2021-11-20

R _ Rubanière

 

Jeanne range ses fils aux couleurs chatoyantes comme ses espoirs, grèges comme ses rêves, noirs comme le deuil. Elle ne tissera plus les beaux rubans qui allaient orner les chapeaux, les robes, et les costumes des élégants.

Le 7 octobre, elle s’est rendue, avec sa mère et ses frères, chez le notaire Abrial à Riotord (43), pour dresser son contrat de mariage. Elle ne sait pas signer, mais elle sait compter ce que lui ont rapporté ses rubans, elle a constitué un petit pécule personnel dont elle est fière.

La semaine prochaine, mardi 16 octobre 1821, elle va célébrer ses noces à Saint-Bonnet-le-Froid. Pourquoi pas dans l'église de Riotord où elle a été baptisée ? L’église date du XIIIe siècle, elle est remarquable par son architecture et ses chapiteaux aux animaux sculptés.


L'église de Riotord, en Haute-Loire.


Comme toute nouvelle mariée, elle va quitter sa mère. Elle était jeune lorsque son père est mort. Ses frères Claude et Jean restent dans le hameau de Villeneuve à Riotord et pourront s’occuper de la maman. Ils viennent de lui donner une partie de sa dot et promettent un total de 3000 francs au futur couple.   

On dit qu’il fait plus froid dans les montagnes de Saint-Bonnet-le-Froid, mais le lieu de Trédos est accueillant comme le lui promet sa nouvelle belle-famille.

En automne, à Trédos.

Jean Pierre Bruas, son futur mari a 28 ans, six ans de plus qu’elle. Sa première femme est morte vingt jours après avoir accouché d'une fille. Jeanne Marie saura être une mère pour la petite Jeanne qui a seize mois. Elle espère bien lui donner des frères et sœurs pour avoir une jolie famille à elle.

 

Jeanne Marie suppose qu’elle n’aura plus la possibilité de tisser des galons avec ses doigts agiles, elle aimait bien cette activité qui lui apportait un peu d’argent. Mais il semble que les commis de rubans ne passent pas à Saint-Bonnet, ils restent sur les confins de la Loire et de la Haute-Loire. Ce sont eux qui servent d’intermédiaire entre le tyssotier et la grosse maison de Saint-Etienne qui fournit les fils de soie ou de lin ainsi que les cartons de modèles.


J’aimerais tant voir des modèles rubans que tissait Jeanne Marie. Que faisait-elle ? Des rubans unis, brochés, de velours ? Des rubans pour les vêtements, des rubans pour l’ameublement ? 

Possédait-elle une passette à rubans, comme celles-ci, utilisées dans le Velay au début du XIXe siècle ? Ce petit outil était utilisé par les femmes pour tisser leurs propres rubans, bien sûr il ne servait pas à une production textile vendue à des leveurs pour Saint-Etienne. Ces rares pièces de bois sculptées sont admirables; il parait qu'elles pouvaient être offertes en cadeau de fiançailles. Vos aïeules en ont-elles conservé ? 


Images du site Drouot, montage avec Canvas



Si vous avez des photos d’ouvrages fabriqués au début du XIXe siècle dans la région de Saint-Etienne, montrez le-moi !


Jeanne Marie Riboulon est ma trisaïeule (sosa 30). Ce récit se passait à l’automne 1821, il y a exactement 200 ans.

 

Bibliographie

Bertrand A. J. C. L’industrie du ruban en Haute-Loire. In: Les Études rhodaniennes, vol. 10, n°1-2, 1934. pp. 89-90. www.persee.fr/doc/geoca_1164-6268_1934_num_10_1_1525


4 commentaires:

  1. Cailloux Ancêtres20 novembre 2021 à 12:20

    Hélas, je n'ai pas de photos de ces rubans. Dans ma branche maternelle, ligérienne, j'ai plusieurs ancêtres qui travaillent autour de ces métiers du textile : laceteurs, brodeuses ... mais pas de traces de ce qu'ils ont réalisé.

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  2. Bonjour,
    un petit musée de la rubanerie existe au château de Bouthéon (42). J'ai fait quelques photos que j'ai mises en ligne sur geneawiki
    https://fr.geneawiki.com/index.php?title=42005_-_Andr%C3%A9zieux-Bouth%C3%A9on&action=edit&section=7
    Le musée est un lieu agréable à visiter
    cordialement
    Catherine

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    1. Merci Catherine, pour ce commentaire. Ces métiers sont plutôt ceux d'un atelier que l'outil d'une petite rubanière dans sa maison. Du coup, je me demande si Jeanne travaillait chez elle ou bien dans un atelier plus important ? Cela aurait été intéressant de dater ces métiers à tresser, ils semblent mécanisés. Mais compte tenu de l'époque et du lieu, je pense que la fabrication de rubans était plus traditionnelle.

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  3. Bonjour,
    je dois dire que cette visite remonte à quelques années et que je ne me souviens pas des détails. Mais peut-être, s'agissant d'un musée, y a-t-il des instruments moins industriels. Je n'ai pas retrouvé plus de détails dans mes dépliants...
    Savoir les moyens utilisés par nos ancêtres est assez difficile (pour ma part, ce sont des tisserands). Je crois que la mécanisation, même dans les campagnes, est plus ancienne que ce que l'on croit, surtout si c'est pour travailler à façon pour des "gens de la ville".
    Catherine

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