2024-11-21

Officiers du roi

 

Vous avez quelques économies, vous souhaiteriez acheter un office pour améliorer votre situation. C’est une idée judicieuse. 

Chambre, chapelle ou écurie du roi ? Voulez-vous tester quelle charge pourrait vous convenir ? Aimeriez-vous rencontrer des personnes qui ont de l’expérience auprès du roi ? (Cliquez sur les liens les approcher.)



Quel sont vos goûts ? Quel est votre profil ?

Gardien de la sécurité, mission servir le roi : Garde de la porte du roi à Versailles, Valet de garde, Gendarme de la reine.

Appréciant les vins et la bonne chère : Chef du gobelet de vin du roi.

Amoureux des chiens et de la chasse : Valet des lévriers de la chambre du roi, Garde d’une laisse de Grand lévrier du roi.

Chasseur de loup : Louvetier, Piqueur de loup du roi.

Passionné de chevaux : Garde des écuries.

Fleuriste : Bouquetière.

Prendre soin des personnes, de leur garde-robe, et les accompagner : Femme de chambre.

Voyager avec le roi et la cour: Sommier de paneterie bouche.

Vous aimez les responsabilités, vous avez des qualités de gestionnaire de projet, vous voulez diriger une équipe, vous aimez les chevaux, vous êtes un excellent cavalier. Vous avez un bon réseau de relations : Premier écuyer de la Petite Écurie du roi.

Vous préféreriez un poste de subalterne pour travailler avec la personne ci-dessus : Contrôleur des équipages.

Désireux de vous rapprocher au plus près du souverain : Premier Valet de chambre du roi. Dame de la reine.

Ou encore Valet de garde robe

Musicien, organiste, pédagogue : Organiste de la Chapelle royale

Danseur, pédagogue : Maitre de danse.

Vous préférez un emploi à temps partiel.   Par quartier ? Il est possible d’être en mission chaque année durant trois mois ou un semestre.

Je crois même que le titulaire a la possibilité de ne jamais travailler. Cependant cela peut lui rapporter de l’argent, s’il emploie un collègue ou un domestique pour le remplacer dans ses fonctions.


Il ne semble pas que Jean Gabriel Verne, pas plus que sa femme ou son fils soient allés monter la garde au bois de Boulogne. 

Transmission d’un office (provision d’office)

JG Verne avait acheté, le 10/10/1742, l'office de portier et garde de l’une des portes du parc et bois de Boulogne. La charge était vacante à la suite du décès de son titulaire, un certain Honoré Wasse qui la tenait de son beau-père.

Le 7 octobre 1747, Jean Gabriel épouse Catherine Julie ; le 15 décembre, il lui transmet cette charge en survivance. On remarque son souci de transmission de cette charge en cas de décès, et surtout de ses honoraires.

Le 1 juillet 1756, leur fils Gabriel Louis, alors âgé de 13 mois, est désigné en survivance de son père et de sa mère qui étaient déjà titulaires de ladite charge en survivance l’un de l’autre. 

Survivance

Voilà comment Joachim transmet sa charge en survivance en 1707, pour son fils Barthélémy. Il meurt en 1712, donc il n'est plus titulaire, c'est son fils qui entre dans cette charge.


Ainsi, on s'assure que l’emploi ne reste pas vacant pour continuer la qualité du service avec un personnel compétent.


2024-11-20

Qui voulait-il rencontrer à Versailles ?


S’occuper de ses affaires a nécessité plusieurs séjours à Paris pour rencontrer des personnes influentes. 

Pierre Antoine Barou est le cousin germain d’une aïeule, Marguerite Barou (sosa 373). Son parcours m’a intéressée et je suis en train d’étudier sa correspondance adressée à sa femme lorsqu’il se rendait à Paris.


Le 6 mai 1780



« Croirais-tu ma bonne amie que je n’ai encore vu aucun des puissants. M. Necker est inabordable. M. Bertin jamais visible. M. le duc de Villeroy introuvable. M. le Garde des Sceaux toujours à Versailles où je voudrais me dispenser d’aller. »


Se rendre à Versailles est un chemin distant de 4 lieues depuis Paris (une lieue = 3 898 km) soit environ 16 km. (Y aller sera un prochain article). Mais, je ne pense pas que ce soient les embarras de ce trajet qui le rebutent. Il préférerait résoudre ses problèmes avec des personnes de son réseau.

Me voilà impressionnée par les personnages haut-placés que notre cousin souhaitait rencontrer

Qui sont-ils ?

Jacques Necker 1781

Jacques Necker 

Ministre d’État. 

Il modernise l’économie et réalise des réformes fiscales. Bien occupé en 1780, Il est en effet « inabordable ». Cependant, lorsque Barou est emprisonné en 1788, il sera libéré grâce à l’influence de Necker.


Henri Bertin

Henri Bertin, ministre.

Intendant de la généralité de Lyon de 1754 à 1757. 

Barou qui a vingt ans de moins était trop jeune pour le rencontrer, mais ils fréquenteront un réseau commun de sociabilité. En mars 1780, il lui semble « invisible ». Et quelques semaines plus tard, le 26 mai 1780, il démissionne, car il est soupçonné de détournement d’argent.


Duc Gabriel de Neuville de Villeroy

Gouverneur du Lyonnais. 

(Sa femme est la tante d'Henri Camille de Beringhen.)


D'autre déplacements à Paris et deux ans plus tard :

Le 13 juillet 1782

 Dans une lettre adressée à sa femme, Pierre Antoine annonce


« Je fus hier à Versailles, je vis enfin M. Le Garde des Sceaux… »




Il s’agit d’Armand Thomas de Miromesnil 

Garde des sceaux.

En 1780, il a rédigé l’ordonnance sur l’abolition de la torture appelée la question.

  

Avec cette correspondance, j’ai pu suivre les déplacements de Pierre Antoine entre Lyon et Paris. J’aurai l’occasion de vous les raconter.

Voir aussi :

Barou du Soleil

De la tendresse dans les archives (1)

De la tendresse dans les archives (2)

Un portefeuille plein de douceur, de nostalgie et de mystère

etc.

 

PS. Cette correspondance se trouve dans un fonds privé aux AD 69.

2024-11-19

Garde de la Porte du roi

 

Vous avez traversé la place d’Armes, vous avez admiré les grilles dorées. Versailles est un lieu ouvert à tous. Entrez !




Le parc et les jardins sont ouverts jour et nuit ; tout le monde a la liberté d’y entrer et de s’y divertir dedans, sans discernement de sexe, d’âge, ni de condition[i].

Barthélemy Alexis Guy de la Findoise vous guide dans le château. Il a fait partie de la Compagnie des 50 Gardes de la porte du roi, de 1761 à 1781. Il a d’abord été valet de garde, puis il a été promu sous-brigadier.

En 1775, ses gages sont de 200 livres. Ce n’est pas beaucoup, mais quel honneur d’avoir cet emploi.

Le regard vigilant prêt à protéger l’entrée, il a fière allure dans sa redingote bleue ornée de galons d'or et d'argent. Le bleu, couleur symbolique représente le prestige et la dignité de la fonction au service du roi.





« Il ne faut jamais ouvrir de soi-même une porte, devant laquelle sont des gardes, mais la faire ouvrir à quelqu’un d’eux, après leur avoir fait entendre avec honnêteté, qu’on souhaite entrer[ii]. »                                                                                                                                          
Nous voici devant la Porte de la Salle des Gardes ou Porte du Roi qui donne accès à la cour intérieure du palais de Versailles. Cette porte est un point stratégique, car elle permet d'accéder aux appartements royaux et aux salles principales.

« Les rois ne touchent pas aux portes.

Ils ne connaissent pas ce bonheur : pousser devant soi avec douceur ou rudesse l’un de ces grands panneaux familiers, se retourner vers lui pour le remettre en place, tenir dans ses bras une porte. »[iiii]




Au début de sa carrière, Barthélémy a servi trois ans comme Garde de la reine Marie Leszczynska.

Salle des gardes de la reine

Il connait les usages et les secrets et il est apprécié pour sa discrétion.

« Il est à remarquer généralement, qu’on ne heurte pas aux portes des Maisons Roiales ni à celles des appartements : mais on les gratte doucement, si elles sont fermées, si on sait qu’il y a du monde dedans.»[iiii]


Barthélemy s'est retiré en 1781, 
il était ensuite pensionnaire à l'Hôtel des Invalides.




[i] https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k102148f/f544.item

[ii] https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k102148f/f544.item

[iii] Francis Ponge « Le parti pris des choses 

[iiii] https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k102148f/f541.item


2024-11-18

L'Organiste de la Chapelle royale

 

Le roi Louis XV se levait vers 10 h selon un rituel quotidien bien défini. Il avait ensuite l’habitude d’assister à la messe. Sur le chemin vers la chapelle. Les courtisans tentaient de l’aborder pour lui demander des faveurs. Le souverain prenait ses distances en s’installant dans la tribune du premier étage, en face de l’autel surmonté de l’orgue.



Il appréciait ce temps de recueillement, entrecoupé de rêveries, il s’efforçait de mettre à l’écart ses préoccupations politiques. Peut-être rêvait-il à ses chasses, à sa prochaine course en traîneau ou à ses nouvelles conquêtes amoureuses.

Était-il transporté par le concert d’anges au-dessus du buffet d’orgue ? Fermait-il les yeux en se laissant bercer par les improvisations brillantes de ses organistes : Daquin, Couperin...


Quatre organistes se partageaient ces fonctions, chacun jouant par quartier. En accédant à la chapelle royale, ils devenaient officiers du roi.

En 1761, c’était Nicolas Hubert Paulin qui tenait l’orgue durant les mois d’hiver du premier quartier de l’année. Depuis six ans, au cours des mois de janvier, février mars, il assurait les messes, et autres cérémonies dans la Chapelle Royale.


En ce mardi 17 février, il fait froid à Versailles. Dans ce matin glacial, pendant que le roi se levait, l'organiste a quitté son appartement de la rue Neuve Notre-Dame, d’un pas rapide il s’est dirigé vers la Chapelle du château.  



Nicolas Hubert s’installe devant le buffet d’orgue, il frotte ses mains, souffle pour les réchauffer et plaque sur un clavier quelques accords en mode mineur.  

Le musicien parait triste, il porte le deuil de son père Frédéric Hubert Paulin (sosa 818), mort le 25 janvier, dans son logement du cloitre de la collégiale St-Honoré, à Paris.  

La veille, il a signé une procuration chez le notaire pour que Marthe Langlois de Bonval, sa femme le représente dans le conseil de famille lors de l’inventaire après décès. Il ne pourra pas être présent puisqu’il doit assurer son service à Versailles. Alors maintenant, il se concentre sur les jeux de l’orgue et se lance dans une improvisation.  

L’orgue pleure à l’unisson de son chagrin. Depuis quelques mois, l’instrument ne chante pas aussi bien. Il a beaucoup plu, et l’eau est entrée par la fenêtre devant laquelle est placé le buffet d’orgue. Les organistes craignent que l’humidité le détériore davantage si des réparations ne sont pas prévues. Mais le contrôleur des finances demande des économies.

Ce ne sera qu’en 1763 que les réparations seront effectuées puis appréciées par les organistes. 






La chapelle royale du château de Versailles


Nicolas Hubert Paulin était aussi l'organiste de 



2024-11-16

Notre-Dame de Versailles

 

Nous avions marché aux alentours du château et nous sommes entrés dans l’église Notre-Dame de Versailles.


Il faut prendre le temps nécessaire pour se laisser imprégner de l’ambiance qui règne dans ce bâtiment chargé d’histoire. L’odeur de l’encens se mêle au parfum des bouquets de lys blancs déposés au pied de l’autel pour un mariage. La lumière apparaît à peine colorée par les vitraux, comme assourdie par les siècles.

Profitant de la fraîcheur, je me suis reposée sur le vieux banc en bois dur. L’église est remplie de silence, les rares visiteurs se font discrets.



 

J’aurais aimé entendre jouer l’orgue. Je me retourne en levant les yeux, je trouve que la teinte de chêne foncé ne le met pas en valeur. Le buffet d’origine brillait de décors blanc et or, à l’époque où Nicolas Hubert Paulin le faisait retentir. 

Organiste attitré de Notre-Dame de Versailles et aussi de la chapelle Royale, il était le frère d’une de mes ancêtres (dont j'ai raconté les histoires dans le challengeAz 2023).

 


J’essaye de me transporter au XVIIIe siècle et de penser aux Versaillais qui ont participé, dans cette église, aux moments ordinaires de la messe du dimanche, ou extraordinaires à l’occasion d’événements familiaux.


Barthélemy et Julie Françoise (sosas 686 et 687) se sont mariés ici, le 12 février 1725, ensuite ils ont fait baptiser quatre de leurs cinq enfants. Pendant environ 36 ans, ils sont venus se recueillir, leurs prières étaient accompagnées par la solennité de la musique de l'orgue.

Ils ont pu écouter les potins des paroissiens le 18 septembre 1742. Ce jour-là, Marthe Langlois de Bonval, veuve de l’organiste Guillaume Marchand, se remariait avec Nicolas Hubert Paulin de dix ans son cadet ; celui-ci serait dorénavant le nouveau titulaire du grand orgue. L'adresse de leur domicile est dans la rue Neuve, tout près de l’église.


Rue Neuve Notre-Dame


Marthe était déjà mère de six enfants, elle a eu deux filles avec Nicolas Hubert Paulin.

Marie Françoise Pélagie Paulin s’est mariée le 8 juillet 1771, avec Jean Jacques Lebourgeois. C’était la condition pour qu’il succède à Paulin dans ses fonctions d’organiste. En effet, le conseil des marguilliers avait arrêté que le sieur Bourgeois succéderait à M. Paulin  pour toucher l'orgue de la dite paroisse, après son décès, toutefois et à condition qu'il épouserait la fille dudit Paulin. 

Celui-ci est inhumé le 30 août 1745. 



Sur les registres de la paroisse sont inscrits les baptêmes, les mariages, les décès de la famille royale et aussi ceux qui m’ont permis d’écrire l’histoire des personnages de ces billets. J'en ai découvert certains à l'occasion de ce challenge Az. Il reste encore à trouver certains actes, j’espère pouvoir compléter les généalogies. 


à suivre :

Organiste de la Chapelle royale

2024-11-15

Monsieur le Premier

 

Monsieur le Premier désigne le Premier écuyer du roi. C'est lui le responsable de la direction de la Petite Écurie du roi.

Cette charge le place dans l’entourage proche du souverain. Il assiste au lever et au coucher du monarque, pour prendre les ordres et les transmettre aux Écuries. En carrosse, il s'assied face au roi ; à cheval, il se tient à sa gauche. Il dispose d'appartements dans le château de Versailles.

D’argent à trois pals de gueules au chef d’azur
chargé de deux quintefeuilles d’argent
boutonnées et barbées d’or.
(D'après 
Jougla de Morenas)

La famille Beringhen possédait cette charge par la faveur de la Régente  Cet office de Premier écuyer s’est transmis sur trois générations, de 1645 à 1772.

Pour un valet, d’origine modeste au départ, se mettre au service du roi était une belle opportunité pour gagner une étonnante promotion sociale. Ses descendants ont épousé des femmes dont les pères, appartenant à la noblesse, occupaient de très hautes fonctions politiques ou militaires.

 

Le premier, Pierre Beringhen est né en 1570 aux Pays-Bas, il réussit à obtenir la confiance d’Henri IV qui en fit son premier valet de chambre.

Comme il avait plein d’esprit et savait bien se servir des armes, le roy Henri IV se l’attacha comme valet de chambre 1594. Il fut employé dans les intrigues amoureuses. Il était le confident intime du roi qui ne luy cachoit point ses plus intimes affaires. Il ne sortoit pas du Cabinet quand les ministres y venoient conférer secrètement avec sa majesté. Il étoit fait au manège du roy qui l’apelloit « ce gros allemand » 1596. En 1607, il censuroit les actions du Roy, ses dépenses au jeu, bal, festins, chasses, maîtresses, bâtimens, comme si elles se faisoient au préjudice des libéralités qu’il attendoit du Roy dont le redoublement accroit plutôt son avidité qu’il ne la rassacie. En 1609, Henri IV le chargea de lui rapporter tout se qui se disoit pour et contre les jésuites. Il fut comblé d’honneur : anobli en 1610.

Partageant l’intimité du roi, le Premier valet de chambre dort au pied de son lit, il le réveille, l’habille, le botte et le débotte.  « Il conserve les clefs des coffres où par précaution sont rangées des chemises en cas qu’on n’ait pas le temps d’aller jusqu’à la garde-robe ». « Pierre de Beringhen doit toujours être présent dans le cabinet du roi, il reçoit des missions de confiance et doit transmettre au souverain toutes les rumeurs qui circulent dans Paris. »

Les chefs d’office dans la maison du roi, profitaient de privilèges importants. Servir comme Premier valet de chambre était un poste extrêmement recherché.

Ils étaient quatre premiers valets qui devaient se partager l’année, Pierre effectua sa mission durant le quartier d’été de 1600 à 1619.


Henri de Beringhen

Son fils, Henri de Beringhen, (1603-1692) a pris la suite après son décès, de 1619 à 1636 auprès du roi Louis XIII. Malgré l’hostilité de Richelieu, il a su rester dans l’amitié de la reine Anne d’Autriche, il obtint le 10 août 1645 l’office de Premier écuyer de la Petite Écurie.

En 1670 le roi donne une pension de 6 000 livres.

La Petite Écurie se situait rue Saint-Nicaise, les Beringhen habitaient donc dans cette rue. Leur hôtel particulier, acheté en 1676, s’élevait à l’ouest de la place du Carrousel.

Les écuries de Versailles venaient d’être construites, lorsque Henri se retire en 1685.

Jacques Louis Beringhen par P. Mignard

Son fils Jacques Louis va lui succéder, il devient officiellement titulaire de la charge de premier Ecuyer, en 1692 à la mort de son père.

 

Le fils de celui-ci, nommé comme lui Jacques Louis, occupa cette charge seulement pendant quelques mois, du 2 mai 1723 au 1er novembre, car il meurt la même année.

Henri Camille de Beringhen (British Museum)

La charge passa finalement à son frère Henry Camille. Celui-ci ne devait pas s’attendre à être le dernier Monsieur le Premier de la famille.

Il est mort sans postérité, mais il a transmis son prénom et un château à Sophie Henriette Verne (sosa171).


Bibliographie

Les valets de chambre de Louis XIV, Mathieu da Vinha, 2004

Prosocour : https://www.prosocour.chateauversailles-recherche.fr/search?s=beringhen



2024-11-14

Lévriers et Louveterie


Le roi s’apprête pour le souper qui va être servi dans la salle à manger des retours de chasses, juste à côté de l’antichambre où il a laissé ses lévriers et ses épagneuls favoris.

L. Allorge CC BY-SA 3.0, Wikimedia Commons

L’odeur des bêtes mouillées ne semble déranger personne, pas davantage que le parquet crotté de boue par leur passage ; les domestiques et les frotteurs le nettoieront. Les chiens vont se désaltérer dans des bols en porcelaine, puis se coucher sur les matelas de tripe, une étoffe de laine comme du velours, couleur jonquille ou cramoisy. Le long du mur, leurs niches jumelles ornées de moulures et de pilastres attendent prêtes pour leur confort. Les lévriers de Louis XV sont les rois ici  !

Ce cabinet des chiens est une des pièces remarquables, situées au premier étage du château de Versailles. Quel luxe dans les boiseries, les tableaux de fleurs des dessus-de-porte, les ors du décor de la corniche sur laquelle courent des chiens agiles à la poursuite d’un cerf !


M H Cuesta, CC BY-SA 3.0  via Wikimedia Commons


La journée de chasse a mis le roi de bonne humeur. Il a demandé aux valets que ses chiens soient récompensés par des distributions de petits gâteaux parfumés au citron ou à la fleur d’oranger ou encore de biscuits en forme d’anneau, les gimblettes dont ils raffolent.  

Les quatre valets se montrent fiers de cet emploi. Garde des lévriers de la chambre du Roi ou Garde d’une laisse de Grands lévriers de la Chambre du Roi, cette charge les place dans l’entourage quotidien, si proche de Louis XV que l’honneur en rejaillit sur eux.


Valet de chiens, porcelaine de Sèvres, d’après Oudry

Barthélemy (sosa 686) travaille ici depuis qu’il est sorti de l’enfance. En 1707, son père lui avait donné la survivance de cette charge qu’il a intégrée en mars 1712, après le décès de celui-ci. Il avait alors 14 ans.

  • LA FINDOISE (Barthélémy-Guy de) garde-laisse des grands lévriers de la chasse du roi : brevet de 300 l. de pension.

Il a rempli ces fonctions pendant 43 ans jusqu’en 1755. Le 12 décembre, il a démissionné en faveur de son fils Emmanuel que nous avons rencontré comme chef du gobelet de vin du roi. 




La louveterie

Le Garde des lévriers de la chambre du Roi dépend de la louveterie.

Les gages des valets s’élevaient à 912 livres sur lesquels ils payaient « nourritures et entretènement des grands lévriers qu’ils ont sous leur charge et deux aides qui servent à les panser. »


Chasse au loup dans la forêt de Compiègne, Oudry

Son père, Joachim Guy de la Findoise (sosa 1372), faisait partie des officiers de louveterie des chasses royales.

Joachim est né à Andrésy le 18 avril 1650 et mort à Morainvilliers. En tant que valet des Grands lévriers de la chambre du roi, il devait prendre soin des douze grands lévriers utilisés pour la chasse au loup. Ses gages de 260 livres[ii], n’assurent pas une excellente rétribution.

Il a dû prêter serment auprès des premiers gentilshommes de la chambre, il était en service sous les ordres du Grand louvetier.

Les marquis d’Heudicourt, Michel Sublet, puis son fils Pons s’enorgueillissent du titre de Grand louvetier de France ; souvenez-vous que l’épouse de Barthélemy était femme de chambre de la marquise d’Heudicourt, donc l'épouse de Pons. 

Le monde de Versailles apparaît comme un réseau de relations entrecroisées. Nous admirerons dans un prochain billet les tableaux de Jean-Baptiste Oudry qui peint misse et Turlu, Blanche, Folle, Florissant, Pompée,… les lévriers et les épagneuls de Louis XV. 


Misse et Turlu levrettes de Louis XV, Oudry (1726)


Barthelemy, le grand-père de Barthelemy était lui aussi gouverneur des lévriers de la chambre du roy.


 L’aïeul, Denis GUY (sosa 5488 ) était piqueur du roi pour le loup.

Le grand louvetier employait trois piqueurs qui accompagnaient la chasse et s‘occupaient de la meute.

« Valet à cheval qui fait courir les chiens, qui est à leur queuë. Les piqueurs percent le taillis pour suivre les chiens, on le dit en particulier de chacun des maistres chasseurs qui conduit ou la meute des chiens courans, ou le relais qui est la meute du secours » (Furetière [Antoine], Dictionnaire universel contenant généralement tous les mots françois tant vieux que modernes et les termes de toutes les sciences et des arts, Paris : 1690).

 

2024-11-13

Carrosses

 

Roulez carrosses, calèches, berlines, gondoles. Trottez, chevaux du roi en tirant de brillants attelages.

Transportant reines et princesses, les carrosses font rêver. Et si je vous racontais un conte de fées…



Comme une suite à l’article précédent, il y aurait des fées marraines penchées sur une femme de chambre, puis sur sa fille, une jolie bouquetière qui aurait grandi à Versailles.  

Viendrait un prince charmant ou un marquis qui aurait un coup de foudre pour la jeune fille.

Un carrosse tiré par de beaux chevaux, attendrait la Belle. Je vous rappelle que le Premier écuyer est le responsable de la Petite-Écurie qui gère les attelages pour le roi.



Monsieur le Premier contracta un mariage comme il convient à son rang, avec une marquise cousine. Mais il n’oublia pas la jeune fille (elle habitait comme lui rue Saint-Nicaise, peut-être même dans son hôtel) et il lui trouva un mari. C’était lui le patron, il employait l’heureux élu comme contrôleur des équipages de la Petite-Écurie.


Henri Camille de Beringhen, 
(portrait offert par JG Verne en 1759)
British Museum


Vous avez reconnu les personnages.

Henri Camille de Beringhen dans le rôle principal. Le couple Catherine Julie et Jean Gabriel Verne qui a gagné un château et une situation intéressante.



À Paris, ils résident au numéro 13 de la rue des Petites-Écuries. Vers 1755, c’est une annexe de la Petite-Écurie de Versailles, on remisait dans ces bâtiments les voitures royales, on abritait des chevaux. Au-dessus des écuries et des remises se trouvaient les logements des employés. Dans la cour, qui actuellement est nommée le Passage des Petites-Écuries, s’ouvraient les ateliers de menuiserie, de bourrellerie, de sellerie, de carrosserie, etc. Beaucoup de personnes travaillaient dans ce lieu. Les artisans effectuaient l'entretien et les réparations, d’autres construisaient des véhicules neufs. Les besoins de déplacement de la Cour nécessitaient toujours plus de moyens.

Les plus somptueux carrosses arboraient des sculptures, des dorures, des tapisseries avec un luxe inouï. Ceux-ci n’étaient pas conçus pour voyager, ils servaient aux souverains, lors des fêtes d’apparat pour se montrer. Symboles du pouvoir royal, ceux de l’Ancien-Régime ont disparu. C'étaient de remarquables œuvres d’art, tel ce carrosse du sacre de Louis XVI, en 1775.


Dans l’Almanach de la Cour, le poste de contrôleur des équipages de la Petite-Écurie n’est pas mentionné, alors que pour les emplois et leurs titulaires, tout est détaillé avec précision. Le Premier Écuyer disposait librement du budget qui provenait des fonds privés de la cassette du roi. Il ne pouvait pas créer d’offices, personne n’achetait sa charge,  mais il nommait selon son choix. 



En 1779, le roi souhaite faire des économies en réduisant les effectifs, on comptait plus de 300 personnes travaillant pour la Petite Écurie. Un grand nombre d’employés fut mis à la retraite. On peut lire ci-dessus que les services de Jean Gabriel Verne ne sont plus nécessaires à Sa Majesté et qu’elle le récompense avec une pension de 1926 livres. 



Ces portraits datent de 1760.

Jean Gabriel avait réussi un beau mariage, le 7 octobre 1747, en épousant Catherine Julie Guy de la Findoise (sosa 343). Elle allait avoir 22 ans, elle était sous la protection de son patron. Si le mari prenait soin d’elle et s’il fermait les yeux, il allait avoir des promotions professionnelles et des avantages. Le contrat stipule une donation de 35 000 livres  

Catherine Julie n’a pas pu refuser cet homme âgé de treize ans de plus qu’elle, mais qui lui apporterait une situation intéressante : sociale, financière avec une certaine liberté. 

Elle a donné naissance à quatre enfants entre 1755 et 1760. Les trois garçons portent le prénom de Louis. Puisqu’il n’y en a pas dans la famille, je suppose que c’est une référence au roi Louis XV. Deux fils sont morts la même année 1778. 

Le couple vécut dans le bonheur et la prospérité, il semble très uni. Deux portraits les représentent âgés, souriants et étonnamment costumés en jardinier et bouquetière. Ils donnaient des fêtes et aimaient s’amuser.