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2023-08-23

Les rabots de Jean

 

Jean est mon grand-oncle, son nom est gravé sur trois des treize rabots que nous avons conservés depuis plus d’un siècle.  


Je les ai rangés dans un carton, mais je retarde le moment de les porter au grenier où l’on risque de les oublier. J’aimerais écrire ce billet dans l’espoir que, plus tard, leur histoire ne soit pas perdue.



Ce carton contient divers rabots de charron : des rabots ordinaires, des rabots de corroyage, des rabots de moulurage dont je découvre les jolis noms : guillaumes, mouchettes, bouvets, varlopes...


Tous sont constitués d'un corps en bois dans lequel est insérée une lame de fer tranchant.

Pour décrire les parties d'un rabot, on parle du nez, des joues, des oreilles, du talon en arrière et de la semelle pour la face inférieure. 

Celui-ci est estampillé « 38 Goldenberg fruitier » avec le numéro 42. 

L’œil représente une marque de la qualité du fer.

L’étiquette n’a pas été entièrement décollée. 

Ce morceau de papier rouge, je le trouve émouvant, il me dit que Jean a utilisé cet outil tellement peu de temps.


Cette varlope mesure 50 cm. Sa poignée est percée d’un élégant passage ovale où se glissent les quatre doigts de la main droite qui conduit l’outil.

Voici un joli petit rabot de carrossier, nommé Guillaume.


Voici un Bouvet, utilisé pour faire des rainures.


J’essaye de me documenter sur les outils du charron, cela ne m’étonnerait pas que dans l’atelier de mon père s’en cachent d’autres dont je ne sais identifier ni leur premier propriétaire ni leur usage. Il faudrait que j’explore les recoins du garage où je pourrais trouver des ciseaux à bois, des gouges à dégrossir, des tarières pour creuser des trous... Pour ceux que je vous présente ici, j’apprécie cette chance que le nom et le prénom du propriétaire soient gravés sur le bois !  



Famille Fauriat

Parmi les six garçons de cette fratrie, les benjamins, Jean et Paul apparaissent très liés. Ils ont partagé leurs outils, ils étaient charrons, et copains comme deux larrons.

Inventeurs intrépides, ils construisaient des engins roulants dans lesquels ils dévalaient les pentes de leurs prés à Gambonnet, depuis le lieu-dit Fauriat, nommé de leur patronyme.

Paul était menuisier en voitures en 1914. Il avait alors 27 ans. Il habitait 86 boulevard de Grenelle à Paris 15e, il est mort le 25 juin de cette année-là, à l’Hôpital Laennec, 42 Rue de Sèvres. Paris 7e. Il a eu la chance de ne pas connaître la Grande Guerre. Réformé pour faiblesse générale et bronchites fréquentes, il n’a pas effectué son service militaire, mais cela aurait-il été une raison pour échapper à l’ordre de mobilisation quelques semaines plus tard ?

Paul possédait un compte au Crédit Lyonnais, à l’agence AX à Paris, s’élevant à 4287 francs. Voilà à peu près tout ce que je sais de lui.

Jean a quitté le domaine familial, en laissant l’exploitation des terres et des bois à Urbain son frère aîné, mon grand-père. Il a appris le métier de charron, carrossier, menuisier en voitures, j’ai retrouvé ses différentes adresses qu’il partageait avec Paul, à Romans-sur-Isère, à Valence, à Lyon et à Paris.    

Le 1er avril 1916, il tombe « tué à l’ennemi, côte 425, à Steinbach en Haute-Alsace ». Il avait 31 ans. Son nom, Jean Fauriat, ainsi que celui d'Urbain, est inscrit sur le monument aux morts de la guerre 1914-1918, à Saint-Bonnet-le-Froid.


Les charrons exercent un métier très apprécié, ce sont eux qui fabriquent et réparent les roues des chars et les charrettes, indispensables à tous. Ils utilisent deux types de matériaux : le bois et le fer. Cela fait de ces hommes tout à la fois des menuisiers, des charpentiers, des forgerons, des maréchaux ferrants, et plus tard des carrossiers lorsqu’ils commenceront à concevoir les véhicules à moteur.  

Au début du XXe siècle, les premières voitures causent un superbe effet, elles éblouissent par leur vitesse, par leur design et le luxe de leur équipement en fer, en bois, et en cuir. Paul était menuisier en voitures, sans doute Jean travaillait avec lui.

Le parcours de ces outils

Certains semblent comme neufs, l’un d’entre eux garde encore son étiquette.

Mon grand-père Urbain a dû les récupérer après le décès de son frère en 1916. Lui aussi a participé à la guerre, il a été gazé ; après des mois de pénible maladie, il est mort en 1921.

Il a installé Constance sa femme et leurs trois enfants, pour une vie plus facile, dans le bourg où il a acheté une ferme afin qu’ils aillent à l’école.

Par chance, ces outils ont été conservés par ma grand-mère maternelle au cours de ses déménagements successifs.

Mon père les a utilisés, il aimait s’occuper de menuiserie. En général, il prenait grand soin de tous les objets.

Lorsque nous avons vendu la maison de mes parents, j’ai gardé ces outils, nous les avons stockés, puis un peu oubliés, rangés dans le garage et on ne les remarquait plus. Ils ont été abîmés par les vers, hélas ! Coupable de les avoir abandonnés, j’essaye maintenant les traiter soigneusement.   

Cela m’a étonnée d’y découvrir le nom de Jean Fauriat, cette inscription leur donnait une valeur familiale. J’ai voulu raconter la courte vie de deux grands-oncles : Auguste « Jean » Baptiste (1884-1916) et « Paul » Auguste Eugène (1887-1914).

Voir aussi :

Autour de Constance

Grande Guerre (leur maison abandonnée)

Les yeux gris (ceux de Régis, un autre frère) 


2022-01-29

Les yeux gris

 


Ouvrir les yeux et regarder notre généalogie pour chercher des aveugles, voilà la proposition de Geneatech pour le généathème ce mois-ci.

 


J’ai pensé fermer les yeux et passer mon tour. Si les individus de mes forêts étaient malvoyants, je l’ignore. Bien sûr, je sais que la vue baisse avec l’âge et que ceux qui déclarent ne pas savoir signer cachent ainsi une vue défaillante. Cela m’attriste de les imaginer sans lunettes, incapables de travailler, de lire, de manier les outils, de vaquer aux occupations quotidiennes. Je plains les grand-mères, assises au coin du feu, ne pouvant plus cuisiner, inaptes à coudre, à faire de la dentelle. Il ne leur reste qu’à pleurer, si leurs yeux ne sont pas trop secs.


Cette réalité me paraît terriblement triste, je ne souhaite pas me trouver dans cette situation, sans les lunettes que j’ai la chance de porter. J’ose espérer que, dans le meilleur des cas, les anciens acceptaient la vieillesse avec une paisible résignation, telles de sages personnes ayant vécu de longues années, entourées de leurs descendants affectueux et attentifs.

 

 

Régis, le frère de mon grand-père.

Régis vivait dans ce charmant lieu-dit Gambonnet, entre Haute-Loire et Ardèche, il travaillait dans les prés et les bois de nos aïeux.



Régis a les yeux gris. 

Comme les hommes de sa famille, c'est un petit homme fier et robuste. il est arrivé à la quatrième place dans la fratrie. Paul et Jean, les deux cadets ont envie voir la ville, de tenter l'aventure, ce sont des constructeurs d'engins audacieux. Lui, il préfère vivre dans la montagne; plus calme, plus raisonnable, il demeure avec sa mère et ses deux frères aînés dans la belle maison ancienne.

Lorsqu’il est appelé avec la classe 1900, on peut craindre qu’il participe quatorze ans plus tard à la Grande-Guerre dont nous savons qu’un seul de ses frères va revenir sain et sauf.

Numéro 1 au tirage, il est jugé bon pour l'armée, puis dispensé parce qu’il a « un de ses frères au service ». En effet, Xavier qui a deux ans de plus que lui se trouve au 152e régiment d’infanterie, en 1900.

Le sursis, qui lui permet de rester auprès de sa mère, ne dure qu’un an. Le 14 novembre 1901, il arrive au 16e régiment d’artillerie pour être canonnier conducteur. Il explique que sa vue n’est pas très bonne. En employant des mots que Xavier ne connaît pas, comme rétinite et amblyopie, le médecin militaire diagnostique des pathologies de la vision. Six mois plus tard, il est soulagé d’être réformé. Cependant, ce pronostic devrait l’inquiéter. Constatant l’amblyopie, il sait que l’un de ses yeux voit moins bien que l’autre, mais la rétinite paraît plus grave. A-t-il conscience que cette maladie génétique, qui cause la cécité, reste incurable ?

 

Selon mon regard, l’avenir s'annonce bien sombre pour le jeune homme qui risque de devenir aveugle, s’il n’est pas engagé, voire blessé ou tué lors de la Grande Guerre.

 

Les affreuses prédictions ne se sont pas réalisées. 

Régis est mort chez lui, sans atteindre ses 30 ans, le dimanche 13 février 1910 à 3 heures dans la nuit.

Le matin, Urbain, mon grand-père monte seul jusqu’au village de Saint-Bonnet-le-Froid, à 1150 m d’altitude. Il marche longtemps faisant craquer le givre et peut-être la neige d’un matin d’hiver à la montagne. Il essuie ses larmes, de froid et de chagrin. Il ressent la fatigue, il a si peu, si mal dormi. Il ne s’arrête pas pour voir ses arbres dans la forêt. Il continue. 

Les sapins d'Urbain

La journée sera longue, douloureuse. C’est lui l’aîné, il a 33 ans, il doit assurer l’organisation des funérailles. Comment prévenir les plus jeunes frères, Jean et Paul ? Sont-ils à Valence, ou à Lyon ? Auront-ils le temps de venir pour l’enterrement ?

Il passe chez Firmin qui a l’habitude de jouer le rôle de témoin dans ces circonstances, il lui demande de l’accompagner à la mairie pour déclarer le décès de son frère. Il est 10 heures du matin. Il faut déranger le maire qui déteste ouvrir ce registre.

Urbain rencontre le curé à la sortie de la messe. Il annonce la triste nouvelle aux paroissiens qui lui présentent leurs condoléances; ce sera, ce jour-là, le sujet de discussion dans les familles et au café.



Aura-t-il le courage d’aller faire part du décès de Régis à ceux qui ne se trouvent pas rassemblés pour bavarder sur la place du village ce dimanche matin ? Il entre à l'auberge ou peut-être chez des connaissances, il accepte un verre de vin, un bout de pain avec du saucisson, un café chaud. Urbain sait que son frère et leurs cousins doivent les entourer. Il dit aux amis qu’il doit reprendre le chemin à travers les bois, pour être aux côtés de sa sœur Mariette qui veille leur pauvre Régis. Chez eux, c’est le premier décès depuis celui de leur mère, cinq ans auparavant, il se réjouit que Christine n’ait enterré aucun de ses enfants.

Je sais que seuls Mariette et Xavier seront en vie longtemps pour pleurer leurs frères, tombés les uns après les autres en 1914-1916-1921. Comme il doit être difficile de continuer de vivre lorsqu'on a tant de larmes dans les yeux.


Voir aussi :

Autour de Constance

Grande Guerre

Les rabots de Jean

 

 P.s. Ouvrons les yeux : Urbain a donné le prénom de Régis à son fils, né quatre ans plus tard. 

2021-12-11

Constance et Urbain

Constance,
mémoire prodigieuse, récite pour moi
la fable du loup et de l’agneau,
les histoires de loup, le Grand Bois.

Urbain
nait dans un hameau qui porte son nom, Fauriat.
Peu de gens s’en souviennent. De leur maison natale,
ne restent que quelques pierres.

Elle
Allait-elle rendre visite à ses sœurs
à pied par les chemins de la montagne, en voiture à cheval, en car ?

Lui
Cultivateur, comme les hommes de là-haut
Ses frères lui donnent la main pour
couper les arbres, entretenir ses forêts.

Elle
capable de vendre le bois, de discuter avec les hommes.

Lui
part à la Grande Guerre.
Son frère, son beau-frère tombent. Leurs cousins tombent, leurs amis, leurs voisins …

Elle
ne pas perdre la tête, garder 
confiance, sinon c’est à devenir folle.

Lui
décide d’acheter une maison au village,
installe sa famille là-haut, vie plus facile.
Les garçons vont à l’école.

Elle
accompagne ses enfants à la ville.
Ses garçons, espoir d’avenir, vont étudier.
Sa fille, elle oublie de l’envoyer à l’école.

Lui
de la guerre revient, gazé.
Meurt peu après. Jeune encore.

Elle
Veuve, trois enfants,
un village où souffle la burle, les congères en hiver.

Lui
petit, fier, austère
comme son pays, la Haute-Loire.

Elle
Grande, forte, belle femme.

Lui
moustache, signature fine.

Elle
Quand je me regarde dans un miroir
je vois son visage
(ça me fait un peu peur !)

Lui
Il ne reste qu’un portrait, tenue de militaire.

Elle
ses draps brodés de leurs initiales MF
dans lesquels je vais dormir.




Voir aussi :  

2021-11-30

Z _ de A à Z

 


Ce ChallengeAZ  2021 m’a conduit à partir en excursion, à la rencontre de mes ancêtres, en Vivarais – Velay. Ce voyage a été réalisé cet été, et je l’ai revisité avec plaisir tout au long de ce mois de novembre, grâce à ce marathon d’écriture.

Depuis longtemps, je collectionnais ces personnages dans deux forêts distinctes.  J’en ai choisi 11 pour chaque forêt.

Mes ancêtres du côté maternel habitaient l’Ardèche du Nord.


Vue depuis Saint-Bonnet-le-Froid


Mes ancêtres du côté paternel habitaient l’Ardèche du Sud.


Vue depuis le Mont-Gerbier-des-Joncs sur le Vivarais


Toutes ces branches font remonter vers leurs ascendants en Haute-Loire.


Vue depuis le Mont-Gerbier-des-Joncs sur le Velay



Je n’aurais sûrement pas écrit la plupart de ces histoires, si je n’avais pas choisi ce thème pour ma sixième participation au ChallengeAZ. Plusieurs de ces textes quelque peu délicats à écrire m’ont fait hésiter à les partager. Soit le sujet me semblait mineur, soit trop personnel, ou pas suffisamment sourcé. Mais, il fallait bien assurer de réciter tout l’alphabet !

Finalement, que de surprises j’ai eues en voyant les réactions de mes lecteurs ! Mes billets font actuellement l’objet de 200 à 300 vues, mais le F et Q font exploser les statistiques (17 522 pages vues pour le mois de novembre). Un grand merci à tous !

Et j’espère bien que vous allez continuer à lire et à commenter de A à Z.




Au clic pour lire les articles avec ce lien sur le site Canva :

 https://www.canva.com/design/DAEvzQtYeZs/view

Ou bien sur ce design, si vous acceptez les cookies de Canva, vous pourrez cliquer sur sur chaque touche pour accéder aux billets de A à Z 


ChallengeAZ 2021 par Briqueloup




2021-11-29

Y _ Ici, là, à cet endroit

 

Elle désirait reposer à Pébrac.

Abbaye de Pébrac

Alors, j’ai voulu voir cette abbaye située aux confins de la Margeride et du Gévaudan.

Le village de Pébrac se niche dans un paysage enchanteur. On raconte des légendes où les fées blondes et pâles venaient la nuit filer leur quenouille, avec la laine blanche et noire des brebis bizet et des brebis noires du Velay. Les petites fées prédisaient l’avenir aux bonnes gens du pays.


L’avenir était sombre pour Delphine de Tailhac, lorsqu’elle se résolut à rédiger son testament qu’elle écrit de sa propre main, le 8 mai 1638. Elle le cachète et le remet au notaire le 14 juin.  

Elle désire être inhumée à l’Abbaye de Pébrac, où ses prédécesseurs sont enterrés, après translation de leurs restes dans la chapelle du Saint-Rosaire, qui est à côté de la nef. Elle donne 200 livres pour réparer l’église.

 


Ses ascendants proviennent d’une famille d’ancienne chevalerie dont les ancêtres sont partis en croisade. Beaucoup de mes lecteurs me diront qu’il est difficile de trouver des sources pour l’assurer. Cependant j’aime imaginer que le chevalier Astorg de Tailhac, mort le 16 janvier 1393 à Jérusalem (celui-ci n'est pas inhumé à Pébrac !), serait lui-même le fils d’Artaud, fils de Guillaume, fils d’Artaud, fils de Guillaume, fils d’Astorg. En outre, cette famille a donné plusieurs chanoines-comtes de Brioude et des abbés à Pébrac. Ils ont fait des fondations (des dons) pour l'église.

 

Delphine (ou Dauphine) de Tailhac a accumulé les déceptions au cours de sa vie mouvementée et plutôt triste. Surtout pendant son troisième mariage malheureux, son détestable mari lui a causé beaucoup de complications.

 

Comme les historiens dont les études m’ont permis de découvrir son existence, je ressens de la compassion pour cette Dame de Margeride. Elle apparaît généreuse, même si elle est entourée de gens qui ont abusé de sa confiance.

 


Accompagnés d’une habitante du village qui nous a servi de guide, passionnée par la longue histoire de l’abbaye, nous avons visité l’église de Pébrac. Nous avons pu admirer une partie de son trésor : 

Les dix personnages d’une crèche en bois polychrome du XVe siècle.


Une chape en soie brochée du XIe siècle, présentant de merveilleux décors d’oiseaux, de quadrupèdes et de feuillages enroulés tels des arbres de vie. Ce tissu est considéré comme un travail des ateliers orientaux, on suppose qu’elle aurait pu être ramenée des croisades.



Delphine teste une dernière fois, le 17 mai 1656. Elle n’a pu signer à cause de son indisposition, étant dans son lit gisante. Elle s’éteint huit jours plus tard, le 24 mai 1656 au Puy-en-Velay.

Voilà qui pourrait attester que son tombeau se trouve effectivement dans l’église de Pébrac. On peut penser que ses toutes dernières volontés ont été respectées, même si la suite de sa succession s'est avérée houleuse.

 


Nous n’avons pas eu le temps de voir, non loin de là, le village de Tailhac, que Delphine aimait tant. Je me promets de découvrir un jour le fief de Haute et puissante dame Delphine de Tailhac, dame de Margeride, Montpeyroux, Charraix, Clavières et autres places. Dauphine de Tailhac (sosa 5781) est la dernière représentante à porter ce patronyme. Je pourrais écrire d’autres épisodes de sa vie et de sa famille…

 



Sources : revue "A moi l’Auvergne" n°82 et n°117


2021-11-26

W _ Where, où vivaient-ils ?


Mes ancêtres en Vivarais - Velay constituent deux branches distinctes :

celle de tous les ascendants de ma mère et celle des ascendants de ma grand-mère paternelle.

En effet, mon père a choisi une femme ardéchoise petite et jolie qui lui rappelait sa grand-mère préférée.




Les lieux où ces forêts généalogiques se déploient sont très cohérents géographiquement. Pour se marier, les hommes se sont déplacés dans des villages voisins.


carte des migrations _ Généatique


Le Vivarais correspond au département de l’Ardèche.

Le Velay était autrefois dans la province du Languedoc, c’est le département de la Haute-Loire.


Le Velay  du XVe au XVIIe siècle

Nos ancêtres étaient établis sur la frontière entre ces départements actuels, à cheval sur la ligne du partage des eaux. À l’est, les ruisseaux se jettent dans des rivières qui rejoignent le Rhône, puis la Méditerranée. Le plus important et le plus beau de ces cours d’eau, c’est l’Ardèche.


L'Ardèche près de sa source


À l’ouest, les rivières sont des affluents de la Loire qui coule vers l’Atlantique. La Loire prend sa source au Mont Gerbier-des-Joncs. Non loin de là, vivaient quelques ancêtres que j'ai repérés, j'en ajouterai d'autres sans doute. 


Mont-Gerbier-de-Jonc


Mon logiciel Généatique 2022 permet de visualiser les lieux avec l’export sur Google Earth. On retrouve les villages des personnes citées dans les billets de ce mois-ci. 




Voir aussi ce billet du ChallengeAZ 2020:

Where, d'où viennent mes ancêtres provençaux ?


2021-11-25

V_ Vache à poil rouge

 

J’aimerais posséder une belle vache à poil rouge ou bien une autre à poil froment. Pas vous ?


🐂 

En 1886, à Saint-Bonnet-le-Froid, en Haute-Loire, Eugène Vacher, le maire vient de mourir.

Voici ce que l'on trouve dans l’écurie d’Eugène, frère de Christine (sosa 29).



Une vache poil rouge estimée 110 francs

Une vache poil froment et son veau estimés 140 francs

Une génisse estimée 40 francs.


🐂 

En janvier 1871, Pierre Bruas, le fils de Jeanne Riboulon (sosa63) gère, pour sa femme, la succession de François Cancade.


Une vache grise estimée 150 francs

Une vache poil froment estimée 80 francs

Une vache rouge estimée 80 francs

Une vache rouge estimée 100 francs

 

En 1671, Marie Anglade laisse à ses héritiers un beau cheptel dont une velle (un petit veau femelle) et deux vaches, l’une d’icelle pleine, de valeur le tout de 50 livres.


🐂 

JeanneDeschamps (sosa 361), à l’occasion de son veuvage, signe le 27 juillet 1691, au Bouchet Saint-Nicolas, une transaction avec le fils de son époux décédé. Claude Surrel lui rend un beau domaine, sans oublier de mentionner « 4 vaches et une paire de bœufs « en compensation du bétail que ladite demoiselle avait baillé à son feu mari pendant leur mariage. » Il s’agit de récupérer la dot qu’elle avait mise en commun en 1672.


🐂 

Delphine de Tailhac (sosa 2781), spoliée par son troisième époux, tente de dresser un inventaire de ses biens. Mon ancêtre Delphine (morte en 1656) est attachante, la liste de ses propriétés est fabuleuse. Pour ne parler que des bovins, sont cités : au château de Besque : 25 vaches, 15 génisses ou taureaux. Dans la métairie du château : 20 vaches, 2 bœufs de labour… Au domaine de Cahraix : 14 vaches, une paire de bœufs… Dans la métairie de la Pinède : 1 paire de bœufs de labour, 8 vaches, 6 génisses… Dans la métairie du Chapel : 10 vaches, 8 génisses, une paire de bœufs… Dans celle de Parse : 12 vaches, 8 génisses ou taureaux, une paire de bœufs…

 


Je les mène paître dans nos prés, comme si elles étaient miennes, les vaches de ces ancêtres.

Ces traces laissées dans ma forêt du Vivarais-Velay, par diverses branches de situations sociales variées me donnent l’impression d’être la bergère de leurs troupeaux.  


« Dans le pré du voisin, les vaches sentent fort, elles sentent le vent mouillé et le sucre. C’est chaud et rond. » 

J'aime bien ces impressions imagée, comme l'écrit Mh Lafon, dans une nouvelle pour la revue Zadig n° 12 p.154 que je viens de recevoir.

Avez-vous de tels souvenirs ?

 


2021-11-22

S _ Saint-Haon

 

Fort bien situé dans le Devès, juste au bord du plateau surplombant les Gorges de l’Allier avec une vue sur la Margeride, voilà un site parfait pour rayonner dans le pays de nos ancêtres vellaves.



Lorsque j’ai commencé à organiser un voyage dans le Velay, j’ai pensé qu’il était judicieux de réserver un logement dans le village de Saint-Haon. En effet, l’arrière grand-mère de Marie Chauchat dont vous ai parlé dans un billet précédent, s’appelle Anne de Saint-Haon (sosa 2893).



Nous avons logé dans un immense bâtiment ancien, rénové par une jeune femme dynamique et accueillante. Mes petits ancêtres qui vivaient avant 1700 n’ont pas connu ce couvent qui servait d’école pour des orphelines au XVIIIe siècle.



En me promenant dans le village de Saint-Haon, que puis-je imaginer de la vie mes ancêtres ? J’ai récolté quelques ascendants portant ce patronyme, sur des sites certes utiles, mais qui ne citent pas toujours leurs sources. On remonte ainsi jusqu’au Moyen-âge dans de vieilles généalogies auvergnates. [i]

Eglise de Saint-Haon, 43


Ils ont dû prier dans cette église, construite entre le XIIe et le XVe siècle. L'édifice est superbe avec son clocher à peigne remarquable.



En essayant de penser à eux au fil des siècles, je monte quelques marches, passe sous le porche, la porte est ouverte.


Fonts baptismaux, église de Saint-Haon

Les grand–parents d’Anne (sosas 23148 et 23149), Philibert de Saint-Haon, le 15 mars 1520, puis sa veuve Antoinette de Beaune, le 26 juillet 1546, ont "fait des fondations" ou des dons, dans cette église.


Plus proche de nous, Anne de Saint-Haon a donné naissance à un fils, Claude d’Ouides, (sosa 1446) le 27 décembre 1600. Je ne pourrais pas vérifier les sources, car les actes d’état civil ne sont pas conservés. Je ne sais même pas s’ils ont vécu à Saint-Haon, à Ouides, ou ailleurs dans la région du Puy-en-Velay. 

 



[i] Le nobiliaire du Velay et de l’ancien diocèse du Puy : noms féodaux. Tome 6/par Jourda de Vaux, Gaston de (1862-1933).https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5408238k/f77.image.r=%22Claude%20de%20Saint%20Haon%22