2017-06-17

O_Ossuaire pour un rendez-vous Ancestral

 
Le RDVAncestral et le Challenge AZ se combinent pour une visite originale et digne d’un cauchemar.  
J’ai rendez vous avec Gaspard, vous savez le vieillard qui a été guillotiné le 21/12/1793.

C’est une agréable journée de juin, arrivée en avance devant la chapelle Sainte-Croix, je me pose au milieu d’un merveilleux jardin où les oiseaux chantent avec enthousiasme et volettent entre les fleurs et les lauriers roses agités par la brise chaude. Le soleil fait briller les ardoises du clocher. Tout invite au bonheur de vivre.

Chapelle expiatoire des Brotteaux, Lyon

 
Et pourtant c’est un Rendez-vous Ancestral effroyable auquel je me prépare.
L’odeur caractéristique des vieilles églises, mêlée d’encens et d’humidité arrive par bouffées pour me rappeler qu’il est temps d’entrer.
L’escalier en spirale nous fait pénétrer dans les profondeurs d’outre-tombe, il fait de plus en plus froid.
Dans la crypte, le choc est terrible, je savais pourtant que j’allais rencontrer Gaspard perdu dans cet amas d’os, de crânes, de tibias, de clavicules… Tant de crânes empilés, des crânes dont les orbites nous regardent avec leurs yeux absents.
 
Où se trouve Gaspard ?



Le prêtre qui nous guide explique la Révolution et le siège de Lyon. L’ossuaire conserve les reliques de 2000 victimes, tuées entre octobre 1793 et avril 1794, dont la liste avec les noms, âge et professions est affichée dans la chapelle expiatoire.


 
Gaspard Margaron est entouré de Lyonnais de toutes conditions sociales, des ouvriers en soie, des marchands, des commis, des domestiques, … quelques nobles, mais surtout des innocents.
Paradoxalement, Gaspard devient l’ancêtre dont je retrouve le plus de traces. Même si je ne peux identifier ses os, je me dis que l’un de ces crânes a pu me faire un clin d’œil alors que je me recueillais devant l’ossuaire.




A consulter sur Gallica (attention il y a des inexactitudes généalogiques)
  • Tableau général des victimes & martyrs de la Révolution, en Lyonnais, Forez et Beaujolais : spécialement sous le régime de la Terreur, 1793-1794  par Antonin Portallier 

Dans cette liste, et donc dans l'ossuaire, reposent :


2017-06-16

N_Noms des dénonciateurs et des dénoncés

 
Concernant l'époque de la Révolution française, parmi les listes innombrables, il en est une, fort étonnante, qui rassemble côte à côte les dénonciateurs et les dénoncés.


Voici les premières lignes de ce livret, imprimé à Lausanne en 1795 :
« Plusieurs Citoyens de Lyon, qui s’étoient réfugiés dans notre ville, et à qui nous avons donné l’hospitalité pour le soustraire à la hache triumvirale, nous ont fait parvenir, après leurs retours dans leurs foyers, les listes de dénonciateurs et dénoncés, avec prière de les faire imprimer. Nous avons acquiescé à leur demande et nous sommes persuadés que non seulement nous rendions service aux braves Lyonnais, en publiant ce recueil qui leur fera connoitre les bons et les mauvais Citoyens, […] »

Assurément ce document est important pour le généalogiste qui travaille sur cette période.
Les noms sont rangés par adresse, et l’on remarque tout de suite que les dénonciateurs de la première colonne habitent le même quartier que ceux qu’ils dénoncent.
 

On retrouve Pierre Antoine Barou du Soleil dont je vous ai raconté l’histoire. Son nom apparaît trois fois (p.15, p.24 et p.25) dénoncé par différents commissaires.

La famille Margaron a été éprouvée puisque le père, Gaspard fut guillotiné. Le patronyme figure sans le prénom mais je sais que ses fils Antoine, Jacques et André se sont enfuis en Suisse. (voir E_Emigrés) Ils étaient partie prenante dans la publication de ce livret à Lausanne.
On voit : p.37 section de la Croisette : Margaron_ p.61 section de rue du Buisson : Margaron
p.8 section de la Côte : plusieurs commissaires ont dénoncé Jacques Margaron et son beau–frère François Lupin qui a été fusillé.


« La dénonciation est une vertu républicaine » 
Cette phrase est inscrite dans le procès de Gaspard Margaron.

Chaque dénonciation rapportait 30 frs au dénonciateur.


Après la Révolution, une soixantaine de dénonciateurs ont été placés dans les prisons pour les soustraire à la colère des lyonnais. Un groupe d’hommes, réunis place Bellecour, se mit en marche, traversa le pont sur la Saône et arriva devant la porte des prisons de Roanne. Les gardes eurent à peine le temps d’analyser la situation : s’ils barrent l’entrée, ce sera un bain de sang violent, s’ils livrent les prisonniers, il n’y aura pas de pitié pour les dénonciateurs. 
Vous devinez la suite de l’histoire …


Source : Livres numériques à télécharger 

  • Liste générale des dénonciateurs et des dénoncés, tant de la ville de Lyon que des communes voisines et de celles de divers départemens de l'imprimerie de la Société typographique, 1795 -108 p.


  • Compte rendu aux sans-culottes de la République française, par très-haute, très-puissante et très-expéditive dame Guillotine contenant le nom de ceux à qui elle a accordé le passeport pour l'autre monde
http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb31473440q

Parties 3 et 4 concernent Lyon. Et par chance : 
"Antoine Margaron, âgé de 42 ans , né à Lyon, dept du Rhône, place des Cordeliers, marchant de gaze, commandant de bataillon, condamné à mort et non exécuté, attendu son évasion ".




  • Nom des 15 scélérats échappés des prisons de la Maison commune, le 21frimaire de l'an II : mercredi 11 décembre 1793 
https://books.google.fr/books?id=5MM7AQAAMAAJ&pg=PA205&dq=Papiers+in%C3%A9dits+trouv%C3%A9s+chez+Robespierre

Où l'on voit l'évasion d'un des frères Margaron 35 ans ; bel homme, visage plein et rond, marchand de gaze, 5 pieds 7 pouces

2017-06-15

M_en Mâconnais au temps de la Révolution

Dans son livre de raison, l’arrière-grand-père nous donne le témoignage de son grand-père pendant la « Grande Peur » lors de la Révolution en Mâconnais.

Adrien écrit :

« Mon grand-père avait trente sept ans quand la révolution éclata. Son honorabilité et ses sentiments royalistes le désignaient à la haine des patriotes. Quand les mauvais jours arrivèrent il envoya sa mère[i] et ses sœurs se réfugier dans la montagne, du côté de Cenves, chez des braves paysans en qui il avait confiance et il attendit les événements dans sa maison de Fuissé.

La maison de Fuissé, aquarelle d'Adrien

On ne l’y laissa pas longtemps en paix. Une bande de sans-culottes vint l’y chercher et l’emmena prisonnier. On arriva le soir à Cluny. Ses gardiens, fatigués de la route, se mirent à boire copieusement et le plaçant au milieu d’eux, commencèrent à autour de lui une danse infernale sur l’air de la Carmagnole[ii]. Mon grand-père s’apercevant que quelques uns d’entre eux chancelaient par l’effet du vin[iii] qu’ils avaient bu en trop grande quantité, s’élança dans leur direction, les culbuta et parvint à s’échapper à la faveur des ténèbres. […]

La maison un siècle plus tard

Pendant ce temps-là ma grand-mère[iv] était revenue avec ses jeunes enfants[v] à Fuissé. Elle faillit y être victime de la brutalité républicaine. Une bande de vendangeurs, étrangers au village[vi] venant à passer devant la maison l’aperçut sur la galerie où elle était assise et l’un d’eux prenant une lourde pierre la lui lança en criant : « Mort aux aristocrates ! » La pierre effleura la tempe de ma pauvre grand-mère et alla briser un volet derrière elle. Un bruyant attroupement s’était formé sur la terrasse ; on criait ; on menaçait ; on vociférait. Elle envoya chercher le maire, le citoyen Larochette et lui raconta ce qui venait de se passer.



[i] Madelaine Solvy est sexagénaire
[ii] La Carmagnole est l’hymne des sans-culottes
[iii] Nous sommes en région de vignes et le vin est bon dans le Mâconnais
[iv] Rosalie Martine
[v] Antoine est né en 1800
[vi] Donc c’est l’époque des vendanges : septembre


En copiant ces lignes, je suis admirative du style d’Adrien A. (qui ferait bien de m’inspirer pour écrire dans ce blog). J’ai beaucoup de gratitude pour cet aïeul qui a passé sa vie à écrire les généalogies de ses familles, alors qu’il ne disposait pas de nos moyens actuels pour effectuer ses recherches.

2017-06-14

L_Lyon au temps de la Révolution

 
Lyon a vécu des jours difficiles lors de la Révolution, la Fabrique de soie va mal, les tensions s’exacerbent. Tout le monde s’agite : le peuple, les bourgeois, les royalistes, les muscadins, les réfractaires, les contre-révolutionnaires, les jacobins, les montagnards, les dénonciateurs, les dénoncés…  On s’y perd !


En octobre 1793, après le siège de Lyon, la Terreur s’installe pour punir Lyon de sa résistance à la Convention. 2 000 personnes sont guillotinées ou fusillées sur la place de Terreaux et aux Brotteaux. (voir article Ossuaire)


A la fin du mois de juillet 1794, la ville est en ruine, la population est décimée. Beaucoup ont émigré pour échapper aux arrestations. Ceux qui sont restés pleurent les morts et les destructions.
 


J’ai découvert aux archives du Rhône des dossiers concernant des cousins rattachés à l’arbre de mon mari ( série 42L aux AD 69  I_inventaire série L)

J’ai pu lire des documents de personnes touchées par les arrestations. Parmi eux, des coupables ou des innocents, des scélérats ou des honnêtes gens … Je ne saurais porter de jugement, seulement témoigner des tragédies de cette époque.

Voici quelques motifs d'arrestation que l'on peut lire dans les procès des prisonniers :

"Pour avoir tenu des propos contrerévolutionnaire et reconnus comme tels par le Comité"

"S'est caché pour éviter de prendre les armes"


"Reconnu pour royaliste et pour avoir cherché à fanatiser les esprits"


"Lucien, comédien au théâtre des Terreaux, rebelle a porté les armes, partisan des muscadins royalistes"


"Léonard Roux, architecte, ennemi de la révolution, riche, égoïste."

"Médecin, lors du siège il opinoit vivement pour la paix"



Gallica http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb40252509t
Emprisonnements arbitraires : 
plus de 2000 citoyens sont jetés dans les caves de l’Hôtel de Ville de Lyon 
par les ordres de Loussel, Chalier et leurs adherens : [estampe]
 

Iconographie à explorer :
Archives numériques de la Révolution française
https://frda.stanford.edu/fr/catalog/fh650dg2698
 
Bibliographie :

Lyon, la Révolution, le Consulat et l'Empire, Bruno Benoît, Roland Saussac, Editions Lyonnaises d'Art et d'histoire, 2017.


 

2017-06-13

K _ joKer

Il faudrait plus de 26 lettres du ChallengeAZ pour entrer dans le thème de la Révolution française. La lettre K ne doit pas être un casse-tête, elle sera un joKer.
Cela me donne l'occasion de mettre à l'honneur les Archives départementales à la suite de l'article I_Inventaire de la série révolutionnaire. Tout généalogiste apprécie le travail de collecte et de gestion des AD et aime se rendre dans la préfecture pour les consulter.


Les départements sont une création de la Révolution française. 
Les cahiers de doléances expriment les revendications des Français qui demandent le droit de s’administrer eux-mêmes, ils en ont assez des privilèges liés à l’administration des provinces. Les officiers royaux qui achetaient leurs charges vont être remplacés par des élus ou des fonctionnaires compétents.
Le 15 janvier 1790, le royaume de France est divisé en 83 départements. Les noms sont choisis en fonction de la géographie et de l’hydrographie. Il fallait déterminer le choix de la préfecture et des chefs-lieux afin qu’il soit possible de s’y rendre en moins d’une journée de cheval depuis n’importe quel point du territoire.

Départir signifie partager. 
C’est plus facile à dire qu’à mettre en place ! Le découpage pose une quantité de problèmes qui en 1789 sont âprement discutés par les députés de l’assemblée. Voici la carte proposée par le député de Rouen : 80 carrés égaux de 18 lieues de côté. 


JF Biauzat dont j’ai parlé (H_Honnête Homme) s’est occupé de défendre le territoire de sa province d’Auvergne. C’est ainsi que Clermont, dont il avait été élu maire en reconnaissance de son implication en tant que député est devenue le chef-lieu du Puy de Dôme. Il a jugé préférable d’éviter le nom de Mont d’Or "afin d'éviter que l'on ne conçoive l'idée de richesse en prononçant son nom ".
 

Lettres-patentes du 4 Mars 1790 

Le généalogiste connaît les difficultés des recherches lorsque nos ancêtres habitaient à la lisière de plusieurs départements.
Les miens demeuraient à la limite de l'Auvergne, entre l’Ardèche et la Haute-Loire. (Je vous en parlerai à la lettre V_Vivarais-Velay)

Sur cette carte, deux départements ont été ajoutés : la Loire qui se détache du Rhône-et-Loire et le Comtat Venaissin devient le Vaucluse.


Le département est divisé en districts, et le district est divisé en cantons. A chaque niveau, siège une assemblée administrative.  Il y aura désormais une municipalité dans chaque ville, bourg ou paroisse. Le chef de l’administration municipale prend le titre de maire.

Avez-vous des maires dans vos généalogies à cette époque ?

Le nôtre n’a pas eu de chance : Gaspard M. a été le deuxième maire d’Écully (Rhône) du 2/12/ 1792 au 15/08/1793. (Vous pouvez lire G_ Gaspard Guillotiné)

2017-06-12

J_Joseph P.


Je ne sais pourquoi Joseph est allé à Marseille, pour cette raison il a été entraîné dans des péripéties, c'était l'époque de la Révolution.

Joseph Pérouse (sosa 186) habitait sur le quai Monsieur, en face du (Vieux-) Port de Marseille 
(où vivaient nombre de mes ancêtres d'une toute autre branche !)


Le port de Marseille, Balthasar Friedrich Leizelt, 1778

Né en 1766, dans une très ancienne famille connue au Péage de Roussillon, dans le Dauphiné, il était alors âgé d’un peu plus de vingt ans, mais il n’avait pas encore trente ans. 



Joseph exerçait le métier de marchand-fabriquant de chapeaux de paille d’Italie. Son commerce semblait prospère, le jeune chapelier était un habitué de la célèbre foire de Beaucaire où il vendait ses chapeaux et achetait les feutres et les tissus. Ses chapeaux de paille ne servaient pas seulement pour se protéger élégamment du soleil de Provence, ils étaient devenus un objet de mode et un marqueur social dont la dimension politique s’affirmait à Marseille.


En effet, la Révolution avait fait apparaître des cocardes sur les couvre-chefs.
Les royalistes arboraient la cocarde blanche, les antirévolutionnaires la cocarde noire, mais cela n'a pas duré longtemps car revendiquer cette position devint risqué.


Image satirique de Mirabeau
 http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb40252659n

Un député de la noblesse de Marseille écrivait « On désarme les polissons, on arrête ceux qui ont des effets volés, mais il faut avoir une cocarde verte au chapeau pour n'être pas insulté. » Cette cocarde verte de l’espoir révolutionnaire sera remplacée par la cocarde tricolore.

Joseph faisait partie du Comité de surveillance et de salut public de son quartier, il fut désigné lors de la Terreur pour siéger au Comité général le 13 mai 1793. Il s’agissait de chasser les terroristes et d’organiser l’insurrection.
Le 25 août au matin, les troupes de la Convention entrèrent dans Marseille vaincue, et les membres du Comité qu'on put saisir furent exécutés.
Joseph s’était évadé la veille, il se réfugia à Trieste et y demeura presque deux années. Bien sûr, il connaissait des fournisseurs de confiance qui lui vendaient de la belle paille d’Italie de qualité supérieure, ils ont su l’accueillir.
Il revint en France, le 1er juin 1795, en demandant sa radiation de la liste des émigrés. Mais, il avait tout perdu de son commerce.
Lors d'un voyage à Paris, il fut reconnu par un ancien terroriste et arrêté le 25 décembre 1795. Il se croyait en règle, pourtant une loi interdisait le séjour à Paris tant que les papiers n’étaient pas complètement ratifiés par le Directoire. 
«  j’ai resté 9 mois en prison …. » écrit-il, dans un document étonnant où il explique cette mésaventure.

En 1798, Joseph se maria avec Catherine Duboys, il installa alors son atelier de chapelier à Lyon.

Si vous voulez connaître la suite de la vie de Joseph, allez au rendez-vous ancestral avec Joseph P. en 1821 à Lyon. 
Source : Les Pérouse du XVe au XXe siècle, Gabriel Pérouse