2026-05-31

Le portrait

 

J’espérais depuis si longtemps découvrir un portrait de Pierre Antoine Barou du Soleil.

Imaginez ma joie lorsque le tintement d’une notification sur mon téléphone m’avertit d’une réponse du Musée d’histoire de Lyon.

En effet, la photographie noir et blanc d’un pastel du XVIIIe se trouve dans les collections.

Quelle superbe idée de la déposer là !

Le chargé des collections photographiques m’adresse une copie que je peux importer dans WikiCommons pour illustrer l’article que j’ai créé sur Wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Antoine_Barou_du_Soleil

Pierre Antoine pose, debout de trois quarts, vêtu d’une veste ornée d’un jabot de fine dentelle.

Il me regarde.

Je l’aurais reconnu sans l’avoir jamais vu. Effectivement, je l’ai beaucoup fréquenté.

Ses yeux clairs, droits dans les miens, expriment intelligence et bienveillance.

Il sourit.

Comment interpréter ce beau sourire ? Tranquille, un brin de malice au coin des lèvres, il garde encore des secrets à me révéler. Sa voix laisse résonner la chaleur du musicien et l’assurance de l’avocat.  

Harmonieusement encadré par la perruque, son visage se nimbe de douceur, nul trait anguleux, un menton rond, un nez bien dessiné.

Ôtez-lui ses cheveux poudrés, il paraît moins solennel et presque banal.

Est-ce pour nous séduire qu’il a posé avec sa perruque? Nous ne sommes pas à Versailles où («en robe et en cheveux», il rencontrait des ministres et proches de Louis XVI lorsqu’il espérait régler des affaires. Quelques rides soucieuses se dessinent sur son large front. C’est un esprit des Lumières qui réfléchit fort.

Au coin de l’œil prêt à cligner, de petites griffes accrochent son charme dont il use auprès des femmes. Et auprès de ses amis séduits par l’attention qu’il sait leur accorder.

Il apprécie la bonne compagnie, les mets délicats, les alcools dont il n’a pas abusé. Son visage a gardé la fermeté de sa jeunesse.

Il apparaît comme un quinquagénaire en bonne santé, mais il ignore qu’il lui reste si peu de mois à vivre. Au cours de son voyage dans l’au-delà, sa belle tête ne demeurera pas sur ses épaules.

Autour de son cou qui vieillit, un foulard de soie blanche cache un peu le temps qui passe.  Son cou… qui se posera nu sous le couperet un jour de décembre 1793.

 

Il n’a pas senti le vent tourner, il ne se doute pas du désastre qui arrive. L’odeur du sang de l’écœure et l’inquiète, mais il croit encore à la paix. Il exhorte les citoyens de Lyon à l’apaisement.

Il préfère sentir le parfum des fleurs qu’il cueille lorsqu’il herborise avec des botanistes.

Anacamptis papilionacea  récolté par  Barou du Soleil
Jardin Botanique de Lyon
  

Justement, le même jour où j’ai reçu le portrait, j’ai aussi ouvert une page de l’herbier de Marc Antoine Claret de la Tourrette. Son ami a gardé avec soin l’orchis papillionacea que Pierre Antoine a découvert le premier. L’herbier est conservé au Jardin Botanique de Lyon et le responsable m’a adressé l’image du spécimen. Quelle émotion, de réaliser que Pierre Antoine l'a vu et cueilli de sa main !

Mes recherches ont été fructueuses et je me prends à rêver qu’il reste encore des découvertes à faire au sujet de ce gentilhomme du XVIIIe.


Pour compléter ces descriptions, on peut ajouter ces mots qui me donnent envie de croire   que Pierre Antoine  était un homme de qualité.

« Barou du Soleil, le Procureur du Roi, intelligent, lettré, actif, philanthrope, riche et très estimé ».

« L’opinion publique ne s’intéressant qu’à la personnalité sympathique de Barou. C’était en effet une des plus connue alors à Lyon dans le monde des Lettres et du Palais[de justice]. »

« C’était un homme mondain, lettré et très connu», «il recevait beaucoup, montrant, avoue un ami "quelque recherche et affectation dans les manières" ».

« C’était donc un homme aimable et distingué, estimé pour ses goûts littéraires et ses sentiments charitables, universellement respecté »

 Voir aussi les billets du ChallengeAZ 2025.


Source

Metzger, Paul. Contribution à l’étude de deux réformes judiciaires au XVIIIe siècle : Le Conseil Supérieur et Le Grand Bailliage de Lyon, 1771-1774, 1788. A. Rey, imprimeur-éditeur ; Librairie A. Picard & fils, 1913.