2022-11-01

Avec 26 lettres pour écrire

 

De A à Z, 26 lettres pour s'écrire

Ce ChallengeAZ 2022 sera épistolaire.



A

vec 26 lettres de l’alphabet, nos ancêtres et leurs cousins ont écrit des centaines de lettres. Quelques-unes sont parvenues jusqu’à nous. Elles dorment depuis plus de cent ans, bien rangées dans des boîtes, regroupées par destinataires, attachées par des rubans fanés pour les plus romantiques. Certaines sont restées dans leur enveloppe, d’autres froissées, cassées, écornées ont été lues et relues. 



Il y a une dizaine d’années, j’avais envoyé un message à une personne en lui demandant si son aïeul était aussi le nôtre. Ce cousin s’est révélé charmant et plus proche que ce que je pensais, il se trouve d’ailleurs que nos enfants fréquentaient les mêmes lieux.

À l’occasion de rencontres sympathiques, sa famille m’a confié plusieurs boîtes d’archives que j’ai explorées, inventoriées, lues, et numérisées. Elles contiennent des correspondances que nos ancêtres ont adressées à leurs familles élargies, à leurs cousins, à leurs amis...




Écrire constitue un rituel pour maintenir les relations familiales. 

C’est souvent une activité féminine qui est valorisée au XIXe siècle.

« Les femmes ont pour mission de préserver le havre familial, d’assurer sa survie, de gérer son fonctionnement présent et son avenir. À elles de veiller à ce que chacun trouve et garde sa place. À elles de tenir la plume lorsque la famille se disperse. »[1] 

Elles écrivent des lettres pour annoncer les naissances, pour faire part des mariages. Le besoin de communiquer ouvre un espace d’expression de l’intime, pour se réjouir, mais aussi pour consoler les peines et les deuils et témoigner de la solidarité familiale.

 


Autour de la tante Zélia, remarquable épistolière, autour de ses nièces Marie et Angèle, puis Jeanne l’épouse d’Honoré et leurs enfants, tout un réseau de sociabilité s’est ainsi constitué. Pour m’y retrouver, j’ai planté un bel arbre généalogique enrichi de photos. Il rassemble aujourd’hui 757 personnes qui vivaient au XIXe siècle. Aucune ne s’en doute, mais je connais leurs secrets.

Conserver

Au fil du temps et des aléas de la vie, la plus grande partie des lettres disparait. Je me souviens de feux dans notre jardin, allumés pour détruire les courriers de mes grands-parents.   

Cependant on peut espérer que d’autres fonds de correspondance dorment dans des greniers de cousins ou de descendants inconnus.

Dans son testament en 1913, Jeanne D. écrit :

« Par égard pour la qualité d’aîné de mon fils Jean, je lui laisserai tous les papiers de famille. Je lui laisse aussi les lettres de famille que j’aurai conservées. Il brûlera ou gardera ou remettra aux autres membres de la famille ce qu’il jugera convenable. »

Jean est mort trois ans après sa mère, et ses frères ont su stocker les archives dans de belles boîtes en carton.   


Plusieurs thèmes contenus dans ces lettres m’ont donné l’occasion de présenter ces archives lors de conférences auprès de mon groupe de chercheurs Patrimoine et familles du Lyonnais (association SGLB*).











Ce challengeAZ sera l’occasion de raconter ces lettres dans les billets du mois de novembre 2022.

 


[1] S'écrire au XIXe siècle. Une correspondance familiale. (C.Dauphin et D.Poublan eds.) 

https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=S%27%C3%A9crire_au_XIXe_si%C3%A8cle._Une_correspondance_familiale.&oldid=57430

*SGLB : Société Généalogique du Lyonnais et du Beaujolais

2022-10-04

La reine


La reine est morte, vive le roi !

Le décès d’Elisabeth II a touché énormément de personnes dans le monde. Autour de moi des amies émues, attristées, suivent l’actualité et regardent des documentaires.

Des jeunes optent pour une position plus distante. Sans être monarchiste, il est nécessaire de leur expliquer que la reine d’Angleterre est considérée comme une icône. Elle peut paraître inutile, mais sa fonction spéciale confère au sacré.

J’ai dit à mon fils qu’il raconterait plus tard à ses enfants que durant cette semaine-là, nous étions ensemble à Londres.

Il se souviendra des drapeaux en berne, il témoignera de l’hommage de la foule formant une immense queue pour apporter : un bouquet, une larme ou une pensée émue devant le cercueil.

 

Londres 16-09-2022


La reine, une grand-mère.

Après l’annonce de son décès le 8/9/2022, pour quelqu’un qui s’intéresse à la généalogie, le geste c’est de consulter les arbres pour les dérouler.

Élisabeth -> Georges -> Victoria ->…. Remonter la branche des souverains longtemps, longtemps. Explorer son arborescence ascendante dans laquelle on risque de se perdre. Je tiens la barre jusqu’au XIIe siècle où régnait la dynastie des Plantagenêts.

Donc, Elisabeth n’est pas ma grand-mère, mais sa grand-mère est aussi la mienne.

En effet ! Elisabeth descend, comme moi, d’Aliénor d’Aquitaine. En ce qui la concerne, c’est moins incertain que pour moi. Allez, nous en avons rêvé, admettons cette hypothèse qui m’enchante.

 

Il était une fois une reine...


Je sais qu’il n’est pas toujours bien vu de revendiquer des origines en 1100; de surcroît, les anciens aïeux nobles sont sujets à caution.

N’empêche que lorsque j’ai raccroché Jean d’Apchier (mon sosa 5780) à sa bisaïeule Anne de Ventadour, puis celle-ci à Aliénor d’Aquitaine, j’ai immédiatement envoyé un message à mes enfants pour leur en faire part. Le point de départ est un de-cujus de famille très modeste vivant dans le Velay, ce qui parait encore plus inattendu.

(voir : https://www.briqueloup.fr/2021/11/n-nobles-au-bois-dormant.html )

 

Aliénor d'Aquitaine et Henri II Plantagenêt, BnF, Manuscrit Français 123, f 229

Aliénor a été reine de France, mariée à Louis VII en 1137, ils avaient alors quinze ans et dix-sept ans. Telle une chevaleresse, elle l’accompagna lors de la deuxième croisade. En rentrant, elle décide de demander la rupture de l’union, laissant ses deux filles à leur père.

Elle tombe amoureuse d’Henri Plantagenet qu’elle épouse huit semaines après le divorce. Henri II devient roi d’Angleterre. Couronnés le 19 décembre 1154 ensemble, ils règnent sur un empire immense.



Enluminure du XIIIe siècle sur la descendance d’Henri II.  The roll of the genealogical line © British Library

Guillaume, Henri, Richard, Mathilde, Geoffrey, Aliénor, Jeanne et Jean.

Aliénor d’Aquitaine et Henri ont huit enfants dont deux semblent être nos ancêtres, selon certains généalogistes :

Aliénor est reine de Castille par son union avec  Alphonse VIII. La petite Aliénor a huit ans et Alphonse quinze ans, lorsque leur mariage est célébré en 1170. Les chroniqueurs la décrivent comme une femme aimable, détenant une puissance politique qu’elle partage avec son époux.  

Jean né à Oxford en 1166, étant le plus jeune, il ne devait pas régner, alors son père le surnomme Jean sans Terre (John Lackland). Il succède sur le trône d’Angleterre à son frère Richard Cœur de Lion en 1199. Ce n’est pas un personnage sympathique: tyrannique, cruel, selon ses opposants, néanmoins assez bon administrateur.

 

Ce qui est pratique lorsque l’on a peu d’indications sur les individus, c’est qu’il est possible de les imaginer humbles et pourvus de mille qualités. Avec les figures historiques, il arrive que l’on rencontre des gens peu fréquentables. J'ai des réticences pour intégrer dans ma forêt d'ancêtres Jean qui est supposé être le père d'Agnès de la Flèche; des doutes apparaissent sur les sources des arbres dans Geneanet.

 

Londres, Westminster bridge 16-09-2022.


J’ai écrit ce billet dans l’envolée des funérailles royales, j’avoue ne pas être assurée de l'exactitude de tous ces arbres. Pourtant, cela m’a donné l’occasion de rêver à des ancêtres putatifs en remontant jusqu’au Moyen-âge, et en voyageant de Londres à Oxford.


 Une courte vidéo pour mieux connaitre Aliénor qui repose à Fontevraud :


Qui parmi mes lecteurs est un descendant d'Aliénor d'Aquitaine ?  (J'en connais au moins deux, mais il doit y en avoir beaucoup.) 



2022-09-13

Passer le pont du Verdon

 

Pons et Philipe

Voilà un couple que j’aime bien, sans doute à cause de leurs prénoms.

Au début de mes recherches, j’avais noté Philipa, avant de me rendre compte que Philipe était un prénom féminin. Je n’avais alors guère de compétence en paléographie.

Elle était nommée Philipe Brun(e), puisqu’en Provence on féminise les patronymes.

Elle est  née le 21 juillet 1613 à Saint-Julien (Var). À l’âge de 18 ans, elle épouse Pons Gastaud, il avait 24 ans. Pons n’est pas un prénom rare, cependant mon sosa 3444 est le seul à le porter.

Leur acte de mariage du 20 janvier 1632 m’avait beaucoup plu, lorsque je l’ai découvert au début de mes recherches.

Ne sachant citer le nom de la mère décédée, le curé avait laissé un espace blanc. Je le connais maintenant, je comprends que Suzanne Garcin, la mère de Pons n’était pas de notre village. Peut-être d’Esparron, ce que je n’ai pas pu vérifier; dans ce cas avoir des cousins là-bas sera utile pour une branche descendante que je retrouverai parmi mes ancêtres de l'autre côté du Verdon, comme je vais le découvrir ici.


 Pons Gastaud et Philipe Brun(e) ont au moins sept enfants.

Le dernier est mon ancêtre. Jacques est né le 26 janvier 1655, sa mère a déjà 41 ans.

Jacques Gastaud épouse Honorade ou Honorate Gastaud; quoique puisse laisser penser leur homonymie, ils ne sont pas de la même famille, et Honorade m’ouvre l’horizon dans le village voisin de Ginasservis où elle voit le jour le 1er novembre 1651. Jacques Gastaud exerce comme régent des écoles, il se remarie après le décès d’Honorade qui meurt à 48 ans.

Jacques et Honorade sont les parents de Thérèse Gastaud et les grands-parents de Pierre Philibert, (sosa 430).


 

En écrivant l’article précédent, situé à Quinson puis à Esparron de Verdon, j’ai approfondi mes recherches sur la mère de Jean Roman, (sosa 1292).

J'ai eu la surprise de découvrir que Louise Arène est la petite-fille de Philipe et de Pons.

Donc, Pons et Philipe sont à la fois mes sosas 3444 et 3445 par leur fils Jacques et encore mes sosas 13 542 et 13543 par leur fille Françoise.

 

Le beau barrage sur le Verdon

Mobilité 

Les descendants de Jacques sont toujours restés à Saint-Julien (Var).

Les descendants de Françoise sont nés de l’autre côté du Verdon, à Esparron (Alpes de Haute Provence).


Un bon marcheur pouvait relier les deux bourgs en traversant le Bois du Défend, puis le pont sur le Verdon. Un vieil homme m’a raconté qu'avec les jeunes de Saint-Julien il empruntait ce chemin à pied pour aller danser à la fête d’Esparron; les filles mettaient leurs souliers de bal au moment d’arriver, pour ne pas les user en route.

 

Le pont sur le Verdon

 Ce pont construit en 1725 a remplacé un ouvrage plus ancien à la sortie des Basses Gorges du Verdon. Il est à présent englouti sous les eaux du barrage. 

 

Ewft, CC BY 3.0, via Wikimedia Commons

Il faut aujourd’hui parcourir une longue route qui serpente dans les Alpes de Haute-Provence avant d’atteindre ce joli village d’Esparron-du-Verdon. Il se trouve au bord d'un lac couleur d’émeraude, alimenté par le Verdon. Depuis 1967, le pont n'est plus visible. Je suis souvent allée nager traversant d’une rive à l’autre, au-dessus de ce pont devenu mythique depuis qu’il est noyé sous les eaux du barrage.


Nous l'appellons "Le pont coupé".


Un double mariage des filles de Françoise avec les frères Roman

    Le 25 février 1677,

  Louyse Arène a épousé Mathieu Roman (Sosas 3385 et 3384).

  Thérèse Arène a épousé André Roman.


  L'acte qui scelle les deux familles est bref, les plus proches parents qui les entourent ne sont même pas cités. 

 Louise et Mathieu ont pour fils Jean Roman, (sosa 1692) à Quinson, comme je le raconte dans le billet précédent. 


Il y a bien longtemps, avant que le lac engloutisse le cours du Verdon, il suffisait de passer le pont, pour que mes deux branches d'aïeuls n’oublient pas que nous avons tous les mêmes grands-parents. Ces deux branches vont s'unir deux siècles plus tard, avec le mariage d'Eléonore Fave et Pierre Angelvin.

Cette histoire va me faire rêver lorsque je me baignerai dans le lac. 


Allons au bord du Verdon :

à Quinson,

Passer le pont du Verdon

Noyé dans le Verdon 


2022-09-02

à Quinson

 

Et voilà que mon arbre généalogique se déploie à Quinson. Cela me plaît bien !


Quinson (Alpes de Haute-Provence)

Depuis que j’ai visité le Musée de Préhistoire des Gorges du Verdon, j’imagine mes ancêtres semblables à ces hommes du néolithique qu’il présente.  Bon, je sais que je me laisse emporter dans le tourbillon des siècles et que là, j’arrive bien trop loin. Cependant, ce n’est pas impossible ! La région est riche de sites préhistoriques. Ici, le lieu propice leur offrait une rivière toute verte, le Verdon, des forêts giboyeuses, des belles falaises calcaires abritant des grottes, telle la Baume Bonne.

 


De manière plus tangible, je peux affirmer qu’un couple de nos ancêtres s’est marié à Quinson, le 9 janvier 1713.


Écoutez leurs noms : Jean Roman et Marie Renard. Si j’écrivais un roman, je les choisirais comme personnages. Je parlerais d’une jolie Marie Renard, vous savez la femme qui s’est transformée en renarde, celle de l’opéra tchèque « La petite renarde rusée » ?

Je pense aussi au Roman de Renart, ces récits du Moyen Âge peuvent encore nous parler. 


Jean Roman est fils de Mathieu Roman et de Louise Arène aux jolis patronymes : de roman et  de sable.

Marie Renard est la fille de Jean Renard et d'Anne Allemand, mariés à Riez ; il faut lire ce toponyme à voix haute pour entendre et apprécier les sonorités qui engagent à l’optimisme (Riez !)

Bien sûr, j’ai pensé à Allemagne en-Provence, un village voisin dont le nom a suscité diverses hypothèses, comme celle d'un peuple très ancien venu d’Allemagne…

Ces noms peuvent s’écrire avec des variantes : Reynard ou Renard, Roman ou Rouman… ce qui donne du piment aux recherches. 

Des aubergistes …

Leur fils Jean (sosa 846) est né l’année suivante, le 7 août 1714 à Quinson. Le frère de sa mère, Jean Renard est venu de Riez, car c'est son parrain. Il se montre bien présent par sa signature affirmée sur plusieurs actes et j'aimerais en savoir davantage sur lui. 


Jean Roman, est aubergiste, il est le père d’Anne Barbe Roman qui a épousé un aubergiste, un de plus dans ma forêt provençale.

Et bien voyez-vous, cela ne m’étonne pas du tout d’ajouter ces aubergistes dans mon arbre provençal.  Il en comporte tant d’autres dans plusieurs branches qui au fil des ans vont s’allier avec des familles de boulangers. C'est intéressant de découvrir les métiers et de tirer des liens.


Pour l’heure, je n’ai pu remonter plus haut dans cette branche qui m’engage à ouvrir des registres aux archives du Var ou des Alpes-de-Haute-Provence.

Quinson _ Alpes de Haute Provence,  CC BY 2.0
https://creativecommons.org/licenses/by/2.0, via Wikimedia Commons


Lorsque nous avons visité leurs villages, nous avons mis nos pas dans les ruelles, en cherchant l’ombre et la fraîcheur des fontaines, j’ai aimé pensé à eux tous. 


2022-08-20

S'envoler

 

« Au revoir là-haut »  Antoine l'écrit dans sa dernière lettre. 

Ces mots auraient pu être le titre de ce troisième billet de la série en hommage au grand-père ce héros : S'envoler...






Un cavalier courageux

Antoine a été cité trois fois à l’ordre de l’armée pour des actions d'éclat. Il n’a pas eu le temps de participer à cinq combats aériens ce qui lui aurait donné le titre officiel d’as de l’aviation. (J’ai osé néanmoins illustrer avec l’as de 💛 un billet intitulé ainsi.)

Son courage est déjà attesté le 20 mai 1908, puisqu’il « a reçu une lettre de félicitations pour s’être signalé en maîtrisant un cheval emporté ». Il était alors brigadier au 14e régiment de chasseurs à cheval.


Pilote aviateur de sang-froid

Les cavaliers sont appréciés dans l’armée, on admire leur équilibre à cheval, on suppose qu’ils feront merveille dans l’aviation. Cette nouvelle discipline a besoin de recruter d’excellents pilotes. Lorsqu’une formation est proposée, Antoine se porte candidat sans hésiter.

En mai 1915, à l’issue d’un premier stage, il obtient le brevet d’observateur dans les escadrilles d’Armée.

Par sa fonction : sous-lieutenant observateur, il seconde son chef lors des missions de reconnaissance qui peuvent devenir des opérations de chasse.



Le 11 septembre 1915

Il fait équipage sur le Morane avec le capitaine René Turin, pilote commandant l’escadrille MS 15[1]. Au sud de Savy-Berlette (Pas-de-Calais), le combat s’engage avec deux puissants Aviatiks ennemis.

Une balle atteint la jambe droite du pilote qui perd connaissance et l’appareil est endommagé. Vertigineuse est la chute, car l’avion volait à 2700 m d’altitude. Antoine parvient à rétablir l’équilibre à seulement 700 m du sol. Mais ils se trouvent toujours en zone ennemie. Tout en se faisant copieusement arroser par l’artillerie, il descend à 300 mètres, il franchit la frontière et Antoine réussit à le poser à 150 mètres des lignes adverses. Malgré le choc violent à l’atterrissage, ils s’en sont sortis. Il reste à prévenir Henri, le mécanicien, pour lui demander de récupérer le plus discrètement possible le moteur, les armes et les équipements. Durant la nuit, l’équipe des camarades travaille en silence pour ne pas attirer l’attention des Allemands qui se trouvent à proximité.

Voici la version racontée par Antoine dans une lettre à ses parents le 17/9 :




 Bien Chers Parents

Vous m'excuserez de mon long silence. J'ai eu la chance d'avoir cinq combats aériens depuis quelques jours. J'ai descendu un "Boche" dans ses lignes.

Le 10 de ce mois, j'ai attaqué deux appareils ennemis après les avoir fait fuir une première fois et poursuivi dans leurs lignes, nous nous sommes rencontrés de nouveau. Mais malheureusement au début du combat mon capitaine qui pilotait l'appareil a été touché ainsi que l'appareil qui s'est abattu verticalement d'une hauteur de 2600 mètres. J'ai recommandé alors mon âme à Dieu me préparant à l'horrible mort qui nous attendait. Mais par miracle, car le capitaine avait perdu connaissance, l'appareil s'est redressé à 500 m du sol et nous avons pu gagner nos tranchées après avoir passé à 200 m au dessus des ouvrages ennemis, salués au passage par un feu d'enfer transformant notre appareil en écumoire. Après une chute un peu dure, je me suis tâté je n'avais absolument rien.

J'ai été cité à l'ordre de l'armée et décoré de la croix de guerre avec palme. J'ai été également proposé pour la légion d'honneur.

J'espère que vous serez content de moi et continuerez à prier pour que Dieu ne cesse de me protéger.

Votre fils affectueux

Antoine


Le 26 septembre 1915

Deux semaines plus tard, le courage et le sang-froid du sous-lieutenant Antoine Laplace apparaissent une nouvelle fois remarquables, comme il est décrit dans la citation qu’il reçoit. 

Le Général commandant de la 10 ° Armée cite à l’ordre de l’armée :

Le lieutenant Laplace Antoine, observateur à l’escadrille N. 15.

« Remarquable observateur et mitrailleur plein de sang-froid.

Le 26 septembre 1915, au cours d’une reconnaissance effectuée très bas par suite du mauvais temps, a été atteint d’un éclat d’obus à la cuisse. A cherché à continuer sa mission, et ses forces l’ayant trahi a, aussitôt sorti d’avion, donné les renseignements recueillis. 



Le 16 juin 1917

Il est trop triste Antoine en ce mois de juin 1917. Il se trouve en Lorraine basé sur le terrain d’aviation de Souilly. Ce jeune lieutenant pilote monte dans son avion, il a le cœur gros en pensant à Marie, sa femme qu’il ne reverra plus. Il met le moteur en marche, il faut rester concentré, le SPAD VII décolle, il doit demeurer vigilant. Marie était malade, Marie est morte il y a moins de deux mois, le 24 avril 1917. Depuis que la nouvelle lui est parvenue, Antoine n’est plus qu’une ombre, il se porte volontaire pour des missions difficiles de photographies aériennes. Son avion est pris sous les tirs ennemis, il est touché. Il réussit à se poser sans s’écraser au sol. Il se couche sous son avion et meurt le 16 juin 1917 à Commercy, Meuse.


Voir aussi :

De l'autre côté des combats

La mort ou la vie

Antoine, un As de l’aviation

Marie, jeune épouse dans son nouveau foyer

S’envoler  

Détruire les lettres 

Un télégramme redouté 


 



2022-07-12

Marie, jeune épouse dans son nouveau foyer




Marie 1913

Elle pose son cabas, soupire en voyant le désordre dans leur nouveau petit nid. Les meubles ne sont pas tous arrivés, mais l’appartement commence à prendre de la tournure. Elle a disposé un bouquet de roses parfumées dans le vase qu'on lui a offert, elle l'a placé à côté de quelques bibelots de valeur. «On se croirait chez des gens chics.» Le fourneau vient d’être installé. Elle considère avec satisfaction leurs «quelques emplettes : deux chaises de cuisine, assiettes, verres, seau et pelles à charbon, vase de nuit.» Elle veut tout ranger et commencer l’astiquage.


Ce matin, ils sont sortis juste après le petit déjeuner qu’Antoine a préparé pendant qu’elle s’habillait. Elle choisit l’élégance dans une jupe et une blouse blanche au col de dentelle, mais elle paraît si frêle, elle a serré au dernier cran une ceinture sur sa taille trop fine. Elle a relevé en chignon, la belle masse brune de ses cheveux. Bras dessus, bras dessous, les amoureux ont parcouru ensemble le trajet pour aller jusqu’au Comptoir national d’escompte de Paris à Grenoble où Antoine a déjà en charge la fonction de chef de bureau. Au retour, Marie a traversé la ville toute seule, elle a effectué quelques courses au marché.

Elle noue un tablier et se met à l’ouvrage. Lorsque la table est nettoyée, la vaisselle lavée, elle prépare le repas, une bonne odeur de légumes se répand dans la cuisine, elle goûte pour vérifier la cuisson.

«Ma soupe, autant que possible, je la fais à midi, ainsi je suis débarrassée. J’arrive bien à me retourner, mais ce n’est pas sans embarras, n’en ayant pas eu tant à faire de ma vie.»

Elle occupe son après-midi à la couture, elle est en train de confectionner une nappe et des serviettes qu’elle brode.

 

Mariée depuis quinze jours, Marie est désireuse de devenir une parfaite épouse pour tenir leur foyer. Elle sait qu’elle n’a guère d’expérience, mais elle s’applique. «Je m’en tire gentiment avec l’aide de mon petit mari qui se multiplie pour m’éviter de la peine.» Cependant, elle souffre d’isolement dans cette grande ville enserrée dans les montagnes.

Le soir, elle oublie sa peine lorsqu’elle va attendre son chéri à la sortie du bureau.

Antoine a 25 ans, un an de plus qu’elle, tellement séduisant, il est pourvu de mille qualités : force, beauté, intelligence, il l’entoure de tendresse. Marie fait son possible : «C’est gentil la vie à deux quand chacun a bien à cœur le bonheur de l’autre.» Pourquoi ajoute-t-elle : «Si cela dure ce sera parfait»? Nous savons que leur bonheur ne va vivre que quelques mois, et puis s'envoler (la guerre, la maladie, la mort…) 

Antoine, 1913

— Ma petite Mariette, tu es une épouse merveilleuse. Comme c’est bon de ne plus être seul à Grenoble!

— Oh! Moi je me sens bien seulette, tout au long de la journée quand tu n’es pas auprès de moi. Je me surprends à chanter pour entendre le son de ma voix.

Ce qui me manque ici ce sont des amis, je ne connais personne. À Chambéry, Maman et Fanny m’entouraient ainsi que Papa. J’ai commencé une lettre pour eux. Je veux leur parler d’une machine à coudre qui me serait bien utile pour confectionner des rideaux chez nous.

— Tu ne t’ennuies pas au moins?

— Ce serait bien que tu obtiennes cette promotion dans la succursale de la banque. Aller vivre à Annecy nous rapprocherait de nos familles.

— Ah justement, je viens d’apprendre que ce ne sera pas possible. Il va falloir t’habituer ici à Grenoble. Ne souhaiterais-tu pas avoir un bel enfant pour te sentir moins seule?

     —  … 

Comme c'est émouvant de retrouver la pipe d'Antoine !

Les veillées sont un moment agréable, Antoine allume sa pipe en lisant «La Savoie libérale». Marie se met à écrire une lettre à sa sœur Fanny «Dis à la maman qu’elle conserve les plumes de poules, nos oreillers sont plutôt durs, j’aimerais les rembourrer.» Sa famille lui manque, «J’accepte de bon cœur de t’apporter notre linge à laver, ça c’est mon cauchemar surtout ici où je ne connais personne, pas même ceux qui sont à ma porte.» En attendant le week-end prochain, elle est impatiente de prendre le train pour revenir à Chambéry. 

Sources : lettres de Marie à sa famille 1913-1916


Marie est l'arrière-grand-mère, (sosa 9)

Des récits pour connaître la vie d’Antoine, séduisant comme l'as de cœur :

Antoine, un as de l’aviation

Marie, jeune épouse dans son nouveau foyer

S’envoler (Au revoir là-haut)

Détruire les lettres 

Un  télégramme redouté

De l'autre côté des combats 

La mort ou la vie