2026-03-05

Des protestants à Annonay au 16e et au 17e siècle

 

Mes derniers billets (et ceux du ChallengeAz 2025) étaient éclairés par le siècle des Lumières, l’époque de Pierre Antoine Barou du Soleil, un gentilhomme représentatif de cette époque avant la Révolution.

Nous allons grimper tout au sommet de cette branche du 17e au 16e siècle, dans une période moins lumineuse, jusqu’aux sombres guerres de religion.

Annonay

Antoine Barou, le père de Pierre Antoine, et son frère Jean Barou (sosa 746) se situent à la génération XI des ancêtres de mes enfants.


Je remonte ensuite cinq générations qui forment un ensemble très lié socialement. Les trois premières apparaissent complètes. Plus haut, trouverai-je des actes pour ces rameaux cachés ? Ce n’est pas sûr...


À cette époque, ces branches-là sont protestantes, elles vivent à Annonay en Ardèche. Dans notre cité, les adeptes de la religion réformée pouvaient alors vivre de façon prospère. En effet, depuis le milieu du 16e siècle une importante partie des Annonéens a adopté le protestantisme qui se transmet pendant quelques générations.

Nous allons essayer de voir leur parcours.


Les Barou

Claude, puis Jean, puis Antoine Barou travaillent de père en fils, comme marchands.

Un acte précise que Jean est marchand drapier. Son grand-père, Jean Barou est marchand grossiste, il est bourgeois d’Annonay.

Ces négociants font de bonnes affaires et marient leurs filles dans des milieux aisés.

Claude Barou le vieil ancêtre n’est pas né à Annonay. Il pourrait venir du sud de l’Ardèche pour se réfugier dans une cité qui accueillait bien les protestants.


Les Gurin 

Claude a épousé Catherine de Gurin, fille de Claude et de Catherine !

Il s’allie à une famille importante Gurin ou Guérin, auquel s’ajoute plus tard une petite particule qui n’est pas noble, mais qui confère de la respectabilité.


Claude Gu[e]rin est avocat en parlement, docteur en droit et fils de notaire. Son contrat de mariage avec Catherine Androl est passé le 20 janvier 1558, à Andance dans la vallée du Rhône.


Claude est le fils de Louys. Catherine est la fille de Michel et d’Izabeau. Il sera difficile d’en savoir davantage, mais c’est appréciable d’avoir un document du milieu du 16e siècle. Je ne suis pas sûre d’avoir bien lu les noms de leurs mères.


J’aime bien penser que cette famille de Gurin fut (peut-être) propriétaire d’un champ dont le nom a traversé plus de 400 ans. Ma mère a habité le quartier de « Champgurin ». Ce toponyme prend pour moi un sens particulier, mêlant des souvenirs de ma mère qui n’aurait pas imaginé que cette Catherine Gurin (qui n'est pas mon ancêtre) soit la sosa 5969 de ses petits-enfants.

Les Lambert

Jeanne Lambert et Jean Barou se sont mariés le 13 février 1647. 

Pierre Lambert venait de mourir un mois auparavant, le 17 janvier 1647.

Jeanne Lambert est la petite-fille de Claude Lambert, un marchand potier qui a été consul d’Annonay. Il aurait épousé, en 1576, Gabrielle Chomel. J’ai consulté un grand livre de généalogie ancienne « Les Chomel », mais je ne m’y retrouve pas très bien, car  la famille Chomel est tellement nombreuse. Elle apparaît dans d’autres branches de cet arbre.

 


La mère de Jeanne, Madeleine Delacou est morte le 14 novembre 1670. Je ne connais pas ses parents et j’aimerais bien la rattacher à une autre branche homonyme. 

Les  Léorat

Etienne Léorat est tailleur, le fils de celui-ci autre Etienne Léorat exerce comme greffier au baillage d’Annonay, il est greffier des gabelles.



Jean Chomel, époux de Marie de Lacou, est maître apothicaire. J'aimerais bien remonter sur ce couple et éventuellement comprendre s'ils sont cousins avec d'autres homonymes. 

Les Lombard

Du côté de l’épouse de Jean Barou, ce sont les ancêtres de dame Lombard dont je ne résiste pas à citer les variantes du prénom : Elizabeth, "Babette", Isabelle, Isabeau.



On rencontre des officiers qui ont étudié le droit, on le voit dans les professions de ses frères et de sa famille maternelle.

Les Rignol

Jeanne est issue d’une famille de notaires, son père Pierre Rignol était aussi procureur au baillage du Vivarais.

Les Lagrange

Claude, comme son fils Théodore, sont greffiers au bailliage d’Annonay. Claude est consul.

Son épouse, Jeanne Rousset est la fille d’un tanneur, Pierre Rousset.

Annonay possède deux rivières offrant une eau douce pour les tanneries.

 


Pour moi qui n'ai pas d'ancêtres dans ma ville natale, je suis ravie de dresser cet arbre inattendu et d'explorer jusqu'au bout des branches ces familles vivant au 16e siècle. 


2026-02-21

Soirée de bienfaisance au théâtre

 

Le jeudi 3 mars 1785, le Tout-Lyon est invité à se rendre au théâtre pour assister à la première représentation d’un drame en trois actes intitulé « Norac et Javolci » inspiré par les Mémoires de Beaumarchais.

Ayant reçu une invitation de la part de nos cousins Barou du Soleil, je me sens dans l’obligation de me rendre à cette soirée. Ce que j’accepte de bon cœur puisqu’il s’agit d’un projet de leur association de bienfaisance en faveur des mères-nourrices.


Le Grand-Théâtre via Wikimedia Commons

Il en avait été question lors de la réception samedi dernier chez eux. Nous étions tous rassemblés dans le grand salon, dans la lumière des bougies. Les hôtes sont généreux et tiennent à ce que la lumière brille. 

Pierre Antoine a pris la parole :

Mes chers amis, nous comptons sur votre présence au théâtre, jeudi prochain, pour la représentation que nous aurons la chance d’entendre en primeur à Lyon.

Vous savez combien Monsieur de Beaumarchais s’est impliqué l’année dernière pour la défense des femmes ayant de jeunes enfants dont le père est en prison. Vous avez lu sa lettre du 15 août, reproduite dans Le journal de Lyon du 24 novembre 1784.

Je vous rappelle les faits : Caron de Beaumarchais se félicitait qu’on fasse sortir de prison les hommes condamnés parce qu’ils ne pouvaient payer les mois de nourrice de leurs enfants. Mais il explique qu’il serait préférable de prévenir l’emprisonnement en favorisant l’allaitement maternel. Actuellement, explique-t-il, on fait venir de loin des femmes pauvres pour nourrir les enfants d’autres pauvres, car on dit que le lait des pauvres femmes de Paris ne vaut rien. Beaumarchais propose de créer un institut de bienfaisance pour que toute femme reconnue pauvre, inscrite à sa paroisse, vienne avec une attestation de son curé afin qu’on lui donne neuf livres par mois. Ainsi chaque mère allaitera son enfant, les pères n’iront plus en prison, ils n’interrompront plus leurs travaux. Et les enfants grandiront mieux.

Dans notre ville, à Lyon, ce magnifique projet est en train de se concrétiser. Nous avons créé l’Institut de Bienfaisance en faveur des pauvres mères nourrices. L’archevêque, Montazet, a accordé sa protection et mis son palais à disposition pour réunir l’assemblée. Votre serviteur a été élu comme l’un des 33 administrateurs.

On compte actuellement trente-deux mères secourues. 

Nous avons lancé une souscription et je remercie ceux d’entre vous qui ont déjà très généreusement apporté leur contribution.

Institut de Bienfaisance

L’assistance applaudit et les discussions s’échangent dans l’assistance. La plupart des gens affirment qu’ils ont déjà réservé leur place, certains se proposent de donner de l’argent même s’ils ne peuvent pas aller à la représentation.

La plupart montrent de l’intérêt et même un certain enthousiasme pour s’impliquer dans cette œuvre charitable, d’ailleurs beaucoup parmi eux sont administrateurs dans l’association. Des femmes se montrent actives et participent aux assemblées.

Ceux et celles qui l’ont connu, ou qui ont lu L’Émile, rappellent que Rousseau préconisait l’allaitement maternel et se félicitent d‘avoir élevé leurs enfants «à la Jean Jacques».

Rousseau ou l’homme de la nature
gravé par Augustin Claude Simon. Musée de Môtiers

Les Barou offrent maintenant des rafraîchissements et des douceurs à leurs invités. Ils jouent à merveille leur rôle d’hôtes Ils se rendent très disponibles pour leurs amis, ceux-ci les entourent bien chaleureusement.

Ils sont mariés depuis quinze ans, et aucun enfant n’est arrivé dans leur foyer. Un des rares nouveau-nés que Jeanne Marie ait tenu dans ses bras est sa nièceMarie qui a maintenant douze ans.

Jeanne Marie a 36 ans et Pierre Antoine 43 ans. Espèrent-ils encore devenir parents ou bien s’impliquent-ils dans des œuvres de bienfaisance pour se consoler de ce manque dans leur vie ?


Le jeudi 3 mars 1785

Dans la file qui entre au théâtre, Pierre Antoine très élégant dans son habit de soie gris, bas de soie blancs et chaussures à boucle d’argent, me salue d’un sourire charmant. Il dit un mot à sa femme qui se retourne et vient m’embrasser en me remerciant d’être venue. Elle porte une robe à la lévite en satin jaune droite et souple, plissée à l’arrière avec un col châle en soie, réchauffée par un mantelet prune. Le printemps n’est pas encore arrivé à Lyon.

Autour d’eux, beaucoup de leurs connaissances échangent des salutations. Je reconnais quelques-uns de leurs amis, des académiciens, des procureurs de la Cour des Monnaies, que du beau monde ! L’ami Joseph Vasselier nous rejoint.

Vasselier m’explique : « Savez-vous que Pierre Augustin Caron de Beaumarchais est le personnage de cette pièce ? D’ailleurs on peut reconnaître son nom dans l’anagramme Norac. » J’éclate de rire et je lui demande qui est Javolci.  « Ah, José Clavijo y Fajardo était le fiancé qui a abandonné Lisette, la sœur de Beaumarchais. Celui-ci s’est rendu à Madrid pour régler cette affaire d’honneur qui fit grand bruit et qui a inspiré cette pièce. »

Un homme qu’il connait nous entend et s’insère dans la conversation :

Savez-vous que Beaumarchais a fait un don de 1000 écus et qu’il aurait promis de verser ses droits d’auteur du Mariage de Figaro.

Je demande s’ils ont eu l’occasion de rencontrer Beaumarchais. Mais la foule commence à entrer dans la salle et l’on ne me répond pas. Préparons-nous pour le spectacle.

Voir aussi ChallengeAZ 2025:

Barou du Soleil

Sources

Krumenacker, Yves. « Promouvoir l’allaitement maternel à Lyon au XVIIIe siècle ». Enfance, assistance et religion, édité par Olivier Christin et Bernard Hours, LARHRA, 2006, https://doi.org/10.4000/books.larhra.1254


2026-01-24

Blog anniversaire 11 ans

 

Former un couple, c’est l’alliance de deux arbres. J'ai donc la chance d’avoir deux généalogies à reconstituer.   

11

Mon fils m’a demandé la liste de tous ses ancêtres; bien sûr, je me suis empressée de répondre. Il n’était pas à côté de moi pour consulter mon logiciel où sont rangées les informations. J’ai donc réfléchi à la meilleure manière de présenter toutes les générations. J’ai rassemblé des arbres, fusionné, effacé les doublons et tout vérifié, ce qui n’était pas simple.

J’ai opté pour un document sous forme de liste où sont recensés, sur 20 générations, 3249 ancêtres paternels, 4730 ancêtres maternels. 

La mention des métiers a été particulièrement appréciée.

Mario Klingemann

Dans la même génération se côtoient des laboureurs, des marchands, des artisans, des villageois, des bourgeois, un notaire, un capitaine, un tisseur à toile, un jardinier, un ménager, un aubergiste, un berger… et leurs épouses sans occupation reconnue.  


À côté de ces géants, dans la forêt de Briqueloup, beaucoup d’arbustes qui pouvaient paraître plus chétifs se sont développés sur certaines terres arides, en manque de sources. Avec le temps, ces bases précieuses ont pris de la force. Me promettant de vérifier, de sourcer et d’enrichir les informations, avec leurs graines, leurs rejets, j’ai fait pousser plusieurs arbres. Ils ont grandi en s'étoffant. 

Certains espaces de ma forêt sont encore en broussaille. Alors, la perspective de nouvelles recherches me ravit.  


Depuis 11 ans

Onze ans à faire parler mes ancêtres, cela fait beaucoup d'histoires.  

Au total, j'ai publié 526 articles qui ont eu 949 482 vues.



38 articles en 2025


Bilan 2025

 


Rameaux cachés

C’est le nouveau challenge lancé par les membres du très sympathique groupe FB : Raconter sa généalogie. Cette communauté chaleureuse apporte beaucoup de motivation pour écrire.

Rameaux cachés m’a fait découvrir la vie de mes ancêtres en bout de branche. Ceux dont on sait très peu de choses, dont on ne connait pas le nom des parents, pour lesquels les actes sont rares ...

Je suis allée dans la montagne du Vivarais pour mieux connaître Claude Bonnefoy et son épouse dont j’ai découvert le nom : Vitalle Veyradier. L'enquête a été fructueuse et j’ai écrit trois articles sur ces ancêtres. 

J'ai aussi exploré la branche inattendue d'un fourbisseur d'épées.


Généathèmes

J’aime beaucoup ces thèmes suggérés par Geneatech. Parfois, certains sujets proposés paraissent très loin de ma forêt. Aussi, lorsque je réussis à trouver un ancêtre qui veut bien se prêter au projet, j’ai un grand plaisir à l’écrire, et même à le relire.

J’essaye de participer autant que je peux. Depuis 11 ans, j’ai publié 33 généathèmes.

Je n’aurais pas raconté toutes ces histoires spontanément. C’est grâce à ces challenges qu’elles ont vu le jour.

De la tendresse dans les archives, ce sont deux billets en avant-première du sujet que j’ai ensuite développé dans le ChallengeAz.


Challenge AZ 2025

Pierre Antoine Barou du Soleil, un gentilhomme du XVIIIe siècle nous a invités chez lui. Nous avons pu faire la connaissance de ses amis et comprendre les conversations sur les sujets qui les occupaient dans l’esprit du siècle des Lumières. J'ai ainsi pu créer et enrichir des articles sur Wikipédia.  Et j'ai encore beaucoup à lire dans ses archives.


Mon billet coup de cœur


Savez-vous que lorsque la nuit est tombée, en marchant dans la rue de mon village, je pourrais rencontrer Françoise Gaillardon, comme je l’ai fait lors de ce RDVAncestral. Elle a demandé au notaire de conserver dans les archives une déclaration étonnante où il est question d’une chandelle et d’une bassinoire


Projets 2026

Continuer les recherches et mettre en forme les réalisations de la famille Daurolles, constructeurs au XVIIe à Lyon, dont je vous avais déjà parlé avec Antoinette et ses frères

Plusieurs articles Wikipédia, à créer ou à améliorer, tel celui de l'Hôtel de Ville de Lyon et des œuvres et des personnes en lien avec nos projets lyonnais.

Lyon XVII

Me laisser surprendre par les thèmes des challenges qui m’incitent à trouver des choses que je n’aurais pas cherchées sans cette motivation.


🌟

2026

Laissons entrer la lumière