2019-07-27

Marie auprès de son vieil oncle


Au mois de juin 1689, Marie Blanchet (sosa 913) s'inquiète pour son oncle Thomas Blanchet. Le vieil homme perd ses forces, elle le voit diminuer. À maintes reprises, il lui a confié qu’il sentait sa fin proche. Quittant la chambre du malade, elle rejoint dans leur appartement voisin Louise Balley, sa mère (sosa 1827).

Hôtel de Ville de Lyon

Celle-ci déclare qu’elle a vu passer dans la cour de l’Hôtel de Ville de Lyon, à deux reprises, le 15 et le 16 mai 1689, le notaire Perrichon qui entrait au domicile de son beau-frère. Elle pense qu’il a confié ses dernières volontés. Cet acte remplacerait son premier testament. Louise suppose que sa fille est l’héritière universelle de Thomas Blanchet.


En effet, le testateur « a fait, institué et nommé de sa bouche son heritiere universelle et de plain droit assavoir Marie Blanchet sa bien chere niece et fille de deffunct sieur Louis Blanchet son frere, à laquelle il remet tous ses biens et droits presents et advenir incontinans apres son decedz. »

Marie paraît trop jeune pour gérer cette énorme succession, même si son oncle a tout prévu. Dans le codicille ajouté le 16 mai, il a pensé à donner précisément à chacun les sommes désignées sans que l’on puisse réclamer davantage à sa nièce, sous peine de ne rien recevoir. Marie n’a que seize ans, le mari de sa mère assurera la tutelle. Paul Bertaud est voyer de la ville de Lyon. Il est proche de Thomas qui lui fait confiance, il saura assister Marie et remplacer Thomas qui était le tuteur de sa nièce.

porte de l'église Saint-Pierre, Lyon 1er
« Je vais chez l’apothicaire, j’aimerais rapporter quelques potions pour soulager le malade » annonce Marie.
En passant devant l’église Saint-Pierre, elle pousse la porte, elle entre, et remonte lentement l’abside, en admirant successivement les cinq tableaux imaginés par son oncle, ils représentent la vie de saint Pierre. Elle s’agenouille pour prier en face du maître-autel en marbres polychromes, éblouie par l’œuvre exceptionnelle que Thomas Blanchet réalisa en 1678 : le tabernacle en bronze doré cantonné de putti d’argent.
L’abbesse Antoinette d’Albert d’Ailly de Chaulnes s’approche de Marie, « Ma chère enfant, je me joins à vos prières. Comment va notre artiste ? »
Marie avoue son inquiétude.

Elles traversent ensemble l’escalier d’honneur, Antoinette se montre très satisfaite de cette réalisation de Thomas. Une porte donne sur le cloître du monastère où les Bénédictines déambulent en méditant.

Marie est touchée par la bienveillance de l’abbesse, chez qui elle découvre une véritable amitié pour Thomas. Elle lui confie :
« Étant le frère de mon père qui est mort lorsque j’étais dans ma troisième année, il s’est beaucoup occupé de ses neveux. Mon oncle m’a souvent raconté que leur famille vivait à Paris, au début du siècle. Il se souvient de leur apprentissage dans l’atelier de fameux artistes parisiens : Jacques Sarrazin, Simon Vouet. Louis, mon père a suivi la voie tracée par son aîné, comme lui, mais moins prestigieux, il devenu peintre officiel de la ville de Lyon.  Les deux frères ont travaillé ensemble sur de grands chantiers. Je suis fière de mon oncle qui est une personnalité honorée par les consuls et l'entourage du gouverneur de Lyon."
Antoinette ajoute que sa famille considère que les chefs-d'œuvre, conçus par l’artiste dans l’abbaye Saint-Pierre, augmentent leur prestige tout en célébrant la gloire de Dieu.
« Ce vieillard a atteint 75 ans et il a réalisé tant d’œuvres admirables. Ces dernières années encore, il a peint des décors et des plafonds sur des chantiers importants. Il y a trois ans, il a organisé les funérailles de Nicolas de Villeroy et dessiné son monument funéraire dans l’église des Carmélites. »

Tombeau de Nicolas de Villeroy
« Dire qu’on le jugeait trop faible de corps et de membres lorsqu’il était jeune apprenti ! Pourtant, quelle vitalité il a montrée au cours de sa longue vie » s’exclame Marie. « Il a voyagé depuis Paris jusqu'en Italie, il a fait des allées et venues entre Lyon et Paris. »

« Dieu fasse que sa santé se rétablisse et qu’il puisse rester parmi nous ! Je demanderai aux nonnes de prier pour lui. »
« Allez de ma part, ma chère enfant, rendre visite à la sœur apothicaire qui vous fournira des remèdes. »

...

Ce récit est totalement fictif. Je m’appuie sur le testament de Th. Blanchet pour imaginer l’attachement de Marie à son oncle, comme je l’avais fait dans cet épisode où elle apparaît, petite fille habitant dans l'Hôtel de Ville de Lyon.

Voici les billets qui mettent en scène Thomas Blanchet :

9- Des rendez-vous dans l'escalier des Dames de Saint-Pierre
puis Marie Blanchet, et ensuite sa fille :                                           
Carmélites

2019-07-06

Des rendez-vous dans l'escalier des Dames de Saint-Pierre


Thomas Blanchet presse le pas, son rendez-vous est tout près. Il n’a qu’à traverser la place des Terreaux pour entrer dans le palais Saint-Pierre. Il aime ces moments de travail avec Antoinette de Chaulnes.
La jeune abbesse succède à sa sœur, Anne d’Albert d’Ailly de Chaulnes, depuis 1672. C'est son aînée qui avait commandé la construction de l’abbaye des Dames de Saint-Pierre. Ce chantier a débuté le 18 mars 1659. 

L’Hôtel de Ville de Lyon et le Palais Saint-Pierre à droite

En attendant que la porte du cloître s’ouvre, Thomas lève les yeux pour admirer l’édifice, il « se promit d’ajouter encore à tout ce qu’avait fait d’excellent La Valfenière », de l’avis de tous, l’architecte a réussi un chef d’œuvre.
Thomas qui a réalisé les décors de l’Hôtel de Ville a acquis une bonne renommée. Peintre du roi et de messieurs les échevins et prévôts de la ville de Lyon, il reçoit de nombreuses commandes.
Nous avons rencontré Thomas Blanchet dans un autre escalier, celui de l’Hôtel de Ville, il était alors au bord des larmes, car son chef d’œuvre était détruit par l’incendie.
Depuis 1679, il supervise le chantier de l’abbaye royale des Bénédictines. Stimulé par ces nouveaux projets, il apparaît bien plus guilleret.

Antoinette l’a chargé de concevoir et de réaliser la décoration de l’aile sud : en maître d’œuvre, il dirige les travaux d’aménagement de l’église et du grand escalier monumental « ainsy que Madame le veut ». Il supervise les sculpteurs, les tailleurs de pierre, les peintres, les orfèvres, les menuisiers...

Souvenez-vous : dans sa jeunesse, apprenti chez Sarrazin, il aurait aimé être sculpteur. De plus, il a aussi montré des talents d’architecte. A présent, l’escalier monumental des Dames de Saint-Pierre est achevé. Il importe de se mettre d’accord sur le choix des figures, celles qui vont compléter la décoration qui est déjà du meilleur effet dans cet escalier d’apparat. Le peintre apporte des dessins préparatoires, il veut en discuter avec l’abbesse.

Voici Antoinette, « illustre et puissante dame ». C’est une noble religieuse, mais aussi une femme éprise de gloire, elle est âgée de quarante-neuf ans en 1682. Thomas a soixante-huit ans. Je suppose que le charme opère réciproquement.


Majestueuse, dans l’écrin de la cage d’escalier d'honneur, Antoinette descend les marches très longues et fortes douces, sa main glisse sur la rampe soutenue par les balustres en marbre noir. Elle est satisfaite, à juste titre, de ce qui passe déjà pour le plus bel escalier du royaume.


Dans chacun des quatre coins de la voûte, sur les pendentifs du plafond, les Renommées ailées soufflent dans leur trompette la gloire de l’abbesse.


Les huit Béatitudes, allongées sur les frontons, leur répondent en vantant les vertus de l’abbesse. La supérieure du monastère sourit à l’artiste, elle le félicite pour ce magnifique décor en stuc blanc.


Thomas est impatient de lui montrer les projets pour les Vestales, il explique qu’elles portent un flambeau pour éclairer l’escalier d’apparat. La religieuse demande si ce n’est pas une figure trop païenne. Thomas, féru de mythologie, depuis son séjour à Rome, explique que ces prêtresses vouées à la chasteté sont chargées d’entretenir le feu sacré. Ces symboles plaisent à Antoinette qui tient à sa réputation.


Il s’agite en ouvrant fébrilement un autre carton de dessin, serait-ce une surprise, ou une commande particulière ?  Il détaille ce projet qui surmontera de la porte de la chapelle : Au-dessus des deux putti qui jouent, nous pourrions placer une couronne de palmes.
Et au centre ?  demande Antoinette 
Ce sera votre portrait, très-haute et très-puissante dame. J’imagine un buste en marbre de Carrare.

Putti med oval ram,  Stockholm Nationalmuseum 

De nos jours, les visiteurs du musée des Beaux-Arts de Lyon peuvent admirer cet escalier monumental. La moitié des dix-sept sculptures, dessinées par Thomas Blanchet, ont disparu et certaines ouvertures ont été fermées.
La lumière a changé, mais on peut encore imaginer que Thomas et Antoinette montent les degrés en causant de cette magnifique réalisation, parmi les meilleures œuvres d’architecture de leur époque.
Certains dessins de Thomas Blanchet sont conservés à Stockholm au Nationalmuseum.

Bibliographie
Le Palais des arts. Ancienne abbaye royale des dames de Saint-Pierre. Sa construction, son histoire par Marcel Hervier, Impr. Audin, 1922 https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65737725/f23.image
Charvet, Léon , Réunion des sociétés savantes, section des beaux-arts, 1893, page 100
Galactéros Lucie, Thomas Blanchet, Ed Arthena, 1991
Patrice Béghain, Dictionnaire historique de Lyon, Lyon, ed. Stéphane Bachès, 2009, page 1183


Voici les billets qui mettent en scène Thomas Blanchet :
8-  Épouser deux fois la même femme
9- Des rendez-vous dans l'escalier des Dames de Saint-Pierre
10- Marie auprès de son vieil oncle

Voir aussi l'article Wikipédia  que je viens de créer :
Escalier d'honneur des Dames de Saint-Pierre

2019-06-22

Épouser deux fois la même femme


- Ma très chère femme, dit Thomas à son épouse Anne, j’ai décidé de faire un testament en votre faveur.
Thomas Blanchet se rend chez son notaire où une surprise va lui causer du souci, puisque maître Jacques Romieu constate que l’acte de mariage n’est pas conforme.

- Chère Anne, nous devons nous marier une seconde fois, annonce Thomas. Nous irons dans notre paroisse Notre-Dame de la Platière.
On sait que « le sanctuaire a été embelli sur le dessein de Thomas Blanchet qui a peint cinq petits tableaux et deux dans le chœur représentant "La purification de la Sainte Vierge" et "La mort de la Sainte Vierge"


- Comment est-ce possible ? s’étonne Anne, inquiète. Cela fait cinq ans que nous vivons comme mari et femme. Tout le monde constate que nous assistons à la messe en bons chrétiens dans cette église. On ne va tout de même pas me reprocher d’avoir abandonné la religion protestante.
- Thomas rassure sa femme : Ce n’est pas cela le problème. Vous souvenez-vous, le 26 mars 1668, nous étions impatients de nous unir, nous avions demandé une dispense à Monseigneur l’abbé Antoine de Neuville. Nous l’avons remise au frère gardien du couvent de l’église des religieux de Saint-François de la Guillotière. Il a bien voulu célébrer nos noces. Mais voilà, cette dispense est perdue, aujourd’hui, « il ne s’en peut rien trouver dans les registres ».
-  Qu’allons-nous faire à présent qu’Antoine de Neuville est décédé ?
- Je vais m’adresser à monsieur le Révérend vicaire général, substitué de l’archevesché, pour qu’il nous accorde une dispense, afin que l’on puisse renouveler notre consentement, dit Thomas, sachant qu'il peut compter sur des relations influentes.


Ainsi fut fait, le mariage est célébré le 4 juillet 1672.

Le 6 juillet suivant, Thomas signe son testament, en désignant damoiselle Anne de la Couche « sa très chère femme » comme son héritière universelle, « à laquelle il veult entend tous ses biens délaisser et advenir ses debtes légats intérêts et œuvres pies premièrement payé et aquité. »


Regardez la signature d’Anne, au bas de l’acte de mariage. Elle rature la première syllabe de son nom. N’avait-elle pas suffisamment de place ?
Son patronyme est répertorié sous différentes formes :
Anne de la Cauche, La couche, de la Conche, delacouche, delacoche
J’adopte celle-ci, plus appliquée, qui ne laisse aucun doute.


Des mauvaises langues disent que cette femme avait un caractère exécrable.
Quant à Thomas, « son caractère aimable le faisait rechercher dans les sociétés où il allait se dédommager de tous les déplaisirs que lui causaient l’humeur bizarre de sa femme. »
« La vivacité de son esprit répendoit beaucoup d’agrément dans la conversation ».  
On peut l’imaginer dans les salons où il a dû rencontrer les plus belles femmes de Lyon » dont il peignit les portraits.
A-t-il été malheureux dans son mariage ? 

Thomas a survécu à son épouse, il semble qu’Anne est morte entre 1681 et 1685.

Sources:
Thomas Blanchet (1614-1689), Lucie Galactéros de Boissier, Paris, Arthena, 1991
Archives de Lyon, BMS
AD 69, 1er testament de Thomas Blanchet
Charvet Léon, Vie et œuvres de Thomas Blanchet in Réunion des sociétés savantes, section des beaux-arts, 1893
Lire sur Gallica : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k206212r/f148.image

2019-06-09

Le May de Thomas pour Notre-Dame

Fort inquiet, Thomas Blanchet m’a contactée, car il a appris que le feu avait détruit Notre-Dame de Paris.
- Donnez-moi des nouvelles, j’ai eu vent de l’actualité de votre époque. Je suis mort depuis 330 ans, cependant, je jette un œil sur vous. J’ai senti l’odeur de l’incendie qui a brûlé la cathédrale Notre-Dame, le 15 avril 2019. Cette catastrophe a réveillé en moi d’horribles souvenirs.

- Cher Thomas, j'imagine le cauchemar que vous avez vécu lors de l’incendie de l’Hôtel de Ville de Lyon, en 1674. Je voudrais vous rassurer, nous allons reconstruire la cathédrale de Paris.

- Ah tant mieux ! Vous a-t-on dit que l’un de mes tableaux se trouvait là ?
- Le May  ? Ne craignez rien, il n’y est plus.
- Oh cela m’inquiète, où l’avez-vous mis ?
- On peut l'admirer au musée d’Arras, dans la salle des Mays, parmi les treize toiles provenant de Notre-Dame de Paris.
- A-t-il été abîmé ?
- Les spécialistes l'ont bien restauré, il en avait besoin, car le mauvais état ne permettait pas d’apprécier le coloris, la lumière, ni le modelé des figures[1]. D’après la conservatrice[2] : « L’œuvre a retrouvé son éclat, ses coloris clairs et précieux, sa luminosité rosée et légèrement voilée. »

- Je vois que l’Histoire n’a guère respecté nos œuvres.
- Je suis désolée de vous apprendre que les guerres et les révolutions ont causé des dégâts. Cependant, plusieurs tableaux ont été préservés. 

J.F. Depelchin. Vue intérieure de Notre-Dame en 1789. Paris, musée Carnavalet

- Soixante-seize Mays se trouvaient à Notre-Dame[3]. Le 15 décembre 1793, votre tableau est sorti, il a été confié au Louvre, puis envoyé à Arras en 1938.
- Qu’est-il advenu des autres Mays ?
- Une partie des tableaux a pu revenir à Notre-Dame. Avant l’incendie du 15 avril 2019, il restait treize Mays dans les chapelles de la nef.
- Et maintenant, sont-ils intacts, ou … (je n’ose l’imaginer) ... les Mays de mon ami Charles Le Brun ont-ils été brûlés ?
- Ils ont été sauvés. Je vais vous montrer le Tweet du Musée du Louvre.
Savez-vous que le palais du Louvre est devenu un musée prestigieux ? Deux tableaux et vingt-quatre de vos dessins sont conservés dans les collections.


-  Alors toutes mes œuvres ne sont pas perdues ?
- Les musées, les collectionneurs en possèdent, parfois il s’en vend sur les marchés de l’art.

Regardez, c’est votre projet du May,  mis au carreau à la sanguine.
Il figure dans la collection des maîtres anciens, parmi les incontournables du Kunstmuseum de Bâle[4].

Th. Blanchet, L'Enlèvement du Saint Philippe, Bâle, Kunstmuseum 


- Tiens, ils ont traduit le nom ! Mon May s'intitule « Le Ravissement de saint Philippe ».
J’ai dessiné à la plume et au pinceau, j’ai ajouté des lavis d'encre brune et d'encre grise et j’ai éclairé la scène avec des rehauts de blanc. 
Il existe d'autres répliques de ce tableau : croquis, gravure, dessin ... 
- Racontez-moi comment vous avez peint votre grand May.
- En 1663, la Confrérie des Orfèvres de Paris m’a commandé un tableau votif que je devais réaliser pour l’offrande du premier de May à la Sainte Vierge.
C’est une ancienne tradition qui date du moyen-âge. Jusqu’en 1630, on produisait de petits Mays, mais après ils voulaient de grands formats, mesurant 11 pieds de haut (soit environ 3,50 m) sur 8 pieds 6 pouces de large (soit environ 2,75 m).
Je me souviens : en 1632, j’avais dix-huit ans, je fréquentais encore l’atelier de Simon Vouet. Cette année-là, c’est Aubin Vouet, son jeune frère qui réalisa le May.
En 1663, je vivais à Lyon, ce fut pour moi un honneur d’être sélectionné parmi les meilleurs, cela m’a fait plaisir de revenir à Paris pour présenter cette œuvre.
- Qui a choisi le sujet précisément ?
Le thème du tableau devait être tiré des actes des apôtres de Saint Luc. Les Chanoines de la cathédrale se montraient exigeants. La fête de Saint Philippe était alors célébrée le 1er mai, illustrer l’histoire de ce saint pour cette date m’a paru une bonne idée.
- Avez-vous le temps de nous en dire un peu plus sur le sujet de cette scène ?
- Voilà le récit : Philippe marchait sur la route de Jérusalem à Gaza, lorsqu’il rencontra l’eunuque, trésorier de la Reine Candace d’Éthiopie. Invité à monter sur son char, il discuta un moment avec lui. A sa demande, il le baptisa, et «quand ils furent remontés de l’eau, l’Esprit du Seigneur enleva Philippe et l’eunuque ne le vit plus »[5].  
Avec l’envol de Philippe entraîné par l’ange, j’ai voulu que l’on voie un opéra baroque, dans le goût italien. Je me suis inspiré d’un tableau de Poussin et d’autres que j’ai rencontrés à Rome.
- On a dit que votre May était l’un des plus réussis de ceux de Notre-Dame.



Voici les billets qui mettent en scène Thomas Blanchet:



1 Thomas Blanchet 1614-1689, Lucie Galactéros, Ed Arthena, 1991, p.353
[2] Annick Notter, conservateur en chef du musée des Beaux-Arts d’Arras, in L’objet d’art n°334
[3] https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_Mays_de_Notre-Dame
[4] https://kunstmuseumbasel.ch/fr/collection/incontournables#&gid=1&pid=12
[5] Acte des Apôtres VIII, versets 26-40

2019-05-05

Quand les amis de Thomas l’appelaient Tomaso

- Ciao Tomaso ! Viens te joindre à nous, la vie est belle à Rome.

Johannes Lingelbach
Thomas Blanchet dont j’ai pu retracer le voyage qu’il a entrepris avant 1645 a pris le temps de visiter l’Italie et de découvrir de visu les peintures dont lui avaient parlé ses maîtres parisiens.
Comme pour beaucoup de jeunes peintres du XVIIe siècle, Rome est le but de sa pérégrination.

Notre artiste trouve facilement une colocation dans le quartier du Trident, proche de la piazza di Spagna. C’est à deux pas de la via del Babuino où habite Poussin à qui il doit remettre une recommandation de son maître Simon Vouet. D’ailleurs, dans l’entourage de Nicolas Poussin gravitent de jeunes artistes italiens, français, flamands, espagnols que côtoie Thomas.

Il déménage plusieurs fois, au gré des rencontres, mais en restant toujours dans le même quartier des paroisses San Lorenzo di Lucina, puis San Nicolà in Arcione. 

Sur cette carte de Rome, voici les lieux où l’on pouvait croiser Thomas et ses amis.

Avec ce lien sur Google My Maps
cliquez sur les lieux  
Le nom de Thomas Blanchet (ou ses variantes) apparaît entre 1647 et 1653 dans les stati d’anime.






La vie est agréable pour les peintres, stimulés par la richesse artistique de cette ville et attirés par la facilité à nouer des relations amicales pour travailler et se divertir.

J. Lingelbach, Le Campo Vaccino à Rome, 1653

« Tomaso, viens goûter le vin nouveau, nous commençons une partie de cartes.»
«Tomaso, nous partons pour Tivoli, nous accompagneras-tu ? Nous allons dessiner sur le motif.»

Les sollicitations ne manquent pas; les fêtes, les spectacles, les opéras, les oratorios donnés dans les églises, et même les funérailles avec leurs cortèges attirent les Romains.

Les artistes vivent dans la familiarité des vestiges de l’Antiquité que l’on redécouvre. Notre Signore Blanchet, ou plutôt : Thomaso Blasu, pittore, se passionne pour l’histoire de l’Empire romain, il s’inspire de la mythologie pour peindre les sujets de ses tableaux. 
Ces vedute, sont des tableaux de petit format, sur des sujets antiques, dans des paysages de ruines.

Thomas Blanchet, paysage 1650

Andrea Sacchi conseille à son élève :
« Tomaso, nous savons que tu es excellent dans la réalisation de vedute, mais à présent, tu dois te confronter à de grands formats.
Es-tu allé au palazzo Barberini pour admirer le plafond de Pierre de Cortone ?  Accompagne-moi, je vais te présenter  Pietro, c'est mon ami. »

Pierre de Cortone _ Palazzo Barberini,Roma
Beaucoup de chantiers sont en cours dans la Ville éternelle. Le 12 juin 1651, Le Bernin est à l’honneur, sa Fontaine des Quatre Fleuves est inaugurée sur la piazza Navona. Thomas va s’en inspirer plus tard. L'estime est réciproque, car on dit que Le Bernin le tenait en grande considération. 

Le Bernin, Fontaine des Quatre Fleuves, Piazza  Navona, Rome

D’un atelier à l’autre, Thomas s’instruit auprès des maîtres qu’il admire. Il échange avec le cercle de ses amis peintres, sculpteurs, architectes.


Ecoutez les jeunes, ils appellent Thomas pour participer aux festivités :
les bals, les farces, les courses à la bague ou aux taureaux dans les rues...

« Tomaso, c’est le temps du Carnaval, viens t'amuser avec nous. »
Thomas répond qu’il rejoindra ses amis lorsqu’il aura terminé les décors qu’il doit livrer.
J. Lingelbach, Carnaval à Rome

On se demande si Louis, son frère (sosa 2850) a pu le rejoindre à Rome et profiter de cette formation ou s'ils se sont retrouvés lorsque Thomas Blanchet a été appelé pour travailler à Lyon, en 1654.

Arrivederci Tomaso, 
nous te retrouverons pour voir tes œuvres influencées par ton séjour en Italie.


Le voyage d’un artiste au XVIIe jusqu’à Rome

Le voyage en Italie fait rêver les artistes du XVIIe.
Suivez celui de Thomas, sur la carte que j'ai retracée dans StoryMap


ou en plein écran avec ce lien : 


Thomas Blanchet, Cleobis et Biton, Stockholm Nationalmuseum

En 1635, Thomas Blanchet a vingt ans.
À l’issue de son apprentissage, dans l’atelier de Simon Vouet, celui-ci lui conseille de se rendre en Italie.

- Thomas, puisque tu fais partie de nos meilleurs élèves, tu dois poursuivre ta formation chez les maîtres du Baroque. Va à Rome, pour te perfectionner auprès de mon ami Nicolas Poussin, tu lui apporteras une lettre de recommandation, en lui rappelant le bon souvenir de notre amitié.
- Je ne sais pas si mon père peut subventionner ce séjour en Italie. Mon frère, Louis (sosa 2850), entre en apprentissage, il veut être peintre comme moi.
- Ne t’inquiète pas Thomas, tu trouveras à employer ton talent et à gagner l’argent dont tu auras besoin.
- C'est un long chemin pour arriver en Italie. J'ai hâte d'y être !
- Sur la route des Alpes, fais une halte à Lyon, le temps nécessaire pour observer ce qui se construit dans cette cité marchande, la deuxième du royaume de France.

La suggestion de son maître apparaît excellente, mais aussi prémonitoire, car Thomas sera appelé à Lyon en 1655. Il y résidera jusqu’à sa mort. Jouissant d’une grande considération à son époque, il passe pour être l’artiste polyvalent caractéristique du baroque lyonnais : peintre, architecte, décorateur, sculpteur, graveur, il a laissé sa marque dans notre ville.


Traverser les Alpes se révèle une aventure périlleuse, d'après les voyageurs qui en font le récit. Si Thomas a eu l’occasion de les rencontrer à Lyon, ils ne l’engagent à prendre cette route. Pour le retour, c’est plus probable.


Je suppose que Thomas préfère descendre le Rhône en bateau jusqu’en Avignon, où il s'attarde bien sûr. Arrivé à Marseille, il a pu embarquer sur la mer Méditerranée.


Si les dates exactes de ce voyage ne sont pas connues, les historiens estiment que vers 1635-1645, le jeune homme va prendre le temps de visiter les grandes villes d’Italie, réputées comme autant de foyers artistiques incontournables pour les peintres qui veulent enrichir leur formation.
Gênes, Parme, Bologne, Venise peut-être… Le Parisien séjourne dans ces lieux où il rencontre des peintres, des architectes dont on retrouve l’influence dans ses œuvres ultérieures.

Thomas Blanchet arrive à Rome, peut-être vers 1646. En tout cas, sa présence est attestée dans les stati d’anime à partir de 1647.
À suivre...
Le prochain article racontera la vie de Thomas, à Rome.


Voici les billets qui mettent en scène Thomas Blanchet :


Sources et bibliographie
Thomas Blanchet 1614-1689, Lucie  Galactéros, Ed Arthena, 1991
Le Voyage des peintres en Italie au XVIIe siècle, Laurent Bolard, Ed Les Belles Lettres, 2012