2025-11-21

S_ au Soleil

 

Les Barou du Soleil aimaient séjourner au Soleil dans leur propriété au sud de Beynost, le château se trouve à une vingtaine de kilomètres de Lyon.

Nous sommes déjà en Bresse, le plateau de la Dombes s’incline au nord de la commune. La Dombes avec ses étangs est une région d’herbage, où les poissons et l’élevage prospèrent. Les oiseaux migrateurs y font escale.

Aujourd’hui la ville s’étale dans la campagne d'autrefois, les Barou seraient surpris de voir la circulation sur l’autoroute, d’entendre le passage des trains sur la voie ferrée qui va de Lyon à Genève, de découvrir un centre commercial, des habitations, et même un lotissement nommé « Château du Soleil » ainsi qu’un projet de nouveaux logements. Le long du Chemin du Château du Soleil, il y a un stade, un terrain de football, un skate parc, cela les étonnerait s’ils revenaient sur « leur terre du Soleil ». 

Suivons l’allée de la Tour, puis l’impasse de la Tour. Cette haute tour à créneaux est attenante à une maison fortifiée du XIVe siècle.

Vestiges du château du Soleil_(Beynost)_
Benoît Prieur, CC0, via Wikimedia Commons.

Revenons plutôt au XVIIIe siècle, lorsqu’Antoine Barou achète le domaine pour son fils. 

Domaine du Soleil à Beynost en Bresse


La seigneurie du Soleil appartenait jadis à la famille Grolier.

Un certain Nicolas Grolier, capitaine de Lyon au début du XVIIe siècle, était connu comme le capitaine du Soleil.

Roch Fourrat l’acquiert pour 66 000 livres en 1745 et le revend à Barou le 4 mars 1767 au prix de 134 400 livres, réalisant ainsi une belle plus-value même si la livre avait perdu de sa valeur. Barou en prit possession le 7 décembre 1767.

Lorsque Pierre Antoine se marie le 9 mars 1770, Antoine donne à son fils unique, dans son contrat de mariage, la somme qu’il a payée pour cette acquisition.

9 mars 1770


Pierre Antoine se fera appeler Barou du Soleil, en ajoutant ainsi le nom de sa propriété. Il était courant que les bourgeois adoptent l’usage d’un patronyme allongé de leur domaine. Barou aurait pu prétendre à la noblesse, grâce à sa charge de procureur, s’il avait pu l’exercer pendant vingt ans. Au grand regret de son épouse, cela ne lui a pas été accordé, puisque son office à la Cour des monnaies avait été supprimé. Elle a bien tenté d’en faire la demande en 1785, mais l’époque était moins propice aux privilèges. La Révolution est arrivée avec une grande violence à Lyon. 

Barou a été arrêté, puis guillotiné en décembre 1793. Ses biens furent saisis.

La terre du Soleil a été confisquée par la Nation et vendue en pièces détachées.

Madame Barou en racheta une partie « par élection d’amis », elle réussit à reconstituer 60 hectares, soit les deux tiers de leur domaine avec le château.

Sa nièce en hérita dès son mariage avec le comte de Chaponay. Celle-ci le donna à sa fille Jenny (Jeanne Françoise Christophorine) lorsqu’elle épousa son cousin Alfred de Chaponay, le 6 décembre 1831. Jeanne Marie s’éteignit un mois plus tard, le 9 janvier 1832, à l’âge de 82 ans. Elle a pu être satisfaite de voir la transmission du domaine du Soleil qui lui tenait à cœur.

Jenny et Alfred n’ont pas eu d’enfant, elle vendit le domaine en 1841.


carte postale de 1900

Pierre Antoine et son épouse ont aménagé leur Soleil.

Jeanne Marie y séjourne volontiers, même lorsque son mari est absent.

Elle s’occupe des plantations, et des réparations en avril 1785.

 « Je te suis obligé de t’occuper de mes réparations au Soleil, Elles sont nécessaires même indispensables, et le plus tôt sera le mieux. » lui écrit-il de Paris cette année-là.

22 avril 1785

Pierre Antoine pense à l'aménagement du parc :

 « Je t’ai dit que j’avais commencé mon cours de jardin anglais »

21 mai 1785


Herboriser

Naturaliste, passionné de collection de plantes pour ses herbiers, Pierre Antoine aimait herboriser avec sa femme ou ses amis botanistes.

Le Côtière de la Dombes bénéficie d’une exposition très favorable. Elle abritait autrefois un biotope remarquable constitué de quantités de plantes méditerranéennes.


Orchis papilionacea 
pilularia globulifera

Non loin de chez lui, au cours de ses sorties botaniques, Pierre Antoine Barou avait découvert plusieurs espèces rares : l’Orchis papillionacéeainsi que plusieurs plantes aquatiques rares telle la pilularia globulifera


Voir aussi : 

Herboriser


2025-11-20

R_ Robes et mode de Paris

 

Monsieur du Soleil serait-il ébloui par les élégantes de Paris ? Il a promis à son épouse de rester sage. Alors, il les observe et décrit pour elle leurs manières et leurs tenues.

Robe à la lévite
collections.louvre.fr/ark:/53355/cl020577881

Si elle veut s’habiller à la mode de Paris, il lui rapporte les conseils de leur amie Sophie de Tott, 21 mai 1780 :


« Aie soin de te faire faire des lévites, les femmes icy ne portent pas d’autres robes, mais elles se sont perfectionnées puisque la taille est plus marquée, et qu'on y ajoute la petite bouffante ».

La robe à la lévite, droite et souple, plissée à l’arrière, s'orne d'un col châle qui met en valeur la gorge des belles élégantes, réchauffée par la soie et à peine cachée par la dentelle.

Mise à la mode par la reine Marie Antoinette en 1778, elle passe pour une tenue simple et agréable à porter. Elle est adoptée par les coquettes Parisiennes., comme cette jeune femme.


Pierre Antoine tenait à ce que sa femme fasse partie des élégantes de Lyon.

10 avril 1785

« Tu m’as demandé les modes ; celle qui m’a frappé, c’est de voir les caracos revenus sous le nom de robe à la Suzanne. Les femmes vont ainsi vêtues au spectacle ; en petites loges. Les cheveux du toupet rabbatues, presque sur les sourcils, les faces ramenées à moitié des joues, et le menton enfoncé dans un fichu bouffant qui couvre toute la poitrine ; des femmes sans gorge, à grand front, au menton pointu et aux joues creuses ont sans doute inventé cette mode, cette mode que les plus raisonnables pourtant n’ont pas encore adoptée. »

 Le caraco est une veste à manches longues avec des basques sur les hanches, dégageant le devant de la jupe. Le caraco à l’anglaise ou à la Suzanne est mis à la mode, c’est la tenue de Suzanne la servante du mariage de Figaro.


Jeanne Marie possédait plusieurs vêtements qu’elle faisait confectionner par une tailleuse :

Robe à la sultane.
Une robe prune, une robe jaune, 

une robe rose, une robe noire.

Des robes en taffetas, des robes de coton, des robes de linon, des robes en satin. 

Cinq robes en soie, 

Une indienne de plusieurs couleurs 

avec leurs jupons.

27 cols blancs

Une robe à la sultane.


Pour une robe en taffetas blanc, elle a payé 54 livres de tissu et 8 livres de façon, auquel la couturière a ajouté des rubans, des galons, et aussi des padoux, ces rubans de fil et de soie sont fabriqués à Lyon. Les dentelles sont l'ouvrage des dentellières du Velay (peut-être de mes aïeules). 

Les mercières lui fournissent des mètres de rubans, galons, franges, la quantité parait étonnante. Mais, si l’on observe les robes de cette époque, on remarque que c’est un détail indispensable au bas des jupons.

https://collections.louvre.fr/

J’aimerais beaucoup voir des portraits de Jeanne Marie Durand, vêtue de ses belles robes.

Voir aussi :

Son portefeuille plein de douceur, de nostalgie et de mystère


2025-11-19

Q_Qui composait cette assemblée à l'Académie

 

Les assemblées de l’Académie de Lyon se tenaient le mardi, dans le salon rouge de l’Hôtel de Ville. Dénommé salon Henri IV, à cause du portrait placé au-dessus de la cheminée, c’était donc le salon des portraits. Ces personnages bien sombres, accrochés sur les murs, représentaient les échevins aux habits noirs et en col blanc. Ce salon de la Nomination était un lieu emblématique dans lequel avait lieu la cérémonie de l’élection des consuls.


L’Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts était alors installée depuis 1726 dans ce salon où se tiennent ses séances publiques. Ce lieu parait confortable, réchauffé par une cheminée imposante, éclairé par de grandes fenêtres encadrées de lourds rideaux en tissus blancs pour tamiser la lumière et mettre en valeur la polychromie du plafond.

Lorsqu’on lève les yeux, on est impressionné par le plafond peint par Thomas Blanchet, une allégorie, représentant l’Éternité, les Parques et les Vertus, intitulée L’éternelle fidélité de Lyon à la royauté.

 

Th. Blanchet, L’éternelle fidélité de Lyon 


Pierre Antoine Barou est admis le 3 juillet 1770 dans la section des belles-lettres et arts de l'Académie de Lyon. En 1776, il est choisi pour être le directeur de cette institution lyonnaise.

S’il nous invitait à une séance, nous pourrions rencontrer « les savants, les lettrés, tout ce qu’il y avait à Lyon de beaux esprits ou d’esprits curieux. » Nous pourrions entendre Barou qui lisait des « Réflexions sur les qualités et les vertus sociales, une dissertation sur la sensibilité dans les arts, la littérature et les divers emplois de la société et, en 1788, un discours sur l’Esprit public. »…

Autour de lui, sur les fauteuils de velours cramoisis, siègent des hommes érudits, élégants, ravis de se trouver dans ce salon, en bonne compagnie. La plupart sont ses amis, ils sont souvent cités dans sa correspondance, ces hommes se reçoivent dans différentes occasions avec leurs épouses. Ils se rencontrent à Lyon ou à Paris.

Lors des réunions de l’Académie, les membres communiquent sur leurs recherches, ils montrent leurs projets, ils mettent au programme des sujets de dissertation philosophiques. 

On discute de littérature, des sciences, des belles-lettres, de politique, de l’évolution de la société, des arts, du bon goût. Mille thèmes les passionnent et chacun en propose de nouveaux.

L’Académie organise les expériences d’aérostats. Le peuple lyonnais a pu assister à l’envol de montgolfières en 1784, Le Flesselles, nommé en l’honneur de Jacques de Flesselles, le 19 janvier, dont la préparation de l’événement a été confiée à Pierre Antoine Barou. Quelques mois plus tard, le 4 juin 1784, le ballon Le Gustave a battu des records sous les ovations de la foule.

Ces messieurs s’intéressent à la flore du Lyonnais, discutent de la création de jardins botaniques, de l’école d’agriculture.

On admire les dessins de la future église Sainte-Geneviève que l’architecte Soufflot va construire à Paris. On essaye d’imaginer avec Perrache ce que pourrait devenir le quartier encore marécageux de la Confluence à Lyon.




Marc Antoine Claret de la Tourette (1729-1793), botaniste, installe le jardin botanique de l’école vétérinaire. Secrétaire perpétuel de l’Académie.

Jean Emmanuel Gilibert (1741-1814) homme politique, médecin, professeur, botaniste, directeur du jardin des plantes de Lyon.

Abbé François Rozier (1734-1793), agronome, directeur de l’école d’agriculture de Lyon.

Antoine Michel Perrache (1726-1779), sculpteur, ingénieur, urbaniste.

Jacques Germain Soufflot (1703-1780), architecte, notamment de l’Hôtel-Dieu de Lyon.

Jacques de Flesselles (1730-1789), intendant de Lyon de 1767 à 1789.

Jacques Millanois (1749-1793), avocat, homme politique, député du Tiers-Etat. Il s’intéresse au magnétisme.

Il y avait aussi l’ami Joseph Vasselier, poète; ainsi que Bruys, Pierre Suzanne Deschamps...

 


2025-11-18

P_Prisons

 

Pierre Antoine Barou du Soleil est arrêté mardi 3 décembre 1793. Il est incarcéré d’abord dans la prison de Roanne, puis transféré à la prison des Recluses le 7 décembre. 

Dix jours après, il était guillotiné sur la place des Terreaux, à Lyon.


Prison de Roanne

La maison de Roanne se trouvait à côté de la Cathédrale.

Maison royale Roanne  Image Rogatien Lenail, CC0, via Wikimedia Commons

Barou est traduit devant le Tribunal révolutionnaire de Lyon, pour avoir rempli les fonctions de président de section après le renversement de Chalier.  

On lui reproche sa position sociale, ses fonctions de magistrat, puis le fait qu'il ait incité à "signer pour la paix". 


 « Le comité de surveillance du Rhône demande qu’il soit fait justice du plus grand scélérat fédéraliste de Lyon M. Barou du Soleil cy-devant noble et avocat du département Président de la 1ere section, qui n’a pas voulu reconnaitre la Constitution; qui a fait arrêter la caisse du district; incarcérer les patriotes; et a envoyé des députés à St-Etienne pour engager le peuple à donner un renfort à Lyon et pour avoir des armes afin de repousser les patriotes; détenu cy-devant à Roanne et transféré par ignorance de ses crimes aux Recluses.

Tous ces faits sont connus et seront certifiés quand il sera besoin par le comité révolutionnaire du Rhône. » AD 69 2MI 168 D 27

Prison de Roanne

Prison des Recluses

Située rue Saint-Joseph, à quelques mètres de son domicile. 

 

Sa femme était retirée dans le domaine du Soleil. Malade, fiévreuse, elle ne se trouvait pas à Lyon, sinon elle aurait été arrêtée avec lui et emprisonnée. Telle l’épouse de son collègue, Pierre Gabriel Cléricot de Janzé, Conseiller en la cour des monnaies de Lyon, qui faisait partie du voyage en Italie en 1768.

Ecoutez leur histoire :

Madame Cléricot de Janzé était incarcérée dans la prison de femmes à Saint-Joseph. Elle obtint sa mise en liberté. Les conditions lui ont paru particulièrement difficiles, alors elle revint voir le concierge pour le remercier des soins qu’il avait pris d’elle. Un administrateur qui faisait la visite de cette prison ordonna qu’on la retînt. Son mari se trouvait, comme Barou, près de là aux Recluses avec ses deux fils Jean et Camille, âgés de 20 et 22 ans, qui furent fusillés. Il a été guillotiné le même jour. 


Pierre Antoine écrit une lettre à sa femme, le 17 frimaire an 2 (7 décembre 1793) dans laquelle il se montre optimiste. 


Les conditions de détention se révèlent moins souples que les jours précédents : « Je suis infiniment plus mal et pour ma chambre et pour les petites commodités qu’on m’accordait à Roanne, puisque nous restons enfermés jour et nuit, cependant je me félicite de mon sort. »

Il avait pu emporter son matelas, une couverture de laine, un traversin et une paire de draps.


Il est logé dans une cellule sous les combles, avec les gens de qualité ou désignés comme contre-révolutionnaires.


« Notre chambrée est de huit personnes,[…] nous occupons un grenier, mais l’air y est pur, j’y ay revu le soleil et d’une fenêtre j’aperçois Ste-Foy.

D’ailleurs dans la douce confiance où je suis de sauver mes jours, je ne me permets pas la moindre plainte sur mon malaise phisique. »

La force de l’émotion apportée par ces mots me bouleverse.   

Pierre Antoine Barou est mort guillotiné quatre jours plus tard, le 13 décembre 1793.  

Voir :

Guillotine

2025-11-17

O_Opposant à la réforme de Lamoignon

  

Juin 1788

Il aurait été facile de garder le silence, de laisser les collègues s’exprimer. P.A.B. regarda l’assemblée qui baissait la tête.

La sénéchaussée, d'abord réticente, accepta la réorganisation des Grands Bailliages, mais cinq de ses membres refusèrent d’en faire partie. Barou était l’un de ceux-ci.

Il se dressa et prit la parole, comme il est attendu de la part d’un avocat avec vigueur et précision, il protesta contre l’établissement du Grand Bailliage.


Nous allons essayer de comprendre ce qu'il se passait en France à cette époque.

L’année précédente

Le 17 septembre 1787, Barou est élu procureur général du syndic représentant le tiers-état de l’Assemblée provinciale de la généralité de Lyon. Son beau-frère, Boscary est élu secrétaire-greffier « secrétaire tenant la plume ». 



Un procureur syndic est un officiel public, chargé de transmettre les lois, il représente le pouvoir exécutif. Il sert d'intermédiaire dans les relations entre le pouvoir royal et l’assemblée. Les assemblées provinciales sont des assemblées consultatives, elles ont pour but d’associer les notables aux administrations locales.



 

Barou  prend une part très active à ces travaux, comme on peut le lire dans ces procès-verbaux. https://archive.org/details/procsverbauxde00lyonuoft/page/viii/mode/2up?q=Barou

L'assemblée se réunit chaque jeudi, à 4 heures de l'après-midi. 



Ces institutions sont créées par Calonne, ministre et contrôleur des finances de Louis XVI. Ensuite, Loménie de Brienne remplace Calonne, il propose des réformes fiscales visant à plus d’égalité dans l’impôt. Les notables refusent d’abandonner leurs privilèges.

Avec le garde des Sceaux, Lamoignon, le ministre met en place les Grands Bailliages qui affaiblissent le Parlement.  

La magistrature et la noblesse se mobilisent pour combattre les ordonnances de Lamoignon. 

Barou a eu l’occasion d’aller à Versailles pour rencontrer ces ministres au sujet d’affaires personnelles liées au remboursement de son office à la Cour des monnaies. Mais bien sûr, les relations étaient distantes et régies par l’étiquette. Ses demandes ont duré plusieurs années sans qu'il obtienne satisfaction. 

Calonne     -                         Loménie de Brienne     -                 Lamoignon

En 1788, la magistrature est en lutte contre l’autorité royale. Barou se dresse contre la réforme de la justice proposée par le gouvernement, il publie une protestation pour contester l’édit du 8 mai qui, selon lui, « détruit la magistrature ». Il refuse d’exercer les fonctions de procureur du roi au Grand Bailliage. 


Il est arrêté et emprisonné au fort de Brescou. Ses collègues se déclarent  "consternés à la vue de l'ordre rigoureux qui frappe l'un de ses membres qui lui est également cher par ses lumières et ses vertus"




Ses collègues demandent à Necker qui vient de remplacer le ministre, une intervention en grâce pour libérer Barou. 



Lors de son retour, Pierre Antoine raconte qu'il a même pu rentrer directement chez lui, sans s'exiler sur sa terre du Soleil.

 


Necker leur répond : "Je n'avais pas attendu votre demande pour m'intéresser à M. Barou, c'est une des premières choses auxquelles j'ai pensé en entrant en place. Il doit être, dans ce moment, au milieu de vous, et je n'ai plus que le regret des peines qu'il a éprouvées."


Le 5 mai 1789, le roi convoque les États-Généraux, à Versailles.

Barou du Soleil qui est Procureur du roi jusqu’au 26 mars 1789 a participé à l’organisation, mais il ne siège pas.

5 mai 1789, les États-Généraux à Versailles

voir aussi :


2025-11-15

N_Nos amis

 

- Bienvenue chez nous, chère cousine, laissez-moi vous présenter quelques-uns de nos amis. 

L'accueil chaleureux de Pierre Antoine dissipe le vertige d'avoir traversé des siècles obscurs, pour me retrouver à la fin du 18e siècle, dans la lumière d'un salon, éclairé par des bougies sur des chandeliers dorés . 


Il y a quelques jours, je vous avais confié mon rêve de rencontrer les cousins Barou du Soleil. Ce rendez-vous ancestral arrive à point pour honorer l’invitation du samedi chez eux.

Je suis allée tirer la sonnette au n° 4 de la rue Saint-Joseph, le gardien nous a ouvert, tout semblait parfait, leur hôtel n’avait pas été démoli, ni perquisitionné par le Comité de Salut Public… Nous avons pu remonter le temps sans encombre, l’époque éclairée par les Lumières demeurait encore paisible, même si de grands changements s’annonçaient. On discutait déjà avec passion des idées révolutionnaires.

Nous entrons dans le salon où sont disposés quelques tables garnies de nappes et une vingtaine de sièges, des fauteuils couverts de bourre de soie chinée, d’autres garnis en bazanne rouge et des chaises en paille. Les conversations mondaines et polies, ou déjà enflammées, se frottaient d’une personne à l’autre, comme l'aurait fait un chat sauvage que l’on essaye de caresser avant qu’il s’enfuie.

 

- Je vais chercher mon épouse qui sera ravie de vous connaître, elle est l’âme de cette maison, c’est elle qui organise nos soirées avec nos amis.

Jeanne Marie nous accueille avec beaucoup de gentillesse, les bras chargés de bouquets odorants qu’elle allait disposer dans de grands vases sur le buffet. Le soleil s'était couché dans un ciel rose et cotonneux derrière la colline de Fourvière.

Elle s’avance vers Joseph Vasselier, en s’exclamant « Voilà, notre poète arrive ! »


Jean Baptiste Vulpian
, mon voisin m’explique à voix basse que ses collègues de l’Académie le considèrent comme « l’un des plus charmants conteurs français et poète érotique. » Vasselier, ami de Voltaire, est passé maître en matière de bons mots, tel celui-ci : « Le monde fait l’amour et l’amour fait le monde ». Peu préoccupé de succès, il vient cependant de publier un Almanach nouveau de l’an passé 1785 & 1786, où l'on annonce les choses arrivées et qui arriveront encore. 

Il ajoute : On me dit, Madame, que votre époux est un cousin d’Annonay de la famille Barou. Je rectifie en précisant que si nous avons des ancêtres communs avec Barou, mon mari est tout à fait lyonnais. Par contre, je mentionne qu'Annonay est ma ville natale.

Monsieur Vulpian me répond qu’il est lui-même né à Annonay, ce qui ajoute à la qualité de l’amitié qui le lie à Pierre Antoine.

Décidément bavard, il me demande si, dans notre ville, je connais la famille Monneron.

Je sais, dis-je, que notre hôte écrivait l’an dernier, le 10 juin 1785 « J’ay diné hier chez les Monneron avec M. de la Peyrouse qui va faire le tour du monde, voyage que le Roy, lui-même a tracé ». En effet, ajoute-t-il, son frère Paul Monneron fait partie de l’expédition de La Pérouse, ils naviguent dans les mers australes.

Je capte des bribes de conversation des personnes à côté de nous ; on parle des absents.

« La mort de Peyron… effacé de notre liste des samedis » depuis le 8 avril 1785.

- Avez-vous des nouvelles de Charles de Pougens?

- Il est à Londres en mission diplomatique, il met à profit ce séjour pour continuer ses recherches linguistiques. Il écrit que lui manquent « Les charmants soupers que nous donnait, tous les samedis, mon honorable ami M. Barou du Soleil. »



Pierre Antoine propose de remplir mon verre de vin de Beaujolais. Il me dit que quelques amis parisiens séjournent à Lyon, et qu’il les a conviés chez lui ce soir. Il pense que je serais intéressée de les rencontrer. 

Il chuchote en aparté :

A propos de Monsieur Campan : je ne peux pas compter sur lui, je disais à Jeanne Marie « au surplus c’est pour lui même que je le cultive, il a de l’esprit, du gout et de l’amabilité ; et je suis bien aise que tu le voies souvent ; mais une jolie femme et le magnétisme sur quoi puis-je compter ? »

Henriette Campan

Surpris par l’arrivée de madame Campan, il essaye de retomber sur une conversation plus badine. 

- En parlant de jolie femme, chère Henriette vous rayonnez. J’étais justement en train d’expliquer le magnétisme à ma cousine, en disant que vous êtes fort versée dans cette nouveauté qui attire les jolies femmes comme un aimant.

Henriette nous revient de Paris, elle est première femme de chambre de la reine.

- Marie-Antoinette ! m’exclamé-je, vous la côtoyez ?

- Elle avait quatorze ans, lorsqu’elle est arrivée d’Autriche, en 1770 pour ses noces avec le dauphin, elle était tellement perdue dans l’immensité de Versailles qu’elle s’est accrochée à mon amitié. J’étais lectrice des filles de Louis XV et je me suis attachée à elle.

Suivez-moi, nous allons rejoindre monsieur Campan dans la bibliothèque, il examine les nouveautés qui viennent d’arriver chez notre hôte. Son père est bibliothécaire de la reine, mon mari est attiré par les livres, il sait que Barou a un goût très sûr.

Dans le corridor, Henriette croise deux académiciens qui discutent.


Jean Jacques Millanois, avocat et membre de l’Académie. Comme Campan, il s’intéresse au magnétisme et aux expériences de Mesmer qui font l’attraction et suscitent des doutes.

Pierre Suzanne Deschamps, avocat et membre de l’Académie, il a dressé l’inventaire des médailles de la ville. Barou le consulte pour sa collection.

Tous les deux seront députés aux États-Généraux. Mais ce n’est pas le moment de parler politique, car je connais l’avenir de ces gens qui vont traverser les affres de la Révolution. Il est bien préférable de les laisser tranquillement profiter de cette belle soirée sans les inquiéter. 

Je me demande d’ailleurs si Monsieur et Madame Roland font partie des invités ce samedi. Il est évident qu’ils fréquentent nos hôtes, puisqu'ils partagent leur intérêt pour l’herborisation

Manon Roland dans son salon

J’ai écrit ce billet en écoutant « The Guests » de Léonard Cohen.

 Ce rendez-vous ancestral est le fruit de mon imagination étayé par des documents d’archives, inventaire, correspondances, témoignages d’amis. Voici quelques sources :

Dictionnaire historique des Académiciens de Lyon, 2017.

Dictionnaire Historique de Lyon, 2009.

Vasselier : https://www.fabula.org/actualites/16993/j-vasselier-almanach-nouveau-de-l-an-passe-1785-1786.html

Vulpian: https://www.retronews.fr/journal/la-gazette-d-annonay/26-mars-1892/3/8c724f64-a1f0-4cdc-9629-5fd8a4a72d65

Campan : https://books.google.fr/books?id=Tp4PAAAAQAAJ&pg=PA301&dq= # v=onepage & q & f=false

Et les fiches des biographies sur Wikipédia que je crée ou complète lorsque j’ai des informations.