2026-01-24

Blog anniversaire 11 ans

 

Former un couple, c’est l’alliance de deux arbres. J'ai donc la chance d’avoir deux généalogies à reconstituer.   

11

Mon fils m’a demandé la liste de tous ses ancêtres; bien sûr, je me suis empressée de répondre. Il n’était pas à côté de moi pour consulter mon logiciel où sont rangées les informations. J’ai donc réfléchi à la meilleure manière de présenter toutes les générations. J’ai rassemblé des arbres, fusionné, effacé les doublons et tout vérifié, ce qui n’était pas simple.

J’ai opté pour un document sous forme de liste où sont recensés, sur 20 générations, 3249 ancêtres paternels, 4730 ancêtres maternels. 

La mention des métiers a été particulièrement appréciée.

Mario Klingemann

Dans la même génération se côtoient des laboureurs, des marchands, des artisans, des villageois, des bourgeois, un notaire, un capitaine, un tisseur à toile, un jardinier, un ménager, un aubergiste, un berger… et leurs épouses sans occupation reconnue.  


À côté de ces géants, dans la forêt de Briqueloup, beaucoup d’arbustes qui pouvaient paraître plus chétifs se sont développés sur certaines terres arides, en manque de sources. Avec le temps, ces bases précieuses ont pris de la force. Me promettant de vérifier, de sourcer et d’enrichir les informations, avec leurs graines, leurs rejets, j’ai fait pousser plusieurs arbres. Ils ont grandi en s'étoffant. 

Certains espaces de ma forêt sont encore en broussaille. Alors, la perspective de nouvelles recherches me ravit.  


Depuis 11 ans

Onze ans à faire parler mes ancêtres, cela fait beaucoup d'histoires.  

Au total, j'ai publié 526 articles qui ont eu 949 482 vues.



38 articles en 2025


Bilan 2025

 


Rameaux cachés

C’est le nouveau challenge lancé par les membres du très sympathique groupe FB : Raconter sa généalogie. Cette communauté chaleureuse apporte beaucoup de motivation pour écrire.

Rameaux cachés m’a fait découvrir la vie de mes ancêtres en bout de branche. Ceux dont on sait très peu de choses, dont on ne connait pas le nom des parents, pour lesquels les actes sont rares ...

Je suis allée dans la montagne du Vivarais pour mieux connaître Claude Bonnefoy et son épouse dont j’ai découvert le nom : Vitalle Veyradier. L'enquête a été fructueuse et j’ai écrit trois articles sur ces ancêtres. 

J'ai aussi exploré la branche inattendue d'un fourbisseur d'épées.


Généathèmes

J’aime beaucoup ces thèmes suggérés par Geneatech. Parfois, certains sujets proposés paraissent très loin de ma forêt. Aussi, lorsque je réussis à trouver un ancêtre qui veut bien se prêter au projet, j’ai un grand plaisir à l’écrire, et même à le relire.

J’essaye de participer autant que je peux. Depuis 11 ans, j’ai publié 33 généathèmes.

Je n’aurais pas raconté toutes ces histoires spontanément. C’est grâce à ces challenges qu’elles ont vu le jour.

De la tendresse dans les archives, ce sont deux billets en avant-première du sujet que j’ai ensuite développé dans le ChallengeAz.


Challenge AZ 2025

Pierre Antoine Barou du Soleil, un gentilhomme du XVIIIe siècle nous a invités chez lui. Nous avons pu faire la connaissance de ses amis et comprendre les conversations sur les sujets qui les occupaient dans l’esprit du siècle des Lumières. J'ai ainsi pu créer et enrichir des articles sur Wikipédia.  Et j'ai encore beaucoup à lire dans ses archives.


Mon billet coup de cœur


Savez-vous que lorsque la nuit est tombée, en marchant dans la rue de mon village, je pourrais rencontrer Françoise Gaillardon, comme je l’ai fait lors de ce RDVAncestral. Elle a demandé au notaire de conserver dans les archives une déclaration étonnante où il est question d’une chandelle et d’une bassinoire


Projets 2026

Continuer les recherches et mettre en forme les réalisations de la famille Daurolles, constructeurs au XVIIe à Lyon, dont je vous avais déjà parlé avec Antoinette et ses frères

Plusieurs articles Wikipédia, à créer ou à améliorer, tel celui de l'Hôtel de Ville de Lyon et des œuvres et des personnes en lien avec nos projets lyonnais.

Lyon XVII

Me laisser surprendre par les thèmes des challenges qui m’incitent à trouver des choses que je n’aurais pas cherchées sans cette motivation.


🌟

2026

Laissons entrer la lumière


 

2025-12-30

La Voix des fantômes


Le Généathème nous propose ce mois-ci de partager un ouvrage qui résonne avec nos recherches. C’est l’occasion d’ouvrir cet essai que j’ai lu cette année :

La Voix des fantômes, Quand débordent les morts, Grégory Delaplace, éditions du Seuil, 2024, 267 p.


Avez-vous rencontré des fantômes ?

Lorsque nous explorons les siècles passés, nos ancêtres hantent l’arbre généalogique qui se constitue. Transmettre leur nom pour ne pas les oublier, leur donner une voix, les faire parler pour qu’ils nous racontent un moment de leur vie, tel est mon projet.

 


A la suite d'une rencontre intéressante, au mois de mai, dans le cadre du festival Littérature Live à Lyonj'ai eu envie de découvrir cet essai de l'anthropologue Grégory Delaplace, avec qui j'ai un peu échangé lors de la dédicaceIl m'a passionnée malgré quelques difficultés de lecture qui valent bien la peine d'être surmontées. 

Son propos est d’étudier les façons dont les morts sont mis en place par ceux qui leur survivent.

Dans nos cimetières du XIe au XVIIIe siècle, on recherche la compagnie des morts. On se réunit dans les nécropoles, pour des spectacles ou des marchés, pour tenir des assemblées de justice, pour signer un contrat. Les défunts se font alors discrets, leurs noms ne sont pas inscrits. Les rares stèles en bois ou en pierre ne tiennent pas longtemps debout. 


L’auteur nous fait encore voyager de l'Amazonie chez les Achuars, jusqu'en Mongolie, en visitant aussi au Brésil, en Inde, en Chine, plusieurs groupes aux comportements étonnants pour lesquels la présence des morts est plus ou moins bien tolérée.  

Les récits apparaissent fascinants où l'on voit des chamans dialoguer avec des défunts, des cadavres proposés à la dévoration cannibale ou purifiés par les animaux prédateurs. 

D'autres sociétés (y compris la nôtre) déplacent rituellement leurs morts. Certaines familles pleurent bruyamment, d'autres imposent le silence, jusqu'à rendre tabou le nom du défunt.

Il est étonnant d’apprendre comment  les Tziganes du Royaume-Uni se préoccupent d’empêcher le retour du mort chez les vivants. Pour éviter d’attirer son fantôme, «  ils effacent méticuleusement toute trace du défunt parmi eux : son nom n’est plus prononcé, ses possessions sont cédées au plus vite, sa roulotte est démontée et brûlée. » Chez les Manouches en France, la distance est plus nuancée. Peu de temps après les funérailles « le mort est tu, tandis que les parents plus éloignés  en parlent librement. […] A mesure que le temps passe, cela s’inverse, ceux qui avaient connu le mort finissent par n’en plus parler, alors que les proches parents s’autorisent de nouveau à le faire ».

Cela vous arrive-t-il, comme moi, de soigner des objets sans les utiliser ?  En signe de respect comme un hommage au défunt.

J'ai dépoussiéré, nettoyé et rangé les rabots de Jean.



Chez les Achuars, aucune relique n’est conservée, les morts sont effacés et livrés à la forêt. Il se peut que leur âme, sous la forme d’un jaguar, rentre en communication avec un jeune homme lors d’une aventure initiatique.


Selon l’auteur, les rituels funéraires auraient pour but de mettre les morts à distance, leur enjoignant le silence et le respect des vivants qu'ils ne doivent pas hanter.

Cette hypothèse m’est apparue à contre-courant de ma pratique où je m’efforce de donner la parole aux ancêtres que je réveille les uns après les autres. Ainsi, ils me deviennent plus proches et je suis ravie de les tirer de l’oubli. 

Comme vous, j'aime bien les ranger dans ce que nous appelons des arbres généalogiques, chacun identifié dans une petite case, avec un numéro sosa, ordonné selon les générations. 

Je suis toujours étonnée de constater que les personnes auxquelles je parle de mon intérêt pour les générations passées, éprouvent des difficultés pour citer le nom de leurs arrières-grands-parents et ignorent le plus souvent leurs trisaïeuls.

J’aime bien rappeler cette tradition provençale du repas des Armettos : https://www.briqueloup.fr/2020/11/aarchives-marseille.html

 

Constatez-vous aussi que nos ancêtres en révélant leurs secrets nous apprennent à vivre ?


2025-12-19

Pilâtre de Rozier

 

Jean François Pilâtre était venu à Lyon en décembre 1783. Il voulait voir comment se préparait la construction de la montgolfière.

Ce projet avait été initié par l’Académie de Lyon. Pierre Antoine Barou du Soleil, ami de la famille Montgolfier, était l’un des membres actifs chargé de l’organisation de l’évènement. Il s’occupa de gérer la souscription lancée par Jacques de Flesselles, l’intendant de Lyon. En son honneur, le ballon porta son nom haut dans le ciel.

Le FlessellesPublic domain, via Wikimedia Commons


Laurencin, le principal mécène, fit le récit dans sa lettre à M. de Montgolfier.

https://books.google.fr/books?id=U2antq2DA6sC&pg=RA1-PA3#v=onepage & q & f=false

Lorsque M. Pilâtre de Rozier, le premier des voyageurs aériens, se rendit à Lyon, sur le bruit de cette grande expérience, n’ayant d’autre dessein que d’en être simple spectateur.

L’on s’empressa autour de lui, M. de Montgolfier l’aîné fit le plus grand accueil à ce coopérateur zélé des expériences faites dans la capitale par M. son frère ; et l’on doit croire que l’intrépide M. Pilâtre ayant été consulté sur le projet d’un nouveau voyage dans les airs, ne le combattit point, mais il proposa quelques réparations accessoires pour en diminuer le danger.

 

Joseph Montgolfier avait conçu un ballon grandiose, le plus grand que l’homme ait jamais construit : 126 pieds de haut, 102 pieds de diamètre.

Il n’était pas prévu pour transporter des passagers. Cependant, Pilâtre estima que c’était possible. Montgolfier accepta sa proposition de piloter, puisqu’il avait l’expérience d’un premier vol libre.



La souscription avait été accueillie avec empressement par les notables de la ville, et l’on vit des étrangers du plus haut rang se faire gloire d’y contribuer en y prenant des actions.

Quel succès ! Les candidats pour l’ascension s’enthousiasmaient. Il y eut tant de demandes que l’on sélectionna les plus honorables, ceux qui avaient payé fort cher.

On peut imaginer que les samedis, dans le salon des Barou, beaucoup de leurs amis avaient participé à financer cet évènement extraordinaire. Il est fort possible que Jean François Pilâtre fasse partie des invités. Tous commentaient abondamment le premier vol de montgolfière à Lyon. Le poète, Joseph Vasselier composa ces vers, à déclamer lors du grand jour.  


Le 21 janvier 1783

Le récit de l’envol de la montgolfière sous les yeux de la foule des Lyonnais rassemblés aux Brotteaux, des incidents imprévus au décollage, de l'ascension spectaculaire, puis de l’atterrissage brutal sont à lire dans un précédent billet : 

Dans le ciel de Lyon.


21 janvier 1783, à Lyon


Le 15 juin 1785, chute fatale.

Rozier fut le premier aéronaute, mais aussi la première victime de catastrophe aérienne.

On comprend l’émotion ressentie par Pierre Antoine Barou en apprenant l’accident. Il en fait le récit à son épouse.



Paris, ce 17 juin 1785

Tout Paris est affligé de la mort de ce pauvre Pilâtre du Rozier. Tu sais qu'il étoit à Boulogne depuis décembre à attendre le vent, pour passer en Angleterre;

Il avait cru que Blanchard ayant fait le trajet, il devoir y renoncer, mais revenu à Paris, et s'étant monté à l'audience de M. le Contrôleur général, le ministre parût fort étonné de le voir, et lui dit très haut, comment n'êtes vous pas en Angleterre? Pilâtre entendit les reproches, et repartit le lendemain. Le vent du nord qui a régné si longtemps, a toujours empêché ce malheureux de s'enlever, enfin mercredi dernier, le vent lui ayant paru favorable, Pilâtre et un sieur Romain, mechnicien, sont partis à 7 heures du matin. Ils ont parcouru pendant une demi heure environ, compris le tems de l'ascension qui a été superbe, cinq quarts de lieue le long de la côte, à la vue de vingt mille spectateurs. On a eu la douleur de voir l'explosion du Ballon par le haut, étant élevé prodigieusement. On attribue ce malheur au nouveau moyen qu'avait imaginé ou adopté Pilâtre; La réunion de l'air inflammable et du feu. Enfin la chute rapide du Ballon et de la montgolfière entrainés par la galerie et le poids des deux aéronautes, n'a pas permis d'arriver à temps pour les secourir, La chute n'ayant duré que quelques secondes; Le malheureux Pilâtre a été trouvé mort et en pièces; M. Romain, dit-on, a survécu dix minutes. Ce malheureux événement excite d'autant plus de regrets que le Pauvre Pilâtre semblait le pressentir; Le marquis de la maison forte, jeune homme de vingt un à 22 ans, qui l'avait suivi à Boulogne dans l'intention de monter avec lui dans le Ballon, au moment se d'y placer, en avait été empêché par Pilâtre. Le jeune homme croyant que c'était pour éviter le poids d'un troisième voyageur, avait fait consentir M. Romain à lui céder sa place pour 200 louis, mais Pilâtre s'y était opposé avec tant de fermeté, que le jeune homme avait cédé, et Pilâtre montant dans le Ballon l'avait embrasé en le priant de lui pardonner s'il refusoit de l'emmener, mais qu'il n'avait aucune confiance dans son Ballon, que le vent n'était pas sûr, et qu'il seroit bien heureux s'il en revenoit. C'est le jeune homme lui même qui est venu apporter la nouvelle, qui le premier fut au lieu de la chute, et qui ce matin en a conté tous les détails à M. de Flesselles de qui je les tiens. On a obtenu pour la mère et la sœur du malheureux Pilâtre la réversibilité de la pension que le Roy lui avait faite; J'imagine que les Ballons resteront longtems sous la remise, cela dégoute des voyages, et si Pilâtre fut le premier à y monter, sa déplorable fin fera sans doute qu'il sera le dernier.




On se rend compte que toutes les précautions de prudence n’ont pas été prises pour assurer ce vol. Pressé par Charles Alexandre de Calonne, le contrôleur général des finances qui avait donné de l’argent pour ce projet, Pilâtre est touché par le ton de ses reproches. D’autant plus que son concurrent, Jean Pierre Blanchard a réussi l’exploit de traverser la Manche, dans des conditions difficiles, quelques mois plus tôt.

Pilâtre aime les défis, mais nous l’avons vu à Lyon comme un aéronaute prudent qui estime les dangers et prend des décisions réfléchies. Pendant plusieurs jours, le vent du nord n’était pas propice et dès qu’il s’est apaisé, il a décidé de s’envoler. Son compagnon Pierre Ange Romain avait conçu avec lui une étonnante aéro-montgolfière combinant gaz et foyer de combustible. La réunion de l’air inflammable et du feu a provoqué l’explosion. 

Comment Jean François Pilâtre a-t-il pu monter dans ce ballon dans lequel il n’avait pas toute confiance ? Il savait que le vent pouvait tourner. Il dit lui-même qu’il n’est pas sûr de revenir. 
Elles sont prises sur le vif, ces confidences que Pierre Antoine Barou a entendues de Jacques de Flesselles qui les tenait du premier témoin direct. Je n’ai pas pu lire d’autre récit écrit en 1785 de cet accident. Avec toute la subjectivité et l’émotion contenue dans cette lettre, ce document mérite d’être publié. La plume de Barou du Soleil fait partager sa tristesse à son épouse, et à nous aussi.
 

Voir aussi :





2025-11-30

Z_Un gentilhomme qui reste mystérieux

       

Je n'ai pu vous montrer aucun portrait de Pierre Antoine et de Jeanne Marie.  Pourtant, je ne doute pas qu'il en existe encore dans leur famille. Il est fort possible que des tableaux de belle qualité continuent leur vie chez des particuliers, ceux-ci ignorant l'identité du personnage qui les regarde depuis son XVIIIe siècle. Auraient-ils eu le temps de poser pour leur amie Sophie de Tott, ou pour d'autres peintres qui auraient fixé leur image au delà de leur vie ?  Je ne désespère pas d’en rencontrer un jour !


Pierre Antoine Barou du Soleil garde son mystère.

Bien sûr, pas d’acte de décès, puisqu’il est guillotiné, victime de la Révolution le 13 décembre 1793.

Ni d’acte de baptême. Il a longtemps été difficile de le situer à Paris, d'ailleurs les archives ont brûlé.

Pierre Antoine et Jeanne Marie n’ont pas de descendance.


Leur hôtel, au n° 4 rue Saint-Joseph, à Lyon, a été démoli.

Leur domaine du Soleil a été éparpillé, puis vendu à des promoteurs.

Ses herbiers et ses collections ont été saisis. Où ont-ils pu être conservés ?

Sa signature est rare dans les archives. La voici en 1767 lors du mariage de sa sœur, Jeanne Marie Lavaud avec Pierre François Boscary.


Politesse au bas d’une lettre écrite en 1781.


Il n’éprouve pas le besoin de mettre son paraphe après les douceurs et les  Kisses, au bas des tendres lettres qu’il envoie à son épouse.

Celui de ses initiales, en 1789, est l’unique que je connaisse dans ses documents manuscrits.

Jeanne Marie ne montre pas davantage sa signature, sauf le jour de son mariage.


et en 1793, veuve Barou 


A l'Académie de Lyon, ses collègues l'appréciaient. Réputé brillant orateur, il prononce des discours, des éloges, il donne quelques traductions, mais il n’a guère laissé de publications.

Que disait-on de lui ? 

Ses amis le regrettaient en évoquant ses qualités. Relisez les témoignages des naturalistes, compagnons des sorties où ils herborisaient.

Le Chevalier Charles de Pougens, qui a reçu l’hospitalité dans la maison des Barou, lors d’une convalescence difficile au moment où il perdait la vue, en a conservé une indéfectible amitié, et aussi une petite canne :

Ch de Pougens, lettres philosophiques ...
dans lesquelles on trouve des anecdotes inédites sur JJ Rousseau...
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9603587v/f223.image.r=Barou


 Ses biographes

Dans son Histoire monumentale de la ville de Lyon, Monfalcon écrit un article sur certains académiciens, notamment Barou. Il retrace sa carrière et donne quelques détails :

https://play.google.com/books/reader?id=WuNT-urt_ysC&pg=GBS.PA41&hl=en_US


Sa fortune importante a certes suscité des jalousies. Il occupait les fonctions de Procureur du roi en la sénéchaussée et présidial de Lyon. Procureur général honoraire de la cour des monnaies. Puis en 1787, il est nommé Procureur général, Syndic à l'Assemblée provinciale de la généralité de Lyon.

Sa femme est déçue qu’il n’ait pas été élu député du Tiers-État pour la convocation des États-généraux. Il ne s’est pas mis en avant et il sait rester humble et absent de cet événement où siègent ses collègues, en cheveux,  assis au premier plan de ce tableau. 

5 mai 1789, Etats-Généraux _ https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Couder_Stati_generali.jpg


Menant le train de vie d’un gentilhomme, il avait le titre d’écuyer et vivait noblement, en jouissant d’une grande richesse, acquise par ses différentes charges.

Pierre Antoine n’était cependant qu’un bourgeois, il faisait partie du tiers-état. Sa femme aurait bien aimé qu’il accède à la noblesse, mais puisqu’il n’a pas rempli les vingt années de fonctions dans son office de procureur du roi, il n’était pas en droit de demander ce titre. 


En continuant d'explorer les archives conservées aux AD 69, je pourrais affiner la connaissance de cet homme séduisant qui reste encore méconnu. Il y aurait encore tant à raconter.

J'espère avoir contribué à lui donner vie dans ces billets du ChallengeAZ.


26 billets de ce ChallengeAZ 

consacrés aux Barou du Soleil 

l'index se trouve ici :

https://www.briqueloup.fr/p/blog-challenge.html 

2025-11-28

Y_S’y trouver, s’y rencontrer


Lorsque Joseph Pérouse s’est installé à Lyon, les traces de la Révolution apparaissent bien fraîches. Lyon se relève à peine des destructions. Les beaux immeubles de la place Bellecour ne sont pas alors tous reconstruits.


Rue St-Joseph = Rue Auguste Comte

En 1815, Joseph a acheté une maison au numéro 7 de la rue Saint-Joseph, il est devenu le voisin de madame Barou du Soleil qui vivait au numéro 4. Ce n’est pas tout à fait sa grand-tante, mais plus exactement de la femme du cousin de sa mère, Marguerite Barou.


C'était un vieille dame très digne, avec beaucoup de classe. Discrète, comme savent l’être les bourgeoises lyonnaises, Jeanne Marie Durand porte le deuil de son mari depuis la terrible journée du 13 décembre 1793 où Pierre Antoine Barou avait été guillotiné. 

Après les évènements de la Terreur, elle aurait souhaité ne plus revenir dans « cette horrible ville ». Il a bien fallu qu'elle s’habitue à son quotidien de veuve, dans une société nouvelle, bouleversée par les changements politiques. Beaucoup de leurs relations avaient souffert ou étaient mortes. Certaines amitiés se sont consolidées, d'autres se sont distendues. 

 

Joseph Pérouse, lui-même, avait émigré à Trieste pour sauver sa vie. Il était alors « marchand fabriquant de chapeaux de paille d’Italie». En 1798, il avait épousé Catherine Fanny Duboys. Ensuite, leurs trois enfants sont nés à Lyon où Joseph tenait une boutique de chapelier. (Ils sont nos sosas 186 et 187)

 

En 1815,

Jeanne Marie vivait avec son frère Simon Antoine Durand de la Flachère. Elle n’avait pas eu d’enfant. Mais sa nièce, épouse de M. de Chaponay et leurs trois enfants habitaient au 2e étage de leur hôtel particulier.


Rue Saint-Joseph

Joseph est au balcon de sa maison, il fait un signe de la main pour saluer sa cousine qui marche dans la rue.

— Ma femme vous attend !

Jeanne Marie pousse la lourde porte en bois.


Elle monte les marches de l’escalier. Ses talons claquent sur les carreaux de terre rouge. Elle ralentit au fur et à mesure qu’elle grimpe au deuxième étage.


Elle reprend son souffle, en lisant le nom Pérouse sur la porte sur le palier du deuxième, elle entend une cavalcade et des rires joyeux.


Trois enfants courent dans le couloir. Leur père vient de les prévenir que la dame arrivait. Le tintement de la sonnette les arrête.

Joséphine, l’aînée va ouvrir la porte à la visiteuse, elle devance sa mère qui s’approche.

Catherine accueille une petite dame brune, qui porte avec soin ses 65 ans, élégamment vêtue d’une veste courte en velours vert sombre, sur une robe de soie gris perle. Elle est coiffée d’une cornette en dentelle sous un chapeau de paille acheté chez notre chapelier,

Jeanne Marie lui sourit, en tendant une main gantée pour la saluer. Elle fait glisser son châle en cachemire sur ses épaules, ce qui découvre le classique collier de perles.

 

— Alors, nous sommes voisines maintenant. La proximité avec la jeune famille de mon cher Pierre Antoine me réjouit. Vos enfants sont pleins de vie, ils ont bien grandi depuis que je les ais vus.

Joséphine (sosa 93) est une jeune fille de quinze ans, Joseph a eu neuf ans et Augustin va sur ses sept ans.

— Ils ont besoin de se dépenser; en fin d’après-midi, je devrais les amener prendre l’air et jouer place Bellecour.

— Ils pourraient faire connaissance avec ma nièce Marie de Chaponay, ses enfants ont le même âge que les vôtres. 

Joseph P. salue sa cousine, sans avoir le temps de s’attarder.

— Je vous invite à passer me voir dans la boutique, chère cousine, j’ai créé de nouveaux modèles de chapeaux qui pourraient vous plaire. Maintenant, c'est tout près de chez nous !

Il enfile sa veste, il se rend dans sa fabrique, au n° 1 rue de la Sphère, (rue François Dauphin).

Catherine fait les honneurs de la maison, elle montre les différentes pièces. où ils viennent juste de s’installer. 

— C’est plus vaste que l’appartement du quai des Augustins, et puis nous sommes chez nous.

— Vous verrez la rue est agréable. Nous allons nous rencontrer souvent.


2025-11-27

X_ Cheveux

 

Le 4 avril 1785, Pierre Antoine Barou du Soleil arrive à Paris pour ses affaires. Il écrit à sa femme :

« J’ay bien emporté ma robe, mais j’ai laissé mes cheveux longs. Et comme ils vont ensemble, tu me feras plaisir de chercher avec Vasselier, quelque moyen de me les faire parvenir. »


Il a bien préparé ses bagages, mais il se rend compte qu’il a oublié un accessoire important pour sa tenue : sa perruque poudrée. Il aimerait que son ami, le poète, Joseph Vasselier trouve une solution pour réparer l’erreur. Éventuellement, il pourrait contacter un Lyonnais de confiance sur le point de monter dans une diligence en partance pour Paris qui se chargerait de la commission.

Portrait d'un avocat au 18e siècle

Homme de robe

Pierre Antoine porte la robe d’avocat, lorsqu’il rencontre les ministres à Versailles, il veut ainsi s’affirmer dans sa fonction de magistrat. Il possède deux robes de justice.

Observons ce portrait peint au 18e siècle, qui permet d'imaginer le costume de P.A.

La perruque blanche en cheveux bouclés montre le statut social.

Les poignets de la chemise, en dentelle soigneusement repassés dépassent des manches amples et longues, cette touche d'élégance  égaye la robe noire. Une épitoge bordée de fourrure d’hermine s'attache sur l'épaule gauche.

Un gentilhomme élégant

Chez lui, la garde-robe est remplie de vêtements d’homme soucieux de sa mise.

inventaire 3 frimaire an2

un habit veste en velours cizelé noir à bordure

un habit noir veste et deux culottes médiocres

huit gilets noirs et deux culottes noires

dix gilets satin, à bazin, de différentes couleurs

une veste culotte tricot de soye

cinq chemisettes toile coton

dix culottes de différentes couleurs dont une en peau

trois habits de différentes couleurs

cinq gilets de différentes couleurs dont un est glacé


L’habit masculin se compose d’une veste, d’une culotte et de bas.

Dans son armoire, il y avait encore :

12 bas de soie blanc, 6 bas de soie noir 3 bas de soie gris, 12 bas de fil et 10 bas de coton.

30 mars 1789

Tu me feras le plaisir de m'apporter mes habits de printemps ou plutôt d'été qui consistent en un habit rayé jaspe que j'apportais de Paris au printemps dernier, un petit habit de soie gris avec des boutons en diamant, et un habit de drap de soie noir, dont j'ay la veste, mais l'habit et la culotte doivent être dans mon armoire. 

A propos de noir, n'oublie pas pour ton compte d'en apporter, car il se pourrait qu'il y eut un grand deuil, du moins, on craint pour M. le Dauphin.


Vous savez ce qui manque : des portraits de Pierre Antoine Barou du Soleil vêtu des ses beaux habits.