2016-06-15

M _ Maître-Maçons


La famille Philibert a donné plusieurs maître-maçons qui ont travaillé à la construction des bâtiments de notre village. J’aime à penser à eux en admirant notre église et je suppose que beaucoup de maisons anciennes sont leur œuvre.
La famille Philibert apparaît très nombreuse (88 personnes portent ce nom dans mon arbre)Elle est encore bien présente dans le bourg. Il a été difficile de reconstituer leur arbre car beaucoup d’homonymes, de frères, de cousins portent le même prénom.
Longtemps je n’ai su comment compléter leur ascendance lorsqu’ils épousaient des filles hors de la commune.

Voici les descendants du couple Jean Philibert et Suzanne Utre, mes ancêtres à la XIème génération
Deux générations de maître-maçons ont laissé des traces :
François Philibert,1659 -1710
Julien, frère de François né en 1662
Joseph Philibert,1695-1768, fils de François.

Remarquons que Joseph comme son oncle Julien se sont mariés trois fois. L’espace géographique des mariages s’étend, leurs premières épouses étant natives dudit lieu, les suivantes de bourgs plus éloignés. Joseph a épousé Thérèse Gastaud (sosa 349), puis Magdalaine Gastaud,(qui n’ont pas de lien de parenté) et Marianne Audibert âgée de 18 ans, lui avait 52 ans. Il a deux fils prénommés Pierre.

Quand je vous dis que la généalogie Philibert est compliquée !


Descendants de Jean Philibert et Suzanne Utre aux XVIIe et XVIIIe siècles






















En 1707
"François Philibert, maçon, offre d'entretenir, pendant sa vie, la toiture de l'église, du presbytère, la sacristie, les tours et les murailles du cimetière et le clocher, moyennant 6 livres par an."




En 1731-1732, Joseph Philibert, maçon, reconstruit du mur du cimetière.


Voilà quelques informations que j’ai été heureuse de trouver dans l’inventaire des archives communales transcrit par F. Mireur aux AD du Var. Ce registre contient 423 pages que je vais prendre le temps de lire.


2016-06-14

L _ Lebraou et les Loups


- Hé Briqueloup, aurais-tu une histoire de loup à raconter ?


Notre village est situé dans le nord ouest forestier de la Provence intérieure, les forêts recouvrent les collines des Défends, de la Colle, … .
Autrefois, il y avait des loups dans la région, il était important de s’en protéger. Les hommes s’organisaient pour les détruire et ils étaient récompensés lorsqu’ils en tuaient.

 
Au XXIème siècle, les loups sont protégés. Ils sont revenus dans le pays depuis moins de dix ans. Comme ils se reproduisent bien, ils sont nombreux, à tel point que les bergers ne s’aventurent pas à laisser éparpiller les moutons dans les bois alentours. Récemment, un troupeau a été décimé, dix bêtes blessées ou tuées, des brebis affolées qui avortent, le traumatisme touche autant les bergers que les moutons. Un homme a vu deux loups dans le Bois des Défends, ils le regardaient dans les yeux. Les bergers ne vont plus en transhumance dans certains alpages. Les chemins s’embroussaillent et les forêts deviennent sauvages comme les loups qui vont les peupler impunément.



François avait pour surnom Lebraou , en provençal on nomme les lièvres ainsi. Il a dû chasser les loups plus d’une fois, il était garde forestier en 1846. A ce titre il signait le procès-verbal des déclarations de prises de loup. Pour toucher la prime promise par la préfecture, il fallait couper l’oreille de l’animal ; ce qu’a dû faire le 17 mai 1851, un homme ayant trouvé une nichée de sept jeunes louveteaux au quartier des Colletons. Ce jour là, François Berne et son beau-frère Casimir Audibert étaient présents pour témoigner des faits.

François Berne épousa Joséphine Audibert en 1830. Puisqu’il avait 40 ans et elle 36 ans, on peut se demander pourquoi ils ont attendu si longtemps. Ils se connaissaient depuis toujours. La mère de François était la marraine de deux jeunes sœurs de Joséphine, filles de Jean François Audibert (sosa 86).
François et Joséphine n’ont pas eu d’enfant. Sur les registres BMS, on voit la signature de cet oncle très présent et attentionné pour ses neveux. Nous possédons une aire encore en indivision et un terrain enclavé entre deux parcelles Berne, ce qui témoigne de la générosité de l’oncle François.  


Voici François dit Lebraou et les petits loulous


Sur ces photos que je viens de retrouver, on le voit entouré de ses neveux. Les enfants s’appuient avec confiance contre leur grand-oncle.
Claire pourrait avoir 3 ans, Albert : 5 ans. Pierre : 8 ans. La photo aurait ainsi été prise en 1868 environ.
Albert, né en 1863, est mon arrière-grand-père.


2016-06-13

K _ un clavié


Voilà une chaîne et une sorte de crochet dont j’ai longtemps ignoré la fonction.


 J’aurais dû poser ces questions à ma grand-mère :
  
-  Ma chère Mamie Rose, qu'es aco? Cette chaîne toute cassée, ce crochet rafistolé ? Que peut-on en faire ?
-  Ah, tu as trouvé un clavié, c’est un crochet de chatelaine.
 Explique moi donc ce clavié?
Le clavié est une sorte de pince que les femmes mariées fixent à la ceinture de leur jupe et de laquelle pendent des chaînettes où s'accrochent les clés du garde-manger, les ciseaux de couture, etc. 
Pourquoi les femmes mariées ?
C’est un cadeau de mariage, offert par l’époux. Traditionnellement à la sortie de l'église, le marié remet les clés de la maison à son épouse et la fixe au clavié de celle-ci.
C’est dommage, cette chaîne est cassée !
Regarde bien, cette chaîne a été réparée, entre plusieurs maillons tu vois un fil de coton solide.
Alors ce doit être une couturière aux doigts agiles qui a essayé de l’arranger ?
Tu as vu juste, c’est une couturière qui tenait à cet objet.
Oh, quel est son nom ?
Regarde encore, il y a un indice sur l’agrafe 
Oui en effet, je peux lire les initiales gravées, de deux personnes, peut-être un couple ? Qui s’appelait ainsi ? E.F.et au-dessous P.A .
Consulte tes arbres généalogiques, tu connais beaucoup de mes ancêtres à présent. E.F. c’est Eléonore Fave, P.A c’est Pierre Angelvin. Ils se sont mariés le 30 avril 1855. Ce sont mes grands-parents, tu sais.
Attends, je vais chercher quels ciseaux pouvaient appartenir à cet ensemble. Tu crois que ce sont ceux-ci ?
Ces ciseaux sont anciens et ouvragés comme de bijoux, bien utiles à une femme qui aime coudre.
Et les clefs ?
Et bien, puisque c’est Pierre Théodore le jeune marié qui est venu habiter chez sa nouvelle épouse, ce n’est donc pas lui qui a offert les clefs, d’ailleurs elle est bien trop grande la clef de notre porte d’entrée .
- Je commence à comprendre quel est cet objet étrange, endormi dans un tiroir de ta maison, Mamie Rose. De plus, j’ai trouvé un autre crochet, celui d’un autre clavié. Les initiales inconnues restent une énigme à élucider.


2016-06-11

J_ le Jupon d’Éléonore


Cela m’a bien plu de trouver une aïeule portant de si jolis prénoms; Constance Éléonore est la grand-mère de ma grand-mère. C’est un peu dommage que personne ne sache que notre maison fût sa maison, que l’on ait oublié que quelques-uns de nos meubles et de nos ustensiles étaient les siens.
Avons-nous idée de ce qui va rester de nous ?

J’ai mis bien longtemps à réaliser qu’elles pouvaient être celles d' Eléonore Fave, ces initiales E. F brodées au point de croix avec du fil de coton rouge.


C’était son jupon, ce que je prenais pour une couverture tricotée en coton blanc. Huit mailles à l’endroit, quatre mailles à l’envers, répétées trente fois ce qui constitue un diamètre de 250 cm, sur une longueur de 70 cm. Au bas, un joli motif de quatre mailles alternées sur quatre rangs endroit-envers forme un superbe damier.

Des heures à tricoter. Les aiguilles demeurent peut-être encore dans la boîte à couture.



Lorsqu’Éléonore avait 18 ans, elle vivait avec sa tante Joséphine dans notre maison, selon le recensement de 1851. Elles étaient couturières.
Le 30 avril 1855, Éléonore épousa Pierre Théodore. Ce jupon faisait sans doute partie de son trousseau, lequel sans être détaillé a été évalué à 500 frs dans son contrat de mariage.

Ce jupon lourd, froncé autour de la taille d’une petite femme, gonflant sur les hanches et dans le dos, devait l’habiller avantageusement, la faisant paraître opulente. Peut-être était-elle toute mince ?
L’usage était de porter deux ou trois jupons sous la robe. Le jupon de dessus, appelé « coutihoun », était une jupe qui devait tenir chaud en hiver, il était  confectionné en piqué, matelassé.
Sur la jupe ou la robe, les femmes revêtaient un tablier qui s’adaptait aux circonstances, en toile de coton épaisse pour le travail, en indienne fleurie, en taffetas ou en soie pour les jours de fête.



Éléonore aurait-elle pu penser que la seule pièce de vêtement lui appartenant qui reste dans sa maison 170 ans plus tard soit un jupon de dessous ?


2016-06-10

I _ Insurrection en 1851


L’insurrection de 1851 est la réponse au coup d’État de Louis Napoléon Bonaparte qui avait annoncé la dissolution l’Assemblée nationale, le 2 décembre.


Dès le lendemain, le télégraphe envoie la nouvelle dans toutes les préfectures, des affiches l’annoncent dans les chefs-lieux. C’est en Provence que le coup d'État enregistre sa plus vive opposition. Les hommes se rassemblent au son du tocsin, l’émotion est considérable.
Parmi eux se trouve mon aïeul, Pierre Théodore Angelvin (sosa 20), le jeune homme vit à Valensole, il est boulanger, il a vingt ans.

Pierre fait partie des opposants qui veulent défendre la République. Le 5 décembre, les hommes se joignent à la colonne des insurgés qui arrivent de Gréoux, ils marchent vers la préfecture. La neige est tombée, il fait froid ce dimanche 7 décembre alors qu’ils envahissent Digne, ils parcourent la ville au son des tambours, en chantant la Marseillaise. "On dansait et farandolait autour des feux ”.
Mais l'euphorie de la victoire sera de courte durée, l’insurrection est anéantie.
Dans le Var et dans les Basses-Alpes, la répression est sévère.


L’armée intervient, les combats et les poursuites causent des morts. Les insurgés prennent la fuite, ceux qui sont pris les armes à la main sont fusillés, tous ceux qui sont soupçonnés d’avoir participé sont arrêtés.

Pierre Théodore va être emprisonné à Aix pendant trois mois. Il sera gracié.

Puisque les prisons sont pleines, la justice est expéditive. 71 habitants de Valensole sont jugés, beaucoup sont condamnés à la déportation en Algérie.
En 1881, la loi décide que des rentes seraient accordées aux citoyens victimes du coup d’État du 2/12/1851. Il serait intéressant de retrouver le dossier contenant la demande qui donnerait des détails sur la vie de notre ancêtre. Peut-être se trouve-t-il dans un des cartons d’archives dont parlent les documents cités ci-dessous...
En 1897, un décret permet la réversion de cette pension. Le nom de Pierre Théodore Angelvin figure dans une liste que je n’ai pu consulter.
Pierre étant décédé en 1895, sa veuve Éléonore Fave (sosa 21)  aura pu toucher cette rente quelque temps encore. 

Sources :

Association 1851 : http://1851.fr/

Les dossiers des pensionnés du 2/12/1851 in Le Mouvement social, 1976 (I), p.97-106

Les Basses-Alpes à la veille de l’insurrection de 1851. Lire en ligne :

Le nom de Pierre Théodore Angelvin figure dans les pensions de réversions citées in :
La troisième République et la mémoire du coup d'état de Louis-Napoléon Bonaparte : la loi de réparation nationale du 30 juillet 1881 en faveur des victimes du 2 décembre 1851. 


2016-06-09

H _ Horloge


Le temps qui passe est rythmé par le tic-tac de cette horloge, elle sonne les heures pleines et les demi-heures. La sonnerie de l’heure est répétée, ce qui permet de compter les coups de marteau pour connaître l’heure sans se tromper. La sonnerie est forte, car elle devait être audible dans toute la maison. La cloche était en airain à l’origine, mais elle a dû être cassée et remplacée par une cloche en bronze.
Le cadran est une plaque de laiton repoussé, le fronton représente le soleil et des cornes d’abondance. Les aiguilles portent un soleil. La décoration est un émail fleuri. Les chiffres grossièrement dessinés témoignent de l’ancienneté de l’horloge.
Le coffre en bois est peint, une ouverture arrondie permet de voir le balancier.

Les colporteurs voyageaient dans toutes les régions de France, ce qui explique que ces pendules ne soient pas rares. Lors d'un premier passage dans les maisons, ils proposaient aux clients de garder l'horloge jusqu'à leur retour. Entre temps, chacun avait pu se familiariser avec le tic-tac et l'horloge restait à demeure.
Cette horloge comtoise date de 1820, environ.

Cette date me permet de supposer que ce doit être Jean François Audibert (sosa 86) qui a pu l’acquérir. L'horloge devait être d’un bel effet dans son auberge.


2016-06-08

G_ Grambois … Magdelaine gamberge


Grand Bois sur les registres des actes : un bois à ajouter dans la forêt de Briqueloup. J’ai cherché longtemps avant de trouver Grambois dans le Vaucluse. Je ne savais pas que ce village était sous mes yeux.

Lorsque je suis dans ma maison, je pense à Magdelaine Allié, (sosa 173) qui, comme moi, devait souvent se laisser aller à gamberger en contemplant le paysage.


Magdelaine s’attarde toujours quelques instants à la fenêtre de notre maison pour rêver en direction des rochers du défilé de Mirabeau, son regard attiré par les collines de Grambois, là où le Luberon s’étend vers l’est jusqu’à Manosque.
Elle n’imagine pas que le pont suspendu permettrait de traverser la Durance à cet endroit du défilé. A l’époque, il faut prendre le bac, à condition que le cours de cette rivière ne soit ni trop bas ni en crue.
Toutefois, sa famille est très proche, il suffit qu’elle ait besoin d’eux et ils viennent jusqu’à Saint-Julien où elle s’est installée en avril 1761, après son mariage avec Jean Audibert. 
Quatre bébés sont nés au cours des cinq années vécues avec Jean. Marguerite, sa sœur est venue l’assister en octobre 1766 lors de la naissance de Jean François, Magdelaine se souvient qu’elle avait bien besoin de sa présence. Elle n’avait alors pas vingt-six ans ; en charge d’une auberge et de trois petits, la jeune femme était veuve depuis le mois de juin.  Son père, François Allier, l’a aidée dans la gestion de ses affaires.


"Quand arrivera-t-il l’oncle Joseph ?" demande Cécile, interrompant la rêverie de sa mère, en ce jour d’automne 1785.
Magdelaine attend son beau–frère, Joseph Rey celui qui a épousé Marie, sa plus jeune sœur. Joseph arrive de Grambois, il a fermé son auberge pour avoir le temps de cette visite qui est importante pour Cécile. L'oncle vient régulièrement pour s’occuper des affaires de ses neveux dont il est le tuteur. Joseph est d’une grande aide pour Magdelaine qui tient l’auberge de Saint-Julien.

Au début de la saison d’automne, le soleil se couche exactement derrière la montagne de Mirabeau; Magdelaine appelle sa fille à contempler le couchant.


Cécile est maintenant une jeune fille, elle va avoir vingt et un ans ; elle vit sa dernière saison à Saint-Julien auprès de sa mère. Elle est promise à un jeune homme qui habite Barjols. C’est déjà avec un peu de tristesse qu’elle se prépare à quitter la maison ; pour chasser la mélancolie, elle s’éloigne de Magdelaine. Elle préfère sortir dans la rue de la Gardi, juste sur le chemin qui entre dans le village. Ce qui guide son regard c’est la montagne de Barjols où elle va vivre, le Gros-Bessillon dont la forme préfigure les chapeaux de gendarme du siècle prochain.


Pour l’heure, la Révolution n’a pas encore éclaté, le pays est calme.
Magdeleine voit sa fille qui plaisante avec son jeune frère, Jean François aura dix-huit ans en octobre. C’est un garçon responsable. Il sera capable de reprendre l’auberge de son père.
Nous sommes à la mi-septembre, l’automne n’est pas encore installé malgré les signes quotidiens indiquant que l’été s’achève. Déjà les soirées sont plus fraîches qu’elles ne l’étaient au mois d’août. Magdelaine est vivifiée par l'intensité de la lumière sur les monts du Luberon.
Il y a du travail à la maison. Il s’agit d’organiser le mariage de Cécile. 
Le 15 novembre prochain, la jeune fille va épouser Joseph Burle. Il a terminé son apprentissage, il est maintenant maître boulanger.


Le figuier des Cirets est chargé de figues, hier Magdelaine a rempli un premier panier. Elle a déjà commencé sa confiture. Une grande bassine de cuivre mijote sur le potager. Elle a promis des pots qu’elle donnera à son gendre ; il confectionnera les tartes aux figues pour le repas de la noce. 
Toute la famille de Grambois sera à la maison pour cette fête.


2016-06-07

F_ Four à pain


Plusieurs de mes ancêtres étaient boulangers, en particulier la branche de Valensole


Au XVIIIe siècle, la famille de Pierre Angelvin comptait des fourniers et des boulangers. 
Au XIXe siècle, ils étaient boulangers à Saint-Julien et à Marseille :
Marcel Fave (Barjols 1896 - St-Julien 1881) (il avait un four dans sa maison)
son gendre Pierre Angelvin (Valensole 1831 - St-Julien 1895) 
Albert Angelvin (1863-1952) 

Dans notre village, on peut voir un four à pain. De quelle époque date-t-il ?
Personne ne le sait.
Sous l’Ancien Régime, le four était un four banal. Il appartenait au seigneur qui percevait la taxe de fournage et régissait l’usage.

En consultant les registres de notaire, j’ai photographié presque sans le vouloir, ce document qui est la cession du droit de fournage.
C’était la fin de page concernant une quittance une autre famille. Rentrée à la maison, j’ai pensé qu’il s’agissait du testament que j’avais vraiment cherché dans ce registre. J’ai demandé la photo à une dame rencontrée ce jour-là aux AD 83. Je remercie Annie (des Aïeux Varois) de m’avoir envoyé l'intégralité de ces trois pages qui m’ont réservé une surprise...



Le 24 septembre 1766
Magdeleine Allier, est veuve depuis quelques semaines de Jean Audibert hôte de ce lieu. Elle est enceinte, leur fils Jean François naîtra 19 jours plus tard. Madeleine se rend dans la maison de Jean Brun qui est ménager au hameau de l’Ecloux. Elle est accompagnée de François Allier, son père, venu de Grambois qui l’assiste et l’autorise avec son consentement exprès pour la gestion cette affaire devant notaire.
Elle vient se despartir du droit de fournage acquis par son défunt mari. Il s’agit d’un fermage consenti par le baron d’Oppède seigneur dudit lieu, pour six années qui doivent prendre leur commencement au 29 du courant.
Cette charge concédée à Jean Audibert et conjointement à Jean Brun aurait consisté à récolter le payement auprès des habitants qui utilisaient (obligatoirement) le four à pain. Le seigneur réclamait 30 livres même si le compte n’y est pas. Le surplus étant pour les fermiers, détenteur de cette ferme. 
Jean Audibert est mort avant de mettre en place cet affermage et son épouse a préféré revendre sa part de cette charge au neveu de Jean Brun.
Après la Révolution, ce droit de banalité a été supprimé. Plusieurs familles avaient un four pour eux, ils cuisaient le pain une fois par semaine.





2016-06-06

E_ un Enfant déposé dans l'Escalier



Il est 11 h et demi dans la nuit, ce mardi 21 avril 1829, François Audibert est déjà couché lorsqu’il entend qu’on appelle à plusieurs reprises. Il ouvre la fenêtre de sa chambre (je sais que c’est celle qui est la nôtre aujourd’hui). Il se penche pour regarder le seuil; il n’y a déjà plus personne dans la rue.




« Joséphine Casimir, venez voir ! » Il n’est pas bien commode le père Audibert. Quand il ordonne, ses enfants doivent obéir. Tous sortent sur le perron de la maison.

Sur l’escalier de sa porte  un panier d’osier en mauvais état, semblant contenir quelque chose, que l’ayant pris il avait reconnu qu’il contenait un enfant nouveau né […] emmailloté dans de demi laine retenu par une sangle de coton maillé bleu et blanc coiffé de deux callotes la supérieure de tissu de soie fond olive rayé en fillet jaune, et l’inferieure tissu de soie aussi  fonds rouge entouré d’une petite dentelle cousu ou nodée sur la callotte, le panier se trouvait recouver d’un fichu ou pointe jaune et et violé pale rapiessé et rajouté .
Ce petit garçon paraissait âgé de douze à quinze heures environ. Il ne portait aucune marque d’identité, ni papier ni chose propre à le faire reconnaître[1].

Joséphine et sa mère auront pris soin du bébé. Le lendemain à 9 heures du matin, son jeune frère Casimir, âgé de 26 ans dont la profession est menuisier beniste (sic), se rendit à l’hôtel de la mairie pour faire la déclaration.  Sur les registres d’état civil, il a inscrit l’enfant en lui donnant son premier prénom : Casimir Alexandre et pour nom Petrone.

Le bébé a été remis à Marie Ursule épouse d’Antoine Pellas sage-femme pour être de là transporté demain au matin au dépôt central des enfants trouvés à Toulon ou tout au moins au tour de l’arrondissement à Brignoles.

On peut se demander ce qu’est-devenu cet enfant ? J’aurais préféré que Joséphine le garde puisqu’elle n’a pas eu de descendance, cela me fend le cœur de savoir que ce nouveau-né a été abandonné sur notre escalier.

[1] Source : AD 83, registre 2MIEC2784R, p.145 et 146/311

2016-06-04

D_ D'où viens-tu Thérèse D. ?

- Qui es-tu Thérèse ? Qui es-tu ?
- Je suis la grand-tante de Rose Angelvin, ta grand-mère.
- D'où viens-tu Thérèse Davin ? D’où viens-tu ?
- Ici, tu sais, on me dit « L’Arlésienne »
- Tu viens d’Arles ?
- Pas très loin, je suis née à Aureille. Mon village est accroché aux rochers des Alpilles.


- Oh je vois ! Nous sommes allés chercher tes traces à Aureille un dimanche de Pâques. Nous avons marché dans la rue de la fontaine jusqu’au lavoir où sans doute tu lavais le linge. Nous sommes montés jusqu’au château des Baux qui surplombe la plaine de la Crau, j’ai pensé à Mireille. L’as-tu vue traverser la Crau pour rejoindre son fiancé ?
- Tout le monde connait Mirèio dans notre pays. Fréderic Mistral a presque l’âge de mon futur mari qui est né en 1829.
- La farandole, la danses-tu ?
- Bien sûr… si tu voyais mes amies avec leurs costumes de fête !
- Ta robe d’Arlésienne, nous la conservons précieusement depuis six générations, je l’ai portée, ma mère et ma fille aussi.
- C’est moi qui l’ai cousue. Je suis couturière.
- Je t’imagine avec ta belle robe. Où vas-tu Thérèse ? Où vas-tu ?
- Je vais me marier avec Joseph Fave.
- Raconte-moi ton mariage.
- Alors là ma petite, tu es impatiente. Il va falloir que tu attendes la lettre N comme noces, pour raconter notre mariage. 
...
- As-tu reçu des cadeaux de mariage ?
- La grande armoire arlésienne qui était à la place d’honneur dans ta maison, c’est moi qui l’apporte. Elle contient le trousseau que j’ai confectionné avec ma mère. 
Une nappe porte l’initiale D de Davin. 

Joseph a reçu des draps, des torchons et des nappes brodées à ses initiales J.F.
Sur ces assiettes, tu reconnais le monogramme de Joseph Fave : J.F.

- Qui sont les enfants présents à votre mariage ?
Les trois pitchouns d’Éléonore : Pierre Joseph qui va sur ses 9 ans, Albert 6 ans (ton AGP) et Claire bientôt 4 ans. Je m’entends bien avec ma belle-sœur Éléonore. En épousant son frère, je deviens sa plus proche parente puisqu'aucune de ses sœurs n’habite plus le bourg désormais.
- Quelle maison allez-vous habiter ?
En haut de la Grand Rue, à côté de l’escalier de rompe cu… Tu peux consulter le recensement. 
Mon beau père Marcel Fave habitera avec nous, ce vieil homme de 72 ans est veuf. Il a été boulanger puis receveur buraliste. Il a acheté le moulin
Ma maman, elle aussi, logera chez nous, puisque je quitte Aureille.
- Regarde, je viens de retrouver une pièce de drap avec deux initiales J.D
- Ce sont celles de ma mère, Marie Colline Jussian a épousé mon père Joseph Lazare Davin en 1842 à Aureille. Prends soin de ce drap fort ancien.
- Compte sur moi Thérèse pour cela.
- Eh !  Sais-tu que l’on m’appelle Thérésine et que cela me plait !

La suite du récit est là :
Ouvrez cette armoire et lisez :

2016-06-03

C_ Cahier de doléances

Mes ancêtres ont participé à la rédaction de ce cahier de doléances dont j’ai pu acheter un exemplaire chez un bouquiniste. Ce n’est pas un document très rare, mais c’est avec émotion que je l’ai ouvert.
 
Délibération du Conseil général et extraordinaire de la communauté du lieu de St-Julien-le-Montagnier, Viguerie de Barjols‎ _ 22 Mars 1789, plaq. in-8, 20p‎

Oh ils étaient en colère depuis longtemps, les habitants de ce bourg qui souffraient des abus de la féodalité. Saint-Julien appartenait à la seigneurie des Forbin d’Oppède qui leur ont rendu la vie bien difficile, le bourg n’a jamais pu s’enrichir, il n’y a pas de belles maisons bourgeoises comme l’on peut en admirer en Provence.
A lire les délibérations communales, on se rend compte des charges qui accablaient le peuple. Les Inventaires des archives communales antérieures à 1790 ne sont pas consultables, mais les transcriptions faites par F.Mireur, mises en ligne sur le site des AD 83[i]  apportent des informations importantes.

Il est question des droits féodaux, des cadeaux offerts à la famille du seigneur à l’occasion de mariages, de déplacements, de levée de l’armée…
En 1673, la situation : "le seigneur est seigneur du lieu in totum, qu’il n’y a aucun bien dans la communauté qui ne dépende de sa directe, la communauté ne possédant qu’une mauvaise maison de ville et l’hôpital qui est sujet à ladite directe et paye le cens audit seigneur."[ii]
En 1675, Jean Baptiste de Forbin-Mainier marquis d’Oppède est accablé de dettes, il vend son fief ; cependant il se réserve les fours, les moulins, la basse juridiction et le droit de lods. La communauté de Saint-Julien réfléchit, consulte deux avocats puis accepte l’offre pour 27000 écus et contracte un emprunt pour payer[iii].On peut commencer à défricher les bois du Défends. S’ensuivent des demandes récurrentes pour payer des dettes supplémentaires du marquis, des procès pour préciser les droits pour lesquels il faut encore payer. En 1757, la vente est révoquée par le petit-fils Forbin. Les villageois perdent leur procès, les frais des tribunaux et doivent payer 85 ans d’arriéré de taxes.  Et surtout ils manquent de considération.
Lorsque la Révolution éclate, les hommes démolissent le château qui n’était ni grand, ni habité, mais un symbole du pouvoir détesté. 
 

Il est étonnant de constater que les familles de Saint-Julien ont, jusqu’à une époque très récente, complètement oublié ce château. Il reste quelques pierres, la voûte d’une salle dont on ne connait même pas l’usage.


cahier de doléances de St-Julien 
Le dimanche 22 mars 1789 après-midi, « Le conseil général et extraordinaire de la communauté de ce lieu s’est assemblé à son de cloche & cris publics, à la manière accoutumée, dans la salle de la maison commune. »

Le discours de Pellas maire-consul commence ainsi :




Dans le récapitulatif des impôts et des charges, 
il apparaît que la Communauté paye :

  • Au seigneur, une pension féodale, des droits de fournage, de moulin, etc.
  • Au clergé, la dîme et la prébende.
« tandis que les deux premiers ordres prennent sur les possessions de la nation cinq fois plus que le souverain, auquel seul nous devrions payer des impôts … »

Par chance, ce document donne les noms et prénoms des hommes, précisant leur profession. 
Voici ceux qui sont liés à l’arbre de notre famille :
Sr François Aymar, négociant (sosa 350) ; Sr Pierre Philibert, négociant (sosa 174) ; autre Sr Pierre Philibert (demi-frère de sosa 174), aussi négociant ; Jean François Audibert (sosa 86) aubergiste ;
Paul Davin, maréchal à forge (cousin de sosa 174) ; Jean Joseph Gazagne (cousin de sosa 174) maçon ; Antoine Gasagne (père) maçon ; Joseph Berne (beau-père de la fille de sosa 86) maître chirurgien. 


[i] AD83, cote 2MI216R1
[ii] AD 83, cote 2MI216R1 p.34/423
[iii] AD 83, cote 2MI216R1 p.36/423

P.S. Sur http://gallica.bnf.fr/ on peut trouver plusieurs cahiers de doléances.