2023-11-23

T_ Tutelle de sa fille

 

La fille de Nicolas Louis Deleurye est orpheline de mère. Heureusement, pendant une dizaine d’années le grand-père maternel demeure bien présent. Mais, lorsqu’il décède, qui va s’occuper d’elle ?



Le registre de tutelle établi le 4 septembre 1785 explique la situation,

où l’on apprend que le père a disparu.

Sur quoy nous disons qu’attendu l’absence dudit Nicolas Louis Deleurye

Père de ladite Jeanne Françoize Rozalie Deleurye mineure [...]

La jeune fille ne doit pas avoir plus de 17 ans. Elle avait environ six ans lorsque sa mère est morte.

Les témoins assurent qu’« à leur connaissance ledit Nicolas Louis Deleurye, père de ladite mineure s’étoit absenté de cette ville de Paris depuis l’année 1774, incontinent après le décès de ladite Marie Angélique Victoire Hurault, décédée, son épouse, arrivé dans ladite année, que depuis cet époque l’on ignorait absolument le lieu de sa retraite et qu’il n’a donné aucune de ses nouvelles. »

Il apparaît qu’il y a urgence de statuer sur la situation de cette jeune personne qui est encore mineure.  Cinq amis qui l’entourent vont nommer un tuteur. Parmi les témoins présents se trouve son oncle Jacques Miche Seney, maître-perruquier, époux de Marguerite Thérèse, la sœur de sa mère.

Ce n'est pas lui le tuteur, mais un certain Michel Pierre Jacquemard, bourgeois de Paris y demeurant rue de la Culture Ste-Catherine qui accepte cette charge. 

Jeanne Françoize Rozalie est héritière de la part de sa mère qui correspond à un tiers de la succession. Le deuxième tiers doit être celui de sa tante Marguerite Thérèse. Le troisième tiers  pour Jean Baptiste Louis François son oncle.



Pour l’heure, il faut demander la levée des scellés, apposés par des commissaires au Châtelet, sur l’appartement du défunt, afin d’accélérer l’estimation des biens et l’inventaire des papiers.

Pourquoi avoir attendu tout l’été pour régler cette situation ? L’aïeul est décédé le 26 juin 1785, et cette réunion se tient le 4 septembre.

 

Rue de Beaujolais by Wikipédia

La résidence de François René Hurault de Morainville se trouve rue de Beaujolais. C’est une petite rue toute neuve, ouverte en 1784 sur une partie de l’ancien jardin du Palais-Royal. Les immeubles se montrent cossus et attractifs pour les bourgeois parisiens.

Où vivait la jeune fille à cette époque ? Chez sa tante, ou bien avait-on confié son éducation à un couvent ?


Ce que l'on sait sur sa mère et que Louis Nicolas n'a pas dit :

Qui est sa première épouse ?

C'était un cachotier

 Rozalie et ses descendants

Et sur toute la famille, l'enquête continue avec ce ChallengeAZ :

A - Ancêtres inattendus

2023-11-22

S_ Serpent

 

Un serpent ! Je ne m’attendais pas à découvrir un ancêtre qualifié de serpent. Quel serpent ? Était-il un médium spécialisé dans la communication animale ? Un sorcier qui aurait le don de parler le fourchelang ? Ou bien un passionné d’herpétologie ?



En vrai :

Frédéric Hubert Paulin jouait d’un instrument de musique appelé serpent.

Le serpent est un bel instrument à vent, en bois recouvert de cuir et d’ivoire, il fait partie de la famille des cornets à bouquin. Le son s'exprime très grave. Il sert à soutenir le chant grégorien.

 

Je vous ai raconté la vie de Frédéric Hubert Paulin (sosa 818) dans ce billet : Grosse surprise.

Il avait neuf ans en juin 1687, lorsqu’il a été admis, sur la recommandation de son oncle, à intégrer la maîtrise de l’église des Saints-Innocents de Paris.

Ils étaient six enfants de chœur et chantaient lors des offices. Leur formation musicale était complète, ils savaient lire la musique, ils travaillaient le souffle, le maintien, leur voix de jeune garçon, et sûrement la discipline et l’éducation religieuse, ils servaient la messe.

Chacun devait apprendre à jouer d’un instrument.

Frédéric Hubert tenait le serpent.



Le 12 novembre 1693, il a quinze ans, il achète un serpent ; il se rend à Senlis probablement pour se présenter à un poste de Serpent, dans l’une des églises de Senlis, mais sans succès. Il étudie la composition avec André Campra.

En août 1698, il a vingt ans, il est nommé comme joueur de serpent à Notre-Dame de Paris, avec des émoluments de 60 livres par an. La fonction paraît prestigieuse, mais pas très bien payée.

 

Il quitte la cathédrale Notre-Dame le 30 août 1706, car il avait été recruté pour tenir le serpent de la collégiale Saint-Honoré. Il gagnait 200 livres par an, c’était plus intéressant pour lui; en effet, il allait se marier deux mois plus tard, fonder une famille. Ensuite, élever quatre filles et un garçon, cela coûte cher. Ils étaient logés dans un appartement au rez-de-chaussée dans le cloître de Saint-Honoré.

 


Pendant 57 ans, il occupe la fonction de maître des enfants de chœur et maître de musique de la collégiale Saint-Honoré à Paris ainsi que le poste de serpent. Il a composé des motets qu’il faisait chanter aux enfants. Les multiples gratifications financières qu’il reçut tout au long de sa carrière témoignent de la grande considération qu’il avait. On appréciait « la bonne éducation qu’il a donnée aux enfants de chœur ». Cet excellent pédagogue a formé des chanteurs, des musiciens et des joueurs de serpent.  

 


Murmures d’ancêtres raconte un aïeul serpentaire 

mis à l’honneur dans son ChallengeAZ 2024

https://murmuresdancetres.blogspot.com/2023/11/i-comme-instrumentistes.html

 Pour entendre le serpent :

https://www.youtube.com/watch?v=YlgxDjO18BA&ab_channel=FranceMusique

💢

La source de cet article provient de l’étude consacrée à Frédéric Hubert Paulin, pages 189 à 222 de l’ouvrage L’art vocal en France au XVIIe et XVIIIe siècles. L’auteur est Erik Kocevar que j’aimerais vraiment rencontrer pour le remercier et lui dire ma gratitude.


2023-11-21

R_ Cordonnier de la Reyne

 

- Alors, ainsi Charles François connaissait la reine ?

- Mais oui, il voyait régulièrement Marie-Thérèse d’Autriche. Elle l’appréciait beaucoup.



- Dis-nous grand-père (Jean Coré, sosa 3274), dans quelle circonstance se rencontraient-ils ?

- Oh, il se mettait à ses pieds, tu penses bien.

- Il l’admirait à ce point-là ?

- Il disait que la bonté faisait le fond de son caractère, la justesse et la solidité celui de son esprit, et la modestie la règle de sa conduite.

- Si elle était vraiment modeste, elle aurait dû lui dire de rester debout devant elle et pas de se tenir agenouillé à ses pieds.

- Mais il le fallait bien, pour essayer ses chaussures ! Mon fils est le cordonnier de la feue Reyne. Je suis moi-même Jehan Coré, maître savetier, et je suis fier que Charles François soit apprécié à la Cour.



- Tu m’en diras tant ! Est-ce qu’il travaillait à Versailles ?

- La résidence royale s’est fixée à Versailles au mois de mai 1682. Hélas, la reine est morte le 30 juillet de l’année suivante.



- Où habitez-vous ?

- Nous habitons à Paris, rue des deux-Ecus, paroisse Saint-Eustache.

Le savetier


- Parle-moi encore de la reine, comment était-elle ?

- Ses yeux étaient admirables, elle avoit les lèvres relevées, et d’un rouge si beau qu’on eut soupçonné que l’art y eut été employé ; son teint était d’une blancheur à éblouir.

- Oui, mais se montrait-elle sympathique ?

- Il y avoit dans toutes ses actions une douceur et un charme inexplicable, et avec un embonpoint ménagé, brilloit en elle une fleur de santé sans égale.

- Exprimait-elle des exigences particulières pour ses chaussures ?

- Charles François a créé pour elle de jolis modèles, originaux par leurs talons très hauts qui ont eu du succès à la cour.

- Sur les portraits, justement les robes longues cachaient jusqu’à la pointe des escarpins. Quelle taille avait-elle ?



- Il faut y ajouter qu’elle étoit plus petite que grande, ce qui fit introduire de son temps les chaussures hautes et les coiffures étagées.

- Elle lançait la mode !

- Forcément, elle a aussi donné à ses suivantes le goût d’une nouvelle boisson. Elle raffolait du chocolat qu’elle dégustait déjà dans sa jeunesse au palais de l’Escurial. Cela la consolait d’être peu mise en valeur par son mari que pourtant elle admirait. Le roi Louis XIV avait tellement de favorites.

- Pourquoi Louis l’a-t-il épousée ?

- En 1660, leur mariage garantit la paix entre l’Espagne et la France. Elle a donné naissance à six enfants.


- Allez, nous avons assez parlé de la reine : allons boire ensemble une tasse de chocolat !



2023-11-20

Q_ Qui est sa 1ère épouse?

 

Marie Angélique Victoire Hurault devait être bien jeune lorsqu’elle a épousé Nicolas Louis Deleurye, il était  âgé de 32 ans.

Le mariage a été célébré le 28 novembre 1767, en l’église de Saint-Germain l’Auxerois de Paris.

Je suis entrée quelques fois dans cette église en pensant à Sophie Verne, cette belle ancêtre de mon mari qui nous inspire tant de récits. Cependant, je ne m’attendais pas à être invitée à inscrire ce lieu prestigieux dans la forêt de mes ancêtres marseillais. Et maintenant, quel étonnement de réaliser que ces personnages, qui ont produit des lignées tellement différentes, fréquentaient la même paroisse.


Église Saint-Germain-l'Auxerrois de Paris

Ses parents s’étaient mariés vingt ans auparavant. Sa sœur, Marguerite Thérèse doit être son aînée, puisqu’elle a signé son union avec Jacques Michel Seney, maître perruquier le 7 avril 1763. Donc, la jeune épouse de Nicolas Louis n’avait pas plus de 18 ans. Et sa sœur a dû être mariée à l’âge de quinze ans.

Leur frère avait dix ans à cette époque ; Jean Baptiste Louis François est né le 3 juillet 1752, paroisse Saint-Paul. Il mourut le 26 mai 1827 à l’Hôtel Royal des Invalides. Il était sergent et on trouve même pour lui des « punitions et retenues de vin » infligées en 1810. On ne sait quelle faute commise constitue une des rares traces de lui qui nous parvienne.  

 

Son père, François René Hurault de Morainville est « intéressé dans les fermes du Roy » en 1753. Précisément il est « employé dans les fermes de Poissy en 1774 ».

Il exerce donc comme agent de la Ferme générale. Je ne sais pas exactement à quel titre, mais lors de son  recrutement on lui a demandé de justifier d’un bon niveau d’instruction, il devait appartenir à une famille honorable, et de bonnes mœurs. À l’âge de la retraite, il était « Pensionnaire du roi ». En effet, a été instauré,  dès 1768, le système des pensions dont devaient profiter les agents ayant plus de vingt ans de service ou atteints d’invalidité. Une partie de leur salaire était retenue et placée dans un fonds de pension.

Sa mère, Angélique Marguerite Carpentier est la fille de Raymond Michel Carpentier lui aussi « Employé dans les fermes du Roy ». Celui-ci est mort en 1742 et en 1750 sa veuve a épousé Pierre Destriches « premier fourrier de l’artillerie de France » résidant à l’arsenal.

Tout cela montre que l'entourage se trouvait dans l’aisance financière.

Le mariage de Marie Angélique Victoire et de Nicolas Louis semble accorder les deux familles.




En 1774

Marie Angélique Victoire meurt peu de temps avant le décès de sa mère, survenu vers le 12 septembre.

Dans l’inventaire après décès de sa belle-mère, Nicolas Louis apparait, cité au nom de sa fille orpheline et héritière de sa grand-mère. Il va laisser cette fillette aux bons soins de son grand-père qui en est le tuteur, et partir à Marseille pour ne plus revenir. En fait, il disparaît en abandonnant leur enfant, on se demande encore pour quelle raison.   


Tutelle de sa fille

2023-11-18

P_ Patrons-Pêcheurs Prud'hommes

 

Dans la famille Bouis les hommes sont pêcheurs, plus précisément patrons-pêcheurs, cela veut dire qu’ils possèdent une barque. Ils dirigent leur entreprise comme des chefs. Le père engage des matelots compétents ou bien embarque avec ses fils lorsqu’ils sont en âge de devenir moussaillons.

Ils aiment l’odeur de la mer, ils connaissent son attrait et ses dangers, leur peau est tannée par le soleil, le sel et les embruns. Courageux, ils bravent les tempêtes; nerveux, musclés, endurants, ils ne craignent pas la fatigue. Vaillants en toute saison, en été comme en hiver ils peuvent partir de bonne heure et ils rentrent harassés après de grandes journées en mer.

Fiers et libres, ils ne doivent leur récolte de poissons qu’à leur savoir-faire.

Leurs femmes vont prier Saint-Pierre, patron des pêcheurs, dans leur église Saint-Laurent de Marseille.


Marseille, Saint-Laurent

Le père d’Élisabeth et ses deux grands-pères sont patrons-pêcheurs.



Je remercie Tom « Sacrés ancêtres » qui remonte fort haut. Il a trouvé le nom de tous les frères et oncles d’Élisabeth Bouis. Nous descendons du couple de leurs parents.

Mariés le 12 octobre 1732 à Marseille dans l'église Saint-Laurent, François Bouis et Magdeleine Estienne ont eu onze enfants.

Cinq frères et un beau-frère d’Élisabeth sont patrons-pêcheurs.

Trois oncles paternels sont patrons-pêcheurs dont deux prud’hommes : Louis Bouis et Pierre Bouis, ainsi que son parrain et oncle maternel Joseph Estienne.

Auguste, le fils d’Élisabeth Bouis et Louis Nicolas Deleurye a épousé la fille de Marguerite Carantène dont le père et le grand-père sont pêcheurs prud’homme. Si l’on compte encore le grand-père de son mari, cela fait beaucoup de mes ancêtres impliqués dans la Prud’hommie des patrons pêcheurs. Tous ces hommes se côtoyaient dans le quartier Saint-Laurent. Ils fêtaient ensemble leur saint de référence : Saint-Pierre  

 

Détail du tableau "La pêche miraculeuse"
peint pour la corporation des pêcheurs


Prud’homie

La prud’homie, lieu où siègent les prud’hommes est important dans la vie des pêcheurs. C’est une particularité méditerranéenne. Cette institution réglemente et surveille le territoire de pêche. Lorsqu’ils constatent une infraction, ils peuvent infliger des amendes ou des rappels à l’ordre aux contrevenants. Elle détient le monopole de la teinture des filets. La collectivité vient en aide aux vieillards, aux veuves et aux malades.  

Les prud’hommes sont les représentants élus des pêcheurs. On leur reconnaît de l’expérience et une valeur morale.  

Autrefois, les prud’hommes pêcheurs siégeaient avec solennité. Pour rendre la justice, ils revêtaient l’habit spécial : une robe de juge, et posaient sur leur tête une toque noire. Ils prononçaient ce serment : « Je jure de remplir avec conscience et loyauté les fonctions de prud’homme pêcheur ».

Être élu prud’homme attribue au patron-pêcheur des pouvoirs considérables, une autorité morale et confère du prestige pour lui et pour sa famille. 


Dans un précédent # ChallengeAZ : deux billets pour suivre nos patrons pêcheurs à Marseille au XVIIIe :

Dans le quartier Saint-Laurent

Entrons dans la maison des grands-parents d’Élisabeth rueFiguiero


2023-11-17

O_ L’Oncle Organiste

 

Ooooh ! un Organiste quelle surprise ! C’est l’Oncle de Nicolas Louis (sosa 204).

Je trouve que tu aurais pu nous en parler de cet oncle, on aime la musique.

Puisque tu n’as rien transmis, j’ai dû chercher à retracer ton entourage familial que tu nous as bien caché.

Pour commencer, lequel de tes oncles t’a donné son prénom :

Est-ce Nicolas Hubert Paulin, l’organiste ou Nicolas Deleurye, le chirurgien ?

Le 21 février 1735, le premier avait 22 ans, le second était déjà mort, à moins que ce ne soit son fils aussi chirurgien, Pierre Nicolas Deleurye âgé de 31 ans… L’un comme l’autre travaillait dans l’entourage du roi.

Je penche plutôt pour l’oncle musicien, car les familles semblent très liées. 


Est-ce que tu fréquentais cet oncle organiste ? Allais-tu l’écouter ?

Je suppose que toi et ton frère vous avez reçu une culture musicale. Votre grand-père, Nicolas Hubert Paulin était apprécié comme maître de musique, excellent pédagogue il a sans doute dû vous inciter à chanter. Il a éduqué ses enfants avec soin, en particulier son fils. Il est probable que votre mère et ses sœurs savaient lire la musique, chanter et peut-être jouer d'un instrument. Et toi, est-ce cela te plaisait ?

À Versailles

Versailles, église Notre-Dame

Tu dois certainement te souvenir du mariage de ton oncle Nicolas Hubert Paulin, tu avais sept ans. Célébrée dans l’église de Versailles, le 18 septembre 1742, la cérémonie a dû être mémorable. Ton père était son témoin, ton grand-père comme toute la famille se montrait très fier de la nouvelle position apportée par cette union avec Marthe Langlois de Bonval. La veuve de Guillaume Marchand lui procurait ainsi l’opportunité de remplacer son mari qui tenait l’orgue de l’église Notre-Dame de Versailles. Elle avait onze ans de plus que lui et était mère de sept enfants dont il a promis de s’occuper, ce qui agrandit le réseau des cousins par alliance.

Nicolas Hubert Paulin occupe la fonction d’organiste de la Musique du roi pendant trente ans.

Orgue de la Chapelle royale de Versailles

La Musique du roi est une institution musicale versaillaise composée de chanteurs et d’instrumentistes. Tous les matins, le roi assiste à la messe dans la Chapelle royale. Quatre organistes se partagent l’année, Paulin jouait le premier semestre. Regardez qui, au deuxième semestre en 1773, touche l’orgue après lui !

Almanach de Versailles 1773


À partir de 1769, c’est sous la direction de Paulin « maître de clavecin des pages de la Musique du roi » que les six jeunes garçons, appelés « les pages », chantent dans le chœur de la Chapelle. Issus d'ascendance noble, c'est un honneur pour leur famille de les placer si près du roi, mais je crois savoir qu'ils se comportent comme des turbulents et indisciplinés. Paulin devra se montrer aussi bon pédagogue que son père. 


Versailles Chapelle royale (Wikipédia)

Es-tu souvent allé l’écouter ?

Lorsqu’il jouait dans la chapelle royale, évidemment c’était réservé pour l’entourage du roi. Mais tu pouvais assister aux cérémonies dans l’église de Versailles, il a tenu l’orgue entre 1742 et 1785.

Avez-vous été invités avec ta femme au mariage de ta cousine Marie Françoise Pélagie, le 8 juillet 1771.

Comme celle de ses parents, l’alliance était stratégique puisque « le sieur Bourgeois succéderait à Paulin pour toucher l’orgue de Notre-Dame de Versailles à condition qu’il épouserait la fille dudit Paulin. » Il a accepté !

Sa famille habitait rue Neuve à Versailles, est-ce qu’il vous invitait chez lui ?

Ta tante, Anne Philippe Paulin s’était rapprochée de son frère lorsque votre grand-père est mort, elle demeurait à Versailles.

Tu n’as pas assisté aux funérailles de celle-ci le lendemain de Noël en 1770. Tu as chargé ton frère Frédéric Elie de te représenter lors du partage de sa succession. Je suppose que tu n’as pas refusé de recevoir la moitié du tiers de son héritage.

Tu t’es tenu à l’écart de ces réunions familiales et tu n’as pas profité de tous vos liens de parenté que tu as rapidement oubliés. As-tu raconté tout cela à ta femme ou à ton fils ?

 


Sources

  • PAULIN, Nicolas Hubert (1713-1785)

Base MUSFREM   https://philidor.cmbv.fr/ark:/13681/1hdkx5xyrvgnzebqi6j6/not-443199

  • Almanach de Versailles

 

Son père, 

Frédéric Hubert Paulin

Serpentaire

2023-11-16

N_Naufrage

 

François Bouis, (sosa 410) le père d’Élisabeth est patron-pêcheur. Il possède une barque et s’en va pêcher en mer. Parti de Marseille, il peut naviguer vers le couchant jusqu’au Golfe du Lion, parcourant une distance d’environ 130 milles soit 240 kilomètres jusqu’aux Saintes-Maries-de-la-Mer.

De Marseille aux Saintes-Maries-de-la-Mer

Sur sa barque, adaptée au petit cabotage, il ne s’éloigne pas de la côte. Depuis Marseille, l’aire de navigation des pêcheurs ne dépasse pas quelques dizaines de milles. Habituellement, il ne rentre pas tous les soirs à la maison. Si la prise de poissons s'avère insuffisante, il se dirige vers les sites où elle sera plus abondante.

Sa petite embarcation avance bien lorsque le vent gonfle la voile, mais quand la mer reste calme et que la brise ne souffle pas, il rame avec un aviron, à la force des bras. Avant que la nuit s’apprête à tomber, il cherche à se mettre à l’abri sur une plage pour haler au sec ou bien au creux d'une crique isolée où il peut jeter l’ancre.

Lorsque la cueillette est bonne, les filets se remplissent de loups, de congres…

En hiver et au printemps, sardines, anchois, maquereaux circulent le long des côtes d’est en ouest, vers le delta du Rhône.

 

Marseille, la Major

L’odeur du poisson imprègne ses vêtements que sa femme doit laver lorsqu’il rentre à la maison. Il a épousé Magdeleine Estienne alors qu’elle n’avait que 17 ans. Elle se révélait déjà capable d’assurer la gestion du foyer. Au fil des années, elle donne la vie et elle élève leurs douze enfants. Fille de Pierre Estienne et de plusieurs lignées de patrons pêcheurs, elle sait combien le métier est difficile, et épuisant pour les hommes.

La peau est brûlée par le soleil, desséchée par le vent, les lèvres gercées par le froid, les mains blessées par l’effort, usées par les intempéries, les naviguants doivent faire preuve de persévérance, de courage.

Leurs femmes essaient d’oublier leurs craintes, elles savent que la mer est dangereuse. Chaque retour apparaît comme un soulagement ; si leur époux se montre sympathique, c’est une fête.


Vincent Van Gogh, La mer aux Saintes-Maries-de-la-Mer

Hélas, un jour François Bouis n’est pas rentré. Il est parti pêcher vers Lei Santas/Les Santei Marias de la mar. On n’a pas retrouvé son corps. Sur l’acte de mariage de son fils Barthélémy Bouis en 1775, la famille a déclaré qu’il était « décédé depuis environ quatre ans » « décédé sur mer, faisant la pêche aux Saintes ».




2023-11-15

M_ Modeste Marseillaise


Fille de marin, petite fille d’un patron pêcheur et d’un meunier, Marie Magdeleine Thérèse Simon ne provient pas de même milieu social que son mari.

Sa famille paternelle paraît aux antipodes de la famille paternelle d’Auguste. Une forêt de modestes origines italiennes pour elle, un parc de bourgeois de Paris pour lui.


En 1817 Marie Magdeleine Thérèse a 25 ans. Elle habite au numéro 15 de la rue Moyse avec ses parents. Lorsqu’elle devient madame Auguste Deleurye, le 5 mars, elle va s’installer au  28 rue des Martegales, toujours dans la paroisse Saint-Laurent.

Elle est née à Marseille, le 23 novembre 1791. Elle est la fille aînée de Jean Baptise Simon, dont les parents vivaient à Chiappa en Ligurie, au nord de Gênes.

Sa mère s'appelle Magdeleine Martin.

 

Madeleine Simon est mon aïeule à la génération VII, sosa 103.


En 1854, l’acte de décès de sa fille nous apprend que Madeleine travaille comme blanchisseuse. Julie est morte à l’âge de 27 ans. Quel drame pour cette mère !

Elle n’est pas aussi fringante que cette jolie lavandière provençale.

Madeleine devait sans doute porter un bonnet à la mode ancienne qui ne laissait pas dépasser ses cheveux comme celui de la jeune fille. Elle retroussait les bras de sa chemise et relevait le haut de sa jupe pour travailler à l’aise.

La bugade : c'est la lessive en Provence

 


Le métier des blanchisseuses est harassant. Elles emplissaient leurs paniers d’osier avec le linge sale et malodorant des familles plus riches.

La lessive se déroule comme un long travail qui abîme les mains. Il faut d’abord mouiller le linge, frotter les différents vêtements avec l’excellent savon de Marseille qui ôte les tâches. Le linge est roulé en boule, c’est le moment de le battre pour faire sortir l’eau et le savon. Il doit être soigneusement rincé à l’eau froide. On le tord pour l’essorer. Les draps paraissent lourds à étendre, mais si on fait attention à bien les étirer, le repassage sera facilité. Le bon soleil et souvent le mistral ont tôt fait de sécher la lessive qui sent le propre.

Rose et Julie devaient l’accompagner leur mère pour l’aider dans ce labeur.

Rose (sosa 51) a pour spécialité tailleuse, ensuite ses filles vont travailler comme lingère, repasseuse, couturière. Dans notre famille, les femmes savent prendre soin du linge.

Prénoms   

J’aurais pu penser que Madeleine a hérité de sa mère son prénom d’usage.  

Pourtant, certains l’appellent Marguerite ! C’est le prénom de sa grand-mère maternelle : Marguerite Carantene. Voici comment elle est désignée dans les actes que j’ai trouvés.

Magdeleine en 1801

Marguerite Madeleine sur l’acte de mariage de sa fille Rose.

Marguerite Magdeleine Thérèse sur l’acte de mariage de sa fille Julie.

Marguerite sur l’acte de décès de sa fille Julie.

Marguerite Magdeleine Thérèse sur son acte de décès.

Elle ne savait pas écrire, mais elle a bien dû entendre tous ces M qui se bousculent sur son chemin.  

J’espère qu’Auguste lui a dit «  Je t’M, ne sois pas si modeste ».

 

 

Dans l’article précédent vous avez fait connaissance avec son mari,

Auguste était layetier.


2023-11-14

L_ Layetier

 

Nicolas Louis n’a pas transmis son métier ni sa culture. Il n’a pas fait instruire son fils qui ne savait pas écrire, ni signer. Auguste (sosa 102) gagnait sa vie comme caissier, ou comme layetier, en fabriquant des layettes, ce sont des caisses de bois blanc.



Le layetier confectionne des coffres, des caisses en bois servant généralement d’emballage. Il cloue sur le couvercle de petits liteaux en bois bien aplanis dans nœuds, semblables au bois choisi sur la cassette[i]. Il prévoit aussi des rangements qui se glissent à l'intérieur.


Au XIXe siècle, lorsque l’on a des objets à faire transporter, de quelque nature qu’ils soient, on envoie chercher le layetier-emballeur. Il crée alors des caisses, après avoir pris les mesures des objets à domicile. Toute la difficulté consiste à concevoir une caisse à la fois solide et légère afin d’éviter les dommages sur les marchandises, les frais de transport trop élevés, et d’en faciliter le déballage
[ii].

Le port de Marseille prend de l’importance. Avec le développement du transport maritime, l’emballage des produits nécessite des caisses solides, légères, adaptées à chaque usage. Le métier d’emballeur apparait indispensable.

 

emballeur coffretier


Le 5 mars 1817, Auguste Deleurye épouse Marie Magdeleine Thérèse Simon.

Sa femme est la fille de Jean Baptiste Simon, originaire de Chiappa en Ligurie. Son aïeul était meunier. Jean Baptiste est devenu un marin, il a épousé la fille d’un patron pêcheur.

Parmi les témoins du mariage, s’est déplacé un marchand pelletier qui doit être un ami de son père, mais aucun naviguant de sa parenté.

Auguste renoue ainsi avec les métiers de la famille de sa mère, puisque parmi les ancêtres de sa femme, on rencontre trois pêcheurs suffisamment estimés à Marseille pour avoir la fonction de prud’homme.

Auguste avait 27 ans, il habitait rue Saint-Laurent.

Sa promise, âgée de 25 ans, était une voisine, elle habitait rue Moyse avec ses parents.

Ses parents, Nicolas Louis et Élisabeth étaient déjà décédés depuis une dizaine d’années, je n’ai pas retrouvé davantage d’informations sur la vie à Marseille de Nicolas Louis Deleurye qui est décidément très discret. 


Après avoir été layetier ou caissier, Auguste a tenu une caisse différente, car il a choisi d'être marchand de comestibles en 1845.  

Dans l’article suivant, je vais vous présente Madeleine Simon, une modeste Marseillaiseblanchisseuse.

2023-11-13

K_ Cachotier

 

Carabistouille, car ce K pose problème, c’est un cas de cachotterie honteux. Nicolas a caché des choses, je suppose qu’Élisabeth, ni personne à Marseille n’en a rien su. Le secret a été complet jusqu’à aujourd’hui et je dois vous le révéler, même si cela me peine.

André Koehne, CC BY-SA 3,0, via Wikimedia Commons


Je ne suis pas fière de cet ancêtre dont j’ai découvert la trahison. Enfin ce n’est pas un mensonge flagrant, mais plutôt un mensonge par omission. Nicolas nous a caché qu’il était le père d'une fille, et il l’a bel et bien abandonnée après le décès de sa mère.

Lorsqu’il s’est marié, en 1777, il résidait à Marseille depuis trois ans. Il a déclaré qu’il était veuf de Marie Angélique Victoire Hurault, elle est morte en 1774. Personne dans sa nouvelle famille ne lui a demandé s’ils avaient un enfant et il s’est bien gardé d’avouer qu’il ne s’en occupait pas.

Présents pour désigner un tuteur, en 1785, les témoins déclarent:

Qu'à leur connoissance, que ledit Nicolas Louis Deleurye, Père de ladite mineure s’était absenté de cette ville de Paris depuis l’année 1774 incontinent après le décès de […] son épouse arrivé dans ladite année, que depuis cet époque l’on ignorait absolument le lieu de sa retraite et qu’il n’a donné aucune de ses nouvelles

Est-ce qu’il a réussi à oublier complètement sa fille ? Pensait-il à elle parfois ? Éprouvait-il quelque remords ?  Apparemment, il n’a rien fait pour se rapprocher d’elle. Vingt ans plus tard, lorsque Jeanne Françoise Rosalie se marie, la famille reste sans nouvelles du père.


Le 23 février 1779, à l’occasion d’un acte de notoriété, Anne Jeanne Paulin, veuve de Louis Etienne Deleurye cite ses deux fils. Elle savait donc que Nicolas Louis n’avait pas disparu. Avait-elle connaissance de sa vie à Marseille ? Je me demande s’il lui écrivait, s’il pensait à donner des nouvelles à sa mère. Quels contacts avait-elle avec sa petite-fille ? Que de chagrins étouffés !


Tout cet embrouillamini doit-il être caché ou bien puis-je le débrouiller ?

Voilà que j’essaye d’élucider les secrets, de les démêler, de renouer les brins cassés et de reconstruire la pelote pour redonner vie à un bel arbre en partant des racines.

Quels liens ont perduré dans la famille Deleurye ?



On voit que Nicolas Louis n’était pas un enfant de chœur, certainement un menteur.

Quoiqu’il soit fort possible qu’il ait servi la messe, ou qu’il ait chanté dans la maîtrise des enfants de chœur que dirigeait son grand-père Frédéric Hubert Paulin. Il n’habitait pas très loin du cloître Saint-Honoré et pouvait aller chez lui en un quart d’heure. Puis-je supposer que cet homme excellent pédagogue réputé pour sa bonté, sa culture musicale a essayé d’éduquer ses petits fils …