Enthousiaste
et plein d’espoir, Honoré va faire sa demande au père d’Eliza.
Le
10 octobre 1813, il prépare le brouillon de sa lettre ; très concentré, il pèse
ses mots, réfléchit, écrit, rature, et ne peut se retenir de sourire.
« Monsieur et respectable ami, »
Un
peu formel, mais la formule semble convenir. Jean est-il l’ami d’Honoré avant
d’être son futur beau-père ? Tous les deux sont avocats. Jean est deux fois
plus âgé que lui ; Honoré a 26 ans et la fougue d’un jeune homme amoureux.
Quelques
lignes plus bas, il ose « Monsieur et tendre ami » et il termine avec ces mots
: « Je vous embrasse bien tendrement et suis votre respectueux ami. »
C’est
une correspondance d’hommes, même si Eliza est concernée, elle ne sera avertie
que plus tard.
Eliza
n'a que 18 ans, Honoré apparaît très séduisant, bien sûr, elle s’empressera de
l’accepter pour époux.
Les sentiments
« Faites-lui
part de mes sentiments ; il me serait trop doux de penser qu’elle peut les
partager. »
« faites
agréer à Mademoiselle Eliza mes sentiments de l’estime la plus douce ; ayez la
bonté de lui dire que je lui offre mon un cœur [ligne barrée]
plein de vous, de votre estimable compagnie, plein d’elle-même et que je
ne puis lui offrir rien de plus cher. »
Le souci de la conscription
« Il
circule ici des bruits de conscription fâcheux ». La mère d’Honoré s’inquiète,
c’est elle qui lui a demandé d’en parler à Jean. Il est évident qu’un mariage
arrangerait la situation de son fils.
Une alliance entre deux « affaires
d’intérêt ».
« Si
nous assurions notre alliance, cela ne vous gênerait nullement pour ce qui
regarde nos affaires d’intérêt, vous auriez le même loisir de vous en occuper. Ayez
la bonté d’y réfléchir et de m’en dire votre pensée ».
Honoré
s’exprime avec assurance, il connait les affaires et parle d’égal à égal avec
son futur beau-père qui personnellement, m’aurait fort impressionnée par son
autorité, son intelligence et sa position sociale.
Homme doux et sensible, Honoré a tenu sa promesse de rendre sa femme
heureuse. Sa fille Virginie lui était très attachée. Deux siècles plus tard, sa famille conserve de lui le souvenir d’un ancêtre
bon, mort trop jeune, et apprécié par ses qualités.
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| Le coffret d'Honoré |
Réponse de Jean G. le futur beau-père, le 20 octobre 1813.
« Votre lettre en date du 10, ne m’est parvenue que le 18, et a été reçue avec un grand plaisir". Dès la première ligne, Honoré est rassuré, malgré l’attente un peu trop longue.
Jean
se comporte en père attentif, soucieux de ménager la tranquillité de sa fille. Il
ne lui a pas encore annoncé la demande. Cependant, il se montre confiant.
« Ses
sentiments pour vous nous sont assez connus : plus d’une fois, ils ont
échappé à sa candeur. En nous disant oui, elle ne nous apprendrait rien.
Peut-être convient-il de lui laisser encore quelques jours, et jusqu’à votre
première apparition, la paix de l’âme. Sa maman au reste en jugera. »
Alors qu’il semble enclin à précipiter les noces, Jean laisse
sa femme décider, et lui même reste en retrait pour quelques jours. D’ailleurs,
il fait preuve d’une grande délicatesse envers le futur couple.
« Je
ne sais point encore si nous ne vous réserverons pas le plaisir de dire à Eliza
le premier mot qu’elle doive entendre sur nos projets.»
La conscription
Le mariage pourrait être une solution pour éviter la
conscription, même si le jeune homme n’est pas immédiatement concerné. Il reste
préservé en tant que fils unique de veuve puisque son frère est mort "à la
suite des armées".
« Le mariage au reste vous affranchirait sans doute de tout
autre appel ». Jean estime important qu’il soit programmé au plus vite.
L’affaire
se trouve rondement menée, un mois jour pour jour après la réponse du père, la
noce est célébrée le 20 novembre 1813.