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2025-11-01

A_ Archives privées

 

Confier des fonds d’archives privées aux services publics est la meilleure façon de les conserver et de les partager.

Archives du Rhône et de la métropole de Lyon
SashiRolls, CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons


On trouve aux Archives du Rhône et de la métropole de Lyon, sous la cote 44 J, des dossiers étonnants.

Le fonds de la famille de Chaponay est assurément, aujourd’hui le plus beau fonds d’archives privées conservé dans les archives départementales du Rhône.

Cette phrase est l’incipit de l’avant-propos, écrit par le conservateur qui présente ce fonds.

Il précise plus loin que « l’historien des institutions et des événements politiques bénéficiera […] de la correspondance de Pierre Antoine Barou opposant à la réforme Lamoignon de 1788, et de la correspondance d’un certain Deschamps, envoyée de Versailles entre 1789 et 1790. »

 


Pierre Antoine Barou est mort, victime de la Révolution en 1793. Jeanne Marie Durand de Châtillon lui survivra jusqu’en 1832.

Le couple n’avait pas d’enfant, c’est Marie Antoinette, la nièce de Jeanne Marie qui héritera de sa tante. En épousant le marquis Pierre Anne de Chaponay, le 17 décembre 1795, elle entre dans une famille lyonnaise réputée pour être des plus anciennes.

Ses descendants sauront conserver les archives de la famille Barou et celles de la famille Chaponay. Ils ont fait aménager une salle située dans la tour du château de la Flachère. Les documents sont remis en dépôt aux Archives du Rhône en 1978 et l’État en fait l’acquisition.  



Marie Antoinette, promise à Pierre Anne de Chaponay, a réussi ce que l’on appelait à l’époque un beau mariage. Cette alliance avec une famille de notables apparaît intéressante socialement pour la famille Durand; aux Chaponay, elle apporte en dot le domaine de Châtillon. Les enfants de Marie cumulent les avantages, puisqu’elle est fille unique et qu'ils hériteront de leur grand-oncle oncle et de leur grand-tante.

 

Pierre Anne de Chaponay écrit, à la tante de sa fiancée, une lettre absolument parfaite.


Lyon 14 frimaire an 4

Madame

Monsieur de Châtillon votre frère vient de me faire l’honneur de m’accorder la main de Mademoiselle sa fille, oserais-je espérer Madame que vous approuverez son choix et que vous voudrez bien m’accorder votre amitié, je ferai tout ce qui dépendra de moy pour la mériter, soit en rendant Mademoiselle votre nièce la plus heureuse qu’il dépendra de moy, soit en allant au devant de tout ce qui pourra vous être agréable.

Je vous prie Madame de recevoir 

l’assurance du respect avec lequel je suis

Votre très humble et très obéissant serviteur

Chaponay l’ainé                   

Ma mère et mes frères vous prient de recevoir leurs hommages

 

On a envie de croire qu'il a tenu la double promesse de rendre sa future femme heureuse et de s’occuper de la tante qui avait bien besoin d’être entourée. Jeanne Marie avait alors 45 ans, elle se trouvait veuve depuis deux ans, comme d’ailleurs la mère de Pierre Anne. Leurs époux sont morts sous la guillotine en 1793. Lyon était en ruine.

Jeanne Marie a proposé à sa nièce, son mari et leurs quatre enfants de loger dans le deuxième étage de son hôtel particulier au n° 4 rue Saint-Joseph. Son petit-neveu, Antonin recevra en dot cet immeuble et saura conserver les archives des Barou du Soleil.  

C’est grâce à eux que je peux documenter la vie de Pierre Antoine Barou du Soleil.

Je vais lui dédier mon 11e ChallengeAZ

Vous découvrirez au fil de ces 26 articles quelques reflets de la vie d’un gentilhomme du XVIIIᵉ siècle, dont le patronyme, sans être noble, rayonne d’un charme poétique, éclairé par l’esprit du siècle des Lumières. Le sieur du Soleil m’a captivée dès que son nom a pris place dans ma forêt de cousins. 



2023-11-02

B_ Un bel étranger


Nicolas Louis Deleurye est-il venu tenter l’aventure à Marseille ? 

Je ne m’attendais pas du tout à inscrire un Parisien dans mon arbre. C’est dans la branche marseillaise que mon sosa 204 a accroché ses racines parisiennes. Cela me ravit de chercher à comprendre sa trajectoire.
 
Pourtant à mille lieues d’être marin, Nicolas Louis Deleurye a épousé la fille d’un patron pêcheur en 1777. 
Quelle autre raison que l’amour a pu provoquer ce mariage ? 

Élisabeth Bouis avait trente ans, elle a dû être séduite par un bel étranger venu du nord. Certes, il comptait 42 ans, mais il portait fière allure, ce marchand pelletier qui parlait le français comme un monsieur de Paris. Peut-être, assurait-il avoir fait de bonnes affaires en vendant ses peaux et fourrures à la foire de Beaucaire où il s’était probablement rendu au mois de juillet. Et si Élisabeth était allée en famille à cette fameuse Foire de la Madeleine et l’avait rencontré là. Il n’aurait alors éprouvé aucune envie de rentrer parmi les siens et se serait laissé tenter par une union et une installation à Marseille.

Foire de Beaucaire 

Relisant plus attentivement l’acte de mariage, je dois modifier cette version romantique. (Ce qui n'exclut pas l'éventualité qu'il ait fréquenté cette foire importante). En 1777, Nicolas se déclare « résidant en cette ville depuis trois ans, paroissien des Accoules, rue de la coutellerie. » 




Au bas de l’acte, sa signature soulignée par un paraphe bien dessiné, s’impose grande, affirmée, comme une marque de son éducation. Il devait avoir une belle prestance. 


9 octobre 1777, Paroisse Saint-Laurent, AD 13

Les témoins qui les entourent apparaissent plus discrets, le curé de Saint-Laurent les connait bien, ils ont pour profession : officier naviguant, capitaine de navire, patron pêcheur. Les frères se semblent pas présents, Joseph Estienne est un oncle maternel. L’épouse et sa mère ont dit ne pas savoir écrire. 

Marseille, Saint-Laurent


Tel un voyageur expérimenté, il racontait son chemin jusqu’à Chalon-sur-Saône, puis la descente du Rhône en bateau sur lequel il avait chargé ses précieuses marchandises. Avec quantité d’anecdotes qui ravissaient Élisabeth, il pouvait décrire les rues de Paris, le palais Royal, la place de Grève, les églises Saint-Germain l’Auxerrois, Saint-Eustache, la cathédrale Notre-Dame. Il racontait Versailles où travaillait son oncle que le roi écoutait avec plaisir… (Promis, je vous donnerai des détails de ces histoires dans les épisodes suivants !) Cultivé, issu de bonne famille avec des cousins renommés, l’homme pouvait se vanter d’excellentes références qui ont suffi pour que la mère et les frères consentent au mariage. 

Il semble étonnant que les parents d’Élisabeth, tous deux fils de patrons pêcheurs n’aient pas choisi l’époux de leur fille pour continuer la tradition des marins. Leurs fils étaient des pêcheurs. 
Leur famille était réputée dans le port de Marseille ; en effet, parmi les oncles d’Élisabeth deux ont été élus prud’hommes, ils assumaient une responsabilité importante. 

François Bouis est décédé en mer alors qu'Élisabeth avait 24 ans. Comment se fait-il qu’il n’ait pas réussi à présenter sa fille à un matelot ? Aurait-elle refusé d'éventuels fiancés, car aucun ne lui plaisait ?


2023-07-16

Cherchons les Charbonnier à Châtillon-sur-Chalaronne

 

Je ne suis jamais allée à Châtillon-sur-Chalaronne, pourtant ce n’est pas si loin de Lyon. Puisque le généathème nous invite à suivre le Tour de France qui passait par là hier, voilà l'occasion de me pencher sur les sosas 370 et 371 qui jouent à chat caché.

Ils se marièrent dans ce bourg le 26 janvier 1763, Châtillon était alors appelé Châtillon-en-Dombes. 

Au cœur de la Dombes, tel un pays de cocagne, s’étend une zone humide de mille étangs, où vivent grenouilles, carpes, brochets et une multitude d’oiseaux.




Nos ancêtres ont marché dans les rues bordées de maisons médiévales en brique et à colombages pour se rendre au marché qui se tient sous les halles du XVe siècle. Ils se sont mariés dans l’église qui, comme les halles, apparaît surdimensionnée.

 

 

Claude Germain et Marie Honoré Charbonnier ont ensuite résidé non loin de là, il leur fallait deux heures à pied pour aller à Saint-Didier-sur-Chalaronne.

Quatre enfants sont nés  :

 


C’est à Saint-Didier-sur-Chalaronne que l’on célèbre, le 17 février 1795, une double noce de leurs deux filles.

Julie épouse François Noël Falcouz, marchand fabriquant de chapeaux (sosas 184 et 185).

Constance épouse Joseph Marie Potalier, tanneur et corroyeur.

Pour le citoyen Claude Germain, leur père, on indique la profession d’agriculteur. Trois ans plus tard, lors du mariage de leur frère, il déclare être propriétaire. Mais n’allez pas imaginer qu’il avait toujours les pieds dans la boue, en 1763 on lui reconnaissait le statut de bourgeois. À l’époque de la Révolution, le statut d'agriculteur pouvait cependant être préférable.

 

Julie possédait vignes, terres et corps de bâtiment à Saint-Didier-sur-Chalaronne (selon le Journal de l’Ain en 1853[i]).


Je ne connais guère cette famille. A l’occasion de cet article, je vais essayer d’explorer les indices que j’avais laissés de côté.

Je pourrais d’abord me laisser porter par les sonorités de leurs patronymes qui chuchotent sur un rythme de danse cha… cha : Châtillon-sur-Chalaronne où s’est mariée mademoiselle Charbonnier, dite Charbonnier de la Tour…  

 


Comment se fait-il que je n’ai récolté qu’un acte de mariage dans cette ville ? Retournons observer de plus près ce document.

 


Claude est le fils majeur de Claude Jérôme GERMAIN, sa famille réside à Saint-Didier-de-Vallin-en-Dombes.


Marie Honorée est fille de Gaspard Charbonnier de la Tour, elle est « demoiselle, majeure et maîtresse de ses droits ». (Pourquoi donc ?) « Pensionnaire aux dames d’Ursule depuis près de neuf ans », elle réside chez les Ursulines. Les religieuses éduquaient les jeunes filles dans le couvent. Marie Honoré a pu apprendre la recette du Petit Pain Châtillonais au safran qui avait la réputation de soigner les maladies des étangs.

Le couvent des Ursulines de Chatillon-sur-Chalaronne


J’aimerais aller à la rencontre de la demoiselle que j’imagine observant l’horizon en haut d’une tour. Mais où est-elle ?



Son père Gaspard, fils de Gaspard Charbonnier, avait le titre d’écuyer. Il est seigneur de la Tour de Journans.

Pour mieux comprendre, il faut remonter le temps. 

Le nobiliaire de l’Ain[i] nous apprend que le 13 juillet 1609, la Tour de Becerel a été vendue à Jean Charbonnier qui l’a laissée le 20 mars 1641 à son fils Charles Charbonnier, conseiller du roi et très digne président en l’élection de Bresse. Ce fief est dans le village de Journans.

La dite Tour consiste en bâtiments, petit jardin et 20 ouvrées de vigne, et une rente portant lods.

Une ouvrée est l’étendue de terre qu’un homme peut labourer dans une journée, ce qui représente environ 550 m2 pour un vigneron.

Le domaine n’est pas très grand, mais cela suffit pour avoir le privilège d’ajouter une pseudo particule au patronyme : Charbonnier de Becerel, ou : de la Tour de Journans.

 

Philibert en devient le chef en 1675. Après son décès en 1710, le domaine revient à Gaspard, ensuite à Gaspard fils de Gaspard; puis après la mort de ce dernier à son frère François, l’oncle de Marie Honorée.

On comprend maintenant que la demoiselle soit maitresse de ses droits et résidant au couvent des Ursulines, puisque son père et sa mère étaient décédés. L'oncle n’apparait même pas à son mariage. 

Sa vie durant, elle conservera le nom de Charbonnier de la Tour.

Quant à la Tour de Becerel, si quelqu’un l’a vue à Journans, dites-le moi !

 




 Sources :

Toutes les photos se trouvent sur Wikimédia Commons

Chabe01, CC BY-SA 4.0 <https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0>, via Wikimedia Commons

[i] Lectura Plus : https://www.lectura.plus/Presse/show/?id=01JOURNALAIN-18531109-P-0004.pdf&query=FALCOUZ

[i] https://books.google.fr/books?id=vbVlc5ZkoTIC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=fief%20de%20la%20tour%20de%20journans&hl=fr&pg=RA1-PA202#v=onepage&q=fief%20de%20la%20tour%20de%20journans&f=false


2023-04-30

Les quatre filles du docteur B.


Alors que nous nous dirigions vers le centre de Bourg, le carillon sonna, nous avons eu la chance de nous trouver à 11 h 50, juste au bon moment pour l’entendre. À midi, nous sommes entrés dans la co-cathédrale, les nombreux fidèles chantaient un cantique. La lumière pénétrait par les vitraux, illuminant la nef flamboyante. Puis, l’orgue résonna de toute sa puissance pour célébrer ce jour de fête.

Ite missa est, les portes se sont ouvertes. Le flot des paroissiens se déversait lentement, un peu plus brouillon qu’un cortège. Les femmes arboraient leur tenue printanière, comme il se doit le jour de Pâques.

 🔔🔔🔔🔔

Y avait-il autant de monde lors du mariage de chacune des quatre filles du docteur Buget ?

Pierre Buget était un notable. En tant que chirurgien, il exerçait comme médecin en chef de l’Hôtel-Dieu de Bourg. Il avait été diplômé le 8 thermidor de l’an 12 à Paris, pour sa thèse intitulée « Considérations sur la gangrène d’hôpital, et sur les moyens propres à prévenir sa contagion, et à la combattre ».

Hotel-Dieu de Bourg

Il occupait la fonction de membre du conseil municipal, et siégeait aussi au conseil de fabrique de l’église  Notre-Dame. 


La noce de Céleste 

Le 20 août 1823, on se pressait sans doute pour admirer la mariée ravissante au bras de Félix le séduisant futur, tous deux âgés de 21 ans.

Pierre avait choisi pour sa fille aînée un excellent docteur en médecine, poète aussi. Parfaitement assortis, les jeunes gens apparaissaient radieux sur le porche pour saluer les habitants de Bourg.

Co-cathédrale ND de Bourg (Wikipédia)


En 1831, lorsque le père décéda, « sa mort provoqua d’unanimes regrets […] D’une bonté et d’un dévouement à toute épreuve, très homme du monde, très bon cavalier, il avait depuis longtemps de nombreuses sympathies dans la ville. »  

Ses funérailles ont rassemblé tout Bourg dans l’église Notre-Dame. La famille habitait rue Clavargy, près de la place.


Trois filles restaient à marier et cela devait causer du souci pour Adrianne Monnier.

Victor, le seul fils avait alors 25 ans. « C’était un excellent homme, grand, bien fait, très doux, d’une intelligence ordinaire, fonctionnaire modèle ». Sa situation parait assurée en tant que receveur de l’Enregistrement, mais il était affligé d’un bégaiement qui ruina les perspectives de fonder une famille.


La noce de Victoire

En 1835 Victoire accepta l'union avec son cousin, doublement issu de germain puisque leurs grands-parents respectifs étaient deux frères Buget ayant épousé deux sœurs Charlet. Félix Celsis, orphelin très jeune se montrait rebelle, n’ayant pas suffisamment reçu d’éducation aimante et bienveillante. « Doté d’une imagination exubérante et d’une grande activité, il essaya successivement tous les métiers ». Il acheta une étude de notaire qu’il garda peu de temps.   

Sa femme « très douce, très fine supportait sans se plaindre toutes les originalités » de cet homme turbulent. Celui-ci la pleura beaucoup lorsqu’elle mourut ; « il s’est alors souvenu de toutes les vertus de celle dont il a grossi les mérites pour le ciel ».

 

La noce de Justine

En 1838, le 1er janvier

On attendait le fiancé qui ne se pointait pas. Antoine était un célibataire endurci, âgé de 37 ans. Il aurait « oublié l’heure de son mariage et après l’avoir attendu longtemps pour aller à l’église, il fallut l’envoyer chercher. Il fumait tranquillement sa pipe et songeait à je ne sais quoi. » Les accordailles avaient été arrangées par Benjamin Martine, le neveu de Rosalie. Je me doutais que la mère d’Antoine essayait de marier son fils malgré ses réticences. Timide… dit-on ! « La seule vue d’une femme le mettait en fuite ». Pourtant, « on entama des négociations » avec la famille de Justine. Antoine « se résigna à son sort, se laissa présenter, fut agréé, eut beaucoup à souffrir de tous ces préliminaires, mais se trouva en définitive marié sans s’en douter ». 

Antoine et Justine sont des ancêtres de la génération VI, sosas 40 et 41.



La noce de Fanny

En 1842, Fanny, la benjamine donna son cœur à Eugène Renaud, de deux ans plus jeune qu’elle, il avait 28 ans. Cet ancien militaire était devenu percepteur.


💑


Les quatre filles du docteur Buget avaient chacune leur genre de beauté 

Celeste, la grâce féminine.

Justine, la force, l’esprit d’initiative, la résolution.

Victoire, l’esprit et l’enjouement.

Fanny une belle mélancolique, sentimentale et tendre, un clair de lune très blond.

Selon les souvenirs du fils de Justine (sosa 20) auquel j’ai emprunté les descriptions données dans son livre de raison, il nous est possible d’imaginer les quatre mariages et l’enterrement rassemblant famille, amis et curieux.     

Voir aussi ces billets pour connaitre la famille :

Bourgeois de Bourg

Justine invite ses sœurs



2022-11-17

O_ Oral ou écrit

 

Lorsque parler est trop difficile, on peut écrire :

« Je ne trouve plus en moi aucun mot à pouvoir vous dire de vive voix »

écrit Ange Perratone à celle qu’il souhaite épouser.


C’est un petit papier qui aurait dû être jeté : « Prière de faire disparaitre le présent après lecture pour toute sécurité… »

Françoise l’a conservé, elle qui l’a plié en huit et rangé dans un minuscule coffret de bijou. Celui contenant sa bague ?


Ange, on l’appelle Angelo dans sa famille à Graglia, leur village du Piémont.

Ange

Ils sont nombreux ses cousins à travailler sur les chantiers. Depuis plusieurs générations, les habitants de la province de Biella sont spécialisés dans la construction des routes, des ponts et des tunnels. En 1884, Ange est surveillant de travaux. Il crée en 1896 une des plus grandes entreprises du bâtiment de Savoie. 

 

Si Françoise agrée sa demande, Ange va fonder une famille à Chambéry. Alors, il sait que cette lettre mérite beaucoup d’attention, il choisit ses mots dans un français parfait. Il vit en Savoie depuis quelques années, comme plusieurs de ses cousins. A cette époque, ils n'oublient pas encore de retourner dans la famille en Italie. Certains se sont mariés avec une française, ou bien ils ont l'intention de le faire. 

Il s’agit de convaincre Françoise : apparemment, elle tarde à accepter de l’épouser, pour je ne sais quelle raison qu’Ange semble comprendre.

 

Françoise

 

Ange 33 ans, il est déterminé à faire valoir ses atouts. Il a l’intention de faire le bonheur de Françoise. 

« Soyez persuadée Mademoiselle que de mon côté j’y mettrai toutes ma force et tout mon vouloir pour vous rendre la plus heureuse que je pourrai […] »

Il l’engage, si elle le souhaite, à prendre des renseignements sur son compte.

« Comme je vous ai dit verbalement, prenez sur moi touts les renseignements que vous pourrez juger nécessaires […] J’en ai nul doute j’en sortirai je crois avec honneur.

Question sanitaire celle qui doit le plus préoccuper notre esprit pour ceux à venir vous pourriez en faire de même et je vous donnerai même tous les renseignements nécessaires pour faciliter vos recherches à ce sujet. » 

 


 « Si vous pouviez lire ce qui se passe en moi en ce moment, certe vous seriez moins à ésiter sur la décision à prendre à cet égard et vous pourriez en vous prononçant faire parfois deux heureux pour toute une vie entière. » 

 


Françoise a 25 ans, sa vie va changer, car le 28 août 1884, elle lui dit oui officiellement. Nous sommes heureux de ce mariage, puisque ce sont les sosas 18 et 19 de nos enfants.


Graglia, Piemont, Italie

Je ne sais si Françoise et ses filles ont été dans ce joli village de Graglia ? Nous y avons été bien accueillis et j’aimerais y retourner à la recherche de la famille d’Angelo.  


2022-11-16

N_ Noces

 

Enthousiaste et plein d’espoir, Honoré va faire sa demande au père d’Eliza.



Le 10 octobre 1813, il prépare le brouillon de sa lettre ; très concentré, il pèse ses mots, réfléchit, écrit, rature, et ne peut se retenir de sourire.  

 « Monsieur et respectable ami, »

Un peu formel, mais la formule semble convenir. Jean est-il l’ami d’Honoré avant d’être son futur beau-père ? Tous les deux sont avocats. Jean est deux fois plus âgé que lui ; Honoré a 26 ans et la fougue d’un jeune homme amoureux. 

Quelques lignes plus bas, il ose « Monsieur et tendre ami » et il termine avec ces mots : « Je vous embrasse bien tendrement et suis votre respectueux ami. »   

C’est une correspondance d’hommes, même si Eliza est concernée, elle ne sera avertie que plus tard.

Eliza n'a que 18 ans, Honoré apparaît très séduisant, bien sûr, elle s’empressera de l’accepter pour époux. 


Les sentiments

« Faites-lui part de mes sentiments ; il me serait trop doux de penser qu’elle peut les partager. »



« faites agréer à Mademoiselle Eliza mes sentiments de l’estime la plus douce ; ayez la bonté de lui dire que je lui offre mon un cœur [ligne barrée] plein de vous, de votre estimable compagnie, plein d’elle-même et que je ne puis lui offrir rien de plus cher. »



Le souci de la conscription

« Il circule ici des bruits de conscription fâcheux ». La mère d’Honoré s’inquiète, c’est elle qui lui a demandé d’en parler à Jean. Il est évident qu’un mariage arrangerait la situation de son fils.


Une alliance entre deux « affaires d’intérêt ».

« Si nous assurions notre alliance, cela ne vous gênerait nullement pour ce qui regarde nos affaires d’intérêt, vous auriez le même loisir de vous en occuper. Ayez la bonté d’y réfléchir et de m’en dire votre pensée ».

Honoré s’exprime avec assurance, il connait les affaires et parle d’égal à égal avec son futur beau-père qui personnellement, m’aurait fort  impressionnée par son autorité, son intelligence et sa position sociale.


Homme doux et sensible, Honoré a tenu sa promesse de rendre sa femme heureuse. Sa fille Virginie lui était très attachée. Deux siècles plus tard, sa famille conserve de lui le souvenir d’un ancêtre bon, mort trop jeune, et apprécié par ses qualités.


Le coffret d'Honoré


Réponse de Jean G. le futur beau-père, le 20 octobre 1813.

« Votre lettre en date du 10, ne m’est parvenue que le 18, et a été reçue avec un grand plaisir". Dès la première ligne, Honoré est rassuré, malgré l’attente un peu trop longue.



Jean se comporte en père attentif, soucieux de ménager la tranquillité de sa fille. Il ne lui a pas encore annoncé la demande. Cependant, il se montre confiant.

« Ses sentiments pour vous nous sont assez connus : plus d’une fois, ils ont échappé à sa candeur. En nous disant oui, elle ne nous apprendrait rien. Peut-être convient-il de lui laisser encore quelques jours, et jusqu’à votre première apparition, la paix de l’âme. Sa maman au reste en jugera. »

Alors qu’il semble enclin à précipiter les noces, Jean laisse sa femme décider, et lui même reste en retrait pour quelques jours. D’ailleurs, il fait preuve d’une grande délicatesse envers le futur couple.

« Je ne sais point encore si nous ne vous réserverons pas le plaisir de dire à Eliza le premier mot qu’elle doive entendre sur nos projets.»

La conscription

Le mariage pourrait être une solution pour éviter la conscription, même si le jeune homme n’est pas immédiatement concerné. Il reste préservé en tant que fils unique de veuve puisque son frère est mort "à la suite des armées".

« Le mariage au reste vous affranchirait sans doute de tout autre appel ». Jean estime important qu’il soit programmé au plus vite.

 

L’affaire se trouve rondement menée, un mois jour pour jour après la réponse du père, la noce est célébrée le 20 novembre 1813.

2022-07-12

Marie, jeune épouse dans son nouveau foyer




Marie 1913

Elle pose son cabas, soupire en voyant le désordre dans leur nouveau petit nid. Les meubles ne sont pas tous arrivés, mais l’appartement commence à prendre de la tournure. Elle a disposé un bouquet de roses parfumées dans le vase qu'on lui a offert, elle l'a placé à côté de quelques bibelots de valeur. «On se croirait chez des gens chics.» Le fourneau vient d’être installé. Elle considère avec satisfaction leurs «quelques emplettes : deux chaises de cuisine, assiettes, verres, seau et pelles à charbon, vase de nuit.» Elle veut tout ranger et commencer l’astiquage.


Ce matin, ils sont sortis juste après le petit déjeuner qu’Antoine a préparé pendant qu’elle s’habillait. Elle choisit l’élégance dans une jupe et une blouse blanche au col de dentelle, mais elle paraît si frêle, elle a serré au dernier cran une ceinture sur sa taille trop fine. Elle a relevé en chignon, la belle masse brune de ses cheveux. Bras dessus, bras dessous, les amoureux ont parcouru ensemble le trajet pour aller jusqu’au Comptoir national d’escompte de Paris à Grenoble où Antoine a déjà en charge la fonction de chef de bureau. Au retour, Marie a traversé la ville toute seule, elle a effectué quelques courses au marché.

Elle noue un tablier et se met à l’ouvrage. Lorsque la table est nettoyée, la vaisselle lavée, elle prépare le repas, une bonne odeur de légumes se répand dans la cuisine, elle goûte pour vérifier la cuisson.

«Ma soupe, autant que possible, je la fais à midi, ainsi je suis débarrassée. J’arrive bien à me retourner, mais ce n’est pas sans embarras, n’en ayant pas eu tant à faire de ma vie.»

Elle occupe son après-midi à la couture, elle est en train de confectionner une nappe et des serviettes qu’elle brode.

 

Mariée depuis quinze jours, Marie est désireuse de devenir une parfaite épouse pour tenir leur foyer. Elle sait qu’elle n’a guère d’expérience, mais elle s’applique. «Je m’en tire gentiment avec l’aide de mon petit mari qui se multiplie pour m’éviter de la peine.» Cependant, elle souffre d’isolement dans cette grande ville enserrée dans les montagnes.

Le soir, elle oublie sa peine lorsqu’elle va attendre son chéri à la sortie du bureau.

Antoine a 25 ans, un an de plus qu’elle, tellement séduisant, il est pourvu de mille qualités : force, beauté, intelligence, il l’entoure de tendresse. Marie fait son possible : «C’est gentil la vie à deux quand chacun a bien à cœur le bonheur de l’autre.» Pourquoi ajoute-t-elle : «Si cela dure ce sera parfait»? Nous savons que leur bonheur ne va vivre que quelques mois, et puis s'envoler (la guerre, la maladie, la mort…) 

Antoine, 1913

— Ma petite Mariette, tu es une épouse merveilleuse. Comme c’est bon de ne plus être seul à Grenoble!

— Oh! Moi je me sens bien seulette, tout au long de la journée quand tu n’es pas auprès de moi. Je me surprends à chanter pour entendre le son de ma voix.

Ce qui me manque ici ce sont des amis, je ne connais personne. À Chambéry, Maman et Fanny m’entouraient ainsi que Papa. J’ai commencé une lettre pour eux. Je veux leur parler d’une machine à coudre qui me serait bien utile pour confectionner des rideaux chez nous.

— Tu ne t’ennuies pas au moins?

— Ce serait bien que tu obtiennes cette promotion dans la succursale de la banque. Aller vivre à Annecy nous rapprocherait de nos familles.

— Ah justement, je viens d’apprendre que ce ne sera pas possible. Il va falloir t’habituer ici à Grenoble. Ne souhaiterais-tu pas avoir un bel enfant pour te sentir moins seule?

     —  … 

Comme c'est émouvant de retrouver la pipe d'Antoine !

Les veillées sont un moment agréable, Antoine allume sa pipe en lisant «La Savoie libérale». Marie se met à écrire une lettre à sa sœur Fanny «Dis à la maman qu’elle conserve les plumes de poules, nos oreillers sont plutôt durs, j’aimerais les rembourrer.» Sa famille lui manque, «J’accepte de bon cœur de t’apporter notre linge à laver, ça c’est mon cauchemar surtout ici où je ne connais personne, pas même ceux qui sont à ma porte.» En attendant le week-end prochain, elle est impatiente de prendre le train pour revenir à Chambéry. 

Sources : lettres de Marie à sa famille 1913-1916


Marie est l'arrière-grand-mère, (sosa 9)

Des récits pour connaître la vie d’Antoine, séduisant comme l'as de cœur :

Antoine, un as de l’aviation

Marie, jeune épouse dans son nouveau foyer

S’envoler (Au revoir là-haut)

Détruire les lettres 

Un  télégramme redouté

De l'autre côté des combats 

La mort ou la vie