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2025-12-19

Pilâtre de Rozier

 

Jean François Pilâtre était venu à Lyon en décembre 1783. Il voulait voir comment se préparait la construction de la montgolfière.

Ce projet avait été initié par l’Académie de Lyon. Pierre Antoine Barou du Soleil, ami de la famille Montgolfier, était l’un des membres actifs chargé de l’organisation de l’évènement. Il s’occupa de gérer la souscription lancée par Jacques de Flesselles, l’intendant de Lyon. En son honneur, le ballon porta son nom haut dans le ciel.

Le FlessellesPublic domain, via Wikimedia Commons


Laurencin, le principal mécène, fit le récit dans sa lettre à M. de Montgolfier.

https://books.google.fr/books?id=U2antq2DA6sC&pg=RA1-PA3#v=onepage & q & f=false

Lorsque M. Pilâtre de Rozier, le premier des voyageurs aériens, se rendit à Lyon, sur le bruit de cette grande expérience, n’ayant d’autre dessein que d’en être simple spectateur.

L’on s’empressa autour de lui, M. de Montgolfier l’aîné fit le plus grand accueil à ce coopérateur zélé des expériences faites dans la capitale par M. son frère ; et l’on doit croire que l’intrépide M. Pilâtre ayant été consulté sur le projet d’un nouveau voyage dans les airs, ne le combattit point, mais il proposa quelques réparations accessoires pour en diminuer le danger.

 

Joseph Montgolfier avait conçu un ballon grandiose, le plus grand que l’homme ait jamais construit : 126 pieds de haut, 102 pieds de diamètre.

Il n’était pas prévu pour transporter des passagers. Cependant, Pilâtre estima que c’était possible. Montgolfier accepta sa proposition de piloter, puisqu’il avait l’expérience d’un premier vol libre.



La souscription avait été accueillie avec empressement par les notables de la ville, et l’on vit des étrangers du plus haut rang se faire gloire d’y contribuer en y prenant des actions.

Quel succès ! Les candidats pour l’ascension s’enthousiasmaient. Il y eut tant de demandes que l’on sélectionna les plus honorables, ceux qui avaient payé fort cher.

On peut imaginer que les samedis, dans le salon des Barou, beaucoup de leurs amis avaient participé à financer cet évènement extraordinaire. Il est fort possible que Jean François Pilâtre fasse partie des invités. Tous commentaient abondamment le premier vol de montgolfière à Lyon. Le poète, Joseph Vasselier composa ces vers, à déclamer lors du grand jour.  


Le 21 janvier 1783

Le récit de l’envol de la montgolfière sous les yeux de la foule des Lyonnais rassemblés aux Brotteaux, des incidents imprévus au décollage, de l'ascension spectaculaire, puis de l’atterrissage brutal sont à lire dans un précédent billet : 

Dans le ciel de Lyon.


21 janvier 1783, à Lyon


Le 15 juin 1785, chute fatale.

Rozier fut le premier aéronaute, mais aussi la première victime de catastrophe aérienne.

On comprend l’émotion ressentie par Pierre Antoine Barou en apprenant l’accident. Il en fait le récit à son épouse.



Paris, ce 17 juin 1785

Tout Paris est affligé de la mort de ce pauvre Pilâtre du Rozier. Tu sais qu'il étoit à Boulogne depuis décembre à attendre le vent, pour passer en Angleterre;

Il avait cru que Blanchard ayant fait le trajet, il devoir y renoncer, mais revenu à Paris, et s'étant monté à l'audience de M. le Contrôleur général, le ministre parût fort étonné de le voir, et lui dit très haut, comment n'êtes vous pas en Angleterre? Pilâtre entendit les reproches, et repartit le lendemain. Le vent du nord qui a régné si longtemps, a toujours empêché ce malheureux de s'enlever, enfin mercredi dernier, le vent lui ayant paru favorable, Pilâtre et un sieur Romain, mechnicien, sont partis à 7 heures du matin. Ils ont parcouru pendant une demi heure environ, compris le tems de l'ascension qui a été superbe, cinq quarts de lieue le long de la côte, à la vue de vingt mille spectateurs. On a eu la douleur de voir l'explosion du Ballon par le haut, étant élevé prodigieusement. On attribue ce malheur au nouveau moyen qu'avait imaginé ou adopté Pilâtre; La réunion de l'air inflammable et du feu. Enfin la chute rapide du Ballon et de la montgolfière entrainés par la galerie et le poids des deux aéronautes, n'a pas permis d'arriver à temps pour les secourir, La chute n'ayant duré que quelques secondes; Le malheureux Pilâtre a été trouvé mort et en pièces; M. Romain, dit-on, a survécu dix minutes. Ce malheureux événement excite d'autant plus de regrets que le Pauvre Pilâtre semblait le pressentir; Le marquis de la maison forte, jeune homme de vingt un à 22 ans, qui l'avait suivi à Boulogne dans l'intention de monter avec lui dans le Ballon, au moment se d'y placer, en avait été empêché par Pilâtre. Le jeune homme croyant que c'était pour éviter le poids d'un troisième voyageur, avait fait consentir M. Romain à lui céder sa place pour 200 louis, mais Pilâtre s'y était opposé avec tant de fermeté, que le jeune homme avait cédé, et Pilâtre montant dans le Ballon l'avait embrasé en le priant de lui pardonner s'il refusoit de l'emmener, mais qu'il n'avait aucune confiance dans son Ballon, que le vent n'était pas sûr, et qu'il seroit bien heureux s'il en revenoit. C'est le jeune homme lui même qui est venu apporter la nouvelle, qui le premier fut au lieu de la chute, et qui ce matin en a conté tous les détails à M. de Flesselles de qui je les tiens. On a obtenu pour la mère et la sœur du malheureux Pilâtre la réversibilité de la pension que le Roy lui avait faite; J'imagine que les Ballons resteront longtems sous la remise, cela dégoute des voyages, et si Pilâtre fut le premier à y monter, sa déplorable fin fera sans doute qu'il sera le dernier.




On se rend compte que toutes les précautions de prudence n’ont pas été prises pour assurer ce vol. Pressé par Charles Alexandre de Calonne, le contrôleur général des finances qui avait donné de l’argent pour ce projet, Pilâtre est touché par le ton de ses reproches. D’autant plus que son concurrent, Jean Pierre Blanchard a réussi l’exploit de traverser la Manche, dans des conditions difficiles, quelques mois plus tôt.

Pilâtre aime les défis, mais nous l’avons vu à Lyon comme un aéronaute prudent qui estime les dangers et prend des décisions réfléchies. Pendant plusieurs jours, le vent du nord n’était pas propice et dès qu’il s’est apaisé, il a décidé de s’envoler. Son compagnon Pierre Ange Romain avait conçu avec lui une étonnante aéro-montgolfière combinant gaz et foyer de combustible. La réunion de l’air inflammable et du feu a provoqué l’explosion. 

Comment Jean François Pilâtre a-t-il pu monter dans ce ballon dans lequel il n’avait pas toute confiance ? Il savait que le vent pouvait tourner. Il dit lui-même qu’il n’est pas sûr de revenir. 
Elles sont prises sur le vif, ces confidences que Pierre Antoine Barou a entendues de Jacques de Flesselles qui les tenait du premier témoin direct. Je n’ai pas pu lire d’autre récit écrit en 1785 de cet accident. Avec toute la subjectivité et l’émotion contenue dans cette lettre, ce document mérite d’être publié. La plume de Barou du Soleil fait partager sa tristesse à son épouse, et à nous aussi.
 

Voir aussi :





2025-11-30

Z_Un gentilhomme qui reste mystérieux

       

Je n'ai pu vous montrer aucun portrait de Pierre Antoine et de Jeanne Marie.  Pourtant, je ne doute pas qu'il en existe encore dans leur famille. Il est fort possible que des tableaux de belle qualité continuent leur vie chez des particuliers, ceux-ci ignorant l'identité du personnage qui les regarde depuis son XVIIIe siècle. Auraient-ils eu le temps de poser pour leur amie Sophie de Tott, ou pour d'autres peintres qui auraient fixé leur image au delà de leur vie ?  Je ne désespère pas d’en rencontrer un jour !


Pierre Antoine Barou du Soleil garde son mystère.

Bien sûr, pas d’acte de décès, puisqu’il est guillotiné, victime de la Révolution le 13 décembre 1793.

Ni d’acte de baptême. Il a longtemps été difficile de le situer à Paris, d'ailleurs les archives ont brûlé.

Pierre Antoine et Jeanne Marie n’ont pas de descendance.


Leur hôtel, au n° 4 rue Saint-Joseph, à Lyon, a été démoli.

Leur domaine du Soleil a été éparpillé, puis vendu à des promoteurs.

Ses herbiers et ses collections ont été saisis. Où ont-ils pu être conservés ?

Sa signature est rare dans les archives. La voici en 1767 lors du mariage de sa sœur, Jeanne Marie Lavaud avec Pierre François Boscary.


Politesse au bas d’une lettre écrite en 1781.


Il n’éprouve pas le besoin de mettre son paraphe après les douceurs et les  Kisses, au bas des tendres lettres qu’il envoie à son épouse.

Celui de ses initiales, en 1789, est l’unique que je connaisse dans ses documents manuscrits.

Jeanne Marie ne montre pas davantage sa signature, sauf le jour de son mariage.


et en 1793, veuve Barou 


A l'Académie de Lyon, ses collègues l'appréciaient. Réputé brillant orateur, il prononce des discours, des éloges, il donne quelques traductions, mais il n’a guère laissé de publications.

Que disait-on de lui ? 

Ses amis le regrettaient en évoquant ses qualités. Relisez les témoignages des naturalistes, compagnons des sorties où ils herborisaient.

Le Chevalier Charles de Pougens, qui a reçu l’hospitalité dans la maison des Barou, lors d’une convalescence difficile au moment où il perdait la vue, en a conservé une indéfectible amitié, et aussi une petite canne :

Ch de Pougens, lettres philosophiques ...
dans lesquelles on trouve des anecdotes inédites sur JJ Rousseau...
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9603587v/f223.image.r=Barou


 Ses biographes

Dans son Histoire monumentale de la ville de Lyon, Monfalcon écrit un article sur certains académiciens, notamment Barou. Il retrace sa carrière et donne quelques détails :

https://play.google.com/books/reader?id=WuNT-urt_ysC&pg=GBS.PA41&hl=en_US


Sa fortune importante a certes suscité des jalousies. Il occupait les fonctions de Procureur du roi en la sénéchaussée et présidial de Lyon. Procureur général honoraire de la cour des monnaies. Puis en 1787, il est nommé Procureur général, Syndic à l'Assemblée provinciale de la généralité de Lyon.

Sa femme est déçue qu’il n’ait pas été élu député du Tiers-État pour la convocation des États-généraux. Il ne s’est pas mis en avant et il sait rester humble et absent de cet événement où siègent ses collègues, en cheveux,  assis au premier plan de ce tableau. 

5 mai 1789, Etats-Généraux _ https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Couder_Stati_generali.jpg


Menant le train de vie d’un gentilhomme, il avait le titre d’écuyer et vivait noblement, en jouissant d’une grande richesse, acquise par ses différentes charges.

Pierre Antoine n’était cependant qu’un bourgeois, il faisait partie du tiers-état. Sa femme aurait bien aimé qu’il accède à la noblesse, mais puisqu’il n’a pas rempli les vingt années de fonctions dans son office de procureur du roi, il n’était pas en droit de demander ce titre. 


En continuant d'explorer les archives conservées aux AD 69, je pourrais affiner la connaissance de cet homme séduisant qui reste encore méconnu. Il y aurait encore tant à raconter.

J'espère avoir contribué à lui donner vie dans ces billets du ChallengeAZ.


26 billets de ce ChallengeAZ 

consacrés aux Barou du Soleil 

l'index se trouve ici :

https://www.briqueloup.fr/p/blog-challenge.html 

2025-11-27

X_ Cheveux

 

Le 4 avril 1785, Pierre Antoine Barou du Soleil arrive à Paris pour ses affaires. Il écrit à sa femme :

« J’ay bien emporté ma robe, mais j’ai laissé mes cheveux longs. Et comme ils vont ensemble, tu me feras plaisir de chercher avec Vasselier, quelque moyen de me les faire parvenir. »


Il a bien préparé ses bagages, mais il se rend compte qu’il a oublié un accessoire important pour sa tenue : sa perruque poudrée. Il aimerait que son ami, le poète, Joseph Vasselier trouve une solution pour réparer l’erreur. Éventuellement, il pourrait contacter un Lyonnais de confiance sur le point de monter dans une diligence en partance pour Paris qui se chargerait de la commission.

Portrait d'un avocat au 18e siècle

Homme de robe

Pierre Antoine porte la robe d’avocat, lorsqu’il rencontre les ministres à Versailles, il veut ainsi s’affirmer dans sa fonction de magistrat. Il possède deux robes de justice.

Observons ce portrait peint au 18e siècle, qui permet d'imaginer le costume de P.A.

La perruque blanche en cheveux bouclés montre le statut social.

Les poignets de la chemise, en dentelle soigneusement repassés dépassent des manches amples et longues, cette touche d'élégance  égaye la robe noire. Une épitoge bordée de fourrure d’hermine s'attache sur l'épaule gauche.

Un gentilhomme élégant

Chez lui, la garde-robe est remplie de vêtements d’homme soucieux de sa mise.

inventaire 3 frimaire an2

un habit veste en velours cizelé noir à bordure

un habit noir veste et deux culottes médiocres

huit gilets noirs et deux culottes noires

dix gilets satin, à bazin, de différentes couleurs

une veste culotte tricot de soye

cinq chemisettes toile coton

dix culottes de différentes couleurs dont une en peau

trois habits de différentes couleurs

cinq gilets de différentes couleurs dont un est glacé


L’habit masculin se compose d’une veste, d’une culotte et de bas.

Dans son armoire, il y avait encore :

12 bas de soie blanc, 6 bas de soie noir 3 bas de soie gris, 12 bas de fil et 10 bas de coton.

30 mars 1789

Tu me feras le plaisir de m'apporter mes habits de printemps ou plutôt d'été qui consistent en un habit rayé jaspé que j'apportais de Paris au printemps dernier, un petit habit de soie gris avec des boutons en diamant, et un habit de drap de soie noir, dont j'ay la veste, mais l'habit et la culotte doivent être dans mon armoire. 

A propos de noir, n'oublie pas pour ton compte d'en apporter, car il se pourrait qu'il y eut un grand deuil, du moins, on craint pour M. le Dauphin*.


Vous savez ce qui manque : des portraits de Pierre Antoine Barou du Soleil vêtu des ses beaux habits. 


* Le fils de Louis XVI et de Marie Antoinette est mort le 4 juin 1789, à l'âge de 7 ans.


2025-11-24

V_ Violons


Les Barou possédaient cinq violons et une harpe, et des liasses de papier musique, selon l’inventaire fait en leur maison à Lyon. Ils gardaient sans doute d’autres instruments de musique dans leur château du Soleil.


Pierre Antoine jouait du violon. Qui touchait la harpe, est-ce lui ou peut-être Jeanne Marie ?

Il savait reconnaître les bons interprètes. Invité chez les Tott à Paris, il apprécie d’écouter Sophie qui joue fort bien de la harpe (source)

Sophie, dans une lettre à Jeanne Marie, laisse entendre que P.A.B. tiendrait parfaitement sa place dans un orchestre, ce qui témoigne de son excellent niveau de violoniste.

 Je fais beaucoup de musique; elle n'est que vocale pour moi, mais y a un fort bon orchestre, et je pense souvent que votre cher époux auroit du plaisir et en procureroit aux autres s'il était de la partie. Rappellez moi  je vous prie à son souvenir, en lui disant mille amitiés pour moi. Adieu ma très aimable amie, je vous embrasse et je vous aime de toute mon ame.                                                  Sophie de Tott


 Un Stainer 

Le 2 avril 1784, il achète un violon qu’il paye 600 livres. Le vendeur lyonnais lui garantit que l’instrument est un original de Stainer et certainement pas une copie.

Les violons de ce luthier autrichien passaient pour les plus réputés de cette époque. Les meilleurs solistes possédaient un Stainer.

Facture du Stainer 2 avril 1784

Monsieur Barou prend soin de ses violons. Alors qu’il est en déplacement à Paris, il repère un artisan qui pourrait confectionner un étui pour l’un des siens. Il demande à sa femme de le lui apporter pour qu’il aille parfaitement à la mesure de son alto.

Mars 1789

Une autre commission plus délicate, est celle de m'apporter si tu le peux, mon alto viola, [...] Ce n'est sûrement pas pour en jouer, mais comme je voudrais faire faire un étui pour mes violons, je le ferais faire de manière que l'alto y entrerait également, et je ne le puis pas sans l'avoir, parce qu'il faut avoir la mesure bien juste. L'objet n'est pas important, mais il serait agréable. 


Au concert

Sortie de l'Opéra

Lorsqu’il se trouve à Paris, il va au concert le soir. Très souvent. Il en donne ensuite le compte-rendu à sa femme, dans les lettres qu’il lui adresse trois ou quatre fois par semaine. 

Lettre écrite un dimanche soir, en août 1782

« Je reviens du Français [..] on nous a donné Pygmalion. Monsieur le premier violon de l’orchestre s’est avisé de changer la musique de Cognet [sic = Horace Coignet] pour la sienne aurait aussi bien fait de la respecter et Cognet triompherait à l’entendre. »…

 

Cette œuvre dont il déplore l’interprétation par le premier violon, il l'a entendue à une représentation à la Comédie-Française à laquelle il a assisté en compagnie de sa sœur et son beau-frère. Il la connait bien, car son histoire lui parle. Horace Coignet a composé la partition de Pygmalion, une pièce lyrique de Jean Jacques Rousseau. Coignet a rencontré Rousseau le 13 avril 1770, il a ensuite été reçu chez les Claret de la Tourrette. Pierre Antoine, en tant qu’ami de ceux-ci, avait entendu le récit de cette rencontre, à moins qu’il n’y ait assisté. Il a évidemment entendu Coignet l’interpréter au violon.

18 juin 1783

« Quant à la scène de Pirame et Thisbé […] c’est une froide et fade imitation du Pigmalion de Jean Jacques. » 

En toute familiarité dans cette lettre à sa femme, il appelle J.J.Rousseau par son prénom.

 

Chanter au coin du feu

A propos d’un chanteur Italien nommé Stella:

12 avril 1785

Récit d’« une expérience singulière […] la seule chose un peu gaie dans tous ses tours de force, c’est le ridicule de son chant quand il a voulu improviser en musique ; je croirais un peu m’entendre, quand j’improvise au coin du feu » 


Regardons cette scène : Pierre Antoine Barou du Soleil reçoit dans sa maison, la fraîcheur de la soirée est réchauffée par la chaleur de l'amitié, ses amis l'entourent rassemblés autour de la cheminée. On parle, on philosophe, on refait le monde, on chante, P.A. improvise.  Jeanne Marie sourit. Ils sont heureux.

Voir aussi :

Nos amis

En son Hôtel

Au Soleil

2025-11-23

U_Une amie originale


 « J’ai rencontré Melle de Tott elle est plus belle qu'elle n'a jamais été. »

Sophie de Tott 1785 par Vigée Le Brun, via Wikimedia Commons

Ce portrait, par son amie Elisabeth Vigée Le Brun, a été peint cette année-là. 

Il semble pourtant qu’ils étaient en froid, puisqu’il précise : « Elle dit qu’elle est toujours notre amie ».

Voila la brouille apparait terminée !  

Ils parlent du mariage de la sœur de Sophie. Justement, l’avant-veille, Marie Françoise a épousé René de Kermanguy, le 10 mai 1785.

Voici ce qu’en disait P.A dans une précédente lettre, le 2 mai 1785.

« Mimica de Tott épouse la semaine prochaine le comte de Kermingui noble breton, à qui elle apporte en dot 80000 livres »…

Je peux déjà vous dire que Marie Françoise se trouvera veuve l’année suivante et se mariera plus tard avec François duc de la Rochefoucault. 

Quant à une plus jeune sœur : « Kléraki n’a pas voulu épouser un vieux major de place et la voilà dit-on confinée au couvent ». 

Revenons à Sophie qui est soulagée d’avoir raccommodé leur amitié avec les Barou.


« Elle me dit qu’elle craignait bien d’avoir perdu notre amitié ; qu’elle avait bien des torts avec nous ; qu’elle en était si honteuse qu’elle n’avait jamais osé cherché à les réparer, en t’écrivant, mais que ses regrets devaient lui faire trouver grace. Je t’avoue qu’elle s’accusait de si bonne foi que je lui aurais pardonné pour mon compte à moins de frais » …

« Et si ce que l’on dit est vrai, elle s’est immolée pour donner une existence à ses sœurs, et soutenir celle de son père. Au surplus, elle ne prend plus au Chevalier qu’un intérêt de pitié »…

Charles Pougens by Wikipédia

Sophie a connu le Chevalier Charles de Pougens à Lyon. Il était reçu chez les Barou, c’était une période particulièrement difficile pour lui, car il perdait la vue à la suite d'une épidémie de petite vérole.

Dans ses mémoires, il confie la qualité de l’accueil de Barou du Soleil dans son hôtel.

Une autre personne qu'il rencontra pour la première fois, ce fut M. Barou du Soleil, avocat du roi à la sénéchaussée de Lyon et membre de l'Académie royale de cette ville, homme d'un mérite éminent et qui sut bientôt apprécier celui du jeune chevalier. Il conçut pour lui un tel intérêt, un attachement si tendre, qu'il l'engagea à venir occuper un appartement dans son hôtel, situé place de Bellecour. Là il lui prodigua, ainsi que sa vertueuse compagnie, les soins les plus touchans. Hélas ! cet homme de bien, ce véritable philanthrope, tomba victime de la révolution sous le règne de terreur, et ce fut un des chagrins les plus vifs qu'éprouva le cœur sensible de M. de Pougens.

source : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9603587v/f223.item.r=%22Barou%20du%20soleil%22.zoom

Pougens homme de lettres, cultivé a étudié, la musique, les langues, la peinture. Sophie et Charles ont été passionnément amoureux, mais le père de Tott n’a pas permis le mariage.

Barou est resté ami avec le Chevalier dont il parle fréquemment.

Lorsqu’il séjourne à Paris, il se rend très souvent chez les Tott qui ont cinq filles, remarquables par leur charme et leur beauté.

L'aînée, Sophie « che hanno rifiusato molte propozioni » est une artiste. « Elle joue fort bien de la harpe ». Elle peint avec talent des portraits de personnages célèbres. Elle fréquente la cour à Versailles. Elle émigre en Angleterre, elle voyage.   

Selon Férenc Toth (https://doi.org/10.3917/dhs.055.0670:

Elle appartenait à la catégorie des « femmes exceptionnelles » qui dès la fin de l’Ancien Régime commencèrent à sortir du cadre de la société traditionnelle. 

Sophie de Tott en bacchanale, par Vigée le Brun 1785


 


2025-11-22

T_Traduire

 

Polyglotte, Pierre Antoine, parlait couramment anglais et italien. Dans les lettres à son épouse, il glisse des mots tendres dans ces langues.

La plupart terminent par un envoi de " kisses

 ou "addio cara mia"

En italien

La lettre du 1 mai 1780 est écrite en italien. Pierre Antoine y a pris un grand plaisir, cela laisse entendre que sa femme lisait cette langue. Comment l’avait-elle apprise ? Peut-être, son mari, pour partager des moments agréables, conversait-il avec elle ainsi.

« Tu as sûrement reçu de moi cara mia consorte le due lettere, ch’io t’ho scritto »…


Jeanne Marie lui répond en italien. Comment a-t-elle appris cette langue ? Je soupçonne Pierre Antoine de lui proposer des conversations pour pratiquer avec lui. Il essaye de l’encourager avec indulgence pour ses petites erreurs.

« Ho rucevuto, cara mia consorte, la tua lettera in Italiano, te ne ringrazio et benche vi siano alcuni sbagli, pero si prco dire, che pauca …»

Amateur d’opéras, musicien et mélomane, cet homme cultivé comprenait l'italien qu’il écrivait naturellement avec style. Langue de lettré, d’homme sensible, charmeur qui lui convenait.

Il effectua un long voyage en Italie et en Sicile, de novembre 1768 à mai 1769, l’année précédant son mariage. Il était en compagnie de Claret de la Tourette et Cléricot de Janzé (compagnon d’infortune puisqu’il fut guillotiné le même jour que lui, le 13 décembre 1793).

Le Grand Tour constituait un voyage d’éducation des jeunes gens. On peut imaginer ce périple dans les villes incontournables, pour voir les monuments, les musées, les sites indispensables à la culture.

Pierre Antoine a pu pratiquer la langue lors de rencontres, notamment auprès de séduisantes Italiennes; nul doute qu’il a pris du plaisir à fréquenter ces belles.

En anglais

En 1783, il voyage avec un ami de Paris à Londres. La traversée de Calais à Douvres dure dix heures. Le 1er juillet, il partage cette description de Londres.  

« Nous nous lançames dans cette ville immense, ses abords, la grandeur et l’uniformité des rues, la propreté des maisons, le mouvement perpétuel sans désordre et sans cris, lui font donner au premier coup d’œil la préférence sur Paris ; mais dans les détails, Londres ne peut pas entrer en concurrence par la partie des monuments. »

Il ne manque pas de parler de la mode à Jeanne Marie : « Au reste les femmes sont vêtues comme vous l’étiez toutes il y a deux ans. »

1781 _ Londres, The Royal Exchange.

 

Traductions

Pierre Antoine Barou a effectué plusieurs traductions en prose ou en vers d'ouvrages anglais :Tristam Shandy en 1781, des fragments de Sir Hugh Blair en 1786 etc. 

Le dictionnaire

En 1792, Barou est nommé commissaire, avec son ami Joseph Vasselier, par l'Académie de Lyon, pour réviser le dictionnaire français-anglais et anglais-français préparé par M. Bruyset, éditeur.

L'examen par les commissaires est très positif, et Claret de La Tourette, secrétaire perpétuel de l'Académie, certifie leur rapport.


En espagnol

Il achète le 26 février 1793, un diccionario della lingua castellana qu’il paye 54 livres.

Pierre Antoine a pu voyager en Europe, je me demande quels pays il a visités, et s’il était accompagné de son épouse.

 Voir aussi :

Kisses



2025-11-21

S_ au Soleil

 

Les Barou du Soleil aimaient séjourner au Soleil dans leur propriété au sud de Beynost, le château se trouve à une vingtaine de kilomètres de Lyon.

Nous sommes déjà en Bresse, le plateau de la Dombes s’incline au nord de la commune. La Dombes avec ses étangs est une région d’herbage, où les poissons et l’élevage prospèrent. Les oiseaux migrateurs y font escale.

Aujourd’hui la ville s’étale dans la campagne d'autrefois, les Barou seraient surpris de voir la circulation sur l’autoroute, d’entendre le passage des trains sur la voie ferrée qui va de Lyon à Genève, de découvrir un centre commercial, des habitations, et même un lotissement nommé « Château du Soleil » ainsi qu’un projet de nouveaux logements. Le long du Chemin du Château du Soleil, il y a un stade, un terrain de football, un skate parc, cela les étonnerait s’ils revenaient sur « leur terre du Soleil ». 

Suivons l’allée de la Tour, puis l’impasse de la Tour. Cette haute tour à créneaux est attenante à une maison fortifiée du XIVe siècle.

Vestiges du château du Soleil_(Beynost)_
Benoît Prieur, CC0, via Wikimedia Commons.

Revenons plutôt au XVIIIe siècle, lorsqu’Antoine Barou achète le domaine pour son fils. 

Domaine du Soleil à Beynost en Bresse


La seigneurie du Soleil appartenait jadis à la famille Grolier.

Un certain Nicolas Grolier, capitaine de Lyon au début du XVIIe siècle, était connu comme le capitaine du Soleil.

Roch Fourrat l’acquiert pour 66 000 livres en 1745 et le revend à Barou le 4 mars 1767 au prix de 134 400 livres, réalisant ainsi une belle plus-value même si la livre avait perdu de sa valeur. Barou en prit possession le 7 décembre 1767.

Lorsque Pierre Antoine se marie le 9 mars 1770, Antoine donne à son fils unique, dans son contrat de mariage, la somme qu’il a payée pour cette acquisition.

9 mars 1770


Pierre Antoine se fera appeler Barou du Soleil, en ajoutant ainsi le nom de sa propriété. Il était courant que les bourgeois adoptent l’usage d’un patronyme allongé de leur domaine. Barou aurait pu prétendre à la noblesse, grâce à sa charge de procureur, s’il avait pu l’exercer pendant vingt ans. Au grand regret de son épouse, cela ne lui a pas été accordé, puisque son office à la Cour des monnaies avait été supprimé. Elle a bien tenté d’en faire la demande en 1785, mais l’époque était moins propice aux privilèges. La Révolution est arrivée avec une grande violence à Lyon. 

Barou a été arrêté, puis guillotiné en décembre 1793. Ses biens furent saisis.

La terre du Soleil a été confisquée par la Nation et vendue en pièces détachées.

Madame Barou en racheta une partie « par élection d’amis », elle réussit à reconstituer 60 hectares, soit les deux tiers de leur domaine avec le château.

Sa nièce en hérita dès son mariage avec le comte de Chaponay. Celle-ci le donna à sa fille Jenny (Jeanne Françoise Christophorine) lorsqu’elle épousa son cousin Alfred de Chaponay, le 6 décembre 1831. Jeanne Marie s’éteignit un mois plus tard, le 9 janvier 1832, à l’âge de 82 ans. Elle a pu être satisfaite de voir la transmission du domaine du Soleil qui lui tenait à cœur.

Jenny et Alfred n’ont pas eu d’enfant, elle vendit le domaine en 1841.


carte postale de 1900

Pierre Antoine et son épouse ont aménagé leur Soleil.

Jeanne Marie y séjourne volontiers, même lorsque son mari est absent.

Elle s’occupe des plantations, et des réparations en avril 1785.

 « Je te suis obligé de t’occuper de mes réparations au Soleil, Elles sont nécessaires même indispensables, et le plus tôt sera le mieux. » lui écrit-il de Paris cette année-là.

22 avril 1785

Pierre Antoine pense à l'aménagement du parc :

 « Je t’ai dit que j’avais commencé mon cours de jardin anglais »

21 mai 1785


Herboriser

Naturaliste, passionné de collection de plantes pour ses herbiers, Pierre Antoine aimait herboriser avec sa femme ou ses amis botanistes.

Le Côtière de la Dombes bénéficie d’une exposition très favorable. Elle abritait autrefois un biotope remarquable constitué de quantités de plantes méditerranéennes.


Orchis papilionacea 
pilularia globulifera

Non loin de chez lui, au cours de ses sorties botaniques, Pierre Antoine Barou avait découvert plusieurs espèces rares : l’Orchis papillionacéeainsi que plusieurs plantes aquatiques rares telle la pilularia globulifera


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Herboriser