2017-06-06

E _ Émigrés

 
Que feriez-vous si votre père ou votre frère était arrêté, si votre nom était sur la liste des condamnés ?

Émigrer dans le contexte de la Révolution française entre en résonance avec notre époque où beaucoup de familles décident de quitter leur pays qui devient trop dangereux.
Certainement, selon les familles touchées par les guerres civiles, les conditions de l’exil ne sont pas les mêmes.
 

Fuite des émigrés : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb40249604v


Lors de la Révolution, il s’agit de sauver sa peau, d’échapper à la Terreur. Mais émigrer c’est mettre sa famille en danger, être banni, perdre ses biens et ses droits.

La Convention fit inscrire le nom des émigrés sur des listes et cette inscription était un arrêt de mort. Des décrets organisent le séquestre et la vente de leurs biens et même de ceux de leurs femmes. La loi permettait le divorce pour cause d’émigration. 
Pour se sauver avant d'être dénoncé (à lire plus tard, lettre N du challengeAz), il fallait être averti et agir rapidement , ce que n'a pas réussi François Lupin. (Vous découvrirez son histoire dans l'article suivant.)
 

http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb40249616v


32 000 hommes sont inscrits comme émigrés sur des listes, par conséquent condamnés à mort s’ils reviennent, tous leurs biens sont saisis. Après la fin de la Terreur et du règne de Robespierre, la plupart des émigrés sont autorisés à rentrer chez eux.

Tous n’ont pas été sur cette liste. Comme la plupart des 150 000 personnes qui ont quitté la France, nos ancêtres qui ont émigré n’étaient pas des nobles, ils étaient commerçants, artisans ...

A Lyon, plusieurs étaient des soyeux comme les frères Margaron, fils de Gaspard qui s’exilèrent en Suisse où ils ont rejoint une quantité de Lyonnais lesquels ont apporté leur savoir-faire dans la fabrication d’étoffes. 

André Margaron (sosa 114) officier pendant le siège de la ville et Antoine, son frère aîné, figuraient sur la liste des dénoncés … Il était urgent de s'échapper. 

"Margaron 35 ans ; bel homme, visage plein et rond, marchand de gaze, 5 pieds 7 pouces"
"Antoine Margaron, âgé de 42 ans , né à Lyon, dept du Rhône, place des cordeliers, marchant de gaze, commandant de bataillon, condamné à mort et non exécuté, attendu son évasion" 


Je vous parlerai prochainement de Joseph P. qui a émigré en Italie, de Laurent Duvernay qui s'est enfui en Angleterre.

Lorsque la tourmente révolutionnaire eut passé, ils vont demander à être radiés des listes.

Aux Archives nationales sont conservés les dossiers nominatifs des demandes de radiation et de mainlevée de séquestre qui vont être mis en ligne progressivement. Si je peux trouver leurs noms, je compléterai cette enquête.



2017-06-05

D_Divorcer deux fois

Deux de nos ancêtres ont divorcé pendant la Révolution Française.
On peut supposer une mésentente pour Anne et Jean (sosa 189 et 190) et certainement une complicité dans le couple de Sophie (sosa 171) et Pierre.

En 1791, le mariage ne dépend plus de la juridiction de l’Église. Il devient un contrat laïc signé devant un officier civil qui l’inscrit dans les actes d’état-civil.
Le droit de divorce est voté l’année suivante par l’Assemblée législative.


Beaucoup de couples sont d’accord pour se séparer.
Casser ce contrat permettait aux épouses de gagner leur liberté ; pas forcément du fait d’un mariage contraignant, mais cela pouvait leur éviter d'être arrêtée et emprisonnée à cause de l’émigration de leur époux. Le principal souci était de préserver leurs biens propres qui risquaient d’être saisis.


Sophie Verne
 
 
Premier divorce en 1793
Une aïeule de mes enfants, Sophie Verne, demanda la rupture de son union avec son second mari, le 15 avril 1793 
« constatant que sondit époux est émigré et que son émigration au terme de l’article IV du paragraphe premier de la loi du 20 septembre 1792 sur le divorce est un motif suffisant pour autoriser la ditte Sophie Verne son épouse à demander d’être divorcée avec lui »
« Le contrat civil du mariage est dissous et qu’ils sont libres de leurs personnes comme ils l’étaient avant de l’avoir contracté »


Pierre avait émigré en Angleterre où il était plus en sécurité. Pour protéger ses biens personnels, cette femme avertie demanda alors le divorce qui désolidarisait leur fortune.
A son retour, ils vécurent ensemble avec leurs enfants.

Deuxième divorce en 1809 
Malheureusement son époux avait un caractère insupportable pour toute la famille, un deuxième divorce fut inscrit dans les registres d’état civil le 29 avril 1809. « après avoir attendu depuis la ditte heure de dix jusqu’à celle d’onze du matin sans que ledit Sieur D. ait comparu ni aucune personne pour lui. Il était bien précisé « qu’il y sera prononcé aussy valablement en son absence qu’en sa présence ».  En application de «la sentence rendue au tribunal civil de première instance des sept et huit décembre dernier. »

Pierre Marie Félicité fut chassé de la maison. Le pauvre homme termina sa vie tristement dans la manufacture de tabac à Lyon.
 


Est-ce une bonne idée de graver  pour l'éternité les initiales des couples sur les couverts ?

2017-06-03

C_Cahier de doléances à St-Julien

Ils se sont réunis pour déposer leurs revendications dans les cahiers de doléances. 
Essayons de retracer ce qui animait ce conseil de la communauté de Saint-Julien-le-Montagnier dont plusieurs de mes ancêtres faisaient partie et ont signé ces pages.
Fidélité au roi, mais ras-le-bol des taxes dues au seigneur, à l’église.


L’article publié pour le Challenge AZ 2016 retrouve sa place cette année puisque le travail commencé a donné le thème de la Révolution Française.
Je ne pourrais faire mieux dans le contexte de cette année.
Je vous invite à le  lire ou à le relire ici :
 
Cahier de doléances, St-Julien-le-Montagnier

2017-06-02

B_ Barou du Soleil

Le sieur Barou du Soleil habitait, dit-on, dans cette maison. Le soleil fait lever la tête des passants, les touristes s’arrêtent pour zoomer l’astre qui darde ses rayons. Nous sommes longtemps passés trop rapidement, pressés de grimper la montée du Gourguillon, sans connaître Pierre Antoine, ce cousin dont le voisinage nous rapproche à Lyon. Sa famille m’intéresse du fait de la proximité de nos origines ardéchoises, alors que c'est un descendant des ancêtres de mon mari.





La famille Barou vivait à Annonay depuis plus de deux siècles, car le plus vieil ancêtre de ce nom, Claude Barou est arrivé avant 1620.
Nous allons parler de son descendant à la quatrième génération, Pierre Antoine Barou du Soleil, né en 1742 à Lyon.
Barou a acheté le domaine du Soleil à Beynost (Ain) en 1767 et c’est ainsi qu’il a joliment allongé son nom.

Barou, père et fils, au mariage de Barou du Soleil en 1770

La fin de son parcours nous amène à l’époque de la Terreur, à Lyon; il aurait pu se retirer à Annonay auprès de ses cousins, comme on le lui conseillait, mais il a trop tardé, la suite des événements lui fut fatale. Il a été dénoncé et arrêté à Lyon, puis guillotiné le 13 décembre 1793.

Pierre Antoine aimait herboriser, on lui doit la découverte en 1788 «dans un petit pré situé à une lieue et demi de Lyon» d’une orchidée rare : l’orchis papillonacea. Il explorait la flore régionale autour de son domaine à Beynost. Il a voyagé en France, en Italie, en Sicile, avec son ami botaniste La Tourrette qui fréquentait Jean Jacques Rousseau.

orchis papillonacea

Passionné par les lettres et les arts, auteur de traductions anglaises, on le retrouve sur la liste des membres de plusieurs sociétés savantes. Sa maison était un lieu de rendez-vous où les dîners et les conversations étaient  appréciés.

Ce magistrat était procureur général en la Cour des monnaies. En 1787, il était aussi procureur syndic pour le Tiers-Etat de l’Assemblée provinciale de la généralité de Lyon.
Ayant protesté contre l’édit du 8 mai qui réduisait le droit de remontrance des parlementaires, il fut emprisonné le 8/08/1788 par lettre de cachet. Grâce à l’intervention de Necker, il fut libéré le 18/09/1788.

Barou du Soleil ayant une charge de procureur du roi, était responsable de l’ordre public. Lors de la rentrée des républicains à Lyon en 1793, il accepta la mission dangereuse de président de section. Quand la ville fut prise, il fut emprisonné à Lyon, et condamné à mort.

AD69 2MI138/27
 
 
Je vous laisse lire les chefs d’accusation du tribunal révolutionnaire (AD 69 série 42 L)
ainsi que l’hommage de ses amis.

Barou «aimé de quiconques l’approchoit, exilé sous l’ancien régime pour son courage, fut immolé sous le nouveau pour ses vertus.»

Suite et rectification ...

La fameuse maison du soleil qui m’a donné l’idée de m’intéresser à Pierre Antoine Barou n’était finalement pas la sienne.
Je dois donc rectifier puisque j’ai pu localiser son adresse. Il habitait au n°4 rue Saint-Joseph qui est actuellement la rue Auguste Comte, dans le 2ème arrondissement de Lyon.

Je pourrais continuer à rechercher dans les recensements pour en savoir plus sur leur maison et rectifier la légende sur la maison du Soleil qui n'est pas celle qu'on pense à Lyon. (travail en cours)

La veuve Barou a participé à la construction du monument commémoratif. Voir O_Ossuaire 
 
 

2017-06-01

A _ Ancêtres pendant la Révolution



La Révolution Française, quelle époque ! Entre 1789 et 1799 la décennie fut porteuse d’espoir pour certaines familles, d’angoisse pour d’autres.

A travers ce thème que j’ai choisi pour le ChallengeAZ,  au fil des billets suivant de A à Z,  je vais vous montrer ce que nos Ancêtres  ont traversé pendant cette période .
Pour certains d’entre eux, les documents témoignent de leurs déboires, leur exil, leur infortune, plusieurs sont morts guillotinés sous la Terreur.

La plupart de mes ancêtres n’ont pas laissé de traces, mais il n’est pas impossible de deviner vers quel bord ils se situaient.

Il ne m’appartient pas de juger ces hommes et ces femmes, nous ne vivons pas à la même époque et nous n’avons pas les mêmes intérêts. J’ai simplement envie de vous raconter leurs histoires pour vous appeler à accepter l’étendue des différences sociales représentées dans une généalogie.

Un cultivateur en Ardèche, un bourgeois de Lyon, un officier bourguignon,
un papetier en Auvergne; un chapelier, un marchand, un aubergiste, un boulanger, un jardinier, un marin en Provence  ...

Sans parler des autres dont la vie reste encore à découvrir, chacun a pu ressentir un immense espoir de changement, mais aussi éprouver une grande peur de l’avenir.

2017-05-26

Les deux sœurs de Claude Sauvade

Découvrir les vrais parents de Claude Sauvade apporta deux sœurs cadettes dans les branches de l’arbre de notre ancêtre.
Leurs mariages les conduisirent à des vies bien différentes : l'une dans un château, l'autre dans un moulin.

La plus jeune, Jeanne Marie était inscrite tout en haut d’une liste généalogique. Merci Arlette de m’avoir communiqué son aïeule jusqu’aux contemporains.  Mais à cette époque-là, je pensais qu’Anne et Jean Baptiste étaient  la tante et l’oncle de Claude. 
Il se trouve finalement qu’Anne Fayolle de la Bruyère et Jean Baptiste Sauvade sont nos aïeux communs (je l’explique dans l’article précédent).

Voici le chronogramme de la famille en 1805, date de la mort du père.


Les trois enfants de ce couple sont nés à Ambert, au Moulin Richard-de Bas,
en 1779_ 1780 et 1781

Jeanne Marie est née le 12/12/1781.
  • Elle avait 25 ans lorsqu’elle épousa François Dandrieux, le 7 janvier 1806, à Ambert. François était à cette époque compagnon papetier, il entrait, par ce mariage, dans une grande famille de papetiers. Les témoins étaient les oncles par alliance : Claude Micolon et Claude Sauvade Sauvade (ainsi dénommé à la mode d’Ambert, pour avoir épousé Marie Sauvade). Ils ont signé avec l’épouse […]« ce que l’époux n’a sceu faire de ce enquis ».


Moulin Richard-de-bas, Ambert

Jean, le père de Jeanne Marie venait de décéder, dans cette maison, quelques mois auparavant, le 21 octobre 1805. 
Anne, sa mère, habitant à Montbrison, a donné une procuration, mais n’était pas présente au mariage.

Hélène Sophie est née le 23/10/1780
  • Elle avait 32 ans, le 30 juin 1813, lorsqu’elle épousa Jacques Joachim Louis Le Blanc d’Éguilly « ancien capitaine d’artillerie âgé de soixante deux ans cinq mois vingt huit jours », comme il est noté très précisément dans leur acte de mariage. Elle vivait dans la région parisienne : Le Pin, en Seine-et-Marne.

La mère d'Hélène Sophie, résidant à Saint-Germain-en-Laye a signé une procuration.
Le vieil époux est mort neuf ans plus tard, à Éguilly (Aube) où il avait hérité d’un très ancien château.

Château d'Eguilly, Aube

  • Hélène s’est remariée, quatre ans plus tard, avec Jean Baptiste Jacques Chary, habitant Éguilly. Il avait 46 ans, soit seulement un an de plus qu’elle. 

Hélène est décédée en 1854, en son domicile, le château d’Éguilly qu’elle a donc hérité de son premier mari.

J’ai consulté les recensements d’Éguilly 
En 1836, seize personnes vivent à cette adresse avec le couple. Le château est très grand.
En 1841, apparaît Henriette Sauvade comme fille adoptive (est-ce une parente adoptée ?)
En 1846, elle est chef de ménage et vit avec Léocadie M, (qui serait sa petite fille ?)
et Marie Joubert, sa nièce âgée de 60 ans, cinq ans de moins qu’elle.
(Il reste à les replacer dans l’arbre ce que je ne sais pas encore faire.)

Post scriptum
Claude Sauvade avait en fait trois sœurs.
  • Une sœur aînée, se nommait Hélène, comme sa tante maternelle. Elle est née à Ambert le 16/09/1771
Celle-ci était la marraine de sa sœur Hélène Sophie, à qui elle a donné son prénom. Elle avait alors neuf ans. 
Ensuite j’ai perdu sa trace.


Suivez les liens pour voir les articles qui racontent :

➢La maison où est née la famille Sauvade : le moulin de Richard
➢L'épouse de Claude Sauvade : Antoinette Poutrain  
➢L'oncle de Claude Sauvade : Jacques Sauvade 
➣L'oncle de Claude Sauvade : Benoist Sauvade au destin tragique 

2017-05-20

Antoinette, une lectrice, faiseuse de mode… que de mystères !

Ce Rendez-vous Ancestral (#RDVAncestral) arrive à la suite de mes deux précédents billets sur Claude Sauvade.

Puisqu'elle réside près de chez nous, je propose d'aller voir son épouse, Antoinette P. J’aimerais tant pouvoir remonter dans l'arbre de celle-ci, mais cette branche reste encore mystérieuse.


Lorsque je passe par la montée du Chemin Neuf, je lève les yeux sur la façade de cet immeuble, en me demandant laquelle est la fenêtre de sa chambre. Il faudrait un jour que je m’arrête pour lui faire une visite.

Montée du Chemin Neuf, n°2


Nous sommes en 1873 à Lyon, puisque je sais qu’elle va mourir avant la fin de l’année, je dois rencontrer Antoinette Poutrain.


Je frappe au n° 2, la porte est ornée d’une belle croix en fer forgé. Une religieuse m’introduit dans la chambre d’Antoinette, elle ne sait pas me dire si leur pensionnaire est âgée de 80 ou 84 ans (ce qui ne va pas m’aider à retrouver sa date de naissance).

Antoinette Poutrain

Notre arrière-arrière-arrière-arrière-grand-mère paraît heureuse d’avoir de la visite. Clotilde, sa fille, est trop occupée pour venir tous les jours. Je lui montre l’album de photos pour qu'elle me décrive chacun de ses petits enfants : l’aîné Antoine est un jeune homme de dix-sept ans, Joséphine a quinze ans, Augustin treize ans, Jeanne onze ans, la plus jeune Fanny a cinq ans.
Cette énumération la fatigue, (ce n'était peut-être pas une bonne idée d'apporter cet album), elle demeure en silence, plongée dans ses pensées, puis elle me dit :
- Notre fille unique est venue habiter Lyon, elle a maintenant une grande famille notre Clotilde. 

Elle ajoute qu’elle aimerait aller à Mons ou à Montbrison, pour voir sa sœur.
Je ne comprends pas très bien, alors je lui fais répéter Mons ou Montbrison ? Une sœur ou deux sœurs ? Narcisse Sophie et Sidonie Joseph ?  Une sœur ou une sœur religieuse ? (Je pose trop de questions, je le sais, mais si je pouvais ajouter des informations sur sa famille …)
- Narcisse, ma sœur a 80 ans, elle habite à Montbrison, rue de la Madeleine.

J'insiste : Est-elle votre sœur, cette Sidonie, fille de Pierre Joseph Poutrain, décédée le 17 octobre 1864 dans le couvent des sœurs noires, à Mons, Hainaut ?
- Ma mère s’appelle Thérèse Angélique Jacque…. 
(Le doute est là, concernant la mère de Sidonie, faut-il entendre Jacquemart ou Jacquet ?)
Je ne sais si la vieille dame est sourde ou amnésique mais la conversation s’avère laborieuse.

Nous restons en silence.

Elle aimerait que je lui lise des livres. Une légende familiale raconte qu’Antoinette (ou bien sa mère) était lectrice de la reine. De la reine ! … quelle reine ? Antoinette est née à Mons, en Belgique entre 1789 et 1793.
Je n’ai pas réussi à trouver de traces pour étayer cette histoire que j’aimerais étoffer.
A propos d’étoffe, chère Antoinette est-il vrai que vous étiez couturière ?
- J’étais faiseuse de modes à Montbrison, avant mon mariage.

Ses parents étaient déjà décédés et je ne sais rien de plus que leur nom. Antoinette m'en dira-t-elle davantage?

Le parcours se dessine. En 1828, Antoinette avait trente huit ans lorsqu’elle a épousé Claude Sauvade qui en avait dix de plus. Le fameux Claude dont j’ai réussi à trouver les vrais parents, grâce à la publication de leurs bans à Montbrison.
-Je n’ai pas vu votre acte de mariage, lui dis-je.
Antoinette sait que les archives de Paris ont brûlé il y a deux ans, en 1871. Je lui demande pourquoi elle ne s’est pas mariée à Montbrison. Elle m’explique que Claude résidait à Paris, 33 rue du Colombier. (Et moi qui le cherchais à Saint-Etienne.) Que faisait-il à Paris ?
- Claude était employé au ministère des finances à cette époque-là. Nous avons ensuite habité à Saint-Etienne, rue de la Loire. C’est là qu’est née Clotilde en 1833.

Antoinette est veuve depuis une quinzaine d’années. Claude est décédé dans leur maison de Crémerieux en 1858.

Elle me demande si je vais aller à Mons. Effectivement j’aimerais connaître sa ville et l’histoire de sa famille. Elle voudrait m’aider … mais elle reste silencieuse un long moment.
Antoinette souhaite encore que je lui fasse de la lecture. Je prends un livre et je lis lentement :
«On n’est
 On n’est pas
On n’est pas là
On n’est pas là pour
On n’est pas là pour disparaître »[1]

Je vois qu’elle écoute, je continue à lire …
« Pour restituer le cheminement d’une existence, il faut tenir compte des aléas, des brisures, des défaillances qui la composent, ruptures, défaillances, brisures qui ne sont pas forcément lisibles sur les biographies officielles. L’existence est en effet trouée et inégale »[1]

La vieille dame paraît absente, je comprends que je dois respecter son silence et prendre congé.
Sur le pas de la porte,  elle me demande si je pourrais un jour revenir pour lui faire la lecture.


Voici les autres billets de cette série concernant la famille de son époux Claude Sauvade :

➢La maison où est né Claude Sauvade : le moulin de Richard
➢L'oncle de Claude Sauvade : Jacques Sauvade 
➣L'oncle de Claude Sauvade : Benoist Sauvade au destin tragique 
➣Sa fille : autour de Clotilde


[1] Olivia Rosenthal, on n’est pas là pour disparaître, Gallimard, 2007, 216 p.

2017-05-01

Une erreur qui fait avancer à pas de géant

Dans mon précédent billet, j’ai été un peu injuste avec Jacques Sauvade. Je lui dois quelques excuses, car c’est grâce à lui qui j’ai pu aborder ses ancêtres... qui sont aussi les nôtres.
J’ai un grand plaisir à explorer leur généalogie, à visiter leur région, à collectionner des ouvrages parlant d’eux, à me rendre aux AD du Puy-de-Dôme et à transcrire leurs contrats …
D’ailleurs, même si j’ai cru longtemps que Jacques était l’ancêtre de mon mari, je ne m’étais pas autant fourvoyée que vous pourriez le supposer.
Cette erreur sur Claude Sauvade était inévitable, d'ailleurs si je ne l’avais pas faite, je n’aurais jamais réussi à remonter dans sa forêt d’ancêtres. 

Reprenons la base de l’arbre :
J’avais pour seul renseignement l’âge de 79 ans au décès de Claude Sauvade, il a vécu à Saint-Etienne où il exerçait la fonction de percepteur. Je cherchais désespérément comment il avait pu rencontrer sa femme Antoinette Poutrain qui est née à Mons en Belgique.
J’ai donc feuilleté plusieurs registres des différentes paroisses de Saint-Etienne et je me suis arrêtée sur l’acte de naissance d’un Claude Sauvade, fils de Jacques, que je situe en 1778, (dans mon dernier RDVAncestral : « Je ne suis pas votre ancêtre »)
Il n’empêche que, par chance, les parents de Jacques sont aussi les nôtres.



Nous sommes allés sur le chemin des papetiers à Ambert. 

Marcher sur les pas des familles

Sauvade_ Vimal_Richard_Gourbeyre … 

voir leurs moulins, 

écouter leurs ruisseaux,

marcher dans leurs prés, 

c’était un enchantement.




Et j’ai découvert récemment que notre Claude Sauvade est né précisément au Moulin de Richard, la maison de ses ancêtres que nous avions visitée avec une émotion particulière.

Moulin Richard-de-Bas

Le berceau suspendu au dessus du lit-clos pourrait bien être celui dans lequel Claude nouveau-né a été déposé le 5 septembre 1779.

Richard-de-Bas, le lit 

Ce qui m’a permis de rectifier les erreurs enregistrées, c’est la publication des bans du mariage de Claude, publié à Montbrison mais célébré à Paris en 1828. Les archives parisiennes ayant brûlé, je ne retrouverai pas cet acte, mais je ne désespère pas de lire un contrat de mariage. Le plus important est qu’il indique le nom des parents qui sont Jean Sauvade et Anne Fayolle.
Ce couple ne m’est pas inconnu, il se trouve que je connais bien Jean Baptiste qui est justement le frère de Jacques ! 
Si les recherches sur Anne Fayolle de la Bruyère furent un peu complexes, les résultats s'avèrent encore plus passionnants, je vous raconterai cela. 
J’aurais dû être alertée par un  nom, caché dans un  coffret en buis avec une serrure à secret qu’une cousine possède. Sur ce papier est écrit le nom d’Anne Fayolle, orthographié "la Brière".
Je pensais alors que c’était une tante, mais en fait Anne est la mère de Claude Sauvade. 

(Oups ! j'ai tout une série de correspondance à rectifier !)


Voici les billets de cette série pour connaitre la famille de Claude Sauvade :

➢La maison où est né Claude Sauvade : le moulin de Richard à Ambert
➢L'épouse de Claude Sauvade : Antoinette Poutrain  
➢L'oncle de Claude Sauvade : Jacques Sauvade 
➢Les sœurs de Claude Sauvade, leurs mariages
➣L'oncle de Claude Sauvade : Benoist Sauvade au destin tragique 


2017-04-15

Je ne suis pas votre ancêtre

Ce Rendez-vous Ancestral (#RDVAncestral) du mois d’avril est encore un peu manqué ! 

Trop heureuse d’avoir trouvé le père de Claude Sauvade, ancêtre de mes enfants (sosa 94), je vais voir le baptême célébré dans la Loire, à Saint-Etienne, le 29 septembre 1778, dans la paroisse Saint-Etienne justement.

Paroisse St-Etienne 

Je me présente à Jacques Sauvade qui me reçoit avec un air distant.
« Vous faites erreur, Madame, je ne crois pas vous avoir invitée au baptême de mon fils. »

J’essaye de lui expliquer que nous sommes ses descendants. Claude Sauvade va vivre longtemps, il habitera Saint-Etienne au n°27 de la rue Neuve, il décédera à Crémerieux, en août 1858 à l’âge de soixante dix-huit ans. Voici son portrait :

Claude Sauvade

Jacques Sauvade me fait remarquer que je ne sais pas compter avec exactitude.
La recherche généalogique exige de la rigueur, me dit-il, moqueur.
J’en conviens, mais j’essaye d’expliquer combien il a été long de chercher dans les registres toutes les paroisses de Saint-Etienne. J’étais trop satisfaite lorsque j’ai trouvé la famille du nouveau-né baptisé ici, au nom de Jean Claude Marie Sauvade.


Je tente de confier que je me suis sentie proche des parents de Gabrielle, la jeune maman. Un jour nous sommes même allés jusqu’à Saint-Romain-les-Atheux. En suivant la route que son père marchand devait bien connaître pour se rendre à Saint-Etienne, j’ai pensé à son aïeul, André Couturier. Comme s’il était notre ancêtre.

Mais nous ne somme pas vos ancêtres ! affirme Jacques péremptoire.

Alors, tout cet arbre magnifique que j’ai réussi à reconstituer… Dois-je le déraciner ? J’accuse le choc, ne sachant encore si je dois le croire.

J’ai cherché longtemps l’origine de la famille Sauvade.  Lorsque j’ai pu agréger à cette branche cinq générations de célèbres papetiers d’Ambert, lesquels sont les ancêtres de Jacques, j’ai trouvé cela passionnant. Dois-je renoncer et les décrocher de notre arbre ? Jeter tous les actes que j’ai récoltés aux AD 63 ?

Jacques me rassure en me disant de poursuivre mes recherches sur ses ancêtres à Ambert. Un peu moqueur, il ajoute que je ne suis pas très loin de trouver notre Claude Sauvade.
Mais il ne peut pas encore me donner des indices, car celui naîtra un an plus tard. 

(à suivre...)

Cette enquête devient une série, voici les liens pour la suivre: 

➢La maison où est né Claude Sauvade : le moulin de Richard
➢L'épouse de Claude Sauvade : Antoinette Poutrain  
➢Les deux sœurs de Claude Sauvade, leurs mariages 
➣Le frère de Jacques : Benoist Sauvade au destin tragique 
➣Un cousin éloigné ; Jean François Gaultier de Biauzat
http://briqueloup.blogspot.fr/2017/06/hun-honnete-homme.html

2017-04-13

Généalogie en Colombie (3)

El renacer de los dinfuntos_  la renaissance des défunts



Pour célébrer la glorification des ancêtres, les rites funéraires réunissaient le groupe familial ainsi que toute la communauté. Lors des cérémonies, la musique et les danses avaient pour fonction d’appeler le défunt à une renaissance dans le monde souterrain. Pendant ce temps les hommes creusaient la terre pour inhumer le corps et disposer des trésors façonnés par les orfèvres qui excellaient dans le travail de l’or.
Museo del oro, Cartagena

Les rotondités que l’on retrouve sur les pièces, les pectoraux et les bijoux évoquent tout à la fois la gestation, l’annonce d’une nouvelle vie ou la renaissance des défunts.


La rondeur du tumulus était une allusion au sein de la mère.
Sur la tombe on plantait un arbre, symbole de fertilité et de vie nouvelle. 

Dans les branches, on accrochait des cloches qui tintinnabulaient avec le souffle du vent.

2017-04-09

Des arbres généalogiques en Colombie (2)

Los Tatarabuelos de Guillermo

En visite à Popayan, dans la maison d’un homme politique et poète, nous avons été impressionnés par son arbre généalogique.


Les tatarabuelos de Guillermo Valencia ont construit cette belle demeure en 1720. La sonorité du mot « tatarabuelo » désigne génialement les trisaïeuls, n’est-ce pas !
Voici les portraits des ancêtres mis à l’honneur dans le salon de leur maison qui a survécu au tremblement de terre qui en 1983 détruisit la "ville blanche".


Guillermo Valencia (1873-1943) a eu cinq enfants avec Josefina Muños, ils portent le patronyme  Valencia y Muños. Il n’a pas donné son nom aux enfants nés hors mariage, même si la paternité était connue de tout le monde. Son fils Guillermo Leoń Valencia Muños fut président de Colombie. Sa fille Josefina réforma la constitution pour accorder le droit de vote aux femmes.

2017-04-02

Des arbres généalogiques en Colombie (1)

Il est intéressant de voir les pratiques de la généalogie lorsque nous voyageons dans les contrées lointaines.
Nous étions en Colombie, j'ai eu envie de collectionner les photos d’arbres généalogiques rencontrées dans les musées.


Une collection de photos que l'on rêverait d'avoir, placées dans des médaillons, serrées les unes contres les autres occupant tout l'espace à l'intérieur d'un beau graphisme, des signatures, une date : 1915. Il n'y a pas de femmes, est-ce un arbre généalogique ?

Ci-dessous admirons un très grand arbre généalogique, il a fallu assembler deux photos pour le reconstituer intégralement. Du rameau supérieur descendent une multitude de feuilles diaphanes avec un prénom et un nom soigneusement inscrits selon les familles : sur le bord extérieur des feuilles, transversalement  ou dessinant des nervures fines. Regardons-le en détail, c'est un chef d'oeuvre.

Barichara, casa de la cultura

Des amis ayant amené la conversation au sujet de leur généalogie s’étonnent de la facilité des recherches en France. Comme beaucoup de néophytes, la mémoire de la plupart des personnes ne remonte guère plus loin que leur grands-parents, ils connaissent à peine le nom de leurs arrières-grands-parents, à moins d’être issu d'une famille dont l’histoire est valorisée.

En Amérique du sud les descendants des conquistadores ont transmis des patronymes paternels et maternels dont l’origine est espagnole, ils dominent dans le pays.
L’ascendance indigène est plus difficile à retracer, je suppose qu’il existe des registres de baptêmes qu'il faudrait retrouver..
La population s’est métissée au fil des siècles, il doit être passionnant de faire de la généalogie en Colombie. Si j’avais le temps j’aimerais accompagner mes amis à la recherche des archives.

Juste pour rêver devant cette installation au musée d'Antioquia.
S'asseoir devant ce magnifique arbre aux fleurs jaunes d'or, nommé guyacan, se déchausser et méditer. Une pluie de feuilles d'or tombe sur la terre-mère et un tout petit personnage, vêtu d'une robe blanche, s'avance vers l'arbre magique. Serait-ce le spectateur qui entre dans le tableau ?

El pueblo y el guayacan , Ethel Gilmour, museo de Antioquia, Medellin