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2018-08-11

La mariée était si jolie


La mariée était jolie, c’est ainsi que je vois, le 26 juillet 1693
Thérèse Vassal au bras de Mathieu Pellas (sosas 702 et 703)

« laquelle a déclaré avoir esté ornée de l’habit  nuptial d’estamine qui a esté fait à commungs frais, de la valleur de trante livres »


Leur contrat de mariage que j’ai pu lire alors que mes recherches étaient encore jeunes, m’est apparu comme une invitation à la noce, un début de prospérité pour mon arbre généalogique.


Avec mon groupe de paléographie, nous l’avons étudié. L’écriture est très lisible, mais les subtilités des formules employées par le notaire provençal ne m’étaient pas encore familières. Ma collection a augmenté depuis, mais ce contrat reste un de mes préférés.

Le compte de la dot fait apparaître un déséquilibre entre les futurs époux.
Mathieu dispose de « la somme de cinq cens livres de l’ordonnance 
scavoir cent cinquante livres de son chef 
et le restant en desdution et comte de l’héritage dudit feu Pellas son père. » 
Tandis que Thérèse apporte « la somme de trois cens livres comprins ses hardes »
Si Thérèse fait un beau mariage, c’est qu’elle devait être séduisante, en dépit de sa (faible) dot.

Elzéar Pellas, le père de Mathieu, décédé environ quatre ans auparavant, a laissé un héritage conséquent qui n'est pas réglé. Mathieu qui a 27 ans, semble être l’aîné, il est encore mineur.


Thérèse est choyée par son grand-père dont je suis heureuse de connaître ainsi l’existence.
« Issy présant en personne Jacques Jaubert Ayeul de ladite Vassal 
lequel a constitué  en augmant de doct à ladite Vassal sa petite fille 
la somme de dix sept livres au prix de quelques hardes 
que ladite Gautiere recognoit parellement avoir receu ».
« Ladite Gautière », c’est Marguerite, la mère de Mathieu, qui accuse réception des habits de sa belle-fille !
Ce jour-là il est important de bien savoir compter. La mère de Thérèse, Catherine Jaubert a participé en donnant « trante livres de son chef » et « deux cens septante livres restantes du chef  dudit Vassal »
Soit 30 + 270 ce qui fera bien 300 livres de dot.
Les versements se font en plusieurs fois : 122 + 78 ledit jour suivis de deux versements de 50 livres aux deux prochains anniversaires du mariage. 
« 122 livres réellemant en escus blancs et en autres espèsse de monoye courante 
au veu de Nous Notaires et tesmoingz 
Plus soixante dix huit livres au prix des hardes de ladite future espouse »
« Et quant aux cent livres restantes 
ladite Vassal promet les acquiter en deux payes esgales 
la première du jour d’huy à une année 
et l’autre à semblable jour l’année d’après »


Le contrat a été signé dans la maison dudit Vassal à Vinon. Jean Vassal est marchand.
Je suis loin de connaître toutes les dates et Thérèse et Mathieu.
Vivaient-ils dans le lieu-dit « Les Pellas » ou plus probablement dans le bourg de St-Julien ? On rencontre au moins trois familles Pellas de niveau social différent. Attention à ne pas confondre mon Mathieu Pellas avec son homonyme qui dessine une belle ruche lorsqu’il signe, comme celle de Pierre Pellas sur le contrat de Mathieu et Thérèse (qui disent ne savoir signer).



L’étude des contrats de mariage est un projet que j’ai commencé en dressant un tableau sommaire pour comparer le montant des dots, mais cela devient vite complexe à visualiser.
Qui, parmi mes lecteurs, a déjà répertorié facilement les différents items consignés dans ces contrats ?
argent : escus et livres, hardes et joyaux, meubles, logis et terres … sans omettre les obligations diverses envers les parents.

La mariée était jolie ! Cette déduction hâtive à la lecture d’un contrat de mariage n’est-elle pas représentative des idées que l’on peut graver sur nos ancêtres... Ce texte n’engage que moi et j’espère que Thérèse Vassal n’en sera pas froissée.

Bibliographie :
Les régimes matrimoniaux en Provence à la fin de l'Ancien Régime, Contribution à l’étude du droit et de la pratique notariale en pays de droit écrit. Jean-Philippe Agresti, Presses Univ Aix Marseille.
Disponible sur Internet : https://books.openedition.org/puam/848

Le contrat intégral est à lire en page suivante ...

2017-01-17

Une feuille cachée sous une poutre _6

Document et transcription

Vous l'attendiez, voici enfin le fameux document qui fait l’objet d’une série d’épisodes pécédents. Nous avons tenté de comprendre pourquoi il a été caché sous la poutre.

Le #généathème de janvier des généablogueurs est justement #paléographie.

L’exercice est passionnant, mes yeux ont réussi à retrouver les mots tracés par le mystérieux scripteur. J’indique par un point d’interrogation les transcriptions dont je ne suis pas sûre. Les points de suspensions marquent les lacunes puisque cette feuille a en partie brûlé.
Toutes suggestions de la part de lecteurs confirmés seront les bienvenues.



Transcription

Chargement

Receu du s[ieu]r tresorier pour servir aux depances
dont  la suite des jeunes hommes a donné  .lieu..  au sujet
des 3 hommes de milice dont notre  com[munau]té..est obligee de
fournir                                                                                               5 4  lt
plus du S[ieu]r... André Berne au lieu de St Pol                                9
plus du S[ieu]r Giraudene ?                                                              4 8
plus du S[ieu]r Perrin                                                                   1 2
fourni de mon propre                                                                        2
                                                                                                   1 2 5   lt
Deschargement

jay paiye
paiyé par le comptable au S[ieu]r  Perrin
les 12 lt par lui fourni

(3 ou 8 ? ) mars 
ayant  parti pour aix  avec  les miliciens
.   et à la dinée  Rians             compris les
...                                                                                                       5 lt . s
plus                                         Jean Baptiste  ..
                                               étant à Rians
                                               milicien pour boire                             6
paye ?                                                 à Vauvenaques                        1 lt 5
                                   la prison
                                                                                              2 lt
                                                                                              1 lt 1
                                                                                  2 lt
[St ?]  jullien                                                              1 lt 1
 aix ?   cavallier                                  2 lt
 pour le diner des hommes detennus
aux prisons                                                                1 lt 12

page 2

pour le retourd de Joseph Feraud l'un des hommes
détennus d'Aix à St Julien                                        13 lt
pour le soupé de deux hommes à la prison                1 lt

Le 25 mars
pour diner aux deux miliciens                                                1 lt
p les miliciens après la reception  de Laurens
Berne  et de François Brun ce dernier  detennu
pour lors per ?  permision ? de l ordre de M[essi]re
Perrin et S[ieu]r Gastaud pour ...?
pour la depence  de nous trois consuls y
compris les chevaux                                                  19 lt 16 s
p. le diné des deux vieux / iceux ? miliciens
et soupé ce dit jour ; jour de son arrivée                              
à Aix                                                                          2 lt

p les deux miliciens aux cazernes
..t pour 3 jours                                                                      

mesme jour ayant parti avec deux
cavalliers  porter .. .. d'Aix à Venelle
p[our] le soupé a Pairolle   y compris les chevaux

  mars
p[our] leau de vie avant [par?]tir de Pairolle
à dix? heures de matin           palliere
de Cadarache                                                                         2 sols
p[our]  le diner à l aber ?  palliere      au
terroir de Cadarache   [compr]is les chevaux             1 lt 10 sol
pour la depence  du milic...
a la dite bastide ... ?
souper à St Pol et lors de la …
St Pol  p ... compris les chevaux

27 mars
pour la dinée des deux consuls …  miliciens
y compris les chevaux
pour la depense arrivant à  .oir
et pour les 3 miliciens      aux cazernes                      2 lt
                                                                                  _______
                                                                                   41 lt ..
p.3
p.le soupér des deux consuls                                     1 lt 12 s

28 mars
pour le diner des miliciens jour de la
recepte                                                                           1 lt 10s
apres la recepte et pour souper                                   1 lt 10s
pour la depense du cheval                                         3 lt
plus donné 18 sols aux h miliciens
vieux et nouveau  et en                      en presence
de S[ieu]r Perrin qui axcele.eront ? .... de lui 
donner quelque chose pour boire                                           18 s

29 mars
por la dinée revenant d'Aix à St Julien                      15 lt
pour le cheval                                                                        10 sols
P[our] le dejeuné à Rians                                          24
pour le cheval
donné a Francois Brun et Laurens
                        et Joseph Martin
Berne miliciens de l'ordre de M[essi]re
Genteaume ....                                                            4 lt
P[our] les be laines ? du. ...    ette  cavalliers 30 lt
et leur camarade
plus donné au _____ de l'ordre
de M. Dessene n[otai]re et autres
bourgeois pour a                     etre dans
la nuit ...                                 et autres
qui les a  [b]astides et ... au village                            3 lt
                                                                                   10lt 48 s
                                                                                   _________
                                                                                   19 lt 11 sols

p.4
plus à Jean François Ambrois pour nous
avoir indiqué des jeunes hommes et vaqué
deux jours                                                                  1 lt 4 sols

autre chergement
receu du s[ieu]r tresorier                                            14 lt 3
plus receu                                                                      2 lt

dechargement

payé au Joseph Audibert hoste pour celle ...
a son logis lors des miliciens paisses ? et rep...
à son logis                                                                  17 lt 3s
paiye a Joseph Feraud
et à Pol Burle po[ur] vacations par eux 
au sujet  de la . ..         la jeunesse  et  pour 
nous servir ...     pour en prendre
et pour un  ..               et jour une li[vre]
chescuns et y                                                             2 lt


Si vous voulez télécharger ces photos en haute définition,
je vous invite à voir l’album sur ma page Facebook que vous pouvez suivre.

https://www.facebook.com/LaforetdeBriqueloup/


Pour lire tous les épisodes de cette série, cliquez sur ces liens :

Présentation : Une feuille cachée sous une poutre brûlée_1

Les patronymes  : Une feuille cachée sous une poutre _2

Les lieux : Une feuille cachée sous une poutre _3

Les comptes : Une feuille cachée sous une poutre _4

Les hommes : Une feuille cachée sous une poutre_5

Document et transcription : Une feuille cachée sous une poutre _6

Lumières et ombres  : Une feuille cachée sous une poutre_7

2016-10-09

Résillement d’un bail à mègerie

Magdelaine a passé un bail à mègerie, 
elle va s’en départir avant le terme traditionnel de la Saint Michel. 
Que se passe-t-il ?


Revenons encore dans les liasses de ce beau registre qui m’a réservé des belles découvertes sur les habitants de Saint-Julien..


Il y a 250 ans, Jean Audibert dicte son testament, il meurt en laissant la charge de leurs enfants à Magdelaine. Cette jeune veuve fait appel au notaire qui plusieurs fois se déplace dans sa maison.


Le 16 septembre 1766, elle a passé un bail pour quatre ans qui devait se terminer à la St Michel.  Le 29 septembre est le jour de paiement des fermages après la récolte, c’est par conséquent la date traditionnelle d’expiration des baux ruraux.


Cependant, c’est au mois de mai 1769 que ce contrat, est mis au neant par delle Magdne Alliés veuve de feu sieur Jean Audibert hote de ce lieu et Joseph Gillet menager de ce meme lieu
lesquels de leurs grés sous dûe mutuelle et réciproque stipulation aceptation
intervenant se ressouvenant parfaitement de l'acte de megerie
entr'eux passé par nous no[tai]re le 16 7bre 1766
ont déclaré et consenti comme ils consentent au resillement d'iceluy
l'ont mis et mettent au neant et tout comme s'ils n'avoit jamais été fait


Les formules sont savoureuses, je ne sais pas si vous prenez le temps de les lire, moi je me régale.


Pour quelle raison se départir de ce bail avant la Saint Michel ?
Ledit Gillet pour raison de la mal tenue des biens dependants de la megerie devra s’acquiter de la somme de dix sept livres huit sols pour tous les dommages et interets quelle auroit peut pretendre
Néanmoins, il se réserve de faire la récolte des grains des semis y pendants tant seulement qui seront partagés en gerbe ainsi qu'il est porté par le susd[it] acte de mégerie 
Que pensez-vous de cette expression ? L'image est pleine de bon sens  :
« des grains des semis y pendant »

D’autre part, il est question "d’un clods" qui est à la vente :
promet à icelle aceptante la somme de trente livres ledit jour St Michel prochain pour la vente du susdit clods
 L’explication se trouve dans le premier bail. Il s’agit d’une terre clause appellée le clod complanté de vigne et d’oliviers



Pour lire la transcription intégrale de l’acte :

2016-08-19

En 1766 Jean Audibert dicte son testament


A la recherche du testament de Jean Audibert, depuis l’an dernier, je consulte les registres des notaires et découvre que notre aïeul (sosa 172) a laissé beaucoup de traces.
Son décès m’a attristée et j’ai essayé d’en connaître les circonstances.
Aurait-il fait un testament ?
Dans le registre du notaire Pourcelly 3E14 502 c’est une déception, malgré la fourchette de dates
(1765-1771) il n’y a pas de testament. J’ai pourtant regardé tous les folios avec un grand espoir. Je me résous à rentrer bredouille ; néanmoins, j’ai photographié un certain nombre de feuillets concernant des actes passés par d’autres de mes ancêtres. Il se trouve même le début d’une page concernant la veuve de Jean Audibert, Magdelaine Allier. Je raconte cette découverte inattendue dans l’histoire du Four à pain
Lorsque je réussis à obtenir l’intégralité du document, j’ai la confirmation de l’existence d’un testament aves les précisions sur la date et surtout le nom du notaire, Maître Bon.
D’ailleurs, j’aurais pu trouver ces renseignements dans la table des testaments que les AD du Var ont mis en ligne dans les Archives du contrôle des actes et de l’administration de l’Enregistrement.

Jean Audibert, hôte à St-Julien, âgé de 54 ans, est décédé le 17 juin 1766.

Cette année, munie des cotes, je me rends une nouvelle fois aux AD de Draguignan.
Avant de lire ce fameux testament, je tourne les pages du registre avec intérêt.
Je photographie plusieurs actes que je ne prends guère le temps de lire, tant je suis impatiente d’atteindre ce que je cherche.
Il s’avère que cette lecture sera intéressante pour rencontrer d’autres personnes du village, des ancêtres et leurs voisins.

Le voilà le testament nuncupatif de Jean Audibert, fait le 15 juin 1766 ;
le testateur est mort deux jours plus tard.


Que m’apprend-il ?
Jean n’est pas décédé de mort violente, ce n’était pas un accident comme je le supposais.
« lequel de son gré quoyque detenu dans son lit malade de maladie corporelle sain pourtant de sens ferme parolle ouïe vue et connoissance a resolu de faire son dernier et vallable testament nuncupatif et ordonnance de derniere vollonté»
Dans la chambre du mourant, parmi les témoins se trouvent trois prêtres, un chirurgien, un notable et quatre artisans. C’est dire comme l’heure est grave, le malade a conscience que la fin est imminente. Il a recommandé son âme à Dieu, ordonné ses funérailles et  demandé que « luy soit dit douze messes basses de requiem ». 

Jean a pris ses dispositions pour l’avenir de sa famille.
C’est Jean Joseph Audibert qu’il institue comme son héritier. Son petit garçon est âgé de quatre ans. La trace de celui-ci se perd, il semble qu’il vive ensuite à Marseille …
En attendant la majorité de son fils aîné, Jean « a légué et lègue touts les fruits et usufruits de tout son bien et héritage à Magdelaine Allié son épouse ».
Elle est chargée de nourrir et entretenir leurs enfants jusqu’à l’âge de 25 ans. 
Leur fille Cécile recevra 1000 livres lorsqu’elle s’établira.
Mais il n’oublie pas cet « héritier posthume qui naîtra de la grossesse de Magdelaine ». En effet, Jean François Marcel (sosa 86) viendra au monde quatre mois plus tard. C’est lui qui tiendra l’auberge de ses ancêtres.
Jean avait prévu que son fils aîné s’occupe de sa mère… mais je crois qu’elle a habité dans notre maison avec Jean François et qu’elle allait souvent chez sa fille Cécile à Barjols où elle est décédée.
Alors  que ses dernières volontés sont rédigées et que tous s’apprêtent à signer, Jean pense qu’il doit ajouter encore ces précisions « et avant signé led[it]testateur dans le cas où à la majorité accomplie de sond[it] héritier iceluy viendroit à se separé de lad[it]e Magdne Allié, il oblige sond[it] héritier de lui donner une chambre garnie suivant son état, soit dans la maison ou ailleurs à la lad [it]e Allié sa mère pour en jouir sa vie durant » 
On voit que cet homme estimait sa femme, par lui «  nommée tutrisse et administaraisse » « sans qu’elle soit obligée de rendre aucun compte à ses enfants » 
« et luy a de plus legué à lad[it]e Magdne Allié ususfruit et jouissance d’une terre qu’il possède en ce terroir quartier des Condamines la vie durant» Mais regardons la précision qui suit : « toutes fois en gardant l’etat vidual ». 

Magdelaine avait 25 ans, elle ne s'est pas remariée.

Comparons la signature d’un homme en pleine forme quelques mois auparavant


et sa dernière signature le 15 juin 1766


Jean « a élu sa sépulture dans celle de feu son père », il repose à Saint-Julien. Ses confrères Pénitents blancs vont s’occuper des funérailles.