2016-10-11

Magdelaine m’accueille dans son auberge


J’arrivais juste à cette heure entre chien et loup qui est celle que je préfère.
Je revenais d’une grande journée aux archives de Draguignan. Mes recherches avaient été fructueuses, j’avais pris une grande quantité de photos, je n’avais pas déchiffré tous les actes des registres des notaires, seulement les premières lignes lorsque j’avais pu repérer des patronymes de mes forêts d’ancêtres. Aussi, tout au long du trajet de retour ma tête bourdonnait de tant de projets d’histoires à écrire sur mon blog. J’étais impatiente de rentrer et d’explorer ma récolte de photos.
Ce matin, j’avais laissé mon chat pour seul habitant de notre grande maison, personne ne devait rentrer avant la fin de la semaine et j’appréciais d’avoir du temps à consacrer à ma généalogie. Je vivais à mon rythme depuis quelques jours et j’avoue que j’avais un peu perdu la notion du calendrier. Donc je pouvais espérer une soirée tranquille plongée dans le XVIIIème siècle de mes ancêtres.

L’auberge était éclairée, j'aurais dû en être étonnée. Je garai la voiture devant l’écurie. Je rentrai, chargée de mes sacs contenant téléphone, ordinateur et appareil photo et je poussai la lourde porte d’entrée.

Une jeune femme, de l’âge de mes filles, assise près de la cheminée, semblait tenir sur ses genoux un bébé emmailloté. Je la reconnus, c’était Magdelaine Allier avec qui j’ai vécu par la pensée ces derniers mois.
Lorsque je m’approchai c’est un chat qui bondit hors des genoux de Magdelaine.
Mon chat ! Pacha vint à ma rencontre. D’un miaulement, il me reprocha de m’être absentée depuis le matin. J’ai un chat doué de parole.

 -Bonsoir, comme tu as tardé. Entre vite le souper est prêt.
Mon aïeule m’attendait et je n’étais même pas surprise de l’étrangeté de la situation. Elle fut bienveillante. J’étais fatiguée, les yeux me piquaient de tant d’heures à lire les vieilles liasses ou peut-être d’une émotion qui remontait du fond des temps. Je venais de si loin, j’avais traversé 250 ans. Elle m’accueillit sans me poser de questions.
Cette soupe aux herbes du jardin qui mijotait dans le chaudron me rappelait celle de ma grand-mère.
Mon hôtesse dressa un couvert pour moi, elle avait sorti sa soupière, ses plus vieilles cuillères, des ustensiles usés que je connaissais mais que nous avions oubliés à la cave.

Nous dinâmes ensemble, mon chat, installé tout près d’elle, semblait l’avoir adoptée.

-Je n’aurais jamais pensé avoir une petite-fille telle que toi. Je vois que tu as beaucoup plus d’imagination que moi.
-Ah, Mère-grand, tu as fait preuve de nombreuses qualités.
-Ma petite, j’ai pu voir que tu racontes ma vie à ta façon. Parfois tu te laisses emporter par ton imagination.
-Chère Magdelaine, tu as laissé plusieurs traces conservées aux archives et je te connais bien.
-Je sais tout ce que tu dis sur moi. D’un côté cela me plait bien que tu t’intéresses autant à la généalogie de nos familles. Je te félicite pour toutes ces pages que tu écris. 
-Mais tu ne sais pas lire mère-grand. Comment as-tu vu mon blog ?
-C’est ton chat, avec ses pattes douces et adroites, il a joué avec la souris, il a allumé ta petite table.
-Ma tablette ! Mon chat aime se tenir à côté de moi lorsque j’écris. Il participe à sa façon.
-Il m’a lu tes histoires.
-Oui Pacha est un chat qui parle à qui sait l’entendre.
-Cela me touche que tu t’intéresses à ma vie. Tu as bien fait d’aller jusqu’à Grambois et de montrer combien notre maison s’est transformée.
Tu as assez bien raconté cette terrible année 1766, j’avais 25 ans et tant de soucis après la mort de Jean. Mais tu as pris la liberté d’affirmer que Marguerite était venue exprès pour m’aider. En fait ce n’était pas si compliqué pour ma sœur, elle habitait à Saint-Julien.
-Ah bon ! Elle vivait à Saint-Julien ?  Si j’avais découvert cela …
-Tu aurais pu être plus perspicace. J’ai regardé ton arbre généalogique, tu connaissais le nom de son mari, cela aurait pu t’expliquer bien des choses. Tu aurais compris que c’est par son entremise que Jean m’a demandée en mariage. Mon père était heureux de donner sa fille à un aubergiste, c’est encore ce qu’il a fait pour notre petite sœur Marie.
Observe de plus près ton arbre de notre famille sur cette page.
-Effectivement, j’ai noté un premier mariage avec un dénommé Jean Gallardon (ou Gaillardon)
-Tu peux le relier, tu connais sa famille ! Cherche son histoire tu dois avoir plein de documents.
-Je n’ai pas encore tout exploité tu sais.
-Ma petite, ce soir je suis venue chez toi pour te demander d’être au plus près de la réalité de notre famille. Tu dois rectifier toutes les approximations qu’avec le regard de ton époque tu te permets d’imaginer.

La conversation avec Magdelaine s’est poursuivie en buvant une tisane de thym jusqu’au moment où nous tombâmes de sommeil, l'une et l'autre.
Le chat dormait depuis longtemps sur ses genoux, il n’est jamais aussi câlin avec nous. Il se passait une relation étrange entre elle et lui.
Je le soupçonne d’avoir servi d’intercesseur pour cette rencontre fantastique ...


Le lendemain, mon premier geste fut d’ouvrir le dossier des photos numérisées la veille. Je trouvais la preuve du mariage de la sœur de Magdelaine et plusieurs pistes à explorer.

Allié quittance hoirs Gaillardon


J’aimerais vraiment revoir Magdelaine.

2016-10-09

Résillement d’un bail à mègerie

Magdelaine a passé un bail à mègerie, 
elle va s’en départir avant le terme traditionnel de la Saint Michel. 
Que se passe-t-il ?


Revenons encore dans les liasses de ce beau registre qui m’a réservé des belles découvertes sur les habitants de Saint-Julien..


Il y a 250 ans, Jean Audibert dicte son testament, il meurt en laissant la charge de leurs enfants à Magdelaine. Cette jeune veuve fait appel au notaire qui plusieurs fois se déplace dans sa maison.


Le 16 septembre 1766, elle a passé un bail pour quatre ans qui devait se terminer à la St Michel.  Le 29 septembre est le jour de paiement des fermages après la récolte, c’est par conséquent la date traditionnelle d’expiration des baux ruraux.


Cependant, c’est au mois de mai 1769 que ce contrat, est mis au neant par delle Magdne Alliés veuve de feu sieur Jean Audibert hote de ce lieu et Joseph Gillet menager de ce meme lieu
lesquels de leurs grés sous dûe mutuelle et réciproque stipulation aceptation
intervenant se ressouvenant parfaitement de l'acte de megerie
entr'eux passé par nous no[tai]re le 16 7bre 1766
ont déclaré et consenti comme ils consentent au resillement d'iceluy
l'ont mis et mettent au neant et tout comme s'ils n'avoit jamais été fait


Les formules sont savoureuses, je ne sais pas si vous prenez le temps de les lire, moi je me régale.


Pour quelle raison se départir de ce bail avant la Saint Michel ?
Ledit Gillet pour raison de la mal tenue des biens dependants de la megerie devra s’acquiter de la somme de dix sept livres huit sols pour tous les dommages et interets quelle auroit peut pretendre
Néanmoins, il se réserve de faire la récolte des grains des semis y pendants tant seulement qui seront partagés en gerbe ainsi qu'il est porté par le susd[it] acte de mégerie 
Que pensez-vous de cette expression ? L'image est pleine de bon sens  :
« des grains des semis y pendant »

D’autre part, il est question "d’un clods" qui est à la vente :
promet à icelle aceptante la somme de trente livres ledit jour St Michel prochain pour la vente du susdit clods
 L’explication se trouve dans le premier bail. Il s’agit d’une terre clause appellée le clod complanté de vigne et d’oliviers



Pour lire la transcription intégrale de l’acte :

2016-09-27

Pour une recherche aux Hypothèques (II)

Une recherche aux hypothèques suit le même parcours dans toutes les archives départementales :
Table alphabétique
Répertoire de formalités
Transcriptions

J’ai décrit l'atelier aux AD du Rhône, dans ce précédent billet : pour une recherche hypothèques (I)
Cependant, selon les sites des AD ce ne sont pas les mêmes documents qui sont numérisés et publiés en ligne. Je vous fais partager ici mon expérience aux Archives départementales du Var.

Les tables alphabétiques des patronymes sont numérisées et consultables sur le site :

Après avoir choisi le bureau : Brignoles, Draguignan ou Toulon, on peut consulter l’Indicateur des noms.
Si je cherche Audibert, ce patronyme se trouve dans la table 4Q01 

Je vais dans le répertoire alphabétique des noms, je clique sur la cote 4Q04 pour ouvrir le volume 2, le folio 86 est numérisé à la page 87/202.
Étant donné que ce nom de famille est fort commun dans le sud, je dois survoler toutes les pages à l’affût de lieux et de prénoms que je connais. 
C’est un joli voyage dans les bourgs de Provence, il y a seize doubles pages.
Bon, voilà mon François Audibert :


Règle d’or du généalogiste, ne pas s’arrêter, regarder autour …

Voici le même Jean François, un peu plus loin, avec ses deux prénoms, accompagné de Cécile sa sœur.


 Le compte de Jean François Audibert se trouvera dans le volume 28_ case 205.


Je dois à présent chercher la cote du volume 28. 
Elle se trouve dans le Relevé de formalité, juste au-dessous sur la page du site. Il ne faut pas s’étonner si le volume 1 apparaît après le vol 323, on fait tourner la molette de la souris et le curseur descend dans la liste. La cote 4Q74 est nécessaire pour commander ce volume 28, consultable à Draguignan dans la salle de lecture des AD 83.
4Q74  
1798-1955  
Relevé de formalité  
Vol. 28 - non numérisé. Consultable en salle de lecture  


J’ouvre ce vieux registre avec précaution, je cherche la case 205, celle de Jean François, et la case 206 de Cécile Audibert. Ce tableau contient différentes transactions.


Voyons cette vente, pour 1200 frs, passée le 5 février 1811, d’une terre qu’ils ont héritée en commun.
Le registre de formalité sera le volume n°21 à l’article 646.

À l’étape suivante, il faut consulter les transcriptions hypothécaires qui sont en ligne. Cliquons sur le lien à droite, tout en bas de la page.

 Transcriptions Hypothécaires 

Ouvrons d’un clic le registre 4Q1777 :
Conservation de Brignoles, Transcriptions hypothécaires vol. 21
Registre de transcription des Actes translatifs de propriété d’Immeubles
Allons à l’article 646 , numérisé  page 150/230

Le cinq fructidor an 11
Une propriété de terre semable complantée d’une vigne vieille presque abandonnée en partie inculte. Sise au quartier de la Trinité. Les confronts sont énoncés.
L’acte de vente est retranscrit intégralement.


Le personnel des archives du Var se montre extrêmement sympathique, j’ai apprécié que tous soient prêts à m’aider. Je leur décerne la palme de mes archives préférées. Je suis allée plusieurs fois à Draguignan cet été, j’ai récolté beaucoup de pistes pour continuer des recherches aux hypothèques, certaines sont encore dans des impasses, d’autres feront l’objet de récits que je n’osais espérer.
Les archives sont une source de trésors inestimables !

2016-09-09

Grambois en Luberon

Oh Magdelaine, sais-tu que je pense souvent à toi lorsque je suis dans ta maison. Comme tu le faisais sans doute, je regarde le paysage qui s’étend au-delà de nos fenêtres, exactement entre Grambois, ton village natal, et Barjols où tu mourus en 1801.
Tu es une femme discrète, mais as-tu conscience de toutes les traces que tu as laissées ? Je connais ton parcours car j’ai trouvé une quantité d’actes qui te concernent.
Certains épisodes de ta vie me touchent particulièrement, j’ai écris plusieurs articles qui parlent de toi : Grambois, Magdeleine gamberge _ Magdelaine, jeune veuve en 1766_ Four à pain _ Le testament de Jean  _   Barjols1801, une visite à Cécile
Il est rare de connaître la profession d’une maîtresse de maison au XVIIIe siècle, toi Magdelaine, jeune veuve d’un aubergiste, je sais que tu assumais l’auberge, seule, puisque sa famille vivait loin de Saint-Julien.

J’avais envie de voir Grambois où tu naquis le 14 décembre 1738.


Ton village, fort ancien, porte bien son nom : Grand Boué est juché sur un coteau dans le Luberon, au milieu de forêts de chênes verts, de pins. Le bourg n’a guère changé depuis l’époque où tu fréquentais ces lieux : de belles maisons en pierre, une église superbe où tu t’es mariée, comme tes ancêtres avant toi, depuis plus de quatre générations que j’ai pu remonter.


Ces lieux ne sont pas sans similitudes avec Saint-Julien où tu as vécu après ton mariage le 28 avril 1761. Tu avais 22 ans, Jean Audibert 49 ans. Et bien, cette différence d’âge ne me gène nullement, j’ai une grande estime pour Jean, mort si rapidement après cinq années de mariage. Le temps de faire quatre enfants… et encore mon aïeul, Jean François est né deux mois après le décès de son père.

Magdelaine, Magdeleine, comment as-tu eu la force, alors que tu étais enceinte, d’enterrer ton deuxième bébé, âgé d’un an en 1764, puis ton époux mort si brutalement en 1766. Ensuite de tenir l’auberge, d’élever ces trois pitchouns ? Tu étais si seule.



A Grambois, nous avons marché sur ces rues pavées avec des escaliers muletiers, comme les familles Allier, Bounaud, Asse,etc. ont pu le faire depuis des siècles.


cliquer pour agrandir

Tes ancêtres : Francois, Joseph, Dominique, Anthoine, ALLIER étaient ménagers; ils possédaient la terre qu’ils cultivaient.

Justement, il y existe encore un lieu-dit Les Alliers.

Tu penses bien que je suis allée voir ces bastides, en supposant que c’était là que demeurait ta famille. Je ne sais pas quelle maison tu as connue. Au XVIII la famille Allier est devenue prospère, les enfants étaient nombreux, il y a deux corps de logis disposés en U. Le pigeonnier carré, le puits couvert d’une coupole, le four à pain ont été conservés.

Grambois, Les Alliers

Tu serais bien étonnée de voir comme ce groupe de fermes a été rénové avec soin, elles accueillent des touristes étrangers actuellement.

Grambois, Les Alliers

Combien de fois, Magdelaine et ta famille, avez-vous parcouru la route entre Grambois et Saint-Julien ?
Grambois vu des Alliers
Entre ces deux bourgs la route serpente longuement dans la verte Provence des forêts.

A l’approche de Mirabeau, Saint-Julien apparaît tel le rivage des Syrtes émergeant de la brume de l’aurore (disait mon génial professeur de français qui habitait Mirabeau).
Traverser la Durance devait être une épreuve car le bac affrontait les eaux tantôt tumultueuses tantôt asséchées. 
Chaque fois que je passe à cet endroit je pense à toi encore Magdelaine.

2016-08-26

Magdelaine, jeune veuve en 1766

Dans l’article précédent, nous avons été témoins des dernières volontés de Jean Audibert qui est décédé le 17 juin 1766.
On trouve dans ce même registre plusieurs actes témoignant des affaires que sa veuve a dû gérer, elle est toute jeune, elle a 25 ans et vit loin de sa famille qui demeure de l’autre coté de la Durance à Grambois en Luberon.

Laissons Magdelaine montrer comment elle se débrouille au cours des premières semaines de son veuvage. C'était il y a exactement 250 ans. 


- Ma chère Magdelaine,j'ai raconté plusieurs épisodes de ta vie et les lecteurs de ce blog me demandent de tes nouvelles pour le #RDVAncestral.
Comment s'est passé cet automne 1766 ?

Je devais être courageuse c’est ce que tout le monde me disait. Jean est parti si vite, cinq années de mariage et la mort l’a emporté en quelques jours. Dans ses dernières heures, il m’a demandé de bien m’occuper de nos petits, il m’a fait ses recommandations, me disant qu’il avait confiance en moi.
Je ne suis pas aussi instruite que mon mari, je ne sais pas écrire, ni signer, mais il fallait que je sache compter et m’organiser pour survivre et élever nos trois enfants.
J’ai passé plusieurs actes dont j’avais besoin, ils sont écrits dans les registres de maître Bon et de maître Jauffret.


Le jour de 4 septembre 1766 où je suis allé céder la ferme de droit de fournage, j’étais accompagnée « avec l’assistance et authorization et du consentement exprès de François  Allier, mon père ».

Vous croyiez que la femme demeure une éternelle mineure n’ayant pas la gestion de ses biens, ni la tutelle de ses enfants. Et bien… mon défunt mari m’a « nommée tutrisse et administaraisse » ainsi que le notaire en a fait lecture le 13 septembre. Pour l’insinuation du testament, il a fallu payer 52 livres 14 sols et 11 deniers.

 oliviers et amandiers 
Le 16 septembre j’ai donné un bail à mégerie, pour quatre années, de trois terrains que notre famille possède.
Une mégerie (miège signifie demi), c’est un bail à moitié, dans lequel on partage les récoltes en échange des soins des cultures. Chacun y trouve son compte, pour moi je ne vais pas travailler sur les terres puisque je dois m’occuper des enfants et de l’auberge. Cela m’enlève un souci car je ne puis émonder les oliviers tailler la vigne, récolter les amandes et les olives... et les gerbes que ledit Gillet s’oblige de charier le tout et fouler à ses frais et dépens.

Bail à mégerie 16/9/1766
et quant aux gueres consistant en la terre dit de la Condaminée guerée de deux railles, les deux autres terres en restouble qu’il le sont a la fin de la megerie ledit Gillet s’oblige de laisser dans le meme etat qui les trouve  
Vous savez que la terre doit se reposer, ainsi les terres moissonnées sont laissées en chaume dits restouble. Le guéret est la terre labourée qui doit rester en jachère partiellement, on n’ensemence que deux railles.
Et quant aux fumiers les parties ont convenu d’y mettre auxdites terres la moitié chacun de son chef . Et la semence pour ensemencer elle sera fournie par egalle part par chacun de nous. 

Ce terrain des Condamines, Jean venait de l’acquérir en septembre de l’année précédente. L’acte d’achept est dans le même registre. Antoine Berne, le vendeur avait besoin d’argent pour la dot de sa fille Françoise. Il reçoit 10 livres le jour de la signature et les 150 livres restantes sont payées par l’acheteur en un parts de mariage. Jean pouvait ainsi agrandir sa propriété qui confronte celle-ci au levant.


A la fin de l’été, ce n’est pas encore la période pour cueillir les olives et les vendre au moulin à huile.
 En attendant, il a fallu faire rentrer de l’argent. J’ai emprunté 169 livres à Guillaume Hugou, le maître cordonnier, un ami qui était présent au chevet de Jean. Au titre de cette amitié il a eu la gentillesse de me prêter sans intérêts, je lui rendrai en septembre de l’an prochain. Pour écrire cette reconnaissance de debte,  le 8 octobre, le notaire, Maitre Bon s’est cru obligé de préciser qu’il est venu « dans la maison où elle habite attendu son infirmité ». Je n’ai pas osé lui dire que ce n’est pas une maladie que d’être enceinte.

L'an mille sept cent soixante six au mois d'octobre,  sépulture, baptême
Le 12 octobre, on a enterré ma belle-sœur. Magdelaine Maillet épouse Audibert, nous sommes quasi homonymes et cela me gène un peu. Je ne suis pas allée au cimetière, je me sentais trop lasse.
Jean François est né le lendemain, lundi 13 octobre. J’aurais tellement voulu que ce petit connaisse son père. Je vais le chérir beaucoup ce petit orphelin qui porte son prénom. Si c’était une fille, elle se serait appelée Françoise pour remplacer mon deuxième bébé qui a vécu si peu de temps.

Ma sœur Marguerite est venue  m’aider, j’ai vraiment apprécié sa présence, je lui ai demandé d’être la marraine de mon bébé.

Quittance, le 14/10/1766
Ah, les méchants, j’en suis encore toute retournée ! Mes neveux se sont empressés de venir me voir. Même le notaire et les deux témoins ont pensé que je méritais plus d’égards « attendu mon incommodité ». Ce n’était pas une visite pour souhaiter la bienvenue à mon pitchoun qu’ils m’ont faite ce 14 octobre, lendemain de sa naissance.  Catherine, Rose et Joseph sont venus me réclamer « 30 livres 5 sols principal et 25 livres 14 sols trois deniers pour les insterets à quoy se montent lesdits insterets des dix sept années procedant la susdite somme de 30 l 5 sols pour le leg à eux faits ». Il s’agit de l’héritage de leur grand-mère, Françoise Gaillardon (sosa 345) que Jean aurait encaissé sans leur donner leur part. De surcroît, ces mauvais bougres ont eu le culot de demander les intérêts et même la part d’Élisabeth, leur défunte sœur. C’était une faute de Jean de n’avoir pas payé cela plus tôt, mais franchement était-ce bien le jour de me réveiller alors que j’ai tant besoin de repos ! et leur pauvre mère morte depuis dimanche aurait eu plus d’égards pour nous.
Ils s’en sont retournés et « sont comme contents et satisfaits ont tenu et tiennent quitte ladite delle Allié »

Source des actes : AD 83, registres de notaires 3E14 475
Bibliographie
Thérèse Sclafert, Usages agraires dans les régions provençales avant le XVIIIe siècle. Les assolements

2016-08-19

En 1766 Jean Audibert dicte son testament


A la recherche du testament de Jean Audibert, depuis l’an dernier, je consulte les registres des notaires et découvre que notre aïeul (sosa 172) a laissé beaucoup de traces.
Son décès m’a attristée et j’ai essayé d’en connaître les circonstances.
Aurait-il fait un testament ?
Dans le registre du notaire Pourcelly 3E14 502 c’est une déception, malgré la fourchette de dates
(1765-1771) il n’y a pas de testament. J’ai pourtant regardé tous les folios avec un grand espoir. Je me résous à rentrer bredouille ; néanmoins, j’ai photographié un certain nombre de feuillets concernant des actes passés par d’autres de mes ancêtres. Il se trouve même le début d’une page concernant la veuve de Jean Audibert, Magdelaine Allier. Je raconte cette découverte inattendue dans l’histoire du Four à pain
Lorsque je réussis à obtenir l’intégralité du document, j’ai la confirmation de l’existence d’un testament aves les précisions sur la date et surtout le nom du notaire, Maître Bon.
D’ailleurs, j’aurais pu trouver ces renseignements dans la table des testaments que les AD du Var ont mis en ligne dans les Archives du contrôle des actes et de l’administration de l’Enregistrement.

Jean Audibert, hôte à St-Julien, âgé de 54 ans, est décédé le 17 juin 1766.

Cette année, munie des cotes, je me rends une nouvelle fois aux AD de Draguignan.
Avant de lire ce fameux testament, je tourne les pages du registre avec intérêt.
Je photographie plusieurs actes que je ne prends guère le temps de lire, tant je suis impatiente d’atteindre ce que je cherche.
Il s’avère que cette lecture sera intéressante pour rencontrer d’autres personnes du village, des ancêtres et leurs voisins.

Le voilà le testament nuncupatif de Jean Audibert, fait le 15 juin 1766 ;
le testateur est mort deux jours plus tard.


Que m’apprend-il ?
Jean n’est pas décédé de mort violente, ce n’était pas un accident comme je le supposais.
« lequel de son gré quoyque detenu dans son lit malade de maladie corporelle sain pourtant de sens ferme parolle ouïe vue et connoissance a resolu de faire son dernier et vallable testament nuncupatif et ordonnance de derniere vollonté»
Dans la chambre du mourant, parmi les témoins se trouvent trois prêtres, un chirurgien, un notable et quatre artisans. C’est dire comme l’heure est grave, le malade a conscience que la fin est imminente. Il a recommandé son âme à Dieu, ordonné ses funérailles et  demandé que « luy soit dit douze messes basses de requiem ». 

Jean a pris ses dispositions pour l’avenir de sa famille.
C’est Jean Joseph Audibert qu’il institue comme son héritier. Son petit garçon est âgé de quatre ans. La trace de celui-ci se perd, il semble qu’il vive ensuite à Marseille …
En attendant la majorité de son fils aîné, Jean « a légué et lègue touts les fruits et usufruits de tout son bien et héritage à Magdelaine Allié son épouse ».
Elle est chargée de nourrir et entretenir leurs enfants jusqu’à l’âge de 25 ans. 
Leur fille Cécile recevra 1000 livres lorsqu’elle s’établira.
Mais il n’oublie pas cet « héritier posthume qui naîtra de la grossesse de Magdelaine ». En effet, Jean François Marcel (sosa 86) viendra au monde quatre mois plus tard. C’est lui qui tiendra l’auberge de ses ancêtres.
Jean avait prévu que son fils aîné s’occupe de sa mère… mais je crois qu’elle a habité dans notre maison avec Jean François et qu’elle allait souvent chez sa fille Cécile à Barjols où elle est décédée.
Alors  que ses dernières volontés sont rédigées et que tous s’apprêtent à signer, Jean pense qu’il doit ajouter encore ces précisions « et avant signé led[it]testateur dans le cas où à la majorité accomplie de sond[it] héritier iceluy viendroit à se separé de lad[it]e Magdne Allié, il oblige sond[it] héritier de lui donner une chambre garnie suivant son état, soit dans la maison ou ailleurs à la lad [it]e Allié sa mère pour en jouir sa vie durant » 
On voit que cet homme estimait sa femme, par lui «  nommée tutrisse et administaraisse » « sans qu’elle soit obligée de rendre aucun compte à ses enfants » 
« et luy a de plus legué à lad[it]e Magdne Allié ususfruit et jouissance d’une terre qu’il possède en ce terroir quartier des Condamines la vie durant» Mais regardons la précision qui suit : « toutes fois en gardant l’etat vidual ». 

Magdelaine avait 25 ans, elle ne s'est pas remariée.

Comparons la signature d’un homme en pleine forme quelques mois auparavant


et sa dernière signature le 15 juin 1766


Jean « a élu sa sépulture dans celle de feu son père », il repose à Saint-Julien. Ses confrères Pénitents blancs vont s’occuper des funérailles.


2016-08-05

Barjols, 1827, Gertrude et sa cousine Claire Marie

Coule l'eau des fontaines à Barjols



Le billet précédent illustrait l’intérêt de feuilleter les pages des registres BMS de Barjols pour retracer la vie de la famille de Cécile. Même si ce n’était pas mon projet d’étudier cette famille, issue de la sœur de mon ancêtre, cela m’a permis de comprendre les alliances et les événements qui ont constitué notre famille. J’étais à la recherche de la branche native de Barjols, dans la forêt de mes ancêtres Fave qui me pose problème, car c’est un patronyme répandu dans un bourg voisin que je ne fréquentais guère. J’ai tourné quantité de pages de registres où j’ai trouvé beaucoup d’autres informations que celles que je cherchais.


On peut se demander quel est le lien entre cette tante et sa nièce, chacune d’elle ayant épousé un boulanger de Barjols, mais poser la question c’est déjà avoir en partie la réponse.

Donc Claire Marie Audibert (sosa 43) se marie en 1820 avec Marcel Fave (sosa 42) boulanger à Barjols. Sa tante Cécile, femme de boulanger a arrangé les épousailles, en accord avec sa belle-sœur Thérèse, je pense qu’elles s’entendaient bien.
Cécile, elle-même fille d’aubergiste à St-Julien avait épousé en 1785 un boulanger de Barjols, sa nièce Claire Marie suit exactement le même parcours en 1820, mais son mari viendra s’établir à Saint-Julien. Ils marieront une de leurs filles, Joséphine Claire, à Polyeucte Rodolphe Payan fabricant tanneur, la tannerie était prospère à Barjols.

Voilà une explication totalement plausible qui pourrait suffire pour expliquer les choix de conjoints.

Où l’arbre croît, se croise, et se complexifie 

pour devenir encore plus intéressant

au clic pour agrandir

Lorsque je consulte un registre je note soigneusement les personnes qui peuvent se rattacher aux arbres. Les liens s’avèrent surprenants, voyez ce que nous apprend l’acte de mariage de Gertrude, la fille de Cécile, cousine de Claire Marie. En 1827, elle épouse Jean Antoine Faubert.

Ce nom m’interpelle car un certain Antoine Faubert, fils de sieur Jean Antoine Faubert, aubergiste à Barjols, second mari d’Anne Simon, la grand-mère de Joseph Fave, apporte par procuration le consentement de cette ayeule au mariage de Claire Marie et de Joseph Fave.
Jean Antoine Faubert est un personnage intéressant, il mérite que je passe la soirée à me perdre dans sa généalogie qui n’est pas la mienne.
Il se trouve qu’il est le parrain de Toussaint Antoine fils de Pierre Claude Bagarry (sosa 170) et d’Anne Simon (sosa 171) . Donc, Anne a épousé le parrain de son fils.
J’ai constaté que dans certaines branches les veuves et les veufs se remarient plusieurs fois, avec des conjoints dans la même situation ; ils ont en outre des enfants qui deviennent veufs et se remarient etc.  Cette situation produit des arbres complexes mais passionnants. Ce cas, inexistant dans de longues lignées, apparaît de manière récurrente dans d’autres. On pourrait approfondir les hypothèses dans le champ de la psychogénéalogie...

au clic pour agrandir
Examinons l’arbre qui s’accroche à celui de ma vieille ancêtre Anne Simon (sosa 171). Elle avait déjà épousé un veuf en premières noces, la voici ensuite marié avec un double veuf. (Cet arbre ne montre que les individus que j’ai rencontrés, il y a sûrement d’autres enfants.)
Jean Antoine Faubert qui exerce les métiers d’aubergiste, de cuisinier, de traiteur, selon les époques, est le fils d’Antoine Faubert muletier. Aubergiste et muletiers sont des professions qui s’associent souvent.
Jean Antoine Faubert s’est marié trois fois, il est le père de deux fils nommés … Jean Antoine Faubert. Celui qui est né en 1802 a épousé Gertrude Burle, il est aubergiste.
Gertrude accouche le 8 octobre 1829 d’un enfant mort-né. Quelques jours plus tard, le 23 octobre, la voilà veuve. Qu’est-il arrivé à mari qui est mort là ?

 Gertrude épousera un autre aubergiste, sept ans plus tard.



2016-07-29

Barjols, 1801, une visite à Cécile Audibert

Nous avions rencontré Cécile toute jeune fille, elle avait vingt ans à la veille de son mariage, en novembre 1785. Elle a quitté notre village pour vivre dans la famille de son mari, Joseph Burle, maître boulanger à Barjols.


J’ai souvent pensé à Magdelaine Allier (sosa 173) qui devait aller voir sa fille. Barjols est distant de 25 km de Saint-Julien.

Allons leur rendre visite dans le quartier de la Grand'rue à Barjols, au début de l’année 1801.
A cette époque-là, Cécile a 36 ans, elle va bientôt mettre au monde son cinquième enfant.
Magdelaine est sans doute présente lors du romérage le 16 au 19 janvier. Il s’agit de la fête votive, celle de saint Marcel, le patron de Barjols qui a inspiré le prénom de tant de garçons. C’est une fête spéciale qui mêle les danses païennes et les rites catholiques. Dans l’église, le curé et ses paroissiens dansent les tripettes devant le buste du saint. Les bravadeurs tirent des salves de tromblon, la procession s’achemine à la rencontre du bœuf gras tout enrubanné. Les messes, les danses, les farandoles au son du fifre et des tambourins se succèdent; le troisième jour est celui du sacrifice du bœuf qui sera rôti et dégusté par la population.

Devinez quel prénom porte le nouveau bébé de Cécile ? 
Je suppose qu’elle a fait le vœu d’avoir un fils pendant la messe du romérage.
Hipolite Marcel est né le 26 janvier. La jeune maman a besoin de l’aide de sa mère encore bien vaillante à l’âge de 62 ans.
Mais que lui arrive-t-il ? Le 22 pluviôse an 9, Magdelaine gamberge, elle se sent bien fatiguée. Elle meurt brutalement à 10 heures du soir. Son petit-fils, nouveau-né, n’a que deux semaines. Voilà Cécile bien désemparée, elle va faire prévenir son frère Jean François, aubergiste à Saint-Julien. Cécile pleure sa maman. 
De plus, elle est très inquiète pour son petit Joseph Laurent âgé de 2 ans et demi lequel est bien fiévreux. Le lendemain, à la même heure de 10 h du soir, l’enfant ne respire plus. Cécile pleure deux fois plus, si une telle chose est possible.

Quel triste enterrement !  La grand-mère et son petit-fils se sont suivis en quelques heures !

Voici l’acte de décès de l’enfant (AD 83). Il contient une erreur sur le nom de sa mère qui est appelée Magdelene Audibert, du prénom de la grand-mère décédée le jour d'avant.


Lisons attentivement l’acte de décès de Magdelaine Allié, lequel pourrait encore nous induire en erreur. Elle n’avait pas 64 ans, mais 62 ans et deux mois. Née à Grand Bois qui ne se trouve pas dans les Basses-Alpes mais dans le Vaucluse. Je sais maintenant qu’il s’agit de Grambois que je vous présenterai dans un prochain article; rassurez-vous, je connais aussi le nom de sa mère que les témoins ignoraient. Cependant, on apprend que Magdelaine « se trouvait cazuellement à Barjols» ce qui confirme que cette bonne grand-mère était venue à Barjols à l’occasion de l’accouchement de Cécile.



Cécile et Joseph ont eu huit enfants 

Famille de Cécile Audibert _(clic pour agrandir)

Les prénoms des enfants décédés seront réutilisés par les suivants.
Élisabeth c’était la grand-mère d’Élisabeth « Cécile » qui a donné son prénom à ses deux fillettes L’aînée, Françoise Élisabeth est née six ans après le mariage de ses parents, elle n’a vécu que 25 mois. Sa cadette Élisabeth Fortunée aura-t-elle eu une meilleure fortune ? Je ne sais.
Joseph Laurent qui vient de mourir porte le prénom de son père qui devait être heureux d’avoir enfin un fils et celui de son oncle Laurent Burle, potier à terre.
Magdelaine a porté sur les fonts baptismaux, le 29 vendémiaire de l’an 8, sa petite fille, Ursule Magdelaine.



Cécile n’a pas eu de chance avec ses bébés, j’étais triste pour elle en notant autant de décès ; et encore, je n’ai pas examiné tous les registres BMS de Barjols.

Joseph Guillaume a vécu seulement quinze mois.

Françoise Clémence avait trois mois, ce qui me pose question c’est qu’elle morte à Saint-Julien. Était-elle en nourrice ? Sa mère s’occupait de la vente du pain à la boulangerie ; à l’âge de 42 ans, la charge d’un nouveau né supplémentaire devait la fatiguer, elle a pu se décharger de cette toute petite fille. L’aurait-elle confiée à la femme de son frère Jean François ? Thérèse avait 41 ans, elle-même devait être bien occupée avec son neuvième enfant, né deux mois avant Françoise Clémence, mais elle pouvait allaiter sa nièce qui aurait alors vécu dans notre maison. En tout cas, c’est le père de Thérèse, Pierre Philibert qui est allé faire la déclaration du décès de la petite, en 1806.

Quant à Gertrude, il sera intéressant de s’attarder sur sa vie, dans le prochain article.