2026-11-03

C_ Descendre la Saône en vapeur

 

Eliza a fait plusieurs fois le voyage à Paris où elle rend visite à des cousins.

Depuis son jeune âge, lorsqu’elle accompagnait son père, les conditions ne cessent de s’améliorer, le trajet devient beaucoup plus rapide entre Chalon-sur-Saône et Lyon.

Le Journal de l’Ain du 1er avril 1838 indique que la navigation à vapeur sur la Saône s’intensifie, et « prend tous les jours plus d’importance et d’activité. On nous annonce qu’à partir du 1er avril [1838], dix-huit bateaux à vapeur descendront et remonteront tous les jours de Chalon à Lyon et de Lyon à Chalon ».*

Douze ans plus tard, le 22 février 1850 :

« Le nombre de bateaux à vapeur qui font le service des voyageurs et des marchandises sur le Rhône et la Saône s’est accru dans ces derniers temps d’une façon merveilleuse (...). La Saône compte, sur son parcours de Lyon à Chalon, 21 bateaux à vapeur, donnant une force de 1 500 chevaux environ » *


En 1850, Eliza pourra monter à bord du vapeur Le Parisien.


Au printemps 1847, Eliza voyage avec sa fille Suzanne qui a vingt ans.

Voici une femme élégante de 52 ans, qui sait s’organiser et régler ses affaires. Veuve depuis l’âge de 33 ans, elle reste toujours inconsolable d’avoir perdu Honoré qu’elle aimait tant.

Le 27 mai, elle s'adresse à Virginie, sa fille aînée, celle-ci a maintenant trente trois ans. Virginie est mère de quatre enfants, elle a épousé un de nos oncles, le fils de Joseph P. (sosa 186).

Dans la lettre qu'elle lui écrit, Eliza précise en détail l'organisation de leur voyage de retour à Lyon.


De Paris à Chalon, on roule en diligence.

« Nos places sont arrêtées pour jeudi et toutes nos dispositions prises en conséquence. Nous partons à 6 heures du soir par les messageries Royales. »


On dort la nuit du vendredi à Chalon, à l’hôtel des Messageries situé sur le quai des Messageries, ce qui apparaît très pratique pour embarquer le lendemain à 5 h du matin.

« nous prendrons le bateau à vapeur à Chalons »

Deux compagnies de bateaux à vapeur naviguent sur la Saône. Les passagers sont transportés par Les Messageries Royales.

Les gondoles à vapeur acheminent les marchandises.


Les bateaux s’arrêtent pour des escales dans différents ports sur la route. Ils franchissent cinq écluses. Aléatoire, selon les conditions de circulation, le temps de trajet dure entre neuf et dix heures.

L’arrivée à Lyon entre prévue entre 2 heures et 3 heures de l’après-midi.

Si la Saône le permet, ce que tu seras parfaitement en état de savoir, nous prendrons le bateau à vapeur à Chalons samedi matin, et nous serons au débarcadère vers les 2 ou 3 h.

Virginie qui habite non loin du quai de Saône pourra constater que la descente a été facile, si la rivière permet, selon la météo.

Si les bateaux ne vont pas, nous arriverons plus tard à Lyon, mais toujours dans la journée.

Pour accueillir sa mère, elle devra s’occuper de réserver une voiture : « Je voudrais que tu t’assures d’une voiture qui viendrait nous y prendre pour nous conduire tout droit à Saint-Rambert vers vous mes chers enfants. »


 Voir aussi le récit de la descente du Rhône par le père d’Eliza

                            B_ Bateaux à vapeur


Sources :

  • Chroniques de Bresse sur la Saône au temps de bateaux à vapeur.
https://www.chroniquesdebresse.fr/Sur-la-Saone-au-temps-des-bateaux-a-vapeur-et-des-Parisiens


2026-11-02

B_ Bateaux à vapeur

 

Lyon bateaux à vapeur sur le Rhône


En septembre 1841,

Jean Guerre et son frère descendent le Rhône, depuis Lyon, jusqu’à Beaucaire.

Jean tient le journal de ce voyage dans ses carnets qui ont été conservés.

Voici quelques extraits qui nous font partager le voyage de ces hommes.

Partons avec eux, si vous ne craignez pas les intempéries.


1841, le 21 septembre     Lyon – Beaucaire      



Parti pour le midi, avec mon frère, par le bateau à vapeur L’Aigle.



Départ annoncé pour 4h effectué à 7h1/2 à cause du brouillard.

A Vienne 9h 10 : même cause, beaucoup de vent.

À Valence à 1h5 : vent toujours plus violent, départ à 1 h 25 (de l'après-midi).

À Pont St-Esprit 5h : ne pouvant aller de jour à Avignon, on a arrêté, débarqué.

Logé hôtel de Luxembourg. Bonne compagnie et jolies femmes à souper, mauvaise cuisine. Lits durs, assez de propreté.

 

Pont-Saint-Esprit

22 septembre

Parti à 5h pour Avignon. Éclairs, tonnerre, pluie.

Avignon

7h 3/4 arrivé à Avignon.

8h   orage forte pluie, averse. Refus du bateau de continuer route sous prétexte qu’il devait faire échange avec un autre Aigle, hors d’état d’aller à Lyon. Réussite de transborder, mais il pleut trop.


On pourrait s’arranger avec Le Crocodile pour nous mener à destination ; mais nécessité aussi de transborder et d’attendre. Plainte au maire, à midi, qui fera appeler le directeur.

Nouvelle combinaison ; on nous jette sur La Sirène. La pluie avait cessé. Départ à 3h moins1/4.


Beaucaire

Beaucaire arrivée à 4h1/2 (de l'après-midi) un peu plus. Bon diné, Hôtel du Grand Jardin.

Cet établissement est cité dans le Manuel complet de la cuisinière provençale, paru en 1886, dans le chapitre du bœuf en daube :

« Il y a quelques vingt ans, à l'hôtel du Grand Jardin, à Beaucaire, pour la foire, avec une brigade de sept à huit cuisiniers on servait de dix-huit cents à deux mille déjeuners et autant de dîners. »

Beaucaire est connu pour la grande foire qui se tient du 22 au 28 juillet. Nos deux Lyonnais ont diné dans cet hôtel, il devait certainement offrir beaucoup plus de calme en ce début de l’automne. Soyons assurés qu’ils ont fort bien mangé. 

Dans la cour de l’Hôtel du Grand Jardin se trouve un platane remarquable par sa circonférence de 5,72 mètres.

                                                                                                                              

Le voyage continue vers Nîmes et Montpellier. C’est la saison des vendanges : « abondance et qualité » note Jean qui visite des domaines chez des connaissances.



2026-11-01

A_ Ah que de beaux voyages



Voyager _ Écrire

Avanti ... Quel dynamisme chez nos ancêtres !

Ayant diverses occasions de se déplacer, ils ne se montraient pas rebutés par les difficultés de leurs périples. Les récits de leurs voyages se révèlent surprenants, passionnants, et souvent piquants de fraîcheur. Je les ai lus dans les lettres envoyées à leurs familles.


L’écriture fait partie de l’art de voyager. Raconter son voyage relève d’une habitude ou d’un devoir. Mais c’est aussi un plaisir épistolaire. Je suis étonnée que malgré la fatigue, ou l’envie d’explorer les lieux, Zélia, Eliza, Virginie, Jean, Pierre Antoine, et les autres trouvent le temps de rédiger des comptes-rendus de leur journée. Dans leurs bagages, ils ont emporté plumes, encre et papier à lettres, et peut-être un écritoire comme celui-ci.

Il importait de donner des nouvelles le plus souvent possible pour rassurer l’épouse, les cousins, les amis qu’ils quittaient provisoirement. Puisque le voyage comporte des risques supposés ou réels, l’inquiétude s’amplifie avec la distance. On attend donc des proches qu’ils racontent avec un maximum de détails.

1860, Alfred Stevens, News from Afar


Au fil des 26 billets de ce ChallengeAZ 2026, je vous invite à découvrir les fonds de correspondances que j’ai étudiées.

Les lettres ont été écrites aux XVIIIe et XIXe et XXe siècles par certains cousins dont les descendants m’ont permis de numériser leurs archives.

Leurs ancêtres allaient à Paris, ou ailleurs, ils traversaient la France, ils allaient prendre les eaux en Auvergne, ils découvraient les montagnes en Suisse, les villes en Italie. Et plus loin encore…

Je vais partager leurs impressions, leurs étonnements, leur impatience, leur bonheur d’arriver dans un nouveau lieu. Les anecdotes et les récits de leurs rencontres, m’ont ravie; et je pense à eux en suivant leurs routes à la vitesse du XXIe siècle, ou en laissant mon imagination rêver sur des cartes anciennes.

Je vais me documenter pour illustrer les voyages et déplacements, pour voir les trajets et calculer les temps de parcours, en diligence, en bateau à vapeur, en train.

Et ainsi mieux comprendre leur vie.


Le plaisir d'écrire 

Je vous ai souvent parlé de la tante Zélia, en lisant ses confidences dont il me semblait être destinataire, elle m’est devenue très proche.

Zélia, Augustin et leurs fils se sont installés à Paris depuis quelques mois. Augustin est médecin, il n’a pas trouvé de travail. Zélia regrette cet éloignement avec la famille de son mari. Elle écrit régulièrement à Virginie, sa belle-sœur qui vit à Lyon.


16 février 1866   lettre de Zélia

Zélia confie qu’ils auraient aimé revenir à Lyon pour voir la famille, mais ils vont se résoudre à passer leurs vacances de Pâques à Paris. 

« Nous serions allés à Lyon tout droit sans ce maudit argent qu’il faut toujours et sans lequel on ne peut pas se remuer ; les voyages ne seraient plus rien sans cela, car ils ne sont réellement pas pénibles mais en revanche, ils sont très coûteux. »


Le plaisir de recevoir des lettres

Joséphine remercie sa fille pour le courrier qu’elle lui adresse. Thérèse a été invitée chez son oncle Augustin, en juin 1901.


« Ma chère petite Thérèse,

Tu es vraiment bien gentille de nous écrire aussi régulièrement, et je t’avoue que je ne m’attendais pas à être gâtée ainsi surtout pendant votre ravissante traversée de St-Michel. Merci donc des cartes postales qui nous permettent de vous suivre un peu en esprit, et de tes longues lettres qui font plaisir à lire tant elles respirent la joie et le bonheur.»

Alors, partons en voyage et écrivons !

Les correspondances épistolaires ont été le thème de mon challenge AZ 2022

Avec 26 lettres pour écrire