Le chemin de fer de Lyon à Saint-Etienne
9 octobre 1825, lettre de Jean Guerre à sa fille Élisa.
Ces dames ont vu à Saint-Etienne un modèle
en nature du chemin de fer de cette ville à la Loire, dont on parle tant :
c’est une chose fort simple et fort curieuse ; elles te l’expliqueront de vive
voix.
Écoutons donc ces dames, il s’agit de la mère d’Élisa et d’une amie, Madame Mathenot.
Lorsqu’elle revient chez elle à Lyon, Marie narre à Élisa les bons moments du voyage.
Voici
ce qu’elle pourrait raconter :
Comme ton père te l’avait annoncé, notre petit périple en Forez s’est bien déroulé.
Nous partîmes samedi matin de Lyon, pour Rive-de-Gier où nous couchâmes. Dimanche matin, nous fîmes une excursion à St-Paul-en Jarez.
Nous allâmes ensuite à St-Chamond pour rendre visite à ton oncle.
Le soir, nous dormîmes à St-Etienne où nous avions quartier libre le lendemain, pendant que ton père vaquait à ses affaires.
Le clou de notre voyage était exposé là. Nous avons eu la chance de découvrir un modèle en nature du chemin de fer, dont on parle tant actuellement.
C’est une chose fort simple et fort
curieuse.
Il s’agit de voitures qui roulent sur un chemin de rails en fer. Elles sont tirées par des chevaux. La locomotive à vapeur sera utilisée pour la remonte des wagons vides.
C’est la géniale invention de Marc Seguin, tu connais l’ingénieur qui construit le pont de Tournon-sur-Rhône. Il est allié à la famille Montgolfier d’Annonay puisque c’est le neveu de Joseph.
Les frères Seguin souhaitent obtenir la concession pour installer le chemin de fer de St-Etienne à Lyon. Ils sont en train de dessiner le tracé de la voie, de prévoir les travaux pour creuser des tunnels, et tracer des plans pour construire des ponts. Pour rentrer dans Lyon, en sortant du tunnel, on traversera la Saône sur un pont à la Mulatière.
Les wagons peuvent nous amener du charbon venant des mines du bassin de la Loire, apporter des marchandises, et aussi transporter des voyageurs.
Mon amie m’a fait remarquer que les passagers devront s’habiller de vêtements sombres qui ne craindront pas d’être salis par les fumées de charbon, surtout pour ceux qui prendront place dans les voitures ouvertes.
Nous avions entendu parler d’un projet similaire en Angleterre, parions que les Français parviendront à leur passer devant pour améliorer et installer ce prodigieux chemin de fer. Cette année, Monsieur Seguin est allé visiter la première ligne de Darlington à Stockton. En rentrant, il a réussi à convaincre le ministre de son projet de relier Saint-Etienne à Lyon, soit 55 kilomètres.
Les travaux de construction vont commencer dans les mois prochains, à mesure que les propriétaires acceptent de céder une petite parcelle pour le glorieux chemin.
Oserons-nous, ma fille, monter à bord d’un tel train sur des rails de fer ?


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