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2024-04-16

Rebondissements

 

MichaelMaggs Edit by Richard Bartz, CC BY-SA 3.0  via Wikimedia Commons


C’est pour participer au ChallengeAZ que j’ai créé ce blog. En juin 2015, mon premier Challenge AZ naviguait avec mes « Marins en Méditerranée ».

Le généathème proposé ce mois-ci m’incite à revoir les récits que j’ai publiés, il y a neuf ans.


Alors que je suis en train de rédiger ce billet, tels de jolis ballons qui vont encore rebondir, de nouvelles découvertes viennent d’arriver et je remercie Hélène, car mon arbre s’enrichit.


Arrêt sur la branche de Rose Deleurye

Le billet intitulé Where in Marseille me rappelle que cette branche est restée longtemps bloquée au 19e siècle, ne pouvant trouver le chemin pour remonter sur Auguste Deleurye. Mon sosa 102 travaillait comme layetier, il était encore vivant en 1843, témoin de la naissance de Rose, mon arrière-grand-mère.

Cet article s’achève sur un post-scriptum pour rebondir :

Quelques minutes après avoir publié cette page juste avant minuit, j’ai eu une belle surprise. Selma m’envoie l’acte de mariage de Rose Deleurye qui me permet d’ajouter une génération.

Un cousinage sympa

J’ai eu l’occasion de séjourner à Marseille quatre mois plus tard et je me réjouissais de rencontrer un fameux généablogueur. Pour préparer mes recherches, je me penche sur les parents d’Auguste dont j’avais réussi à trouver l’acte de naissance le 6 avril 1789. Leur mariage indique que Louis Nicolas, marchand pelletier originaire de Paris, est veuf.

Et voilà que, du côté maternel, je découvre à point nommé un cousinage avec Tom que je devais voir. Il a dressé l’arbre ascendant de la famille Bouis, des hommes travaillant en mer comme patrons-pêcheurs ; Marseille se révèle riche de tant d’archives notariales bien conservées.

 

Une famille étonnante

J’ai lancé des recherches sur ce patronyme Deleurye, rare dans le sud et souvent écrit selon différentes versions dans le nord.

Mon ancêtre arrive de Paris en 1777. Son acte de mariage dit qu’il est le fils de Louis Etienne et d’Anne Jeanne Paulin.

En janvier 2016, j’acquiers un ouvrage sur les musiciens de la famille Paulin. L’auteur cite ses sources. Tout cela me paraît trop extraordinaire, alors je prends le temps de digérer les informations. Plusieurs mois s’écoulent.

 

Le scoop

Le temps passe; en juillet 2023,  je veux écrire une série d’articles pour mettre cette famille au clair. Je consulte le site Familles parisiennes qui numérise beaucoup de registres, ensuite des indexeurs partagent un travail formidable.

C’est alors qu’apparaît Marie Angélique Victoire, fille de Nicolas Louis Deleurye avec sa première épouse. Personne ne connaissait l’existence de cette enfant dont il s’est désintéressé. Je suppose qu’il n’en a pas parlé à sa femme marseillaise. J’ai pu retrouver quelques traces de sa descendance.

Je décide alors que cette série d’articles constituera le ChallengeAZ 2023 « des Ancêtres inattendus ». Je devrais pouvoir écrire 26 billets tout au long du mois de novembre.

 

Rédiger un tel challenge suscite évidemment de nouvelles découvertes. Les participants constatent cela : plus on cherche, plus on se documente, plus on trouve d’histoires dans nos familles.

 

J’ai continué à ajouter deux articles sur une tante et des cousins auxquels je pourrais donner une suite, car leurs existences apparaissent intéressantes et inattendues.

 

And now

L’événement ChallengeAz attire des lecteurs fidèles qui peuvent devenir des amis. Hélène m’a dit que ses ancêtres parisiens pouvaient être des voisins des miens. Elle m’a proposé de commander des cotes lorsqu’elle se rendrait aux Archives Nationales, et elle vient de m’envoyer deux contrats de mariage qui me font gagner de nouveaux ancêtres.

 

Je peux compléter le maillon manquant entre Nicolas Louis et son grand-père François en ajoutant François Deleurye, époux d’Anne Claude Langlois, dont j’ignorais les prénoms.

 

François Deleurye est chirurgien major de l’amirauté de Dieppe, en 1733. Il s’inscrit dans cette longue lignée de chirurgiens fameux.

Beaucoup de membres de leurs familles signent ce contrat : des oncles, des tantes des cousins. Quelle bonne idée de les avoir invités, cela me réjouit de les connaître !

 

Last but not least

Le grand-père d’Anne Jeanne Paulin était maître fourbisseur d’épées. Mais je ne connaissais pas ses origines.

Le contrat de mariage de Pierre Destas m’apprend qu’il est né à Orléans où vivaient son père Jacques Destas et sa mère Jacqueline Trossard.

Je ne m’attendais pas du tout à rebondir pour de nouvelles recherches autour de la ville d’Orléans. Voilà qui pourrait suggérer un projet de voyage, car cette région ne m’est pas encore familière.

 

 

2023-11-18

P_ Patrons-Pêcheurs Prud'hommes

 

Dans la famille Bouis les hommes sont pêcheurs, plus précisément patrons-pêcheurs, cela veut dire qu’ils possèdent une barque. Ils dirigent leur entreprise comme des chefs. Le père engage des matelots compétents ou bien embarque avec ses fils lorsqu’ils sont en âge de devenir moussaillons.

Ils aiment l’odeur de la mer, ils connaissent son attrait et ses dangers, leur peau est tannée par le soleil, le sel et les embruns. Courageux, ils bravent les tempêtes; nerveux, musclés, endurants, ils ne craignent pas la fatigue. Vaillants en toute saison, en été comme en hiver ils peuvent partir de bonne heure et ils rentrent harassés après de grandes journées en mer.

Fiers et libres, ils ne doivent leur récolte de poissons qu’à leur savoir-faire.

Leurs femmes vont prier Saint-Pierre, patron des pêcheurs, dans leur église Saint-Laurent de Marseille.


Marseille, Saint-Laurent

Le père d’Élisabeth et ses deux grands-pères sont patrons-pêcheurs.



Je remercie Tom « Sacrés ancêtres » qui remonte fort haut. Il a trouvé le nom de tous les frères et oncles d’Élisabeth Bouis. Nous descendons du couple de leurs parents.

Mariés le 12 octobre 1732 à Marseille dans l'église Saint-Laurent, François Bouis et Magdeleine Estienne ont eu onze enfants.

Cinq frères et un beau-frère d’Élisabeth sont patrons-pêcheurs.

Trois oncles paternels sont patrons-pêcheurs dont deux prud’hommes : Louis Bouis et Pierre Bouis, ainsi que son parrain et oncle maternel Joseph Estienne.

Auguste, le fils d’Élisabeth Bouis et Louis Nicolas Deleurye a épousé la fille de Marguerite Carantène dont le père et le grand-père sont pêcheurs prud’homme. Si l’on compte encore le grand-père de son mari, cela fait beaucoup de mes ancêtres impliqués dans la Prud’hommie des patrons pêcheurs. Tous ces hommes se côtoyaient dans le quartier Saint-Laurent. Ils fêtaient ensemble leur saint de référence : Saint-Pierre  

 

Détail du tableau "La pêche miraculeuse"
peint pour la corporation des pêcheurs


Prud’homie

La prud’homie, lieu où siègent les prud’hommes est important dans la vie des pêcheurs. C’est une particularité méditerranéenne. Cette institution réglemente et surveille le territoire de pêche. Lorsqu’ils constatent une infraction, ils peuvent infliger des amendes ou des rappels à l’ordre aux contrevenants. Elle détient le monopole de la teinture des filets. La collectivité vient en aide aux vieillards, aux veuves et aux malades.  

Les prud’hommes sont les représentants élus des pêcheurs. On leur reconnaît de l’expérience et une valeur morale.  

Autrefois, les prud’hommes pêcheurs siégeaient avec solennité. Pour rendre la justice, ils revêtaient l’habit spécial : une robe de juge, et posaient sur leur tête une toque noire. Ils prononçaient ce serment : « Je jure de remplir avec conscience et loyauté les fonctions de prud’homme pêcheur ».

Être élu prud’homme attribue au patron-pêcheur des pouvoirs considérables, une autorité morale et confère du prestige pour lui et pour sa famille. 


Dans un précédent # ChallengeAZ : deux billets pour suivre nos patrons pêcheurs à Marseille au XVIIIe :

Dans le quartier Saint-Laurent

Entrons dans la maison des grands-parents d’Élisabeth rueFiguiero


2023-11-16

N_Naufrage

 

François Bouis, (sosa 410) le père d’Élisabeth est patron-pêcheur. Il possède une barque et s’en va pêcher en mer. Parti de Marseille, il peut naviguer vers le couchant jusqu’au Golfe du Lion, parcourant une distance d’environ 130 milles soit 240 kilomètres jusqu’aux Saintes-Maries-de-la-Mer.

De Marseille aux Saintes-Maries-de-la-Mer

Sur sa barque, adaptée au petit cabotage, il ne s’éloigne pas de la côte. Depuis Marseille, l’aire de navigation des pêcheurs ne dépasse pas quelques dizaines de milles. Habituellement, il ne rentre pas tous les soirs à la maison. Si la prise de poissons s'avère insuffisante, il se dirige vers les sites où elle sera plus abondante.

Sa petite embarcation avance bien lorsque le vent gonfle la voile, mais quand la mer reste calme et que la brise ne souffle pas, il rame avec un aviron, à la force des bras. Avant que la nuit s’apprête à tomber, il cherche à se mettre à l’abri sur une plage pour haler au sec ou bien au creux d'une crique isolée où il peut jeter l’ancre.

Lorsque la cueillette est bonne, les filets se remplissent de loups, de congres…

En hiver et au printemps, sardines, anchois, maquereaux circulent le long des côtes d’est en ouest, vers le delta du Rhône.

 

Marseille, la Major

L’odeur du poisson imprègne ses vêtements que sa femme doit laver lorsqu’il rentre à la maison. Il a épousé Magdeleine Estienne alors qu’elle n’avait que 17 ans. Elle se révélait déjà capable d’assurer la gestion du foyer. Au fil des années, elle donne la vie et elle élève leurs douze enfants. Fille de Pierre Estienne et de plusieurs lignées de patrons pêcheurs, elle sait combien le métier est difficile, et épuisant pour les hommes.

La peau est brûlée par le soleil, desséchée par le vent, les lèvres gercées par le froid, les mains blessées par l’effort, usées par les intempéries, les naviguants doivent faire preuve de persévérance, de courage.

Leurs femmes essaient d’oublier leurs craintes, elles savent que la mer est dangereuse. Chaque retour apparaît comme un soulagement ; si leur époux se montre sympathique, c’est une fête.


Vincent Van Gogh, La mer aux Saintes-Maries-de-la-Mer

Hélas, un jour François Bouis n’est pas rentré. Il est parti pêcher vers Lei Santas/Les Santei Marias de la mar. On n’a pas retrouvé son corps. Sur l’acte de mariage de son fils Barthélémy Bouis en 1775, la famille a déclaré qu’il était « décédé depuis environ quatre ans » « décédé sur mer, faisant la pêche aux Saintes ».




2023-11-15

M_ Modeste Marseillaise


Fille de marin, petite fille d’un patron pêcheur et d’un meunier, Marie Magdeleine Thérèse Simon ne provient pas de même milieu social que son mari.

Sa famille paternelle paraît aux antipodes de la famille paternelle d’Auguste. Une forêt de modestes origines italiennes pour elle, un parc de bourgeois de Paris pour lui.


En 1817 Marie Magdeleine Thérèse a 25 ans. Elle habite au numéro 15 de la rue Moyse avec ses parents. Lorsqu’elle devient madame Auguste Deleurye, le 5 mars, elle va s’installer au  28 rue des Martegales, toujours dans la paroisse Saint-Laurent.

Elle est née à Marseille, le 23 novembre 1791. Elle est la fille aînée de Jean Baptise Simon, dont les parents vivaient à Chiappa en Ligurie, au nord de Gênes.

Sa mère s'appelle Magdeleine Martin.

 

Madeleine Simon est mon aïeule à la génération VII, sosa 103.


En 1854, l’acte de décès de sa fille nous apprend que Madeleine travaille comme blanchisseuse. Julie est morte à l’âge de 27 ans. Quel drame pour cette mère !

Elle n’est pas aussi fringante que cette jolie lavandière provençale.

Madeleine devait sans doute porter un bonnet à la mode ancienne qui ne laissait pas dépasser ses cheveux comme celui de la jeune fille. Elle retroussait les bras de sa chemise et relevait le haut de sa jupe pour travailler à l’aise.

La bugade : c'est la lessive en Provence

 


Le métier des blanchisseuses est harassant. Elles emplissaient leurs paniers d’osier avec le linge sale et malodorant des familles plus riches.

La lessive se déroule comme un long travail qui abîme les mains. Il faut d’abord mouiller le linge, frotter les différents vêtements avec l’excellent savon de Marseille qui ôte les tâches. Le linge est roulé en boule, c’est le moment de le battre pour faire sortir l’eau et le savon. Il doit être soigneusement rincé à l’eau froide. On le tord pour l’essorer. Les draps paraissent lourds à étendre, mais si on fait attention à bien les étirer, le repassage sera facilité. Le bon soleil et souvent le mistral ont tôt fait de sécher la lessive qui sent le propre.

Rose et Julie devaient l’accompagner leur mère pour l’aider dans ce labeur.

Rose (sosa 51) a pour spécialité tailleuse, ensuite ses filles vont travailler comme lingère, repasseuse, couturière. Dans notre famille, les femmes savent prendre soin du linge.

Prénoms   

J’aurais pu penser que Madeleine a hérité de sa mère son prénom d’usage.  

Pourtant, certains l’appellent Marguerite ! C’est le prénom de sa grand-mère maternelle : Marguerite Carantene. Voici comment elle est désignée dans les actes que j’ai trouvés.

Magdeleine en 1801

Marguerite Madeleine sur l’acte de mariage de sa fille Rose.

Marguerite Magdeleine Thérèse sur l’acte de mariage de sa fille Julie.

Marguerite sur l’acte de décès de sa fille Julie.

Marguerite Magdeleine Thérèse sur son acte de décès.

Elle ne savait pas écrire, mais elle a bien dû entendre tous ces M qui se bousculent sur son chemin.  

J’espère qu’Auguste lui a dit «  Je t’M, ne sois pas si modeste ».

 

 

Dans l’article précédent vous avez fait connaissance avec son mari,

Auguste était layetier.


2023-11-14

L_ Layetier

 

Nicolas Louis n’a pas transmis son métier ni sa culture. Il n’a pas fait instruire son fils qui ne savait pas écrire, ni signer. Auguste (sosa 102) gagnait sa vie comme caissier, ou comme layetier, en fabriquant des layettes, ce sont des caisses de bois blanc.



Le layetier confectionne des coffres, des caisses en bois servant généralement d’emballage. Il cloue sur le couvercle de petits liteaux en bois bien aplanis dans nœuds, semblables au bois choisi sur la cassette[i]. Il prévoit aussi des rangements qui se glissent à l'intérieur.


Au XIXe siècle, lorsque l’on a des objets à faire transporter, de quelque nature qu’ils soient, on envoie chercher le layetier-emballeur. Il crée alors des caisses, après avoir pris les mesures des objets à domicile. Toute la difficulté consiste à concevoir une caisse à la fois solide et légère afin d’éviter les dommages sur les marchandises, les frais de transport trop élevés, et d’en faciliter le déballage
[ii].

Le port de Marseille prend de l’importance. Avec le développement du transport maritime, l’emballage des produits nécessite des caisses solides, légères, adaptées à chaque usage. Le métier d’emballeur apparait indispensable.

 

emballeur coffretier


Le 5 mars 1817, Auguste Deleurye épouse Marie Magdeleine Thérèse Simon.

Sa femme est la fille de Jean Baptiste Simon, originaire de Chiappa en Ligurie. Son aïeul était meunier. Jean Baptiste est devenu un marin, il a épousé la fille d’un patron pêcheur.

Parmi les témoins du mariage, s’est déplacé un marchand pelletier qui doit être un ami de son père, mais aucun naviguant de sa parenté.

Auguste renoue ainsi avec les métiers de la famille de sa mère, puisque parmi les ancêtres de sa femme, on rencontre trois pêcheurs suffisamment estimés à Marseille pour avoir la fonction de prud’homme.

Auguste avait 27 ans, il habitait rue Saint-Laurent.

Sa promise, âgée de 25 ans, était une voisine, elle habitait rue Moyse avec ses parents.

Ses parents, Nicolas Louis et Élisabeth étaient déjà décédés depuis une dizaine d’années, je n’ai pas retrouvé davantage d’informations sur la vie à Marseille de Nicolas Louis Deleurye qui est décidément très discret. 


Après avoir été layetier ou caissier, Auguste a tenu une caisse différente, car il a choisi d'être marchand de comestibles en 1845.  

Dans l’article suivant, je vais vous présente Madeleine Simon, une modeste Marseillaiseblanchisseuse.

2023-11-07

F_ Fourrures et peaux

 

Allons à la rencontre d’un marchand pelletier.

Un pelletier savait traiter les peaux, les réparer, les assembler. Ce fourreur, très élégant met en valeur une marchandise de luxe.

La famille de Nicolas Louis Deleurye compte plusieurs marchands pelletiers : son arrière-grand-père Hubert Paulin (sosa 1636), l’oncle de celui-ci André de Cambronne, ses oncles Claude Martin Le Preux et Jean François Paulin. Tous étaient des bourgeois de Paris au début du XVIIIe siècle.

 

Un marchand pelletier achetait des peaux d’animaux, notamment des peaux d’agneau, de lapin ou de lièvre, de renard, et d’autres espèces à fourrure : écureuils, fouine ou martre, et même loup. Ces pelages étaient très prisés pour la fabrication de vêtements chauds et élégants tels que des vestes, des manteaux, des capes et des chapeaux. Les fourrures étaient appréciées en doublure pour rendre les habits plus confortables. La qualité des peaux permettait la confection d’ornements raffinés, de cols à la mode, de ceintures, de gants souples et beaux, des manchons et d’accessoires de mode pour enjoliver les tenues.


Le commerce était florissant, la demande était forte pour les gens qui avaient les moyens de se payer ce luxe.

La profession se trouvait très réglementée pour protéger la qualité des produits. Capables d’estimer les peaux et fourrures, les pelletiers détenaient le monopole des transactions. Eux seuls avaient le droit d'acheter les peaux. Ils les revendaient ensuite à divers artisans : mercier, bonnetiers, gantiers, tailleurs, chapeliers.

Cela me fait penser qu’il n’est pas improbable que Joseph Pérouse (sosa 186) ait été le client de notre marchand pelletier ; cet outsider dans la généalogie de mon mari se trouvait à Marseille en 1793, établi comme marchand fabriquant de chapeaux. Il habitait quai Monsieur, à deux pas de chez mon Parisien. Ces deux étrangers ont suivi la même route jusqu'au bord de la mer pour installer leur boutique d'artisan commerçant; ils pouvaient avoir des expériences à partager : les voyages, leur commerce, les fourrures, les clients, puis les évènements politiques de la Révolution qui se prépare. (Sans se douter que chacun d'eux serait l'ancêtre de mes enfants !) 

Le port de Marseille 1778, Balthasar Friedrich Leizelt 


Comment Nicolas Louis s’est-il organisé pour pratiquer son commerce à Marseille. Tenait-il une boutique dans la rue de la Coutellerie où il habitait en 1777 ?

C’était un homme instruit, cultivé ; il savait parfaitement lire, écrire, et évidemment compter sans erreur.

Il apparait qu’il n’a pas fait fortune, on constate que la situation sociale du couple s’est dégradée. Nicolas Louis ne fréquentait plus le même milieu privilégié que sa famille connaissait à Paris (et que je vous présenterai prochainement). Dans ses relations à Marseille, on ne rencontre plus de pêcheurs propriétaires aisés, comme l’étaient les oncles et les frères d’Élisabeth. Je n’ai pas tout vu, mais je me rends compte que ses descendants se sont quelque peu déclassés au cours du 19e siècle, par manque de transmission de compétences. Nicolas n’a pas maintenu de relations sociales, il a pris des distances avec un réseau familial qui aurait pourtant pu aider à mettre en place une meilleure situation pour son fils et ses descendants.

Les générations suivantes ont rapidement oublié ce marchand pelletier qui m’intrigue tant.

                                                  

2023-11-06

E_ Enfant unique

 

On peut s’étonner qu’Auguste soit l’unique enfant de Nicolas et d’Élisabeth. Il n’y a pas de trace de pitchoun né avant ni après lui.

Il est arrivé dans leur foyer après douze ans de mariage.



Il n’a pas reçu de prénoms en usage dans la famille, je me demande ce qui a pu lui être transmis de son histoire, ses racines parisiennes semblent complètement occultées. Ses deux prénoms, Joseph Auguste, lui sont attribués par son parrain Joseph Augustin Gillibert « Maitre quinquaillier » qui se présente comme un ami de son père.

Ensemble, ils l’ont porté pour son baptême, célébré le lundi 6 avril 1789, dans l’église Notre-Dame des Accoules, à Marseille.


Il a bien failli être nommé Augustin, mais l’officier d’état civil s’est repris et a ajouté la lettre e. Ultime reste de la stature familiale passée, Auguste n’est pas un diminutif.


Sa mère avait déjà 42 ans. On peut comprendre que la période révolutionnaire n’était pas propice à agrandir la famille. Et si je n’avais pas poursuivi les recherches pour élargir ma forêt d’ancêtres, j’aurais pu n’inscrire que ce fils unique dans la descendance de Nicolas Louis Deleurye.

 

Cependant, coup de théâtre :

Imaginez ma surprise en découvrant que ...

Nicolas Louis était le père d’une fille, née de sa première union. Il l’a abandonnée après la mort de sa femme. On ne sait dans quelles circonstances.

Jeanne Françoise Rosalie Deleurye porte comme premier prénom celui d’Anne Jeanne, sa grand-mère paternelle, François est son grand-père maternel.

C’est à l’occasion du mariage de cette jeune fille que je découvre son existence. Le 4 prairial de l’an 2, à Paris, elle épouse Charles Éléonore Boisvilliers.



La famille de sa mère s’est occupée d’elle. Le grand-père maternel François René Hurault de Morainville apparait bien présent jusqu’à son décès. (T_ Tutelle)

Que s’est-il passé pour que Nicolas perde tout contact avec sa fille ?

Est-ce que la mère de Nicolas a réussi à garder une relation avec sa petite-fille quand son fils s’est éloigné ?

Marie Nicolas, mon arrière-grand-mère aurait été fort surprise d’apprendre qu’elle avait un cousin issu de germain. Il vivait à Paris et se nommait Jean Pierre Alphonse Lelong, il était architecte.

Cela me ferait plaisir d’être contactée par des descendants de Jeanne Françoise Rosalie Deleurye, je leur raconterais toutes ces histoires de nos familles qui me passionnent.

Les deux branches de ses decendants ne se connaissaient pas

2023-11-03

C_ Consoler un veuf

 

Élisabeth, avec son parler marseillais à l’accent chantant, charmait Nicolas Louis; il devait se faire expliquer beaucoup de mots et d’expressions provençales.

Il appréciait la ville, bouillonnante comme le panier d’une poissonnière sur le port. Elle lui faisait découvrir la mer. Elle le régalait en cuisinant les poissons que ses frères rapportaient dans leurs filets.

 

1760 Venet - AM Marseille 11FI17

Ils se promenaient ensemble le long des quais, montaient jusqu’à la chapelle de Notre-Dame-de-la-Garde pour admirer le panorama. Lors des journées glacées de l’hiver quand le Mistral souffle, sa femme vêtue d’une chaude pelisse faisait des envieuses. Les commères commentaient le passage de ce couple original : une fille de pêcheurs avec un marchand pelissier de Paris, l’alliance de la sardine et du loup, balançaient-elles, narquoises. Mais, bras dessus, bras dessous, les amoureux les ignoraient.


Nicolas Louis évoquait-il avec nostalgie sa vie à Paris, ressentait-il de la tristesse en pensant à sa première épouse morte après douze ans de mariage ? Même s’il n’en parlait pas, Élisabeth savait qu’il était veuf en première noce de Marie Angélique Victoire Hurault. Quelque peu jalouse de cette Parisienne qu’elle imaginait élégante et d’un rang supérieur au sien, elle s’efforçait d’être très gentille pour consoler son mari.

 

9/10/1777 Acte de mariage


Le couple a attendu douze ans avant de donner naissance à leur unique enfant. Lorsque Joseph Auguste a pointé son nez, le 6 avril 1789, autant le père qui comptait déjà 54 ans que la mère 42 ans, chacun commençait à sentir l’âge avancer.

Il n’y avait donc aucune urgence à célébrer la noce le 9 octobre 1777.

 

Nicolas Louis a gardé son secret (billet E), il n’a plus donné de ses nouvelles à sa famille ni à ses amis qu’il semble avoir oubliés sous le soleil du Sud.

Montée des Accoules

Ils habitaient dans le quartier des Accoules, peut-être rue de la Coutellerie où demeurait Nicolas Louis en 1777. 

Après 29 ans de vie commune que je leur souhaite plaisante, Nicolas est mort à l’âge de 71 ans. Élisabeth lui a survécu deux ans.


2023-11-02

B_ Un bel étranger


Nicolas Louis Deleurye est-il venu tenter l’aventure à Marseille ? 

Je ne m’attendais pas du tout à inscrire un Parisien dans mon arbre. C’est dans la branche marseillaise que mon sosa 204 a accroché ses racines parisiennes. Cela me ravit de chercher à comprendre sa trajectoire.
 
Pourtant à mille lieues d’être marin, Nicolas Louis Deleurye a épousé la fille d’un patron pêcheur en 1777. 
Quelle autre raison que l’amour a pu provoquer ce mariage ? 

Élisabeth Bouis avait trente ans, elle a dû être séduite par un bel étranger venu du nord. Certes, il comptait 42 ans, mais il portait fière allure, ce marchand pelletier qui parlait le français comme un monsieur de Paris. Peut-être, assurait-il avoir fait de bonnes affaires en vendant ses peaux et fourrures à la foire de Beaucaire où il s’était probablement rendu au mois de juillet. Et si Élisabeth était allée en famille à cette fameuse Foire de la Madeleine et l’avait rencontré là. Il n’aurait alors éprouvé aucune envie de rentrer parmi les siens et se serait laissé tenter par une union et une installation à Marseille.

Foire de Beaucaire 

Relisant plus attentivement l’acte de mariage, je dois modifier cette version romantique. (Ce qui n'exclut pas l'éventualité qu'il ait fréquenté cette foire importante). En 1777, Nicolas se déclare « résidant en cette ville depuis trois ans, paroissien des Accoules, rue de la coutellerie. » 




Au bas de l’acte, sa signature soulignée par un paraphe bien dessiné, s’impose grande, affirmée, comme une marque de son éducation. Il devait avoir une belle prestance. 


9 octobre 1777, Paroisse Saint-Laurent, AD 13

Les témoins qui les entourent apparaissent plus discrets, le curé de Saint-Laurent les connait bien, ils ont pour profession : officier naviguant, capitaine de navire, patron pêcheur. Les frères se semblent pas présents, Joseph Estienne est un oncle maternel. L’épouse et sa mère ont dit ne pas savoir écrire. 

Marseille, Saint-Laurent


Tel un voyageur expérimenté, il racontait son chemin jusqu’à Chalon-sur-Saône, puis la descente du Rhône en bateau sur lequel il avait chargé ses précieuses marchandises. Avec quantité d’anecdotes qui ravissaient Élisabeth, il pouvait décrire les rues de Paris, le palais Royal, la place de Grève, les églises Saint-Germain l’Auxerrois, Saint-Eustache, la cathédrale Notre-Dame. Il racontait Versailles où travaillait son oncle que le roi écoutait avec plaisir… (Promis, je vous donnerai des détails de ces histoires dans les épisodes suivants !) Cultivé, issu de bonne famille avec des cousins renommés, l’homme pouvait se vanter d’excellentes références qui ont suffi pour que la mère et les frères consentent au mariage. 

Il semble étonnant que les parents d’Élisabeth, tous deux fils de patrons pêcheurs n’aient pas choisi l’époux de leur fille pour continuer la tradition des marins. Leurs fils étaient des pêcheurs. 
Leur famille était réputée dans le port de Marseille ; en effet, parmi les oncles d’Élisabeth deux ont été élus prud’hommes, ils assumaient une responsabilité importante. 

François Bouis est décédé en mer alors qu'Élisabeth avait 24 ans. Comment se fait-il qu’il n’ait pas réussi à présenter sa fille à un matelot ? Aurait-elle refusé d'éventuels fiancés, car aucun ne lui plaisait ?


2023-11-01

A_ Ancêtres inattendus

 

La forêt de mes ancêtres est bien implantée à Marseille *.


Dans cette cité ont vécu, pendant plus de dix générations, les ascendants de ma bisaïeule, Marie Nicolas.

Ils sont issus des plus anciennes familles de Marseille, cela me procure une multitude de cousins contemporains qui s’intéressent aux immenses et bien explorées généalogies marseillaises. D’autres aïeux originaires de bourgs provençaux ont parcouru des chemins de transhumances ou d’aventure, et certains sont venus de Ligurie pour repeupler la ville au XVIIIe siècle, ou auparavant.

Cependant, je ne m’attendais pas à trouver un ancêtre parisien.


Nicolas Louis Deleurye est longtemps demeuré au sommet de sa branche sans que je réussisse à mener l’enquête sur ses ascendants. Pour plusieurs raisons : les recherches à Paris passent pour être difficiles, je pensais que faute d’archives, cet homme resterait dans l’ombre des gens qui parlent pointu.

 Et puis...

Les premières informations trouvées m’ont tellement ébahie que je n'ai pas enquêté plus loin durant plusieurs années, c'était vertigineux de découvrir ces familles qui vivaient dans l’entourage de musiciens du roi. J’ai acheté un livre que je n’ai pas lu intégralement, étourdie par l’arbre généalogique incroyable qui m’était offert pour la branche Paulin.

Je sentais que s'étoffait la matière pour écrire une belle série de billets. Au fil de l’été, ceux-ci ont fourni le thème de ce ChallengeAZ.


Où l’on peut voir :

Un Parisien accueilli à Marseille en 1777, dans une famille de patrons pêcheurs.

Un layetier, une blanchisseuse.

Des amoureux pas tout jeunes. Un veuf qui se console ausoleil.

Un menteur.

Un fils unique, mais pas vraiment…

Trois marchands pelletiers, voire beaucoup d’autres apparaissant au fil des recherches.

Des musiciens « organistes du Roy », un maître de musique, un serpent et aussi un « cordonnierde la reyne » à Versailles.

Des maîtres-chirurgiens, un maître-fourbisseur, un courtier à foin,

Une fille abandonnée.

Des registres de tutelle, des inventaires, des contrats de mariage.

Des branches multiples s’épanouissant à Paris, pour lesquelles je pourrais me passionner, si elles ne s’éloignaient pas dans la collatéralité. (Est-ce que ce mot existe ou bien suis-je en train de l’inventer ?)


Peut-être même me faudrait-il plus de 26 lettres pour tout vous raconter.


Merci à tous les lecteurs qui vont me suivre tout au long de ce ChallengeAZ 2023. 🙏


* C'est le thème de mon ChallengeAZ 2020