2026-03-14

Abjuration et conversions


Dans le dernier article, nous remontions la branche des ancêtres protestants d’Annonay. Intéressons-nous à présent au parcours des générations suivantes.

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Leurs descendants qui s’affichent ici sur quatre générations sont tous baptisés au temple protestant. Observons leur choix de religion au cours de leur vie.


Antoine Barou, fidèle protestant

Nous avons déjà rencontré Antoine Barou qui a été inhumé en 1786 dans le cimetière protestant de l’Hôtel-Dieu de Lyon. Il s’est marié, en 1751 à l’église de Fourvière, avec une catholique. Ils avaient auparavant fait baptiser leur fils Pierre Antoine dont j’ai eu la surprise de trouver la date de naissance dans cette circonstance imprévue.

 

Abjuration de Louis Barou 


L’union du couple des deux cousins germains d’Antoine : Jean Barou et Jeanne Barou est célébrée le 5 février 1713, dans l’église Sainte-Croix de Lyon.


Louis Barou, le père de Jeanne, avait acquis le statut de bourgeois de Lyon, par lettre de bourgeoisie, le 23 septembre 1717. En suite de quoy, il a fait et preté le serment de vivre et mourir en la religion catholique. 

AML BB/444 


Le jour où il a voulu épouser une jeune femme catholique, il avait déjà choisi de renoncer à sa religion protestante.


Je soussigné custode de Sainte-Croix en l’Eglise de Lyon ayant pouvoir spécial de Messire Claude de Saint-Georges, archevêque-comte de Lyon, primat des Gaules, déclare que le 24ème septembre de l’année présente 1695 après plusieurs instructions faites en particulier et après avoir trouvé les dispositions nécessaires pour embrasser la foi de l’Eglise romaine j’ay receu l’abjuration de la religion prétendue réformée qu’a faite entre mes mains Sieur Louis BAROU marchand drapier de cette ville de Lyon, au pied du grand autel de Sainte-Croix en profession publique solennelle de la religion catholique, apostolique et romaine dans laquelle moyennant la grâce de Dieu il veut vivre et mourir.

L’acte d’abjuration est enregistré le 24 septembre 1695 et il se marie le 3 novembre dans la même église Sainte-Croix. Il se déclare alors paroissien de Saint-Nizier.

Jeanne qui naît dix mois plus tard est portée sur les fonts baptismaux par sa cousine Marguerite.

 

Marguerite Barou, marraine à l’église, reste protestante

Il est intéressant d’aller voir le mariage de Marguerite Barou avec Louis Tourton, vingt ans auparavant, le 7 avril 1676 à Annonay. La cérémonie est célébrée au temple. Les invités ont dû se régaler ensuite, car il est marchand confiseur. 

Marguerite comme son frère Antoine « est inhumée dans l’Hôtel-Dieu de Lyon au lieu destiné pour la sépulture de Messieurs de la religion prétendue réformée, le 20 avril 1738 sur les 11 heures du soir ».

En effet, les enterrements se font nuitamment dans ce cimetière particulier.


Hôtel-Dieu de Lyon _ Falcon® CC BY-SA 2.0 via Wikimedia Commons 


Lyon a été une cité protestante au 16e siècle.


À la génération suivante, tous sont devenus catholiques


Les trois filles de Jean Barou (sosa 746) se sont mariées dans l’église Notre-Dame d’Annonay.

Le seul acte de baptême que j’ai trouvé dans cette église est celui d’Élisabeth en 1741. Je suppose que ses sœurs ont été baptisées là.

Marguerite (notre sosa 373) s'est unie avec Laurent Pérouse, un officier d’infanterie, issu d’une famille où il n’y a aucun protestant.

Antoine qui était négociant s'est rendu à Saint-Etienne dans l’église Notre-Dame pour épouser sa femme, le 21 octobre 1760.

Je me suis intéressée à son témoin que l’on imagine dans l’uniforme militaire avec beaucoup de panache. Son beau frère, Just Gabriel d’Estezet de Saint-Cierge remplit les fonctions de lieutenant de cavalerie et commandant du roi dans le Haut-Vivarais. Il habitait avec Marie dans son château d’Estezet à Colombier-le-Jeune. 

Élisabeth « a été ensevelie dans le tombeau sous le clocher de l’église de Tain » le 20 janvier 1773. Elle avait 31 ans et cette femme épuisée venait de donner naissance à son onzième enfant ! Douze ans auparavant, elle avait épousé, Marcelin de Loche avocat en parlement. 


Au fil du temps, tous les membres de notre famille élargie se convertiront au catholicisme à la fin du 18e siècle. Ils ont toutefois gardé des réseaux de relations avec des personnes protestantes ou récemment converties.

 

L’article précédent : «Soirée debienfaisance au théâtre» montre l’investissement de Pierre Antoine Barou du Soleil comme administrateur élu dans l’Institut de bienfaisance. On constate que d’autres administrateurs avec lui étaient protestants.

Sans surprise, Pierre Antoine Barou fait partie des francs-maçons, je m’en doutais et je viens de découvrir une source qui le confirme. Beaucoup de Protestants lyonnais sont francs-maçons. Pierre Antoine qui comptait quantité d’amis devait être entouré de personnes qui partageaient ses valeurs. Si je peux en savoir davantage, j’essayerai écrire un article sur ce sujet. 

 

Cet article est la suite du précédent :

Des protestants à Annonay au 16e et au 17e siècle


Archives de Lyon, Lettres de bourgeoisie https://recherches.archives-lyon.fr/ark:/18811/379d2kg8zfjp/0b25414e-6262-42f3-9613-72c77bb18c7b


2 commentaires:

  1. Bonjour
    Je pense que Louis n'a pas eu d'autre choix que "d'embrasser la foi de l’Eglise romaine". Il a gardé sa foi calviniste durant 10 années après les grandes abjurations contraintes de 1685. Vous remarquerez la description qui en est faite, devant le grand autel, en profession publique solennelle. Il est mis dans l'obligation de le faire savoir publiquement.
    Il est protestant d'Annonay, mais on le trouve installé comme confiseur à Lyon (il y en a d'autres venant aussi d'Annonay à la même époque et aussi confiseurs).
    Je pense qu'il a du fuir le Vivarais, comme beaucoup, se réfugiant soit dans des grandes villes comme Lyon, soit à Genève pour les lieux les plus proches.
    En 1741 il n'est plus possible en France de pratiquer le calvinisme. Pour en pas avoir trop de soucis, un grand nombre de protestants se marient et baptisent leurs enfants à l'église catholique, les pères ne se présentant pas lors de la cérémonie de baptême de leurs enfants.
    Enfin, pour les sépultures, la déclaration du roi du 9 avril 1736 impose des dispositions contraignantes aux protestants pour pouvoir faire inhumer leurs morts. Les curés refusent la sépulture au prétexte que le décédé est né de parents protestants, pour satisfaire à la déclaration du roy. Il leur faut faire la déclaration de mort auprès d'un officier de police en présence de témoins qui attestent la vérité, prêtant serment les mains mises sur les saints évangiles, et déclarant avoir vu le cadavre dans le lit de mort qu'ils ont bien reconnu.
    Pour éviter les soucis, l'inhumation est autorisée, mais dans des conditions de plus en plus strictes, sur le nombre de personnes du cortège, pouvant être limité à 4 (il faut porter le corps) et souvent de nuit, parfois au fond du jardin.
    Ce que j'écris là, je l'ai lu dans des actes concernant ma famille à Annonay.
    Les protestants sont encore souvent enterrés à part (cf cimetière de l’Hôtel Dieu à Lyon, magnifique cimetière protestant à Nîmes).
    Il fallait être déterminé pour poursuivre sa foi sans faiblir, sans compter tous les problèmes de transmissions de biens au décès d'un homme, dans la mesure où le mariage en dehors de l'église catholique (en Suisse ou au désert) n'était pas reconnu par l'administration royale.
    Il faudra attendre 1787 et l'édit de tolérance pour que cela disparaisse.
    Mes arrières grands-parents maternels allaient à pied au temple de la rue de la lanterne à Lyon depuis Saint-Cyr-au-Mont-d'Or chaque dimanche fin du 19ème siècle.
    Merci de votre article. Je vous ai envoyé en MP des documents sur le sujet.
    Catherine

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    1. Merci pour ce message et toutes les informations détaillées. J’ai bien reçu le document que je vais prendre le temps de bien lire avec tous les liens.

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