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2025-11-01

A_ Archives privées

 

Confier des fonds d’archives privées aux services publics est la meilleure façon de les conserver et de les partager.

Archives du Rhône et de la métropole de Lyon
SashiRolls, CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons


On trouve aux Archives du Rhône et de la métropole de Lyon, sous la cote 44 J, des dossiers étonnants.

Le fonds de la famille de Chaponay est assurément, aujourd’hui le plus beau fonds d’archives privées conservé dans les archives départementales du Rhône.

Cette phrase est l’incipit de l’avant-propos, écrit par le conservateur qui présente ce fonds.

Il précise plus loin que « l’historien des institutions et des événements politiques bénéficiera […] de la correspondance de Pierre Antoine Barou opposant à la réforme Lamoignon de 1788, et de la correspondance d’un certain Deschamps, envoyée de Versailles entre 1789 et 1790. »

 


Pierre Antoine Barou est mort, victime de la Révolution en 1793. Jeanne Marie Durand de Châtillon lui survivra jusqu’en 1832.

Le couple n’avait pas d’enfant, c’est Marie Antoinette, la nièce de Jeanne Marie qui héritera de sa tante. En épousant le marquis Pierre Anne de Chaponay, le 17 décembre 1795, elle entre dans une famille lyonnaise réputée pour être des plus anciennes.

Ses descendants sauront conserver les archives de la famille Barou et celles de la famille Chaponay. Ils ont fait aménager une salle située dans la tour du château de la Flachère. Les documents sont remis en dépôt aux Archives du Rhône en 1978 et l’État en fait l’acquisition.  



Marie Antoinette, promise à Pierre Anne de Chaponay, a réussi ce que l’on appelait à l’époque un beau mariage. Cette alliance avec une famille de notables apparaît intéressante socialement pour la famille Durand; aux Chaponay, elle apporte en dot le domaine de Châtillon. Les enfants de Marie cumulent les avantages, puisqu’elle est fille unique et qu'ils hériteront de leur grand-oncle oncle et de leur grand-tante.

 

Pierre Anne de Chaponay écrit, à la tante de sa fiancée, une lettre absolument parfaite.


Lyon 14 frimaire an 4

Madame

Monsieur de Châtillon votre frère vient de me faire l’honneur de m’accorder la main de Mademoiselle sa fille, oserais-je espérer Madame que vous approuverez son choix et que vous voudrez bien m’accorder votre amitié, je ferai tout ce qui dépendra de moy pour la mériter, soit en rendant Mademoiselle votre nièce la plus heureuse qu’il dépendra de moy, soit en allant au devant de tout ce qui pourra vous être agréable.

Je vous prie Madame de recevoir 

l’assurance du respect avec lequel je suis

Votre très humble et très obéissant serviteur

Chaponay l’ainé                   

Ma mère et mes frères vous prient de recevoir leurs hommages

 

On a envie de croire qu'il a tenu la double promesse de rendre sa future femme heureuse et de s’occuper de la tante qui avait bien besoin d’être entourée. Jeanne Marie avait alors 45 ans, elle se trouvait veuve depuis deux ans, comme d’ailleurs la mère de Pierre Anne. Leurs époux sont morts sous la guillotine en 1793. Lyon était en ruine.

Jeanne Marie a proposé à sa nièce, son mari et leurs quatre enfants de loger dans le deuxième étage de son hôtel particulier au n° 4 rue Saint-Joseph. Son petit-neveu, Antonin recevra en dot cet immeuble et saura conserver les archives des Barou du Soleil.  

C’est grâce à eux que je peux documenter la vie de Pierre Antoine Barou du Soleil.

Je vais lui dédier mon 11e ChallengeAZ

Vous découvrirez au fil de ces 26 articles quelques reflets de la vie d’un gentilhomme du XVIIIᵉ siècle, dont le patronyme, sans être noble, rayonne d’un charme poétique, éclairé par l’esprit du siècle des Lumières. Le sieur du Soleil m’a captivée dès que son nom a pris place dans ma forêt de cousins. 



2024-02-20

De la tendresse dans les archives

 

En ce jour de Saint-Valentin, faut-il s’attendre à dénicher de la tendresse sous la poussière des archives ?


Depuis plus de deux siècles, une correspondance a été soigneusement conservée, d’abord par sa destinataire, ensuite par les neveux et descendants des petits-neveux qui ont décidé de la confier aux AD 69, ainsi qu’une grande partie de leurs archives familiales.

Écrites entre 1771 et 1793, les lettres sont devenues encore plus précieuses pour Jeanne Marie après la mort de son époux, qui fut guillotiné en décembre 1793, victime de la Terreur à Lyon.

Pierre Antoine Barou est un lointain cousin de mon mari. Nos ancêtres communs sont ses grands-parents Antoine Barou et Marie Léorat (génération XI, sosas 1692 et 1693) mariés en 1696 à Annonay.  

Cet homme me touche, car sa famille est originaire de la même ville que moi et il habitait à Lyon dans des maisons que je peux situer. Au cours de mes recherches, j’ai croisé plusieurs personnes qu’il a rencontrées, notamment lors de l’envol des premières montgolfières, en 1784.


J’ai réservé plusieurs cotes aux Archives du Rhône pour donner du corps à mes recherches sur cet homme élégant, un gentilhomme qui m’intrigue. C’est son cœur que j’ai vu battre d’amour pour sa femme à qui il adresse des pensées pleines de tendresse.

La dame de 💜
(carte dans le fonds d'archives)

Chaque missive offre une déclinaison de ses sentiments :

« Adieu ma bonne et tendre amie, je t’aime et t’embrasse du plus profond de mon cœur. »


18 août 1782


21 may 1783


Sa fin tragique ajoute une tension terrible qui irrigue la lecture de sa correspondance. Pierre Antoine et Jeanne Marie n’ont pas eu d’enfant. Ils apparaissent comme un couple uni, amoureux, ils se confient leurs projets ainsi que les moments de déception. Il lui explique en détail les rencontres, les visites aux amis, et les affaires professionnelles qu’il traite avec plus ou moins de succès.    

Les mots par lesquels il termine ses missives sont touchants. Aimeriez-vous recevoir de telles déclarations ? 

18 septembre 1771


Lettré, polyglotte, maniant le verbe comme un avocat, séducteur jouant à l'italien, il écrit quelques pages dans cette langue et Jeanne Marie joue le jeu en lui répondant sur le même ton. 



Certaines lettres commencent sur des reproches mutuels qui apparaissent d’abord sans gravité et semblent liés aux aléas de la poste. Je dois les relire plus attentivement pour déceler ce qu’il se trame entre les lignes. Madame suspecte quelque infidélité et monsieur se justifie avec brio. 




Au nom du plus tendre attachement, ne trouble pas ma tête des inquiétudes de la tienne ; mon amitié bien éprouvée devroit t’inspirer plus de confiance, et ce n’est pas à mon âge, qu’on peut craindre de me trouver moins fidèle à ce sentiment. – Je t’embrasse sans réserve et sans conditions. Adieu. (16 août 1782)

Ces mots semblent être une réponse à la lettre de Jeanne Marie rangée sous une autre cote. Par retour, elle lui adresse de vives réprimandes sur sa conduite légère et conclut : «Je te prierai aussi de ne pas brûler cette lettre et de me la rendre à ton retour ». C’est ainsi que ces correspondances ont été conservées jusqu’à nous.

Ce billet est inspiré par le généathème "Rendons-nous aux archives !"

Voici la suite :

De la tendresse dans les archives (2)


2021-02-19

Se mettre en route vers les Archives


Dans le cadre du challenge #lemoisGeneatechje raconte 

une découverte que je n’aurais pas pu faire sans me rendre aux archives. 

AD 13

Les recherches devant l’écran de l’ordinateur demeurent confortables et pratiques. Pourtant l’effort de se déplacer jusqu’aux lointaines archives procure une source d’émerveillement.
C’est alors que des ancêtres se révèlent, je comprends mieux leur vie et je situe leurs parents. 

Cette aventure s’est réalisée plusieurs fois. Cela m’a donné l’occasion d’aller jusque dans leurs villages et de les considérer comme les miens.

1re étape : les Archives des Bouches-du-Rhône à Marseille

C’était ma première visite aux AD 13, curieuse, impatiente de découvrir des actes de notaires, je récolte un maximum de photos de registres. Je ne prends pas vraiment le temps de les lire, seulement d’en apprécier l’odeur et le toucher. Je suis émue de voir que mes ancêtres avaient apposé leurs paraphes sous les actes.

AD 13, registre 367 E 122

Le contrat de mariage entre Estienne Mauroux et Anne Gatte a été dressé à Marseille, en l’an 1655 et le quatrième jour du mois de mai.


Je déchiffre avec surprise le lieu où il est né : Aubenas. Je ne lis pas la suite qui me demanderait une attention supplémentaire. Je prends des photos rapidement, car d’autres registres m’attendent.

Cela me plaît bien d’avoir un nouvel ancêtre originaire du sud de l’Ardèche...

Mais, plus tard je regarde les détails des clichés, il apparaît qu' Aubenas se trouve dans le diocèse de Sisteron. Il s’agit d’Aubenas-les-Alpes que je m’empresse de rechercher sur une carte.

2e étape : Aubenas-les-Alpes

L’été suivant, nous allons à Forcalquier, dans les collines du Luberon, nous faisons une halte à Saint-Michel-l’Observatoire, la route sinue à travers les champs de lavande. Nous découvrons Aubenas-les-Alpes, notre minuscule village, il n’a qu’une place et qu’une seule rue. Deux Albascecoises sont ravies de me montrer, niché dans un panorama superbe, le hameau des Mauroux qui a conservé le nom de mes ancêtres.

Je raconte cela dans ce billet : Un tout petit village.

Les Mauroux et les Reyniers à Aubenas, 04

3e étape : les Archives des Alpes de Haute-Provence, à Digne.

Jean Mauroux, le père d’Étienne a déposé son testament en 1656, chez le notaire de Saint-Michel. C’est aux AD 04 que je suis allée le lire.

Je raconte cela dans le billet : Une constellation familiale en Luberon.



Je ne pense pas trouver davantage d’indices pour continuer, mais je sais que je retournerai dans le village d’Étienne (sosa 1162) pour le plaisir de me sentir chez moi dans ces collines provençales.


Ps. Le couple Jean Mauroux et Magdeleine Reynier figure dans plusieurs généalogies publiées sur Geneanet, copiées et recopiées avec des erreurs sur les patronymes. Personne n’a remarqué que mon Etienne n’avais pas disparu, il était allé s’établir à Marseille. 


Alors, s'il vous plait : recopiez-moi ! 



2020-11-02

B_Baptêmes à La Major

La cathédrale domine l’esplanade depuis la fin du XIXe. Dans son ombre, la Vieille Major désaffectée a bien failli disparaître complètement. C’est celle-ci qui m’intéresse puisqu’on la retrouve dans la majorité des actes BMS de Marseille.

Durant plus de cinq siècles, mes ancêtres ont été baptisés, puis se sont mariés, dans la cathédrale la Vieille Major à Marseille.


Le premier registre en ligne des actes de baptêmes date de 1540.

Dans l’état actuel de mon arbre, les plus anciens que j’ai pu voir sont ceux-ci :

Louyse Fabre baptisée le 21/10/1583


Louyse Fabre (sosa 4633) est baptisée le 21 octobre 1583, à La Major.

La mère de Louyse s'appelle Catherine Polle (Paul).

 

Les variantes du prénom Melchior_ Melchion _ Mauchuan

Son père est prénommé Melchion, sur son acte de baptême le 25 juin 1536, paroisse Saint-Martin.

Il est le fils de Jehan Fabre dont le métier est faber, c’est-à-dire forgeron. Voilà un parfait exemple d’aptonyme.

Melchion Fabre, baptisé le 25/06/1536 

On constate la variante Mauchuan, sur l’acte de mariage de Louyse, le 3 septembre 1600.

 Jehan Olive X Louyse Fabre(sse) fille de Mauchuan, le 3/09/1600


Revenons au premier acte ci-dessus, je n’ai pas réussi à lire exactement cette variante du même prénom. Pourriez-vous m’aider ? 



Pour aller plus loin, il me reste heureusement beaucoup d’autres actes à chercher et à lire…

A suivre dans ce ChallengeAZ : " Ancêtres à Marseille"

https://www.briqueloup.fr/2020/11/zbilan-de-a-z.html


2020-11-01

A_Archives à Marseille

Cette cinquième édition du ChallengeAZ 2020 aura pour cadre la ville de Marseille

Je vous invite à déambuler avec mes ancêtres dans les quartiers d’autrefois. Je dois vous préciser que je ne suis guère allée à Marseille. Cette ville m’est devenue familière grâce aux archives numérisées. Ensuite, pendant quelques journées, j’ai pu me rendre dans la salle de lecture, ouvrir les registres des notaires et m’émerveiller d’y rencontrer mes aïeux. 

Par avance, j’espère que mes amis provençaux m’accorderont leur bienveillance en lisant ces articles qui risquent de comporter des approximations, des erreurs ou des expressions de mon étonnement naïf.

Je ne pensais pas trouver autant de traces de mes ancêtres dans les archives de Marseille.

Mes grands-parents, Marius et Rose sont nés à Marseille. Mon arrière-grand-mère paternelle m’offre une incroyablement longue lignée de familles provençales. Les vieilles familles marseillaises sont bien étudiées, plusieurs contributeurs partagent des relevés précieux. Je n’imaginais pas que la forêt de Briqueloup s’enrichirait de tant d’arbres séculaires remarquables.

Les Archives départementales des Bouches-du-Rhône

Elles conservent un fonds extrêmement riche puisque la Provence est un pays de droit écrit. Les registres des notaires les plus anciens datent du XIIIe au XVIe.

Sur le site archives13.fr, j’apprécie de feuilleter l’état civil et les recensements.
 

Les Archives de la ville

Aux Archives municipales de Marseille, on peut consulter l’état-civil après 1904.

Situées dans une ancienne Manufacture de tabacs de la Belle de Mai, le lieu est superbe et les personnes qui travaillent savent accueillir, mettre à l’aise et apporter leur aide, avec gentillesse.

Avant d’avoir l’occasion de me déplacer à Marseille, j’avais fait une demande pour recevoir l’acte de mariage de mes grands-parents. Je craignais de déranger et de n’avoir pas de réponse, mais par retour du courrier, j’ai reçu la copie.

Je me suis rendue sur place il y a cinq ans, et j’ai pu reconstituer des branches collatérales. Il était possible de faire des photographies d’écran de bonne qualité ou d’imprimer pour une somme modique.

En lisant ses deux mariages et la naissance de son fils que nous aurions presque pu connaître, j’ai découvert le parcours de Joseph, le mystérieux frère de mon grand-père que la famille a perdu de vue.

Sur ce site, je vous laisse le plaisir visiter leurs expositions virtuelles :   http://archivesexpos.marseille.fr/

Toussaint

En ce premier novembre, jour de la Toussaint, je pourrais évoquer plusieurs Toussaint parmi mes Marseillais. C’est le second prénom de mon grand-père Marius. Il l’a hérité de son grand-père Toussaint NICOLAS qui l’a lui-même reçu de son grand-père, Toussaint CAUVIN. (Vous en saurez plus de A à Z)

Le repas des Armettos

En Provence, le jour de la Toussaint, les familles se réunissent autour du repas funéraire « lou soupar deis  Armettos ». Les armettos sont les petites âmes du purgatoire.

Les parents et les grands-parents racontent les vertus et les mérites de leurs ancêtres aux jeunes générations. Ensemble, ils partagent du vin chaud et des châtaignes. Chacun emporte ensuite une châtaigne, la place sous son oreiller pour se préserver des revenants. Il est bien connu qu’en cette nuit de la Toussaint, les fantômes reviennent hanter leur maison, les plus facétieux s’amusent à tirer les pieds de leurs descendants endormis.

Andrejj, CC BY-SA 3.0 , via Wikimedia Commons


Au cours de ce mois de novembre, je vais évoquer la vie des ancêtres maternels de mon grand-père Marius Toussaint. J’espère que ceux que je n’ai pas cités viendront me réveiller pour me confier leur histoire que je ne manquerai pas de raconter à leurs descendants. 

Allons aux archives :

https://www.briqueloup.fr/2015/10/allons-aux-archives.html

2020-02-29

Les mains les plus savantes…


Dans l’Hôtel de Ville de Lyon, le 9 mars 1655 après-midi, le gouvernement municipal se réunit à l’occasion de la délibération consulaire.
Entrons dans la chambre du Consulat d’hiver pour assister à la délibération consulaire.


« Messieurs les consuls, l’invitation pressante de procéder sans retard à la décoration de la Grande salle de l’Hôtel de Ville faite aux échevins, par le Maréchal de Villeroy et l’archevêque Camille de Neufville son frère, est mise à l’ordre du jour.
Vous savez que le gouverneur et l’archevêque lieutenant qui régissent la cité de Lyon désirent un bâtiment à la hauteur de la renommée de notre ville. Ils souhaitent que la rénovation de la voûte commence sans plus tarder. »

Parmi les édiles, la discussion est animée, car beaucoup préféreraient différer ces travaux dans un souci d’économie. « Vu l’estat où se trouvent à présent réduite la communauté laquelle est surchargée de tant d’aultres dépenses…» rappellent raisonnablement certains. 

« Les finances du consulat sont en déficit depuis longtemps, et la construction du nouvel Hôtel de Ville a coûté des sommes considérables.»
Néanmoins, la plupart se félicitent de pouvoir disposer d’un palais communal aussi prestigieux. « Il orne la ville ; par ses dimensions et son architecture, il la met au premier rang des cités du royaume ».

La Grande Salle des Fêtes, éclairée par cinq fenêtres, au premier étage donnant sur la place des Terreaux, est longue de 82 pieds (26 m) et large de 38 pieds (12 m 50). Elle est destinée à recevoir les plus grands princes de France et de l’étranger lors de leurs visites à Lyon. Les Lyonnais tiennent à les recevoir avec faste pour montrer la puissance de leur ville.
« C’est l’honneur de la ville qui est en jeu » s’accordent les échevins.»

Il leur suffit de passer dans la grande salle, voisine de la salle du Consulat, pour faire un constat désolant : «La voûte apparaît bien laide au dessus des sculptures et des tapisseries «nue et même taschée en divers endroits ainsy qu’on la voit aujourd’huy ». On observe qu’« elle ne correspondoit pas à la magnificence du reste de la salle». On convient qu’«elle desplait aux yeux qui ne peuvent souffrir un si grand défaut dans un lieu si magnifique».


Registres des délibérations municipales, AML, BB210

Le choix s’impose d’engager rapidement « les mains les plus savantes qui se pourroient trouver ».

Registres des délibérations municipales, AML, BB210

Le sieur Panthot, peintre de la ville de Lyon, ne peut assumer cet ouvrage. On suppose que c’est son ami Charles Le Brun qui lui a recommandé Thomas Blanchet comme particulièrement capable d’entreprendre la décoration de l’Hôtel de Ville. Cet artiste arrive de Rome où il fréquentait les plus grands peintres et sculpteurs maîtres du baroque.

Les consuls  ayant considéré toutes ces choses et mesme jugé que « ladite peinture proposée estoit d’une extrême bienséance pour rendre cette grande salle entièrement accomplie. »

Modello de la voûte de la Grande salle, par Thomas Blanchet, MBA,  Lyon

Finalement, le programme iconographique plait à tous :
Au centre, le temple d’Auguste, allégorie du souverain, entouré par les signes du zodiaque, sont autant d’images du gouvernement politique et du commerce. 

D’après le contrat, passé le même jour chez le notaire, le prix fait est fixé 12 000 livres et 30 pistoles.
Messieurs les prévosts des marchands et eschevins précisent les conditions du contrat, signé par Germain Panthot et Thomas Blanchet venu recentement d’Italie. Ils recommandent ainsi d'utiliser 
« Toute la peinture à l’huille qu’il conviendra  faire en la voulte, laquelle estant une fois sèche, ilz en mettront une seconde.»
De s’entourer de « bons et excellents ouvriers agréés par le Consulat. »
« Comme encore sont tenus d’employer les plus belles et vives couleurs qui se pourront trouver et de rehaulcer avec de l’or de ducat en feuille, sans aucune épargne nuisible à la beauté de l’œuvre. »

Ce jour signe le début d'une longue carrière lyonnaise de Thomas Blanchet.
Pour voir son parcours, voici la série des billets sur Thomas Blanchet :



Sources
Archives de Lyon, Délibérations municipales, registres des actes consulaires BB 210, folio 106 à 109
Galactéros Lucie, Thomas Blanchet, Ed Arthena, 1991
Les décors de l’Hôtel de Ville de Lyon au XVIIe siècle, in
L’Hôtel de Ville de Lyon, éd. Imprimerie Nationale, 1996

2018-11-01

A_ Archives et promenades à Lyon


Je vous invite, tout au long de ce #ChallengeAZ, à m’accompagner lors de mes promenades dans les rues de Lyon. Je ne suis pas native de cette ville, mais depuis que je m’intéresse à la généalogie de la grand-mère paternelle de mes enfants, que je fréquente les archives et que j’en comprends l’histoire, alors je me sens lyonnaise.


Les Archives de Lyon, nous révèlent, derrière cette façade de verre, des ancêtres qui demeurent à Lyon depuis treize générations. Les registres conservent leurs actes d’état civil depuis le XVIe siècle. Le plus ancien que nous ayons trouvé est celui de Jehan Margaron. Il y a 409 ans, il épousa Marie Gay le 26 octobre 1609.
http://www.archives-lyon.fr/

Les Archives départementales du Rhône gardent précieusement dans ces magnifiques bâtiments dorés leurs contrats de mariage, leurs testaments, les hypothèques... Tant d’autres dossiers concernant nos ancêtres et leurs cousins restent à découvrir. 



 Je marche dans les rues de notre ville. Je m’arrête en levant les yeux devant les vieilles maisons, les fenêtres des immeubles, les églises, les cimetières, les clochers de la Charité et celui de Fourvière… Je peux vous guider sur lieux où les anciens ont laissé des traces.
http://lyon-en-1700.blogspot.com/
Les époques se superposent, comme les calques sur une carte. Alors, je traverse des fragments de temps du XVIe siècle, à nos jours, en reconstituant les branches de l’arbre généalogique.
J’essaye de suivre quelques silhouettes qui se pressent pour rentrer dans leur demeure avant la nuit, tandis que la cité se ferme le soir avec les chaînes pour barrer la Saône.

Mais inexorablement, le bourg s’avance, il s’étend au-delà des remparts et sur l’autre rive du Rhône. Lyon annexe la Croix-Rousse, s’allonge vers la Confluence.

Lyon vue par le cosmonaute Thomas Pesquet

Découvrons Lyon : l’espace d’une ville, le temps d’une vie, des ancêtres passent, des voix murmurent.
Écoutons-les de A à Z.


Pour voir la liste avec les liens des 26 billets de A à Z, c'est sur cette page :

2018-08-11

La mariée était si jolie


La mariée était jolie, c’est ainsi que je vois, le 26 juillet 1693
Thérèse Vassal au bras de Mathieu Pellas (sosas 702 et 703)

« laquelle a déclaré avoir esté ornée de l’habit  nuptial d’estamine qui a esté fait à commungs frais, de la valleur de trante livres »


Leur contrat de mariage que j’ai pu lire alors que mes recherches étaient encore jeunes, m’est apparu comme une invitation à la noce, un début de prospérité pour mon arbre généalogique.


Avec mon groupe de paléographie, nous l’avons étudié. L’écriture est très lisible, mais les subtilités des formules employées par le notaire provençal ne m’étaient pas encore familières. Ma collection a augmenté depuis, mais ce contrat reste un de mes préférés.

Le compte de la dot fait apparaître un déséquilibre entre les futurs époux.
Mathieu dispose de « la somme de cinq cens livres de l’ordonnance 
scavoir cent cinquante livres de son chef 
et le restant en desdution et comte de l’héritage dudit feu Pellas son père. » 
Tandis que Thérèse apporte « la somme de trois cens livres comprins ses hardes »
Si Thérèse fait un beau mariage, c’est qu’elle devait être séduisante, en dépit de sa (faible) dot.

Elzéar Pellas, le père de Mathieu, décédé environ quatre ans auparavant, a laissé un héritage conséquent qui n'est pas réglé. Mathieu qui a 27 ans, semble être l’aîné, il est encore mineur.


Thérèse est choyée par son grand-père dont je suis heureuse de connaître ainsi l’existence.
« Issy présant en personne Jacques Jaubert Ayeul de ladite Vassal 
lequel a constitué  en augmant de doct à ladite Vassal sa petite fille 
la somme de dix sept livres au prix de quelques hardes 
que ladite Gautiere recognoit parellement avoir receu ».
« Ladite Gautière », c’est Marguerite, la mère de Mathieu, qui accuse réception des habits de sa belle-fille !
Ce jour-là il est important de bien savoir compter. La mère de Thérèse, Catherine Jaubert a participé en donnant « trante livres de son chef » et « deux cens septante livres restantes du chef  dudit Vassal »
Soit 30 + 270 ce qui fera bien 300 livres de dot.
Les versements se font en plusieurs fois : 122 + 78 ledit jour suivis de deux versements de 50 livres aux deux prochains anniversaires du mariage. 
« 122 livres réellemant en escus blancs et en autres espèsse de monoye courante 
au veu de Nous Notaires et tesmoingz 
Plus soixante dix huit livres au prix des hardes de ladite future espouse »
« Et quant aux cent livres restantes 
ladite Vassal promet les acquiter en deux payes esgales 
la première du jour d’huy à une année 
et l’autre à semblable jour l’année d’après »


Le contrat a été signé dans la maison dudit Vassal à Vinon. Jean Vassal est marchand.
Je suis loin de connaître toutes les dates et Thérèse et Mathieu.
Vivaient-ils dans le lieu-dit « Les Pellas » ou plus probablement dans le bourg de St-Julien ? On rencontre au moins trois familles Pellas de niveau social différent. Attention à ne pas confondre mon Mathieu Pellas avec son homonyme qui dessine une belle ruche lorsqu’il signe, comme celle de Pierre Pellas sur le contrat de Mathieu et Thérèse (qui disent ne savoir signer).



L’étude des contrats de mariage est un projet que j’ai commencé en dressant un tableau sommaire pour comparer le montant des dots, mais cela devient vite complexe à visualiser.
Qui, parmi mes lecteurs, a déjà répertorié facilement les différents items consignés dans ces contrats ?
argent : escus et livres, hardes et joyaux, meubles, logis et terres … sans omettre les obligations diverses envers les parents.

La mariée était jolie ! Cette déduction hâtive à la lecture d’un contrat de mariage n’est-elle pas représentative des idées que l’on peut graver sur nos ancêtres... Ce texte n’engage que moi et j’espère que Thérèse Vassal n’en sera pas froissée.

Bibliographie :
Les régimes matrimoniaux en Provence à la fin de l'Ancien Régime, Contribution à l’étude du droit et de la pratique notariale en pays de droit écrit. Jean-Philippe Agresti, Presses Univ Aix Marseille.
Disponible sur Internet : https://books.openedition.org/puam/848

Le contrat intégral est à lire en page suivante ...