjà choisi de renoncer à sa religion protestante.


Je soussigné custode de Sainte-Croix en l’Eglise de Lyon ayant pouvoir spécial de Messire Claude de Saint-Georges, archevêque-comte de Lyon, primat des Gaules, déclare que le 24ème septembre de l’année présente 1695 après plusieurs instructions faites en particulier et après avoir trouvé les dispositions nécessaires pour embrasser la foi de l’Eglise romaine j’ay receu l’abjuration de la religion prétendue réformée qu’a faite entre mes mains Sieur Louis BAROU marchand drapier de cette ville de Lyon, au pied du grand autel de Sainte-Croix en profession publique solennelle de la religion catholique, apostolique et romaine dans laquelle moyennant la grâce de Dieu il veut vivre et mourir.

L’acte d’abjuration est enregistré le 24 septembre 1695 et il se marie le 3 novembre dans la même église Sainte-Croix. Il se déclare alors paroissien de Saint-Nizier.

Jeanne qui naît dix mois plus tard est portée sur les fonts baptismaux par sa cousine Marguerite.

 

Marguerite Barou, marraine à l’église, reste protestante

Il est intéressant d’aller voir le mariage de Marguerite Barou avec Louis Tourton, vingt ans auparavant, le 7 avril 1676 à Annonay. La cérémonie est célébrée au temple. Les invités ont dû se régaler ensuite, car il est marchand confiseur. 

Marguerite comme son frère Antoine « est inhumée dans l’Hôtel-Dieu de Lyon au lieu destiné pour la sépulture de Messieurs de la religion prétendue réformée, le 20 avril 1738 sur les 11 heures du soir ».

En effet, les enterrements se font nuitamment dans ce cimetière particulier.


Hôtel-Dieu de Lyon _ Falcon® CC BY-SA 2.0 via Wikimedia Commons 


Lyon a été une cité protestante au 16e siècle.


À la génération suivante, tous sont devenus catholiques


Les trois filles de Jean Barou (sosa 746) se sont mariées dans l’église Notre-Dame d’Annonay.

Le seul acte de baptême que j’ai trouvé dans cette église est celui d’Élisabeth en 1741. Je suppose que ses sœurs ont été baptisées là.

Marguerite (notre sosa 373) s'est unie avec Laurent Pérouse, un officier d’infanterie, issu d’une famille où il n’y a aucun protestant.

Antoine qui était négociant s'est rendu à Saint-Etienne dans l’église Notre-Dame pour épouser sa femme, le 21 octobre 1760.

Je me suis intéressée à son témoin que l’on imagine dans l’uniforme militaire avec beaucoup de panache. Son beau frère, Just Gabriel d’Estezet de Saint-Cierge remplit les fonctions de lieutenant de cavalerie et commandant du roi dans le Haut-Vivarais. Il habitait avec Marie dans son château d’Estezet à Colombier-le-Jeune. 

Élisabeth « a été ensevelie dans le tombeau sous le clocher de l’église de Tain » le 20 janvier 1773. Elle avait 31 ans et cette femme épuisée venait de donner naissance à son onzième enfant ! Douze ans auparavant, elle avait épousé, Marcelin de Loche avocat en parlement. 


Au fil du temps, tous les membres de notre famille élargie se convertiront au catholicisme à la fin du 18e siècle. Ils ont toutefois gardé des réseaux de relations avec des personnes protestantes ou récemment converties.

 

L’article précédent : «Soirée debienfaisance au théâtre» montre l’investissement de Pierre Antoine Barou du Soleil comme administrateur élu dans l’Institut de bienfaisance. On constate que d’autres administrateurs avec lui étaient protestants.

Sans surprise, Pierre Antoine Barou fait partie des francs-maçons, je m’en doutais et je viens de découvrir une source qui le confirme. Beaucoup de Protestants lyonnais sont francs-maçons. Pierre Antoine qui comptait quantité d’amis devait être entouré de personnes qui partageaient ses valeurs. Si je peux en savoir davantage, j’essayerai écrire un article sur ce sujet. 

 

Cet article est la suite du précédent :

Des protestants à Annonay au 16e et au 17e siècle


Archives de Lyon, Lettres de bourgeoisie https://recherches.archives-lyon.fr/ark:/18811/379d2kg8zfjp/0b25414e-6262-42f3-9613-72c77bb18c7b


2026-03-05

Des protestants à Annonay au 16e et au 17e siècle

 

Mes derniers billets (et ceux du ChallengeAz 2025) étaient éclairés par le siècle des Lumières, l’époque de Pierre Antoine Barou du Soleil, un gentilhomme représentatif de cette époque avant la Révolution.

Nous allons grimper tout au sommet de cette branche du 17e au 16e siècle, dans une période moins lumineuse, jusqu’aux sombres guerres de religion dont Annonay garde la mémoire dans sa Tour des Martyrs

Annonay

Antoine Barou, le père de Pierre Antoine, et son frère Jean Barou (sosa 746) se situent à la génération XI des ancêtres de mes enfants.


Je remonte ensuite cinq générations qui forment un ensemble très lié socialement. Les trois premières apparaissent complètes. Plus haut, trouverai-je des actes pour ces rameaux cachés ? Ce n’est pas sûr...


À cette époque, ces branches-là sont protestantes, elles vivent à Annonay en Ardèche. Dans notre cité, les adeptes de la religion réformée pouvaient alors vivre de façon prospère. En effet, depuis le milieu du 16e siècle une importante partie des Annonéens a adopté le protestantisme qui se transmet pendant quelques générations.

Nous allons essayer de voir leur parcours.


Les Barou

Claude, puis Jean, puis Antoine Barou travaillent de père en fils, comme marchands.

Un acte précise que Jean est marchand drapier. Son grand-père, Jean Barou est marchand grossiste, il est bourgeois d’Annonay.

Ces négociants font de bonnes affaires et marient leurs filles dans des milieux aisés.

Claude Barou le vieil ancêtre n’est pas né à Annonay. Il pourrait venir du sud de l’Ardèche pour se réfugier dans une cité qui accueillait bien les protestants.


Les Gurin 

Claude a épousé Catherine de Gurin, fille de Claude et de Catherine !

Il s’allie à une famille importante Gurin ou Guérin, auquel s’ajoute plus tard une petite particule qui n’est pas noble, mais qui confère de la respectabilité.


Claude Gu[e]rin est avocat en parlement, docteur en droit et fils de notaire. Son contrat de mariage avec Catherine Androl est passé le 20 janvier 1558, à Andance dans la vallée du Rhône.


Claude est le fils de Louys. Catherine est la fille de Michel et d’Izabeau. Il sera difficile d’en savoir davantage, mais c’est appréciable d’avoir un document du milieu du 16e siècle. Je ne suis pas sûre d’avoir bien lu les noms de leurs mères.


J’aime bien penser que cette famille de Gurin fut (peut-être) propriétaire d’un champ dont le nom a traversé plus de 400 ans. Ma mère a habité le quartier de « Champgurin ». Ce toponyme prend pour moi un sens particulier, mêlant des souvenirs de ma mère qui n’aurait pas imaginé que cette Catherine Gurin (qui n'est pas mon ancêtre) soit la sosa 5969 de ses petits-enfants.

Les Lambert

Jeanne Lambert et Jean Barou se sont mariés le 13 février 1647. 

Pierre Lambert venait de mourir un mois auparavant, le 17 janvier 1647.

Jeanne Lambert est la petite-fille de Claude Lambert, un marchand potier qui a été consul d’Annonay. Il aurait épousé, en 1576, Gabrielle Chomel. J’ai consulté un grand livre de généalogie ancienne « Les Chomel », mais je ne m’y retrouve pas très bien, car  la famille Chomel est tellement nombreuse. Elle apparaît dans d’autres branches de cet arbre.

 


La mère de Jeanne, Madeleine Delacou est morte le 14 novembre 1670. Je ne connais pas ses parents et j’aimerais bien la rattacher à une autre branche homonyme. 

Les  Léorat

Etienne Léorat est tailleur, le fils de celui-ci autre Etienne Léorat exerce comme greffier au baillage d’Annonay, il est greffier des gabelles.



Jean Chomel, époux de Marie de Lacou, est maître apothicaire. J'aimerais bien remonter sur ce couple et éventuellement comprendre s'ils sont cousins avec d'autres homonymes. 

Les Lombard

Du côté de l’épouse de Jean Barou, ce sont les ancêtres de dame Lombard dont je ne résiste pas à citer les variantes du prénom : Elizabeth, "Babette", Isabelle, Isabeau.



On rencontre des officiers qui ont étudié le droit, on le voit dans les professions de ses frères et de sa famille maternelle.

Les Rignol

Jeanne est issue d’une famille de notaires, son père Pierre Rignol était aussi procureur au baillage du Vivarais.

Les Lagrange

Claude, comme son fils Théodore, sont greffiers au bailliage d’Annonay. Claude est consul.

Son épouse, Jeanne Rousset est la fille d’un tanneur, Pierre Rousset.

Annonay possède deux rivières offrant une eau douce pour les tanneries.

 


Pour moi qui n'ai pas d'ancêtres dans ma ville natale, je suis ravie de dresser cet arbre inattendu et d'explorer jusqu'au bout des branches ces familles vivant au 16e siècle. 


La suite de ce billet présente les générations suivantes :

Abjuration et conversions